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4^
IMPRIMERIE D'HIPPOLYTE TILLIARD,
RUE DE LA HARPE) M** 78.
CHRONIQUES
DE
JEAN MOLINET,
nuiûS; POUR LA pbemièbz FOU, d'afbès les mimsciiiTs
DE LA BlBLIOTBÈqVE OV BOI ;
PAB J.-A. BUCaiON.
TOME m.
PARIS.
VEHDIÈHE, LIBRAIRE, QDAI DES AUGWSTWS, N» ï5.
CHRONIQUES
DE
JEAN MOLINET.
CHAPITRE CXVUI.
Comment Parchidac Maximilien se prépara pour aller en Allemaigiie ,
vers Tempereur Frddëiick , son père.
AFIN que les hauts mistères dignes de recom-
mandation qui se firent en AUemaigne à la créa-
tion , élection et couronnement de très victorieux
et très illustre prince Tarchiduc Maximilian^ soient
perpétuels es mémoires des hommes^ je metterai
par escript , au vrai le plus pur que possible me
sera , les estats , cérimonies , entrées , réceptions ,
jousles, bancquets , festoiements , nouvelletés, sin-
gularités, honneurs et magnificences que nous ap-
pelons triomphes , qui furent faicts en ce vojage ,
dont le recors sera consolatif aux nobles cœurs es-
prins de haut voloir et enflambés du brandon de
proesse.
£nvironla Saint-Remy, en l'an mil quatre cents
CBwbMiqvu. T. XLV, — Jt Mouvn. 111. \
3 CURONIQUBS ('485}
quatre-vingts et cinq, les Flamens et Ganthois,
fort humiliés, furent réconciliés à Tarchiduc d*Aus-
trice. Le duc Philippe, son fils, rendu en ses mains,
monseigneur l'archiduc, qui lors flourissoit, fruc-
tifîoit et prospéroit en honneur, prestance et vertu,
fit son appareil pour soi trouver devant l'empereur
Fédérick , son père , lequel il n'avoit veu puis en-
viron huit ans, avant qu'il estoit descendu es pays
pour espouser madame Marie, ducesse de Bour-
gogne, unique fiUeet seule héritière duducCharles,
que Dieu absolve ! Dont, pour commencher de ses
préparations, afin que nostre seigneur Dieu fust
honoré, loué et servi, il retint la chapelle en estât,
laquelle, du temps des ducs Philippe et Charles,
avoit esté d'excellente renomée par le monde uni-
versel, et fort amenrée , et quasi du tout anéantie
par tourment de guerre , tellement cjue les chape-
lains d'icelle estoient dispers et semés en diverses
marches. Néantmoins il fit chercher et chmsir les
plus expérimentés musiciens, ajans les plus réson-
nantes et proportionnées voix que possible estoit de
trouver , tant de ceux qui para vaut y estoient ,
comme aultres ; et considérant les louables mœurs,
sciences et agréables services que lui avoit plu-
sieurs ans fait maistre Nicole M ayoul, natif de Hes-
din, prévost dessus nommé, il lui donna estât de
premier chapelain car il estoit assez fondé en la
musique,révérend personnaige et fort convenable à
ce faire. De ceste chapelle fut reçu un tenoriste,
nommé Gordier, lequel, tant pour la science, où
H^5) DE JEAW MOLINET. 3
il estoit expert , comme pour la nouvelle mode de
chanter, estoit sur. tous recordé. Il avoit para-
vant servi le due de Milan et le roi de Naples ,
qui tant Tavoit honoré, qu'il Tavoit fait chevalier
en son royaulme. De la retenue de ladite chapelle,
fui Sire Rogier, chanoine de Cambray, contre-
tenoriste fort bien chantant , élégant personnage ,
ayant voix harmonieuse, et qui long-temps avoit
semen la chapelle du pape. Pareillement fut reçu
maistre Pierre du Wez , prévost de Condé , et
Jacques Beukelle , eux deux bien officians et ponr-
veus de voix mélodieuses ; ensemble Pasqiun
lojs fort renommé en la musique et Tun des
tien chantans et mectans par escript de son
temps. Semblablement , plusieurs compagnons,
cueillis en divers lieux et collèges, comme Jennet
de Vallenchiennes et aultres , qui par avant
estoient au service du roi de Hongrie , furent re-
çus et gagés en ladite chapelle ; dont le roi en son
voyage fut grandement honoré et prisé des prin-
ces d'Allemagne. Si leur donna longues robes
vermeilles fourées , selon son appartenir , de cha-
cun degré et vocation ; pareillement aux aumos-
niers et clercs de son oratoire et chapelle portative.
11 fil aussi habiller les officiers de son hostel ; aussi
il donna robes de pareille couleur , et leur fit
porter sa livrée au bras senestre, qui est un col-
lier de lévrier blanc, bleu et rouge, jusques au
nombre de cinq cents ou pltis.
Il laissa le duc Philippe son fils , eagié de sept
1.
4 CHR05IQCES {*4»5)
à huit ans , ensemble soo estât, en garde et tutelle
de mooseigaeor de Ravestain y qui toujours , eu
paix ou en guerre. s*en estoit honorablement ac-
quitté. Les pajs demourerent en la protection
de monseigneur Philippe de Qè^es , du comte
de Nassou et aulcuns chefs de guerre, comme le
seigneur de Chantereine et aultres ; et Tadmi-
nistration de la justice en la main et conduict de
Jehan Carondelet , chevalier , seigneur de Cham-
piaus et de Sorre, son chancelier, et de messieurs
de son conseil , qui durant le temps de ce voyage
se conduirent fort sagement.
Et quant l'archiduc eut choisi ceulx qu*il vou-
loit mener avec lui , il se partit d'Anvers le troi -
sième jour de novembre Tan dessus dit. Se tira
▼ers Bois-le-Duc ; et fut la veille Sainct-Martin ,
à Grave , où il séjourna dix jours.
Ce temps pendant, la femme messire Cornille de
Berghes s'accoucha d'un fils nommé Maximilien,
tenu sur les fonds par l'archiduc ^ par le duc de
Qèves et par le seigneur de Berghes , père dudit
deigneurCornilles; et furent mareines la comtesse
de Homes et la dame de Wassenaire , lesquelles
donnèrent riches jojaux, coupes et pots d'argent ;
et furent grandement festojés aux despens dudit
seigneur Cornilles.
De là l'archiduc se trouva à Reinde , où il sé-
journa l'espace de neuf jours , attendant nouvelles
de Tempereur son père ; et illecq pour passer
temps furent faictes joustes à torches, de deux
(i485) VE JEAN MOLTNHT, 5
joQsteiirs montés à la mode d'Allemagne. Au pre-
mier coup de la jouste l'un abbatit Taultre ; au
second; ils tombèrent tous deux; et au tiers, celui
qui fut premier abbatu , abattit son compagnon.
Deux jours aprësjoustèrent, à fers esmolus, un seul
coupje grand PoUain et le maistre d'hostel du
marquis de Bade, lesqueb rompirent leur bois
et ensemble cheurent par terre.
*SB
CHAPITRE CXIX.
L^abordement de Farcbidac à Fempereor.
Le mercredi vingt et unième de décembre, Tar-
chiduc se deslogea de Reinde , tirant à Heyns-
berg , où il y a ville et chasteau appartenant au
duc de JuUers. Le cbastelain vint au-devant de
lui,qui lui bailla ouverture. L'archiduc fut logé
au cbasteau et ses gens en la ville , tous défrayés
du duc de JuUers. Cemesme jour estoil venu l'em-
pereur en la ville d*Aix. L'archiduc, certain de sa
venue , partit le jeudi ensuivant , pour soi tirer
celle part ; et fit marcher ses gens trois et trois , en
très belle ordonnance ; et quand il fut à demi-lieue
près d'Aix, le duc de Juîlers, accompagné de
deux cents chevaliers , lui vint faire la révérence;
et lui fit déclarer par son maistre-d'hostel qu'il
estoit fort joyeulx de son advénement,en luioflFrant
6 CHRONIQUES ('W^)
tous services et plaisirs ; fort dolent toutesfoîs
qu'il n'avoit esté mieulx reçu eu sa ville de
Heynsberghe; et s'il eust sceu sa venue, il s'y fuist
trouvé pour le festoyer à son possible.
Peu de temps après, vinrent au-devant de lui
le frère du marquis de Bade et le comte Hughe
de Wertenberghe , envoyés par l'empereur,
lesquels, en la présence du duc de Jullers illec
arrivé, déclarèrent comment son père l'empereur
estoit celui qui plus desiroil voir son enfant que
nul du monde ; et les avoit envoyés vers lui
pour savoir de sa bonne prospérité , attendu qu'il
se estoit trouvé en tant et dangereux périls depuis
son département ; et rendoit grâces à Nostre-Sei-
gneur , qui, jusques à ceste heure , l'avoit pré-
servé ; et par l'affection paternelle qu'il avoit de
le voir , il s'estoit desjà mis en chemin pour se
trouver aux champs.
Adonc l'archiduc, par le maressal de Nassou ,
fit remercier^ au nom de son père , lesdits ambas-
sadeurs qui avoient prins ceste charge , en décla-
rant semblablement que le grand désir qu'il avoit
estoit de veoirsondictpère l'empereur; et l'eust pié-
cha visité, si les grands turbillons de guerre ne lui
eussent donné empeschement; et il fit requérir aux-
dits ambassadeurs qu'il leur pleusist retourner vers
sondict père , avec le maressal de Nassou, afin que
ne se travaillast de venir plus avant, ainchois
qu'il demourast en la ville.
Nonobstant les remonstrances faites au père par
(«485) oB JEAH MOU9BT. 7
les ambassadeurs dudit fils^qui estoient venus vers
lui, le père vint aux champs où le fils estoit. Et
estoit le père accompagné de Tarcevesque de Gou-
logne et aultres grands princes d'AUemaigne ; et
manda le père au fils qu'il ne se hougeast du
champ, et estoit son plaisir que son fils ne quelque
un de ses gens ne descendit de son cheval pour
lui faire la révérence , car aultrement le faire ce
seroit contre sa volonté. Le fils^qui pour démons-
trer vrai amour et obédience honorable \ avoit
délibéré en soi-mesme de révérencier son père en
la plus grande humilité que possible lui seroit ,
fut fort esbahi d'oyr ces nouvelles , mais force
lui fut d'obéir. Quand le père apperceut le fils, le
fils approcha du père; et le fils, sans descendre de
son cheval , qui lui fut chose dure , lui fit la révé-
rence , en honneur telle que filiale obéissance e$%
tenue de faire à seigneurie paternelle , en soi
inclinant le plus que possible lui fust ; et le père,
ne disant aulcun mot , embrassa son fils amia*
blement ; et lors y eut moult de larmes plorées
d'un costé et d'aultre pour la grande léesse dont
leurs cœurs furent esprins.
A cest abordement, l'escuyer d'escuyrie de Tar-
chidnc mit jus l'espée qu'il portoit devant lui, et
les machiers retournèrent leurs mâches. La ré-
vérence faite du fils au père, la plus recommandée
de jamais , l'archiduc vint saluer l'archevesque de
Goulongne ; et l'empereur , qui ne se bougeoit du
camp^ véoit passer les gens de son fils en notable
8 GHROHIQUBi^ (^4^
arroi , et prendoît par la main la pltispart de&
nobles. Les réceptions et reconnaissances hono-
rablement faites , chacun se mit en train de mar-
cher pour entrer en la ville d'Aix. L'empereur,
selon son antiquité , estoit assez beau perscm»
nage , fort humble et de ré?érente contenance ;
icelui monté sur un cheval noir, et vestu d'une
longue robe de drap d'or noir , affulé d'une coiffe
noire, où il j avoit une très belle croix de dia-
mant et de perles fort riches. Un amiable débat
s'ensuivit entre l'empereur et l'archevesque de
Coulongne , pour l'ordre de marcher : car l'em-
pereur voloit mettre ledit archevesque à sa dex-
tre , et l'archevesque y vouloit mestre l'archiduc ;
toutesfois ils s'accordèrent et marchèrent par la
manière qui s'ensuit : premiers , les gens de l'em-
pereur, ceux de l'archevesque de Coulongne , ceux
du duc de JuUers , les gentilshommes de l'archi-
duc , les nobles d'AUemaigne , les chevaliers de
l'archiduc , les trompettes , qui firent grand deb-
voir, messeigneurs les princes, le marissal de l'em-
pereur, quiportoit l'espée nue, l'empereur, l'ar-
chevesque de Coulongne au droit costé , et l'archi-
duc, ayant le chef descouvert, au sénestre costé.
Un petit arrière , à grande liesse et à haut triom-
phe, le très puissant père et son très noble fils
entrèrent en la ville d'Aix. Et fut le père conduit
du fils , jusqu'à sa chambre , puis le fils retourna
à son logis.
Le lendemain, l'empereur, vestu d'une robe
{'4^ DB JBAH XOIilBBT. ^
de Teioars ndore foorée de marte^ alla oyr la messe
à Nostre-Dame d' Aix y accompagné des princes,
tons à pied ; et tenoit Tempereur TarcheTesqae de
Coulongne du coté dextre , et Tarchiduc son fik
in Gosté sénestre ; puis marchèrent le dac de Jul-
liers et le marquis , ensemble le légat et le duc de
Goeldres, le marquis de Bade et le comte deWer-
tembei^he ^ puis les chevaliers de Fempereur et
ceux de l'archiduc ; et le marissal de l'empereur
portoit Fespée nue devant ledit empereur, lequel,
arrivé au cœur de l'église^ trouva son siège préparé
en la première forme, au costé dextre, vers le grand
autel; en la quatrième ensuivant, en bas, séoit
Tarchevesque de Coulongne, conséquemment le
duc de Jullers, Christophe, le second fils de Baude ,
UDg noble d*Allemaigne , messire Evrard de la
Marche et monseigneur d'Isselstain.
Au sénestre lez du cœur, en la cinquième fourme
descendant en bas , estoit préparé le siège de l'ar^
chiduc, fort triomphant. Auprès, ensuivant le mar-
quis de Bade, le duc de Gueldres, le légat et
plusieurs prélats de l'église , chevaliers et gentils-
hommes ; et estoit ledit empereur , ensemble l'ar-
chiduc, sans oratoire; et fut cest ordre tenu toutes-
fois qu'ils alloient ensemble à la messe. La veille
de Noël allèrent en pareille ordonnance ojr la
messe à Nostre-Dame , qui se chanta devant
disner ; et à la requeste de l'empereur, furent
monstrées les sainctes reliquaires de l'église , qui
n'est accoustumé de faire que de sept ans à
lO CHRONIQUES (i4g5)
aultres. Ils allèrent pareillement oyr matines ea i
la messe de minuict. Puis environ neufheures , aa i
jour, allèrent oyr la grand'messe , chantée par un ■
abbé d'AUemaigne, Les kirie eleyson finées, l'em- ■-
pereur alla offrir et porta mesmes son offrande;
et vindrent au-devant lui , rarchiduc son fils , et ,
son marissal portant Tespée nue ; puis offrirent^
L'archevesque de Coulongne , l'archiduc d*Aus-
trice, le duc de JuUers, le marquis de Bade et
son frère, sejtnblablement firent leurs offertoires
après l'évangile. Estant l'évangile chantée, Tar-
cbevesque approcha le livre à baiser à l'empereur,
et l'empereur le fit porter à son fils, qui ne le vou-
loir point souffrir. Geste mesme cérémonie estoit
tenue au don de la paix*
Ce jour du Noël, estoit l'empereur habitué d'une
robe de drap d'or à collet - rebraché , et affulé
d'une riche coiffe ; et portoit ung chaînon d'or, le
plus riche de jamais, auquel pendoit une croix de
pierres précieuses , où il y avoit cinq diamans , les
quatreen table et le milieu fort riche ; entre les-
quels diamans . pour forme de croisée , y avoit
jusquesàt rente perles fort bonnes de telle grandeur,
et estoit estimé ledit chaînon à quarante mille
escus. L'archiduc avoit une robe de drap d'or,
fourrée de menu vair; et le duc de Jullers, une
robe d'argent. L'église estoit ce jour tendue ri-
chement.
Le jour Saint-Ëstienne , alla l'empereur à l'é-
glise en notable ordonnance, comme dessus, e|
C^^^ DE JBAn MOLINET. 11
csloit vestu d'une longue robe de drap d'or ; et
avoit un collet d'une palme de large , tout chargié
de grosses perles , dont la moindre estoit grosse
comme un moyen pois^ les aulcunes aussi grosses que
fèves; auquel collet pendoit une moult belle croix
de diamans en pointe, dont celui du milieu estoit
estimé à trente-deux mille escus. Il y avoit pareil-
lement de riches ballais, non paraux des aul-
très; et estoit le tout prisé à cent mille florins.
Le mercredi ensuivant, porta l'empereur une
chaîne d'or où pendoit une croix à cinq tables de
mbis, moult grosse, et trente-quatre diamans
tout autour.
CHAPITRE CXX.
Comment le duc de JuUert fit relief de sa dace, Tempcreur estant en
la tUIc d'Aiz.
i.
Le jeudi ving-huitième de décembre , Fempe-
reur estant en la Tille d'Aix , fut faict un grand
hourt auprès de Thostel de la ville , sur lequel es-
toit préparé le siège impérial , eslevé quatre degrés
par-dessus le marche-pied du hourt ; et estoit le-
dit siège aorné de drap d'or, et le ciel de mi5sme.
Ce jour, l'empereur, revestude drap d'or et de
soie de diverses couleurs, oyt la messe célébrée
par révesque de Cambray, en l'église de Nostre-
Dame ; et environ quatre heures après disner , ac-
13 GHROHIQUBS (i485)
compagne de rarchiduc son fils y de l'archevesque
de GouloDgne y du marquis de fiade et de son
frère, tous à cheval et en ordonnance, hono-
rablement vindrent à Thostel de la ville , où l'em-
pereur descendit , et se fit aorner d'habits impé-
riaulx ; et premièrement lui fut chaussé deux pe-
lites chaussettes perlées de perle ; puis fut revestu
d'un habit d'or et de soie à (ache d'un torniquet
pareillement chargiés de perles sur toutes fentes ;
puis aorné d'habits d'estoUe et de faveur riches et
fort perlifiés , et une chappe de drap d'or , dont
les orfrois estoient estoif ez de grosses perles et très
riches pierreries ; et sur le chief, portoit une très
riche couronne d'or , tant bien aornée de diamans^
rubis et aultres pierres de prix, que l'on estimoit
valoir cent mille florins de Rhin.
L'empereur y ainsi triomphament habitué , ac-
compagné de ses princes, s'approcha de sa chayère
impériale. L'arcÛduc portoit la pomme d'or, le
frère du marquis le sceptre aorné de pierreries bien
richement, et son marissal portoit l'espée, etl'ar-
vesque de Coulongne, en habit d'électeur, estoit
de costé la chayère de l'empereur. Quant cha-
cun d'eux fut assis, selon son degré et son ap-
partenir, l'avant-garde du duc de JuUers^ con-
duictepar son marissal^ accompagné de quatre-
vingts à cents chevaliers, tenans chacun un pen-
non en sa main, armoyés de Jullers, firent trois
cours à lace bride par devant l'empereur, en criant :
hoiisia! housta! Et à la troisième course, allereat
(t485) 1>B JEAN HOLINBT. l5
quérir le duc de Jullers , qui viut pareillemeut
coaraut jusques au hourt. Icelui , bien accom-
pagné de deux comtes , portans chacun une ban^
nière de ses armes , et ledit marissal portant le
)ennon, montèrent sur ledit hourt; et le duc,
aisant trois fois la révérence, soi mettant à ge-
noulx^ proférant certaines paroles, présenta les-
dites bannières à l'empereur , qui les fit copper,
descbirer, et ruer jus du hourt ; et le duc de Jullers
fit serment à ce pertinent ; et cela faict, Tem-
pereur , ensemble les princes, retournèrent à leurs
logis.
CHAPITRE CXXI.
Des jonstes , Innquets et festolementi , qni te firent à Coolongne , à la
yenae de Tempereor et de ton fils Farcbidac.
Le mardi quatrième de janvier , l'empereur et
l'archiduc son fils se partirent d'Aix, pour tirer
vers Coulongne ; et furent logés à la Disière où les
eaux estoient si grandes que aulcuns allèrent par
Jullers , avec le train du charroy , où ils furent des-
frayés par le duc seigneur de Jullers. Et le len-
demain j environ six heures au soir , l'empereur
en charriot et les princes à cheval entrèrent à
Coulongne; et vinrent au-devant quelque quan-
tité de flambeaux. Si furent recoeillis par l'arche-
vesque et les seigneurs de la ville. Le jeudi en-
l4 CHROHIQUBS l^k^
suivant , nuict des rois , fut faicte grande feste en
CouloDgne, tant pour la solemnité des corps illecq
reposans , que pour la bien- venue des princes i el
oyrent vespres à Téglise des trois rois, mélodieuse^
ment chantées par les chantres et chapellains dé
l'archiduc. Puis fut faict pour l'empereur un siège
aomé dlin lapis et d'un carreau , sans quelque ora-
toire ; et estoient de son coslé l'archevesque de
Coulongne, le duc de JuUers et le frère du marissal;
et de l'aultre lez l'archiduc d'Austriche, l'évesque
de Liège , habitué comme chanoine de léans, le
marquis , le duc de Gueldres et le légat.
Lendemain vindrent à la messe , laquelle célébra
le suffragant de Coulongne , prélat fort pévérend
et de belle réputation; et après le Gloria allèrent
à l'offrande l'empereur et les princes, pareille-
ment comme il est dessus récité , sinon que l'é-
vesque de Liège print la paix du diacre , si la
donna à l'archevesque de Coulongne, pour la
donner à l'empereur. Durant la messe, un cha-
noine tenoit un instrument à manière d'un flaiau
revestu de soie , pour ce qu'il avoit une prélature,
à manière de chancellier , pour laquelle il estoit
desfrayé de six chevaulx à l'hoslel de l'archevesque.
Le dixième de janvier , le duc de Clèves arriva
de Coulongne , à six cents chevaulx , tous d'une
livrée et couleur sanguine , verd et blanc. Ce jour,
joustèrent deux Allemans du marquis de Bade ,
à rochët , et abbatirent l'un l'autre. Puis jous-
tèrent, Içs fers emolus, deux des gens de Tem-
04^^ DB JfiAfI MOlfUïET. l5
pereur j dont Vun eut mi bras forché ; et au soir
Tarchiduc doima aux dames en sou logis un banquet
fort somptueux. Il j eut dix ou douze comtesses^
et puissantes dames et nobles demoiselles en grand
nombre^ entre lesquelles estoit mademoiselle de
Gueldres, anle au duc de Gueldres; et y eut belles
danses, momeries ^ morisques, chanteries, jeux et
esbattemens de diverses fâchons. Le jour ensuivant ,
y eut joustes d' AUemans à rochets et fers (!^smoullus j
et jgaigna chacun honneur. Et au soir fut faict un
banquet d'espices à l'hostel de la ville, où se trou-^
vèrent plusieurs dames , demoiselles et bourgeoises
en habits dissimulés ; et j fut Farchiduc , le duc de
Clèves et le frère du marquis de Bade , et plusieurs
notables barons , chevaliers, et escujers d'un
quartier et d'aultre. Le lendemain , en la présence
de l'empereur qui bien enuis s'y accorda , jousta
l'archiduc son fils, à fers esmouUus , contre le mar-
quis ; et se rencontrèrent l'un l'autre de telle puis-
sance que eulx , ensemble leurs cbevanlx , furent
rués jus par terre, sans estre quelque peu bleschiés^
dont chacun remerchia Dieu. Au soir l'archiduc
fit un riche banquet auprès de l'hostel de la ville,
aux seigneurs , darnes^ demoiselles et bourgeois
de Coulongne , qui furent servis à la mode de Pi-
cardie. Et fut l'archiduc accompagné au banquet
de l'évesque de Liège ^ du marquis de Bade, du
comte Hugfae , du frère du marquis de Bade et
du seigneur d'Ermuce. Les danses commencées, qui
furent fort longues, le duc et le grand Polhaiuy
l6 CHROHIQUBS 04^^
et un anltre chevalier en habit d'estrange mode,
tirant sur le Picard , firent une belle momerie
bien regardée et fort prisée des princes d*ÂUe-*
maigne et des nobles dames iUecq estantes,
comme les comtesses de Werdenberghe , de
Nassou et de Riffeten.
Le sabmedi en suivant, à la requeste de l'empe-
reur^ fut faicte une procession générale, où toute la
seigneurie compagna l'empereur allant à pied. Ce
mesme soir , à l'après disner , Conrard et aulcuns
compagnons avantureux , armés de jackes
pleines de foin , ayans heaulmes d'osiers , lan-
ces de mesmes et à cheval sans selle, joustèrent
les uns contre les aultres si rudement que , par
force de corps, ils abbatirent l'un l'aultre. Et
ce mesme jour le duc de Glèves donna un ban-
quet à l'archiduc , aux dames et damoiselles . où
il eut grande danserie.
Le lundi en suivant deux Allemans, l'ung
nommé Dorlengier , l'aultre Hanoufoserder , à
la mode allemanisque , joustèrent et se donnèrent
ensemble si grands coups qu'ils tresperchèrent
escus et harnois. Si demourèrent leurs lances es
dits escus j et tombèrent par terre hommes et
chevaulx , dont l'un demoura sur le camp et
l'aultre eut la jambe rompue. De ces jousteurs
furent les regardans desplaisans , cuidans qu'ils se
fussissent entretués ; mais après qu'ib furent rele-
vés, ils haussèrent les gantilles, qui fut signe
d'estre échappés de ce dangier. ^
('4^5^) DE JEAW MOLÎWET, ly
Plusieurs esbaltements qui seroient longs à
mettre en compte , se firent en Coulogne pour
complaire et eonjoïr l'empereur , et souveraine-
ment son fils rarchiduc , de qui la venue estoit
fort désirée pour les proesses et vertus dont il
estoit recommandé par tout le monde. Le jour en-
suivant , seizième de janvier , un grand hourd fut
préparé sur le marché , où vint. Tempereup en
atour impérial^ ensemble son fils et les princes illee
estans ; et se présenta devant son maistre le duc
de Clèves qui lui fit honneur et releva sa ducée par
là manière qu'il est dict du duc de Juliers.
CHAPITRE CXXII.
ÂssembL^e des nobles princes d^ Allemaigne en la ville de Francfort ,
pour FélecUon da roi des Romains.
L'empÉrbur, Tarchiduc son fils , et leurs nobles
compa^ies ^ passant à Boue , à Remach et à An*
dernach , tous desfroyés par Tévesque de Cou-
longne et conduicts par ses gens , se trouvèrent
à on quart de lieue de Gonvelens, pour tirer vers
Francqfort , où Târcevesque de Trêves vint faire
la révérence à l'empereur et à l'archiduc ton fils ;
et Tarchiduc pareillement le révérenda , qui le
voulut mettre au-dessus de lui par plusieurs fois.
Puis le vingtHnxième de janvier , l'empereur et sa
ChROHIQUES. r.JTZf^.— J, MOMHET. i//, ,2
1 8 CHttONlQUES (»4«5)
compagnie se deslogea de Convelens pour se tirer
vers Francqlbrt , et l'archiduc print son chemin
vers Bombart. Si fut conduit par l'arcevesque de
Trêves , et passa par Weze et par Binghe pour
soi trouver à Majence , où il entra et fit mettre
ses gens en ordonnance ; et chevauchèrent trois à
trois :. premier les gentilshommes , les chevaliers,
les trompettes 9 l'archiduc , le marquis , le duc de
Gueldres , le légat , l'évesque de Giambràj , le
docteur Ayvet et aulcuns de son conseil ; et le
pénultième de janvier, il se partit de Majence,
et chevaucha jusques à Bone, où il monta ^n ud
bateau pour arriver à Francqfort. Bientost nou-
velles lui vindrent que l'empereur venoit. Si le
surattendit et mit pied à terre en un villaige ; puis
ensemble montèrent en un bateau , accompagnés
du duc de Gueldres, du légat, *de l'évesque de
Cambray, de Polhain Volquestain, et du seigneur
Cornilles de Berghes ; et arrivèrent à Francqfort
environ sept heures en la nuit.
Si vindrent au devant de l'empereur les bourgue-
mestres de la ville» avec environ cinquante forces,
lesquels avoieat fait apporter par douze compa-
gnons une palle de taffetas et de boulgran fait à
manière de ciel, armoyé d'un aigl^^ afin de le tenir
d€is0ur lui; n^aii^il ne le voeH sofiHry et fut irapporté
leditipalle. Noble chevalerie d'AUémaîgné. ^toit
arrivée à Francqfort avant son venir, et envoyèrent
vers lijti js^ plus grande piurt diss > prinoe^ > sentans
son appçwhe^assavQk (H>i]^ineri^iUJlni«pj[^pit;qû'ik
('W DE JEAW MOLINET. ig
îenissent aa de vant de lui, à cheval ou à pied. Si
leur manda qu'ils ne se bougeassent pour la nuit,
et que le lendemain les trouveroit à l'église.
iVëantmoins les deux ducs de Sasse y accompa-
^és de quarante chevaux , vindrent au-devant
de l'empereur , estant en son chariot auprès du
^Tand pont ; et quand les ducs percheurent l'ar-
chiduc qui chevauchoit devant son père , ils
mirent pied à terre pour lui faire la révérence;
et le duc pareillement descendit , qui leur fit le
pareil; et ensemble révérendèrent l'empereur, qui
amiablement les receut ; puis remontèrent à che-
val, et conduirent l'empereur jusques à son logis,
assez près duquel ils trouvèrent le marquis de
Brandeboui^ , lequel , à cause de sa maladie de
goutte , se faisoit porter en une chayère, et , selon
sa possibilité , à chief descouvert , salua Tempe*
reur , ensemble monseigneur l'archiduc son fils
et les ducs de Sasse.
liendemain,vindrent nouvelles que l'arcevesque
de Mayence , accompagné de quatre cents et dix
chevaliers , gens fort empoinct et bien montés ,
approchait la ville de Francqfort. L'archiduc fit
monter ses princes^ chevaliers et gentilshommes
pour aller au devant , et passa sur le marchié ,
et vint au logis du duc de Sasse, et ses deux fils ;
lesquels tous ensemble issirent hors de la ville ,
et attendirent plus de demi-heure ledit arceves-
que , de la compagnie duquel vindrent cent che-
valiers, où il y avoit une enseigne que portoit
2.
32 CHRONIQUES ('4^55
faisant la révérence fit son debvoir. L'empereur,
ensemble les princes, allèrent à l'offrancle , et le
duc de Sasse portoit l'espée nue devant lui ; puis
le bailla à quelque seigneur aiiltre qui le portoit
durant la messe. Et ce jour rarchiduc fit donner
chandelles aux princes, selon la mode des pays de
Flandres et de Brabant.
En ces mesmes jours, vint devers l'empereur une
ambassade de Hongrie, une aultre du marquis
de Montferrat , une aultre de Surie et une aultre
du duc Sigismond. Nouvelles vindrent que Far-
chevesque de Coulongne, électeur et chancelier
de l'empereur es mètes d'Italie ^ venoit à Francq-
fort; pourquoi l'archiduc^ l'archevesqne de
Mayence, l'arcbevesque de Trêves, le duc de
Sasse , le duc de Brunsvic, le marquis et plusieurs
seigneurs se préparèrent pour aUer au devant;
mais il fut dit qu'il ne viendroit jusques à lende-
main. Néantmoinsil arriva ce soir, environ neuf
heures, secrètement et à peu de bruit.
Le dimcnce, cinquième de febvrier , arriva en
Francqfort le comte Palatin , accompagné de six
cents chevaliers et notables personnages, fort bien
armés, montés et vestus d'une livrée de drap gris,
et le comte avoit une robe de pareille couleur,
à une manche brodée de perles. Au-devant du-
quel l'archiduc, les électeurs, ensemble leurs coih-
pagnies, allèrent hors de la porte jusques à une bar-
rière où ils surattendirent leur venue ; et quand
l'archiduc vit son approche , il s'avancha premier
I
* : ('^^i DE JBAN MOLIWET, a3
ET (jœ les aoltres et le salua ; et ledit comte lui ren-
ie dit son salut, révéreoidant les aultres princes, devant
hi lesquels il fit proposer un sien maistre d'hostel. La
t proposition finée , entrèrent ensemble en la ville
en telle ordonnance que, l'archiduc et le comte
Palatin tenoient le milieu , rarcbiduc au-dessus ,
lequel avoit à dextre le duc de Sasse et Tarche-
vesque d^Trèves , et ledit comte avoit à sénestre
les arche vesques de Majence et de Goulongne, et
en arrière d'eux venoient le frère au duc de Sasi-
se, le duc de Brunzvic^ le marquis de Baude , son
frère; le neveu du lantgrave Van Hessen, fort
bonneste et bien gorgias ; puis le duc de Gueldres,
le prince de Gbimaj , le seigneur d'Issestain , les
comtes de Meurs^ de Nassou et de Wernenbourg;
puis suivoient les gens desdits électeurs et princes
entremeslés. Comme plusieurs estoient en front
devant ledit comte conduïct à son logis à grand
trion^phe , lesdits princes prindrent congé de lui,
et retournèrent chacun à son hostel.
Ainsi donc , de divers princes , pays et seigneu-*
ries de Gerinainie , se trouva ceste grande assem^-
blée en la ville de Franeqfort, la plus noble, riche
et pompeuse qui jamais fut dé mémoire d'honime,
pour honorer l'empereur et l'archiduc son fils , de
qui la renommée couroit qu'il debvoit estre esleu
rcH des Romains ; et estoient venus de la part de
l'empereur Frederick , troisiesme de ce noni, Ib
josne marquis de Baude, nommé Albert, le comte
Hugues de Wertenberghe , le comte Hans de
24 CHRONIQUES ("485]
Wertenberghe , le seigneur de Wertelain , comte
de Seau venbourgy l'abbé de Meletque monseigneui
de Sadnt-Gratwicbruscheulck, Ceux de par rai>
chiduc d'Âustrice furent le marquis Christophle de
Baude, le duc de Gueldres, le prince de Chimaj,
le légat évesque de Sibilen, Tévesque de Cambray,
le comte Âdolf de Nassou , grand maistre d'hos-
tel de Tarchiduc , le comte Frederick de Bissen ,
le comte Walleran de Bissen ^ le comte ^e Ben-
them, le comte de Stanfort ^ le seigneur Dom La-
dron, Philippe, bastardde Bourgogne , sire Gor-
nilles de Berghes, messire Frederick d'issestain,
messire Martin de Polhain y le seigneur de Issem-
bourgy le jeune messire Wit de Wolstain, Hu-
gues^ de Meleun^ messire Adolf de Polhain, maris-
sal de l'archiduc ^ le seigneur de Lalaing , messire
George de Walquestain^ messire Haime de Yf-
fart , le seigneur de Barbenchon , le seigneur d'Er-
mude , Gérard de Boussu , le seigneur de Stelet ,
le seigneur de BattenlK>urg, le seigneur de Brede-
rode, le seigneur d' Argentan , le. seigneur de Gié,
le seigneur de Lens, et messire Lojs de Baussj.
Geulx de l'archevesque de Majence : l'abbé de
Feulde, le comte de Hennenberghe , le comte
George de Hrnnenberghe , le comte Frederick de
Yssembergh, le comte Jean de Yssemberg, h
comte Philippe de Ysse/nbergh , le comte Haimc
de Werthem, le comte Sigismond de Sclichem
monseigneur de Recquer, monseigneur de Rec
quer maisné , messire Regnault de Recquer.
W DE JEAN MOLINET. 25
Ceax de Tarchevesque de Coulongne : le josne
iantgrave, Guillaume de Hessen, le 1 an tgrave Guil-
laume de Hessen M arbourg , le comte Gérard
i/eRin, le comte Vincent de Meurs^ le comte
îenrî de Nassou, le comte Philippe de Vicembourg,
e comte Philippe de Solmes , le comte Henri de
^aldech , le comte Guillaume de Mubenard , le
3iate de Mupric de Mubenard , le comte Jean de
V^stein , messire Pierre de Riffersem , messire
?an de Rucquel , messire Frederick de Sombref ,
; sire Guillaume de Revemberg.
Ceux^de Trêves : le marquis Frederick de Baude,
I comte Jehan de Nassou , le comte Bernhart de
olmes , le comte Verquer de Bisse , le comte Diet-
ch de Maudreheit, le comte Guillaume de Man-
îlhait^ le comte Aymericq de Llerreghen, lé comte
icob du Rin, le comte Jehan de Vigenstain, le
nnte Frederick de Wiede, le comte Jean de
Viede , le comte Wiercq de Walquestain , mes-
re Rollerman de Obrestain , son fils Roleman de
ftyrestain y messire Guillaume de Rouquel , messire
Hosma de Winembourg, messire Thierry de Re-
lecq, messire Thierry de Wicq.
Geulx du Palsgrave : le duc Jaspard de Bavière ,
alatin delà le Rin; l'évesque d'Ulmes, Tévesque
le Spire , un chevalier de Prusse seigneur de Sor-
lecq , messire Loys de Bavière , le comte Hugues
le Montfort Tanchien, le comte Ost de Solmes,
le comte Herman de Lievechen, le comte Phi-
lippe de Hanove Tançhien , le comte Crast do
26 CHRONIQUES (»485)
Hobienlou, le comte Nicolas de Sarewart, le
comte Werquet de Histenen, le comte Gérard de
Sien le josne, le comte Conrard de Dobeghen,.le
comte Michiel de Wertein,le comte Henri de Bi$sé,
le comte Philippe de Hanove, le comte Wolf
dé Beastenbourg , le comte Bernard de RevestaÎD
l'ancfaien , le comte Bernard de Revestain le jos-
ne, le comte Jehan de Nassou, seigneur de Bilstain^
Melchior de Obrestain,Emery de Obrestain» Asson-
nisius Erbacq., messire Jehan de Hagemesse , sei-
gneur de Ripelquiercq, Frederick de Lembourg,
messire Jehan Swartzembourg, messire Salentio
de Yssembourg.
Ceux de Sasse : le duc Frederick, ses deux
fils, le comte Charles de Ghelieben,. Jle comte
Hans de Wartenbourg , le comte Brundéfort , le
comte Ruth ^ seigneur de Blawe, le comte Greck
seigneur de Blarve, le comte Hans de Havestain,
seigqeur.de Heldaighên.
Ceux du iliarquis de Baude : lecomte Josse de Sorre,
le comleHansde Sorre, doyen de Strasbourg, le com-
te Philippe de Wissçmbourg, Michel déZwertsbecq.
Ceux du frère du duc de Sasse, seigneur de Misse :
l'évesque Jehan de Missen,le comte Henri de Stras-
bourg , le : comte Brun de Erfort Fanchien ; le
comte Âdolf de Bislinghen.
Ceux du duc de Brunsvick : le comte Philippe de
Waldeck, le comte Henri de Gousdrop, le duc
Albert de Bavière , Tambassade c^e France, l'éves-
que de Verdun , un docteur avecq lui , le conseil
('4^50 DE JEA» MOLINET. 2J
du duc Sigismond d'Auslrice, l'évesque d'Aux-
boorg, monseigneur Sigismond de Francqbourg ,
messire George de Absibergue , ambassadeur de
Lorrai];ie, le comte Philippe de Lieveghen , le
comte Aymerich de Liegveghen ^ l'évesque de
Bom*becq , le comte de Orert de Hernenberg , l'é-
vesque de Estericen, le conseil de l'évesque de M ag-
debourg , le josne seigneur de Alebourg , Gérard ,
seigneur de Ysembourg,
. CHAPITRE CXXIIL
Retief fait à Tempereur estant à Francqfort , par Pardieyesque de
Ifajence , le comte Palatin , le duc de Brunswic et réTe8qne"'de
Worms.
Le jour Saint -Valentin, quatorzième de feb-
vrier, fut faicl sur le marchié de Francqfort ung
^nd et spacieux hourd, duquel le dossal et le
ciel estoient de drap d'or. Au milieu duquel , à
rencontre d'une maison^ y avoit un siège eslevé de
quatre degrés , aorné fort richement , et dont le
dossier estoit de drap d'or blancq, et le ciel de
drapd'or noir; et à chacun costé du drap d'or noir, qui
comprenoit toutlehourd^dont celui du droitcosté qui
estoit de quatre lez , estoit partie de drap d'or cramoi-
si et partie desoieblancbe, etlesénestrecosté estoit
pareillement de quatre lez^ une partie de drap d!or
tS CIIROMQUES 04^
Mea et Taoltre de drap d'or cramoisi ; et à Tanltre
UD drap d'or de soie blanche^ chacun de trois lez,
et le fond estoit de tapis velus; et à Tendroit du
siège de l'empereur , estoit , trois degrés plus
bas, richement préparé de drap d'or et de soie,
le siège de l'archevesque de Trêves. L'empereur,
ensemble les princes, allèrent de pied jusqu'aii
hourd; et quand ils furent montés, ledit empe-
reur et les électeurs , sinon l'archevesque de
Majence, qui se préparoit pour faire son relief, en-
trèrent par un hu js à ce convenable , dedans une
maison, et chacun d'eux se habitua selon son ap-
partenir. L'empereur avoit chausses bordées , tor-
niquet, imiit, chappe et couronne d'or aornee de
diamans, saphirs, rubis, balais et autres genounes
précieuses, ainsi comme il est dict paravant; et les
électeurs avoient de vermeille escarlate fourrée
de mçnus vairs et bordée d'ermine avec une
baulte barrette de meisme; mais celle du marquis
de Brandenbourg estoit de satin figuré cramoisi ;
et l'archiduc estoit en estât archiducal, un cha-*
peau fort riche sur son chief.
Pour avoir cognoissance du mistère des élec-
teurs, on lit que la couronne impériale de Ger-
manie descendoit anchiennement du père au
fils, ou à son prochain héritier par succession ;
mais pour éviter aulcuns dangiers ou périls , les
princes d'Allemaigne eurent conseil, du temps de
l'empereur Otto , troisième de ce nom , régnant
environ l'an mil , d'y procéder par élection , dont
Oi^^ DE JEAN MOLINET. 2g
h manière en a esté gardée jusques à maintenant.
Et pour choisir ung roi des Romains , digne de
régir Tempire , furent ordonnés sept princes
nommés électeurs, dont les trois sont spirituels et
les quatre temporels. La premier spirituel est
Farchevesque de Mayence , chancelier de l'em-
pire es partie de Germanie ; le second, Tarche-
veque de Trêves , chancelier es metes de Gaule;
et le tiers est Tarchevesque de Coulogne , chan-
ceh'er es limites d'Italie.
Les électeurs temporels sont le duc de Sasse ,
portant Tespée de l'empereur , le comte Palatin,
portant la pomme d'or qui représente le monde,
le marquis de Brandebourg , le sceptre ; et
quand quelques différends sourdent entre eux,
1« roi de Bohême est le sepliesme. Et a chacun
d*eulx son propre mistère et service en élection
(lu roi. Pareillement sont-ils assistants et pro-
chains de l'empereur aux reliefs , honneurs et
hommages ;, comme il apperra ci-après.
L'empereur, ensemble les électeurs aornés et
habitués comme dit est , en haulte et triomphante
inagnificence , vindrent sur le hourd. L'enipe-
reur se assit en son siège impérial , et les élec-
teurs, ensemble l'archiduc, se tindrent droicts
sans seoir , sinon Tarchevesque de Trêves qui
séoit à Topposite de l'empereur, comme dit est,
et le marquis de Brandebourg tenant le sceptre,
qai , à cause de sa goutte , avoit son siège de
la hautenr du marche-pied , au senestre costé de
32 GHEONIQUES . [}k^^
rarchevesque de Coulogne ; et le frère du mar-
quis de Baude portoit la queue de la robe dudict
empereur y lequel plusieurs geus et ootables per-
sonnages de son conseil suivoieut.
Devant Téglise estoient deux cens hommes
armés gardans une barrière y et deux cens ï
rhuisdu chœur^où se engendroit horrible presse,
afin de résister à ceulx qui trop s*esforçoient d'y
avoir entrée. L'empereur, les électeurs, ensemble
l'archiduc, venus en Téglise, entrèrent au rêves- '
tiaire, où estoient leurs ornements; l'empereur se
mit en atour impérial , et fut vestu d'ung lour-
nicquet blancq et d'une chappe fort richement
estoffée ; et avoit une couronne d'or en chief, tant
bien aornée de pierres précieuses et tant pesante
que souventes fois lui failloit oster et remettre.
Ladite couronne avoit de costé deulx petites cor-
nes à fachon de mitre, et du front jusques au
derrière du chief un archon fort riche ^ et au
dessus une crosette d'or. L'archiduc, estant en
atour archiducal, et les électeurs, habitués conuaie
dit est , sinon le comte Palatin et le marquis
de Brandebourg, avoient manteaux de satin figuré
cramoisie
Du dextre coslé de l'autel , le siège de l'em-
pereur, eslevé de cinq à six degrés de hault,
estoit . préparé de draps d'or à cinq dossères ,
et au - dessous de tapis velous. Dedans lequel
siège l'empereur se vint asseoir en grande magoi-*
jficence , à dextre l'archevesque de Mayenee et
(i4^^' DB JBAB MOLISET. 33
senestre de Farchevesqne de Coulogne. Deyaot
l'empereur le duc de Zasseu tenoit Tespée uue;
mais quant la messe fut encommeDchée, il la bailla
à UD marissal héritier nomoié Papeuhaim, qui la
dut pareillement nue, la poiote en haut., sinon
que à rélévatîon de Nostre-Seigneur, il la ficha en
bas , et le duc de Zassen print son lieu au se-
nestre costé , entre Farchevesque de Coulogne et
le marquis de Brandebourg qui tenoit le sceptre.
Le comte Palatin, tenant le globeau d'or, avoit son
siège au dextre costé ^ ensuivant l'archevesque de
Majeoce , et auprès de lui l'archiduc d'Austrice,
et derrière eulx le duc de Gueldres et le comte de
Chimay ; et auprès des fourmes , sur cedit costé,
estoient aulcuns bancqs où furent assis noeuf pré-
lats. A Topposite de l'empereur, l'archevesque
de Trêves avoit son siège à part soi, comme dit est ;
et ce par certain appoinctement fait d'un di£Pé-
rend qui estoit entre lesdits arche vesques.
Au senestre lez du chœur , estoient des sièges ri-
chement parés , l'un de drap d'or , armojé des
armes du duc Charles , et séoient cinq ducs, c'est
as^voir de Bavière , de Brunswic , un duc de Zas*
sen , un aultre de Bavière , et un aultre de Zassen;
l'aultre siège pareillement , auquel estoit le frère
du marquis et lantgrave Van Hesse.
La messe du Sainct-Ësprit fut chantée par le
souffragant de l'archevesque de Mayence, lequel
archevesque porta l'évangile et la paix à baiser à
l'empereur ; et ladite messe finie , les électeurs se
CnnoviqvES.T, XLP^. — J. Moliitet. ///. O
34 CHRONIQUES '4*5)
tirèrent à part à un lez de l'autel , et jarèren^tsoT
les sainets évangilea, que s^^ns quelque faveur y
amour et proximité de linage^ perte^ haine^ fraude^
déception, ils esliroient, sans quelque déception,
au mieulxqoe possible leur seroit, entre les princes
d'Allemaigne, ung roi des Romains, noble de
sangel de vertu, fort puissant et renommé en
armes , idoine et propice pour succéder en temps
futur à riftipériale majesté ; et lors se mirent à
genoulx,^ et firent chanter f^eni^ sancte spiritus y
puis entrèrent au revestiaire de l'église pour tenir
leur conclave, où ils furent une grosse demie heure.
Et l'archevesque de Mayence et le duc de Zas-
seti issirent hors , et vindrent devers l'empereur ,
lui requérir très instamment qu'il lui pleust venir
avec eux au conclave , ce qu'il fit; et l'archiduc
demoura en l'église , entretenu de monseigneur
Sibillen, de monseigneur de Gambray, du vsei-
gneur de Gheldres , du comte de Chimay , et par
l'espace d'une grosse heure, pendant lequel temps
es à penser que les électeurs considérèrent et
pesèrent les bonnes mœurs , proesses admirables
et ioables vertus où ce noble et yictorieux ar-
chiduc M aximilien florissoit et prospéroit , pareil-
lement sur tous les renommés haults princes d'Al-
lemaigne, et cornaient dès son adolescence, par
le bon gré de son père , très sacré empereur Fré-
déric , et pour parachever l'alliance du mariage
compromis dfi vivant du duc Charles à madame
Mam de Bourgogne, que Dieu absolve! il estait des-
{i^iS) DE JEAB MOLINET. 35
cenJa de la sainct» arche impériale èspa^^s dt&obés,
perdus on foullés par les ennemis, et comment,
é torche de bras et au tranchant de Tépée , il
âroit saecomhé Franchois^ Liégeois^ Ganthois,
cenlx d'Utrecfat , et aultres nations rebelles ^ dont
le clerc broit et haulte gloire resplendissoit par
ks climats du monde. Considérèrent aussi les élec*
tenrscomment^ depuis que Tarchiducs'estoit trouvé
entre eux. , il s'estoit grandement humilié , et les
âf(nt amiablement receu^ visité et festojé , et ,
qui plus est trouvé certain moyen pour abolir toute
discorde et pacifier les ungs aux aultres ; par quoi^
avecq plusieurs raisons qui seroient longues à
inettre en escripture^ on le po voit justement eslire
à roj des Romains^ et estoit digne d'estre couronné^
d^estre coadjuteur de son père, et de régir la
monarchie impériale.
Quant l'empereur , ensemble les électeurs ,
eurent esté en leur conclave assez longue espace,
Tarchevesque de Coulongne , le duc de Zassen
et le comte Palatin, issirent hors^ et vindreni
faire bounorablemont révérence à l'archiduc^ en
)ni priant que son plaisir fust de soi trouver
avec l'empereur et les électeurs , laquelle chose
il octroya;et entrèrent audit conclave,où l'élection.
Itdfut pî'ésentée, laquelle, après grands remerchi-
mens, accepta; et forent illecq appelés par*
après, par noms, tiltres et surnoms de le«irs sei-î-
gneories* plusieurs ducs, comtes et barons^ lesquels
entrèrent en ceste très noble assemblée . Et tost après
5.
56 CHRONIQUES («4*5î)
l'empereur , les électeurs et princes menèrent Tar-
chiduc devant le grand autel , où tous ensemble se
mirent à genoulx; et furent dictes certaines pseaul-
mes, servant aupropos de son élection ^ est assavoir:
Domine in vù^tule tua ketabitur rex j Exaudiat te
Dorninus; elJudicium tuumregidaj avec aulcunes
prières et oraisons chantées par le prélat qui avoit
chanté la messe y lequel lui donna l'eaue benoiste ;
puisl'archiduc fut esleu par lesélecteurssur legrand
autel paré de riche drap d'or ; et à dextre des arche-
vesquesde Coulongne et de Majence^ leduc de Zas-
sen portoitl'espée, le comte Palatin le globeau d'or,
le marquis le sceptre , et l'empereur estoit à l'op-
posite de son fils. Et adonc, par les chantres de
la chapelle fut mélodieusement et à grande liesse
chanté le Te Deum laudamiis; et quand ce vint
au vers etplenisunt, l'empereur descendit de son
siège , et vint encenser l'autel sur lequel l'ar-^
chiduc estoit assis.
Après le Te Deum , clairons , trompettes , tam-
bours et héraulx qui crioient à haulte voix : Vive
le roi des Romains ! resveillèrent et esmeurent tel-
lement les cœurs des assistans, qui, tant pour la
nouvelleté du mystère comme par l'amour qu'ils
avoient à ce très noble et bien heure personnage ,
comme surprins et esprins de joie , fondoient en
larmes. Le Te Deum chanté, le bruit accoisé et
silence imposé , l'archiduc fut mis jus de l'autel ,
et la révérence à lui faicte par les électeurs, comme
il appartient à royal personnage , il fut devestu en
i-^ WJ DB JEAN MOIilNET. Sj
'W pourpoint et reveslu d'habits royaux , assavoir de
robe et de manteau de velours cramoisi erminez,
e( de barrette fort riche, et les premiers habits
rfemourèrent aux chanoines et coustres de l'église.
Et lors fut publié devant toul le peuple, par un
chevalier de l'archevesque de Majence , comment,
do bon gré de l'empereur, des électeurs et princes
d'ÀUemaigne ^ pour subvenir à la débilitation dii*
dit empereur , et du bien publicq , et de l'empire ,
sans quelque faveur, fraude et déception, mais
pour les vertus et excellentes prœsses qu'ils sen-
toieni estre en Ma^dmilien , archiduc d'Austrice ,
père du duc Philippe de Bourgogne, ils l'avoient
eslevé et attitulé roi des Romains, coadjuteur de son
père, et le déclaroient estre tel ; si le tenoient pour
empereur futur après le décès de son père, et lui
vouloient rendre honneur condigne et toute obéis*
sance ; et si quelque ung se voloit sugérer de dire
ou faire dti contraire, il seroit griefment pugny
par lesdits électeurs.
La publication finée, les. trompettes^ clairons
et cloches de rechef sonnèrent , et les nobles princes
de Germanie se mistrent en train pour partir de
l'église. L'empereur estoit à dextre de l'archeves-
que de Mayence et tenoit son fils , le roi des Ro-
mains , lequel avoit à sénestre l'archevesque de
Goulongne. En cest ordre, eulx quatre de fronts,
et tous à pied, allèrent jusques au logis de l'em-
pereur; et le congié prins, retourna chacun à.spp
hostel ; mais le roi mena disner avec lui l'arche-
38 CHRONIQUES {^^^
▼esque de Coulongne et son nepveu de Hesse.
À ces mystères faicts, furent préseots les ambas-
sadeurs du roi de France , du duc de Lorraine et
du duc Sigismond ^ ensemble plusieurs adirés
grands princes.
A l'après disner^ le duc de Brunswic jousta à
la mode allemanisque , contre un chevalier de
rbostel de Tarchevesque de Majence; puis jous-
tèrent deux nobles hommes du Palsgrave^ quifireot
très bien la besongne, et le roi alla veoirson fèn,
où il fut plus de deux heures.
Le roi de France, à qui l'élection n'estoit guèrei
agréable , contendant à la rompre , avoit eoyojré
Certaines lettres aux électeurs y proifiettant grand
déVsiers et grosses pensions, se ils vouloieut ou pe-
tbient procurer empeschement, lesquelles lettres
f tn^nt monstrées au roi des Romains par lesdits élec-
teurs. Et pour ce que tantost après cpe lesdites let-
tà*es furent envoyées, le bruit couroit entre les
François , que ladite élection estoit desjà faicte , ie
Wi de France envoya de rechçf, à course de che-
tà)^ tm meissàgér à leurs ambassadeurs , afin que
lesdites lettres ne fussent ne présentées ne veues.
Ainsi doîKîques les priwces de Germanie, ensem*
W^ unis en k phw grand ambuT et concorde que
jiimais àvoient esté de mémoire d'homme , juridi-
qnèmetit et par meure et longiie délibération , pour
plusieurs causes raisonnable^ à ce les mouvantschoi-
sirénteteslevèrent Maximilien, archiduc d'Austrice,
i^i des Romaïti^. Lendemain , l'empereur , le roi ,
4 ('W DB JBAir MOLINET. OQ
sr toos les électeurs , sinon le duc de Zassen ,
1^ marquis, comtes^ prélats et barons se trouvèrent
e àl'liostel d^la ville, richement paré et tendu de
f h tapisserie du roi , et ung très beau dosseret de
drap d'or, figuré des armes du duc Charles, car-
reaux et bancqueries de mesme.Devant ceste noble
assemblée, par forme de complaincte, l'empereur
fit proposer par l'espace de deux grosses heures ,
par le comte Hue de Wertenberghe , séante
hâult eu une chaière, en remonstrant en substance,
Jes gramls domaiges, pertes, coactions , intérests et
torts faits , que lui avoit faict et faisoit jouraci-
femeat le roi de Hongrie, en tant de manières et
ilàver$es fâchons que trop longue en seroit l' histoire;
et jàrisoit ce que l'empereur se fusist mis par plu-
sieurs fois en ses debvoirs de traicter et trouver
quelque bon appoinctement ^ toutesfois, le roi
Hoo^ois n'y voloit entendre, et qui plus est , avoit
par plusieurs fois failli de pi>omesse ; pourquoi le-
ndit empereur requéroit au roi des Komains ^ aux
électeurs et à tous les nobles princes d'AUemaigne
aviHr avis, conseil^ subside et assistance. Sur ceste
reoonstrance fut prias un délai jusques à tende*
iàisda, pour avoir ad vis de respondre , et le lende-
maioj dix-huitième de febyriar , se trouvèrent ao-
:iemble audict autel, et tindrent conseil longue-
ment tant sur le faict du rod de Hongrie que poaar
le couronnement du roi des Romaii^.
4o CHKOHIQUBS ('485)
CHAPITRE CXXV.
Les obsèques de la ducesse de Zassen , sœur de Tempcreur , et tante
da roi des Bomains.
En ces jours vindrent nouvelles au duc de Zas-
sen, que^ madame sa mère, sœur de l'empereur et
ducesse de Zassen , esloit trespassée de ce siècle.
Donc , pour faire ses obsèques en l'église de Saint-
Bartholomé à Francfort, tendue de la tapisserie
du roi, fut eslevée une bière de trois à quatre pieds
de hault , couverte d'un linchœil blancq, au-dessus
un noir satin figuré avec une croix d'or , et sur le
tout une croix d'argent ; à l'environ de la bière y
un édifice de blanc bois chargé de grosses chan-
delles de chire, et au dehors, environ un pied ar-
rière, y avoit un aultre édifice un peu plus hault,
fait pareillement de blanc bois chargé de cinquante
torses ou environ.
Le dimanche ensuivant, dix-neuvième jour de
febvrier, furent chantées les vegilles en ladicte
église, où le roi, fort occupé de ses affaires, vint sur
le tard en ces obsèques ; le duc de Zassen, son frère
et ses deux fils représentans le doeil à la mode de
Germanie, avoient robes noires, nçianteaux ouverts
devant , de ||ftreille couleur, chapeaux sur la teste
de mesme, et cornettes de drap enveloppées entour
de leurs gorges. L'empereur, le roi , les électeurs et
('W DE JRAN MOLiINëT. 4»
auJtres princes estoient vestus , les ung de velours
mÎTj les aultres de drap sans manteaux ^ mais
avoient chapeaux noirs et cornettes comme dessus.
Et en ce point se trouvèrent le lundi ensuivant^
du matin environ huit heures, et allèrent oyr
la messe à ladicte église, où l'empereur print siège
en la première fourme auprès de l'autel, le roj
en la quatrième ^ puis conséquemment , sans rien
avoir de vuide , l'archevesque de Mayence ,
rarchevesque de Coulongne , le comte Palatin , le
duc de Zassen, l'évesque de Mirmeuse, fils du
comte de Sorre, Albert, frère du duc de Zassen ,
le duc Gaspard de Bavière , le marquis de Baude^
Taisné fils du duc de Zassen , Guillaume , lant-
grave de Hesse , le frère du marquis de Baude,
le maisné fils du duc de Zassen, Guillaume, lant-
grave de Hesse , l'évesque de Spire , l'évesque de
Wormes , le frère de l'archevesque de Mayence ,
et larchevesque de Trêves séoit en une chyère à
part auprès du luminaire , à l'opposite de l'em-
pereur , comme il a voit accoustumé.
La messe fut célébrée parunabbéd'Allemaifjne,
^ quant vint au kjrie elejson, les princes allè-
wnt à l'offrande en telle manière : l'empereur prin t
leroy par la main senestre^ et le mena jusques à
lantel, puis le laissa, et fit son offertoire, et se re-
tira un petit arrière , tant que le roy eut offert,
pais le ramena par la main dextre ; après allèrent
offrir ensemble messeigneurs les archevesques de
Mayence , de Coulongne et de Trêves ; Mayence
42 CHRONIQUES ('4«5>
au milieu et premier offrant , Coulongne et Trêves
ensemble, et firent honneur l'un à Tautre , mais
Trêves offrit le premier, jà-soit ce que Goulongoe
allast au-dessus ; puis ensuivant allèrent of&ir le
comte Palatin , le duc de Zassen , et les aultres,
selon Tordre de leurs stations dessus escripteS)
sinon que les deux frères de Bavière ysurvindrent
comme enfans du duc Frédéric^ et se tindrent Ton
avec le frère du duc de Zassen ; et ne furent par
estallés, pour ce qu'ils vindrent sur le tard ; pareil-
lement allèrent à l'offrande à l'heure de Toffeiv
toire 9 et baisèrent la platine. La messe chantée ;
l'empereur retourna à son l(^gis tenant le Doi
par la main dextre , l'archevesque de Goulongne
à ce mesme lez, puis les archevesques de M ajeace
et de Trêves ; au senestre , le comte Palatin et le
duc de Zassen ensemble devantM'empereur , pois
les aultres ensuivant, selon leurs générosités et vo-
cations. Ce jour au soir , le comte Palatin mena
le roi souper à son logis ; eux deux seulement
furent assis à une table , et ne furent faicts nuls
assais audit comte ; et à une aultre table auprès
d'eux furent monseigneur de Gbeldres , le duc
Gaspart , les comtes de Nassou et de Chimay.
1
(i^ DE teàh molirct. ' 40
CHAPITRE CXXVI.
Amhagtades de diverses Marches , transmises k Pempereor et au roi
des Romains « en nourelletë de son élection.
Potm con jo jr le roi desRomaiiis en sa bien beurée
fortvDe , en lui offrant service et prompte obé-
dîence ipcnxt acquérir sa grâce , et en tirer faveur
et valeureux subsides^ diverses ambassades de
{diusieurs pajs et princes, arrivèrent en Franqfort ^
tant par devtsrs le siège impérial, oomme devers la
majesté royale; entre lesquels le comte de Salerne,
ambassadeur du duc de Lorraine , fit proposer
devant Tempereur et les princes électeurs, en
faisant plusieurs excuses, et eut assez maigre res-
ponse. Ladite ambassade fit la révérence au roi des
ftomains , disant que le duc de Lorraine seroit fort
jojenlx de sa prospère fortune , et de Taugmen-
tadofi d'honneur qu'il avoit méry devant Dieu
«I devant les hommes, et que entre les très haults et
puissants princes d'Allemagne , il estoit choisi et
esleu à roi des Romains, priant très humblement
qu'il lui pleusist avoir pour recommandé leur bon
seigneur efl maistre le duc de Lorraine, comme l'un
des premiers de l'empire. À quoi fut respondu «de
la part du roi , par le marissal de Kassou^ que»le
loi le remercfaioit de la bonne Visitation qu'il lui
faisoit de la part du duc de Lorraine , et quant Je
*
44 CHRONIQUES (i485)
duc le vouldroit acquîster comme un prince de -■
l'empire doibt faire , le roi Tauroit pour recom- c
mandé. :
Une autre ambassade fut transmise vers le roy '
par un grand prince d'Allemaigne , pour avoir J
expédition d'un procès qu'il avoit contre le noble t
chevalier de Fhostel du comte de Palatin , lequel %
procès avoit duré long-temps, priant qu'il lui pieu- i
sist estre son médiateur vers l'empereur pour en i
avoir une fin. Sur quoi le roi fit response qu'il
tiendroit volontiers la main à l'expédition de celui :
qui avoit bon droict. Les seigneurs de Gouloingne, ,
pareillement, et ceulx de la ville de Franqfort vin- -
drent révérender le roy et le conjoyr en sa prospé-
rité , en lui présentant une grande et très pesante
couppe dorée dedans et dehors , à la mode du
pays , pleine de cinq cents florins d'or , priant
qu'il prensist en grâce , pour cestjB fois , et re-
quérant à sa royale majesté qu'il eusist la ville
pour recommandée, considéré les horribles dom-
maiges éternelles extorsions que leur avoientfait
et faisoient journellement leurs ennemis. Sur quoi
leur fut respondu par le marissal de Nassou que
le roy s'y employeroit volontiers.
Le mercredi vingt- deuxième de febvrier , deux
hommes d'église , fort révérents , et un chevalier
très élégant, ambassadeurs^du comte de Wertem-
bourg présentèrent leurs lettres de crédence au
roy , de par ledit comte , lui offrant tout le ser-
vice que possible lui seroit de faire ; de quoi le
107 le
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«nxt boa ponr U:
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jsde «Tim gandiM '■>■■■■ mj."- l- - i V^^ra;-
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■eBt(|De finnît iiifliiise*=:3f^xr le lijuiuc'ît; .*.miti«:
Ce me^me iaar TBesBssfi. J :^7iî»ab x' i.irvn.ur^:
ère da cooitie EEicies^
Le ^endreeiL ^sasar^^inz tul -uir^f ai ^^tf-
née an. rtrr ITimna^SBtie i m r*xic rr^ut-: Jt*
Gcnnanie • <çil Jn. iiE:!E âemiî^ -a :ciiDt* ,*•>?•>-
aoce ; et le leusemaui tiic ^^sr^ "je rv^ l X2*r«
kosade ^ nottre smc
lettres Je creiiesxce »:::
l'an faîsaknC nusiCsiic. œ Li «r^^rr^ c^ ?ov s*e Njt-
pies contre le ^arrci - se^ ip^.^vSbsjuie , e<
îacltre toocbuit Tcrescbe ie Tchxtcjiv, i>
mesme joar . plnâenrs ^raos pn^Uts el ik^4^
personnages rdevêrent leurs fiels i IVutj^retir .
pois les élertenrs . lesquels ce îour fur^^nl K>aâr-
46 CHRONIQUES ('435)
temps en conseil, et consentirent octroyer à l'em-
pereur et au roy vingt-six mille hommes payés
pour un an , pour mettre sus en deux estes , afin
de recouvrer leS pays et seigneuries de l'empe-
reur et de l'empire , que le roy de Hongrie usor*
poit et occupoit par force et à tort , et au très
grand dommaige d'eux et de leurs successeurs.
En ce jour,mes seigneurs des églises et de la cité
de Liège envoyèrent un chanoine en ambassade
vers le roy , supplier qu'il lui pleusist trouver
quelque bon moj^en pour parvenir à bonne et
sqjure paix. Le roy leur fit respondre par monsei*
gneur de Cambray, que volontiers il s'y emploie-
roit.
Ce temps pendant, l'évesque de Salzbourg,
déchassé du royaulme de Hongrie, arriva par eaoe
h Francfort , et ses gens par terre , au nombre de
cent chevaliers. Peu de jours après vint un secré-
taire du l'oi d'Angleterre ,. exposer au roi des
Romains,que ledict roi d'Angleterre avoit accordé
et accordoit tous les poincts qui par lui avoient
esté requis par maistre Pierre. Autres plusieurs
grans personnages firent la révérence et grand
honneur au roy , dont le compte seroit fort long
à tout comprendre.
Le vingt et unième jour du mois de mars, ren-
dit son ame à Dieu en Francfort , le marquis de
Brandebourg, prince électeur, portant le sceptre
inipérial. De son trespas fut le roy fort dolent,
car il le tenoit pour son bon et cordial ami; et fui
(i485) pE JSAB aCMLIYKT. ^7
beaucoup plamiei picié de pi miitii ^iraadifr per-
sonnages qui raimoieol de très boft cœar. Oi lai
chanta une messe , le corps picjtM • et rcmpe^
reor et les éledrars allè^nt à Toffirajade • em telle
OQ assez semUaUe manière oo ordre iplls aboient
teDOe aux obsèques de madame la douairière «
dacesse de Zassen^ sœur dodit ciap c iei . La
messe chantée ^ les gentilshommes dadit ui^ q u î »
separtirent de l'église , et portèrent le eorps de
lear seigneur josqu'ao riTaige , oê il fut uiiliâi
età très ndble prooessioa^ par Femiierear , le ror
les électeurs , V'iiK» et ^^alsTp^ fol '
SOT nn liatean et honorablemeot sepoltoré
son pajs.
CHAPITRE CXXVII.
Copie àtê kttres CM y o y ee* par Vtmpenmr aa vn ^le
FsHDAifT le temps que le roj s'estoit esloogi
des pays liégeois , cpii , pois Tingt à trente ans.
oe cessèrent de mntiner , et anqael la mort da
seigneur Guillaume d'Aremberg et de La Barbe
estoit encore fort cuisante , coauneochèrent à
SQsciter de nouvdles rébellions , et à machiner
contre leur éresque , sur la fiance des François qui
troubloîent les eaues et quéroient occasion de
({oerelles ; pour lesquelles doloreuses plaintes et
48 CHRONIQUES (>485)
piteuses quérimonies furent oyes en Franqforl,
où estoit en grand triomphe reflamboyante espée
de justice impériale et royale , ensemble la fleur
de la noblesse et chevalerie du monde. Dont pour
décider toutes murmures et pacifier mauvais
hutin , Tempereur envoya lettres en latin au roy
de France. La teneur contenoit en substance , et
estoit la superscription : « A souverain prince et
très cher frère Charles , roy de France , salut et
perpétuelle continuation de fraternelle amour.
Très illustre prince , pour confirmer et remplir,
l'aimable fraternité qui entre vous et entre nous
est y et que chacun de nous se conduit tellement
en ses pays que , par nulle manière quelconque,
Tun ne griefve l'autre par injure selon l'anchienne
coustume et promission et serment de nos prédéces-
seurs , lesquels nous avons promis ensemble de
garder inviolablement , afin que l'un ne griefve
les pays de l'aultre par inimitié , nul ne peut
ignorer que la terre et le fond du pays de Liège -
ne soit subject à l'empire de Rome , et que son
évesque ne soit l'un des princes de l'empire.
Nous sommes grandement esmerveillés comment,
en faveur de vous et par votre enhortement,
vous permettez illecq estre fait tant de tumulte et
commotions , et comme nous a été relaté , vos
chevaliers et gens de guerre sont entrés et plongez
fes dits pays par vostre commandement , lesquels
nourrissent discordes, eslèvent et soustiennent ba-
tailles , et ne gastent poinct et molestent, comme
(«485) DE JEAW MOLÏIÏET, 49
ils CDt faîct jà piéchà la présente seulement , mais
flussi la tenre adjacente! et les subjects de nostre
très aimé prioce et fils , Maximilien , archiduc
d'Austrice et de Bourgoigne. Et si vous ne vous
désistez de telles choses faire ^ nous ne voyons
si non guerre ouverte contre nous , le très sacré
empire romain , et nostre fils y et serons contraints
de rebouler {orce par force. Nous avons dès main-
Venant imposé induces et abstinences de guerre
entre les parties, lesquelles ne sont encore com«
parues à nostre présence ; pourquoi nous avons
décrété les citer par devant nous, pour leur admi-
nistrer justice et équité, afin de rompre toutes
litiges et querelles , ou de y procéder par armes
et par la puissance du très sacré empire romain,
si besoing est. Et pourtant, nous vous requérons
\ par affection fraternelle , et en vertu de celles nos
eltres partais du saint empire, que toute simu-
lation et dissimulation postposées , vous rappelez
les vostres purement et amiablement desdits
pays , et vous absteniez désormais de l'in-
jure qui se fait contre nous , les provinces et
le très saint empire romain , comme abstenir
W)os en voulons infailliblement de constant pro-
pos et bonne persévérance , se dès maintenant
nous sommes quittes et délivrés desdits maux
dont vous nous travaillez Et comme il est décent ,
par lamiable fraternité serréement que nous avons
ensemble, nous abstenir totalement d'aucune inju-
le^ soyez appareillé pareillement de faire retirer les
Chboniques. t. XLV. — J. Moliihet. 111, 4
5o CHftOKIQUBS (i4^
▼ostres^qui les nosires infestent, ensemble nos pajs,
autant qoe. TOUS aimez vostre commodité , honneof
fraternité et prospérité ; et veuillez auculnement
donner response à ce messager y car nous tenons
maintenant l'assemblée et couvent de nos prin*
ces en Francfort , ou nous voulons traiter <fe
l'honneur ou dommaige du romain empire, et
avons intention de vuider et exterminer les diflfê*
rens des Li^eœs y ensemble plusieurs graps et
griefs dommaiges qui se font d'une part et d'aut^
tre» En ce faisant, Vostre Sérénité nous fera chose
très agréable. »
Peu de jours après, les parens et serviteurs de
Rogain ochirent en Liège sire Ghujr Grien, tenant
le parti d'Aremberg,
CHAPITRE CXXVIIL
Le partemcat de rempcrearet da m des Romains, estant en la viDeis
Franciori, pour Tenir k Cookmçne.
Après que la ville de Francqfort eust esté si
bien heurée entre les villes d' Allemaigne , qoe
d'avcâr iieceu et logié l'empereur et le roi, en-
semble les électeurs et les plus grands personnages
du monde , {dusieurs ambassades dépeschées , et
lasolemnité de Pasques célébrée par l'archevesque
de Mayence , assisté de monseigneur de Cambray
M86) DE JEAN MOLÏNET. , 5l
et d ung aultre évesque de Germanie , et aultres
notables personnes fort richement aornées et ha-
bituées, l'empereur, ensemble le roi son fils, en
leur estât , se deslogèrent de Francfort et mon-
tèrent sur Teaue le mardi des Pasques , vingt-hui-
tiesme de mars an quatre-vingt six. L'empereur
monta sur la navie de Tarchevesque de Coulongne,
qui estoit fort belle , le roi en celle de l'arche vesque
deMayence qui illecq estoit présent, et Albert duc
de Zassen en un sien navire ; etestoient environ de
fingt à vingt-cinq bateaux, qui firent leur premier
y giste à Brighe , une petite ville longue et estroite
séante sur le Jlin.* Le mercredi séjournèrent en la-
dite ville j et le jeudi montèrent sur l'eaue pour
venir à Andrenacq.
Et quant le roi vint auprès d'une petite ville
appartenante à l'archevesque de Trêves , nommée
Cappelle, il descendit de son navire pour ce que à
un jet de pierre près du Rin , au pied d'une mon-
tagne et dessoubs d'aulcuns arbres, est un siège de
pierre à six pilliers , et une vaussure par dessous ,
nommée la Chayère du roi des Romains; et disoient
qoe c'est la première chayère en laquelle il doibt
asseoir après qu'il est eslevéà roi. Geste chayère
estoit fort bien parée de tapisserie ; et le roi, accom-
pagné de l'archevesque de Mayence , du duc Albert
de Zassen , de l'évesque de Gionne , de monsei-
gneur le marquis, de son frère , du comte Hugues
et aultres grands personnages, fit son debvoir de
illecq seoir une espace , où il fut fort regardé des
4.
5a CHRONIQUES (i486)
paysans qui désiroient sa vue, puis remonta sur le
Rin ; et prindrent leur gisle , l'empereur et le roi,
à Andrenacq.
. Et le lendemain, le dernier jour de mars, arri-
vèrent sur le soir à Coulongne, en plusieurs na-
vires; premier le bateau de l'empereur, puis celui
du roi, du duc Albert, du marissal de Nassou, du
comte de Chimay, de monseigneur de Gueldres,
du comte^ et ceux de leurs gentilshommes ensui-
vant, jusques au nombre dessusdict. Au rivage de
Coulongne^ pour veoirleur descente, estoient ve-
nus gens quasi innumérables , entre lesquels l'àr-
chevesque de Coulongne, vestu d'habils pontifi-
caux , à dextre l'archevesque de Trêves et du duc
de Zassen illecq venus au devant d'eux, les révé-
rèrent honorablement, ensemble les seigneurs de
la justice et bourgeois de la ville, lesquels avoient
i'aict préparer deux pâlies de soie vermeille, l'un
pour porter à manière de ciel dessus l'empereur ,
et l'aultre sur le roi ; et y avoit bastons et compa-
gnons propices pour ce faire. La révérence fut faicte
de chacun selon son appartenir, la plus honorable
de jamais. Et lors , pour tenir l'ordre de marcher,
l'empereur print le roi par la main dextre, l'ar-
chevesque de Coulongne par la sénestre ; le roi te-
noit par la main dextre l'archevesque de Trêves.
Ces quatre personnages soubs un seul palle, car
l'empereur n'en veult non plus avoir, entrèrent à
Coulongne en grande liesse de peuple, qui s'effor-
coit de les conjouir.
OW DE JEAN MOLINET. 55
En telle ordonnance que princes, marchoient
les gentilshommes, puis les chevaliers^ puis les
comtes, puis les prélats, puis les princes, puis le
duc de Zassen, qui portoit l'espée nue devant. le-
dit empereur; lelleftient qu'ils se trouvèrent en
I église faisant leur prière devant le grand autel ;
l'on chanta Te Deum j puis partirent de l'église
ea tel arroy et conduicte que dessus , et menèrent
lempereur jusques à son logis ; puis le roi retourna
au sien , notablement convoyé des princes et sei-
gneurs dessus nommes, qui gracieusement, après
congié prins, retournèrent en leurs hostels ; etceulx
de la ville firent présent au roi de six charriots de
Tin et six chariots d'avaine , priant qu'il eut la
Yille pour recommandée.
Le dimanche ensuivant , messeigneurs de l'uni-
versité de Goulongne vindrent révérendér le roi,
et firent proposer devant lui, en latin, enl'accom-
parant à l'aigle dont il portoit les armes , et di-
soient : ainsi que l'aigle est le roi des oiseaux et le
plu&hault volant, et celui qui estend et porte les
plus grandes esles^ semblablement il estoit le chifef
des rois et des princes , et estoit volé par proesses,
estendant les esles par puisssance^ par les sept cli-
mats du monde. A ceste proposition qui fut fort
longue, fit le roi respondre : gracia Deiy qui plus
honnestement et en brief s'en acquitta que l'aultre-
ne Tavoit proposé.
54 CHKOMIQDES ('486)
CHAPITRE CXXIX.
Comment r^archiduc Maximillen, fils de Tempcreur Frédéric, fut
couromic roi des Romains.
Lb dimanche ensuivant, neuvième jourd'apvril,
environ six heures dif matin , an mil quatre-vingt-
six , vinrent au logis du roi estant à Aix , les ducs
de Jullers, de Clèves, de Gueidres, le marquià
de Brandebotirg , le comte de Chimay , et aultres
de rhostel du roi , pour le mener à l'église ; tost
après vindrent le Juc de Zassen et le comte Pa-
latin , habitués comme électeurs^ est assavoir, le
duc d'une robe de satin cramoisi* et d'un man-
teau d'escarlatè, et le comte d'une robe de ve-
lours cramoisi et d'un manteau de mesme ; et avoit
chacun d'eux barrettes et chapperon fourré. Le roi
estoit vestu lors d'une robe de drap d'or et d'un
manteau de mesme , fort long, fourré d'ermihe et
affublé d'une barrette.
{'W DE JliAN MOLIKET. 55
CHAPITRE CXXX.
Comment Temperear yint an deranl du logis âa. roi Maxîmilîen , son
fils, attendant pour le mener à Fëglise Nostre-Dame d^Ak.
DuRAN T le temps que le roise préparoît pour aller
àréçlise, rempereur, qui lors portoitun collet d'or
et de pierres précieuses , estimé de cinq à six mille
florins , honorablement accompagné de ses gens ,
estoit devant Thostel du roi, où il l'attendoit de
pied coi. Ces deux nobles personnages abordés en-
semble , la révérence deuement faicte à Fimpé-
rialemajeslé^ marchèrent jusques à Féglise Nostre-
Dame. L'empereur print le roi parla main; les
électeurs , princes , prélats , marquis , comtes , ba-
rons et gentilshommes '^tindrent ordre tel que
dessus est escript , sinon que devant Tempereur et
le roi est oient plusieurs héraulx et officiers vestus
de leurs costes d'armes. L'église de Nostre-Dame
d'Aix, où sont accoustumés d'anchienneté de
célébrer tels haults et glorieux mystères, es toit ce
jour, et chœur et nef, richement tendue de la ta-
pisserie du roi. Au droit lez du grand autel , estoit
préparé pour l'empereur im siège élevé dessus le
marche pied de quatre et six degrés de hault ^ cou-
vert d'un riche drap d'or , ayant quarreau et siège
de mesmes; et pour les trois électeurs temporels;
56 CHRONIQUES (»4W)
c'est assavoir le comte Palatin , le duc de Zas-
sen etTévesque d'Auxbourg , frère des comtes de
Sôrre , représentant le marquis de Brandebourg ,
que Dieu absolve 1 estoit on long siège , en bas un
peu de celui de l'empereur ; et droit à Topposite
de rempereur, un degré plus bas que celui de
Tempereur , estoit préparée la chayère du roi , cou-
verte d'un riche drap d'or brocete , le ciel par-
dessus , et cousu de mesmes ; et joindant ceste
chajère en bas sur le marche pied , estoient pré-
parés deux sièges , l'un au droit costé pour î'ar-
chevesque de Majence, et l'aultre à senestre pour
l'archevesque de Trêves. L'archevesque de Gou-
longne, qui célébra la messe et acheva la plus-
part des mystères et cérémonies , sentant l'ap-
proche de l'empereur et du roi, se disposa de les
recevoir, et lui accompagné des archevesques de
Mayence et de Trêves , l'un à dextre et l'aultre à
senestre, tous trois vestus et dignement aornés
d'habits pontificaux , avec la suite de leurs souf-
fragants,.
(.486)
DE JEAW MOIilKET. 67
'.
CHAPITRE CXXXI.
S^ensuit la venue, aa devant de Femperear et du roi, âiicte par les
électeurs spirituels , jusques au portai de ladicte église.
)
Et aultres évesques et abbés crochiés et mîstrés ,
ensemble le vénérable collège de Nostre-Danae ,
^int jusques au portai de l'église en notable pro-
cession, au-devant de l'empereur et du roi; et
avoit ledit archevesque de Coulongne devant lui
deux comtes, l'un temporel et l'aultre spirituel,
portant chacun un instrument ou baston fait à
manière de fléau couvert de soie; et le frère du
marquis de Baude, vestu d'un sui^plis, portoit
la croix, qui fut donnée à baiser au roi par
ledit archevesque de Coulongne, et cela faict
inarchèrent jusques à la chapelle Nostre-Dame
en telle ordonnance que tout le collège pré-
cédoit ledit archevesque , et marchoit seul , et le
^oy entre les arche vesques de Mayence et de Trè veis,
^t l'empereur seul; et le suivoient aucuns évesques,
J)rinces , comtes et prélats , car desjà la pluspart
Kle leurs gens les avoient abandonnés pour avoir
J)lace en l'église , où Tentrëe estoit lors fort
dangereuse et difficile , pour la grande multitude
^e gens qui désiroient à veoir le couronnement.
58 CHaoRiQCEs (i4W)
CHAPITRE CXXXII.
L'entrëe de Temperear et da roi en la ville d^Aîz.
Par un lundi quinzième d'apvril , Tempereur
se deslogea de Coulogne et se mit à chariot pour
tirer à Aix ; et le roi le suivit tost après ; et logè-
rent à Dueren , pareillement le duc de Zassen , le
comte Palatin et plusieurs grands princes , comtes
et barons. Le lendemain s'acheminèrent vers Aix^
et quand ils furent à une lieue près de la ville, le
duc de JuUers en nombre de deux cents cheva-
liers, leur vint au-devant ; lequel portoit le deuil
pour le trespas du marquis de Brandebourg , son
beau-père, et ses gens estoienttous vestus de noir.
Pareillement vindrent au-devant de lui, le duc de
Clèves fort en poinct,les archevesques de Mayence,
de Trêves et de Coulongne , \equel, sur tous les
aultres, estoit le mieux accompagné , car iL avoit
douze comtes et plus de trois cents chevaulx ; le
comte Palatin en avoit près de trois cents , et le
duc de Zassen environ trois cents ; et furent esti-
més le nombre d'iceulx chevaulx de ceste entrée
environ troia mille.
Et l'empereur, qui ce jour fut vestu d'une robe
Je satin fourrée de martres , se trouva à un quart
de lieue près de la ville. Il descendit du chariot
04B6) DE JEAN MOLINET. 69
et monta à cheval. Et fut tenue telle ordonnance,
que les gentilshommes du duc de Zas^en , à l'en-
trée d*Aix , à cause qu'il est souverain marissal de
. l'empire , précédèrent tous aultres, et marchoienl
Irois à trois. Conséquemment ceulx du comte
Palatin , grand maistre d'hostel , puis ceulx de
Tarchevesque de Trêves , ceulx de l'archevesque
deMayence , ceulx de l'empereur , ceulx du roj,
eeulx de l'archevesque de Coulogne , ceulx du
duc de Jullers et ceulx du duc de Glèves. Ceulx
de la ville d'Aix leur vindrent au-devant sur les
champs 9 où il leur fit une proposition ; et avoient
fait apporter deux pâlies de diverses fachpns et
couleurs , l'ung estoit plat , l'aultre à creste , l'ung
Uep, l'aultrQ verd , l'ung pour Tempereur , l'aultre
pour le roy ; l'empereur eut l'viog un espace , le
roy ue voelt prendre l'aultre.
A ceste entrée fut semé argent amoiptt le» rues»
ei orioij l'on largesse. L^ duc de Zasseu portoit
Tespée^ nue -, et le comte Palatin le costoyoit du
droict lez ; l'archevesque de Trêves estoit devant
l'empereur , lequel avoit le roy au costé dextre,
et auprès du roy etoit l'archevesque de Mayence ;.
et les électeurs se tenoient derrière et laissoient
l'empereur marcher seul une espace, mais il les-
rappela auprès de soi. En ce train de marche ,
allèrent descendre l'empereur et le roy à l'église^
Nostre-Dame , où ils firent leurs oraisons devant
le grand autel ; puis , en ordonnance comme
dessus , convoyèrent l'empereur jusques à son
6o CHRONIQUES {A^)
logis ; et quand Tempereureut congié le royjesélec-
teurs et princes , tous ensemble accompagoëreot
le roj et conduisirent jusques à son hostel en la
manière que s*ensuit. Premiers marchoient les
gentibhommes et chcTaliers des électeurs , princes
et prélats , puis les gens du roy , puis les comteSj
puis aulcuns prélats , puis les seigneurs de Gael-
dres y le comte de Nassou et le comte de Ghimaj
puis le marquis , le duc de Jullers , le duc Jas-
pait) de BaTÎère et le duc de ClèTCs ensemble, fm
révesque^le duc Albert de Zassen, et puis le doc (k
Zassen « lequel , par le consentement de rempereof
portoit Tespée nue defant le roi; et ledit duc l
dextre du ccHnte palatin ; TarcfaeTesque de Trêve!
marchmt seul ; puis le roi aToit au droit lez l'ar
cbcTesque de Gouloagne, au séoestre costé l'ardie
Tesque de Majence ; et pour ce que les m jstère
du couronnement se sont faits sur rarchevescbi'
de Goulongne , a précédé les deux autres électeot
en honneurs et cérémonies.
(•W
DE JEAN MOLINBT. 6l
CHAPITRE CXXXIII.
Gomment le roi confesse premier, reçut son créateur , et fat , par les
deux arclieyesques , mené devant Tautel.
Le roi , qui le jour devant , comme bon chrétien
et fils de saincte église , s*estoit disposé pour recep-
voir son créateur^ fut par les deux archevesques
mené devant le grand autel de Nostre-Dame, et
il se mit à genoux et fit sa dévote prière , puis
fut amené en sa chayère, et chacun print siège et
lieu, selon ce que dit est. L'archevesque de Cou-
longne disposé pour célébrer^ assisté de notables
prélats qui l'administroient au divin service , com-
mença la messe; les iCz/Ye chantés. Ton commença la
litanie à laquelle aulcuns respoodoient Oraproeo,
CHAPITRE GXXXIV.
Comment le roi fut prosterne en terre , par deux fois , et depuis fut en-
oingt , bcnit «t couronné
Et lors les archevesques de Mayence et de Trê-
ves amenèrent le roi , qui devant la litanie se
prosterna devant l'autel, les bras en croix et la face
enterre. Lalitainie chantée, avec plusieurs belles
oraisons et bénédictions servans au mystère , le roi
G2 CHUONIQUES ("48^
se leva, qui fut ramené en sa chayère jusques après
répistre; puis derechef fut ramené devant l'autel
où il se coucha et eslendit comme dessus, et fut béni
parl'archevesquedeCoulongne ; puis futramenéau
revestiaire , despouillé de son long manteau de drap
d'or, et lui fut ouverte la robe devant et abaissée
derrière; puis revint devant l'autel où il fut en-
oingt en trois ou quatre lieux, c'est assavoir sur le
chief et en la poitrine , sur le dos et au dehors de
]a main dexlre. Après qu'il eut receu la saincte
onction, il retourna les mains joinctes audit reves-
tiaire, où il fut revestu de l'aube de Saint-Charle-
magne et d'une estoUe de, mesme 5 et en ce point,
aoriné de ces habits royaulx, qui sont réputés de
grandestime, pour l'honneur de Charlemaigne^ qui
jadis en fut habitué, il revint à l'autel, où plusieurs
nobles hommes qui ce regardoient, remplis de joie,
commencèrent à plorer , mesme l'empereur se
print à larmoyer. Le roi, vestu comme dit est, se
mit à genoux devant l'autel , puis tourna sa face
devant le peuple. (1)
( I ) Les manuscrits indiquent qu'il manque ici un cha-
pitre.
('486) DE JTEAN'MOLINET. 63
CHAPITRE CXXXV.
Comment les ëlecteurs lui chaindirent Fespc'e de Charlemai^c.
Et rarchevesque de Coulongne lui fit aulcunes
bénédictions^ qui avec les deux aultres électeurs
lui chaindirent l'espée de Charlemaigne , etl'assist
en une basse chayère; et lors l'empereur, qui dès le .
cominenchement de la messe se séoit en siège im-
périal, environné et aorné magnifiquement et cou-
ronné de trois couronnes, descendit de son triom-
phant estage, accompaigné des électeurs séculiers,
s'approcha du roi , tira hors de la gaigne ladite es-
pée et lui bailla \ et le roi la mit es mains du duc
de Zassen qui la porta une espace , puis la bailla
au marissal de Tempereur ; pareillement lui furpnt
donnés le globeau d'or que portoit le comte Palatin ,
le sceptre que portoit un seigneur d'AUemaigne ,
représentant le marquis , et les anneaux lui furent
mis aux doigts.
64 CHROMIQUES ("4**)
CHAPITRE CXXXVI.
Le couronuement.
Pais fut affulé d'une chappe d'église , et finable-
ment couronné par l'arche Vesque de Coulongne,
de la propre couronne que porta le roîCharlemai-
gne y laquelle estoit de fer en cercle , mais tant ri-
chement aornée de riches joyaux qu'elle serabloit
estre d^or et de pierres précieuses. En cest estât
royal, magnifique et fort excellent , l'empereur ,
ensemble les électeurs spirituels et séculiers, te-
nant ordre comme dessus, avec grande séquelle
de prélats et princes , menèrent le roi sur les voi-
les de l'église, où estoit richement préparée la
chayère de l'empereur Charlemaigne.
CHAPITRE CXXXVII.
Comment le roi fut, par Fempereur et les électeurs , assis en la chayère
de Charlemaigne.
Et là fut assis à grand triomphe comme en un
hault glorieux trosne , et lui fut baillée la posses-
sion de son royaulme , et fut nommé coadjuteur
de l'empereur pour tenir la monarchie du monde
après le trespas de son père. Dont pour rendre
('485^) DE JEAN MOLIBIET. 65
^ûce et louange au souverain roi des rois de la
très digne et sacrée promotion où Dieu l'avoit ap-
pelé , messeigneurs les chantres chantèrent Te
Deum. Je ne sçauroye mettre en compte la liesse ei
consolation qui lors estoit aux cœurs des assistans ,
pour la nouvelleté du mystère non guaires advenu
ennostre temps, car noble chose et fort plaisante à
regarder estoit de veoir le père et le fils , l'un
empereur et l'aultre roi , ensemble triomphans en
leurs majestés , assortis et con jouis des princes de
Germanie les plus grands de la terre ; et n*est mer-
veilles si le père empereur , fort avant en ses jours,
avoit grande joie au cœur de veoir son seul unique
fils es fleur de sa jeunesse , esleu , sacré et cou-
ronné à roi par la voix du Saint-Esprit, sans fa-
veur nulle ou contradiction, pour subvenir à sa
débille vieillesse , au grand honneur, salut et aug-
mentation du très saint empire romain. Et causa
ceste nouvelle création et coronation royale,
aux bons subjectsresjouissance, aux ennemis grande
desplaisance , gloire et honneur à ses amis ,
crainte et terreur à ses ennemis. Le Te Deum fini,
pour perpétrer la renommée et sublimité de ce
hault et excellent triomphe, le roi-fit environ cent
et cinquante chevaliers, entre lesquels fut le comte
Palatin , le duc de Zassen , électeur , le marquis
de Baude et son frère Guillaume de Hesse, le duc
de JuUers , un duc de Bavière , le duc de Gueldres,
Philippe , bastard de Bourgogne , Philippe Wette,
un noble escuyer de l'ambassadeur d'Angleterre ,
Chrokiqobs. T» XLIV. •— J. Molinet. //. ^
66 CHRONIQUES fj^i
le chancelier de Brabant , le seigneur de Brede
rode, Lamant de Bruxelles, le burguemestre d'At
vers, Guillaume de Croy , le seigneur de Chiè?re
Hugues dà Meleun, le seigneur de Lalaing, Géraw
de Boussu, seigneur de Cambres, Loys BoUin
seigneur de Lens , Jehan Cottreau et aultres d'es
tranges pays , desquels les noms et seigneuries me
sont incogneues.
Ces baults mystères honorablement faits et ac-
complis, le roi descendit du siège où le roi Char
lemagne fut jadis glorieusement intronisé , et fa
amené en la première chayère devant l'autel ^ Yerfi
pereur et les électeurs assis chacun comme devant
l'archévesquede Coulongne parfinitla messe. L'E
vangiie chanté , le livre fut apporté à baiser i
l'empereur et au roi par l'archevesque de Cou
iongne.
0"itf
CHAPITRE CXXXVin.
Comment , en la (in de la messe, le roi reçut son Créateur.
Or quant vint au post-communion , le roi se nu
à genoux devant l'autel et receut son Saulveur
Ceuxqui véoient et considéroient ces cérémonie
et sacrés mystères, povoient dire pour certain
qu'ils avoient ce jour veu trois rois les plus granc
du monde , l'un estoit Nostre Seigneur Dieu, roi d
ciel et de la terre, et les deux aultres l'eiQpereï
^t son fils.
('W DE JEAN MOIilNET. 67
CHAPITRE CXXXIX.
Comment^ la messe chantëe, on fît au roi plusieurs remonstrances
Le roi couronné en son siège e't la messe mélo-
dieusement chantée par ses chapelains, le comte
Haghes fit remonstrance au roi , enlangaige thie-
nois , des grands , laborieux , léaulx et continuels
services que les comtes de Chimay , pareillement
son père , son grand père et son ave avoient faict
au roi et à madame la ducesse d'Austrice son es-
pouse, que Dieu absolve ! à ses très illustres pro-
génileurs et aussi au très sacré empire ; et povoit
êncorres ledit comte, flourissant en prouesses, ver-
las et bonnes meures , faire à l'impérial sceptre
service agréable , priant très gracieusement que sa
inajesté royallè se voulsist condescendre à lui donner
promotions et titres honorables , selon la faculté de
ses mérites , espérant sa persévérance de bien en
nûeulx, en honneur et proesse ; et lors le roi, mémo-
ralifdu service que lui et les siens lui avoient faict,
pour récréation en nouvelleté de sa coronnation/
fecréa et fit prince de l'empire. Le serment par lui
fâicl, tel qu'il appartient h telle dignité, promo-
tion et hautesse, il fut revestu du mantel princi-,
Jttl et afiulé de barrettes de meismes. Ces magjpî^
Sqaes besoingnes honorablement accom{)licw, se
partirent de l'église aîtisi habitués qu'ils esloient.
5.
68 CURONlQUIiS (*485)
CHAPITRE CXL.
Comment le roi fut ramené <le Téglise en son loçis > et Tordre j tenu
au disner.
L'empereur , le roy et les trois électeurs spiri-
tuels ensemble en un rang , le comte Palatia
tenant le globeau d'or ^ le duc de Zassen por-
tant l'espée nue , et un chevalier le sceptre »
vindrent disner à l'Hostel-de-ville , en une salle
•
en hault où il y avoit grandes préparations et plu-
sieurs tables quarrées, et sept ou huit ciels tendus
dessus lesdites tables , entre lesquels la table
de l'empereur et du roy estoit en front , au bout
de la salle contre la parois, eslevée de cinq ou six
degrés de hault , laquelle avoit en senestre letz
un dreschoir fort chargé de vaisselle. Et le comte
Palatin et le duc de Zassen donnèrent à laver à
l'empereur et au roy , séans eux deux à une
seule table , le père à dextre et le fils à senestre ;
puis allèrent à la viande. Le comte Palatin et le
duc de Zassen , marissal de l'empire , lequel por-
loitun baston en la main comme maistre d'hostel,
et le comte Palatin apportoit le premier plat à
cheval jusques aux degrés , et fut assis par lui-
rHpsnie,qui fit faire lacrcdence. Le duc de Guel-
dres^servit du second plat, et il y avoit vingt-deux
bleuîtes. Le prince de Chimay servit le tierche
\\\^^) DE JEAN MOLINBT. 69
a^ec les sieultes, et le duc de Gueldres du quarts
et coDséquemment jusques en fin ; mais le pre-
mier mets assis, les électeurs prindrçnt lieu; et
est à entendre que chacun d'eulx avoit sa table quar-
we à part et une autre table auprès à manière de
dreschoir. L'archevesque de Coulogne s'assist au
dextre costé de l'empereur, àtroisesgambées arriè-
re, Tarchevesque de Mayenceausenestrecostédu
roy, l'archevesque de Trêves au milieu delà salle.
Hlec estoit une table couverte où nul ne séoit , et di-
soit-on que c'estoitla place duroi de Bohême, élec-
teur, auprès de laquelle séoit le comte Palatin ; le
doc de Zassen séoit en une autre table emprès de
laquelle estoit représentant le lieu du marquis de
Brandebourg . Assez près estoien t assis les d ucsAlber t
de Zassen, Loy s de Baviêre,les ducs de* Jullers etde
Clèves. Auprès d'eulx y avoit une table vuide et
couverte pour le marquis de Baude , le lantgrave
de Hesse, le duc de Gueldres, le prince de Chimaj
ctaoltres qui lors ser voient. Aune aultre table,
estaient assis le vieil comte de Sorre , les ambas-
^eurs du duc Sigismond et aultres ; auprès de
laquelle estoit une table vuide , préparée pour aul-»-
cous évesques d'Allenlaigne. A une aultre table
*éoient les évesques de Nusse , de Cambrai , de
Wotms , le frère de l'archevesque de Majence
* aultres ; auprès de laquelle séoient ceulx de la
^ d'Aix ; à une aultre , la loi de Coulogne ; à
^^ aultre, ht loi de Francfort i à une autre , la
W deNorenberg; à une autre, plusieurs héraults
7© CHRONIQUES (»4^)
et officiers d'armes. A ce disner fort sumptueux où
comparurent les plus nobles et grands person-
nages de Germanie , entre les aultres choses , il y
eut trois entremets j et fut le premier que le duc
de Zassen entra en l'avane jusques à la chaingle
de son cheval , laquelle avaine fut mesurée à un
boisseau d'argent^ estriqué de mesme et abandonné
à tous ceulx qui en vouloient avoir. Le second
entremets fut que les AUemans tournèrent en
broche et rostirent à force de feu un bœuf tout
entier , duquel , quand il fut cuit , une partie fut
présentée au roy et l'aultre à l'abandon du
peuple. Le tierche entremets fut de plusieurs
oiseaulx revestus, comrtle paons et voililles, qui fu-
rent par esbattement rués par les fenestres de hault
en bas aulx mêmes gens illecq expectans : et ceulx
estoient réputés vaillans qui ^n povoient avoir
quelque plume.
CHAPITRE CXLI.
NouTelleté de messire Philippe Guoguet.
AuLTRE nouvelleté fut que sire Philippe
Guoguet ^ ausmonier du roy , composa subtU-
lement, au milieu du cloistre de Nostre-Dame,
une fontaine fort honneste , où il y avoit sur une
coulombe Timaige d'un aigle de sable , et deux
lions armoyés et eslevés, l'un deBrabant, l*aul-
\
[itfit] DE 7EA» MOLINET. 7I
Ire de Flandres , lesquels rendoient vin en grande
abondance àceulx qui avoir en pouvoient ; et fut
ladite fontaine fort prisée et bien regardée d'aul-
cuns princes et seigneurs , .souverainement de
Vempereur, qui la vint voir à Taprès-disner pour
passer temps.
CHAPITRE CXLII.
Qœ les relUpiaires farent monstrées à Pemperenr et au roL
Lendemain^ furent monstrées à l'empereur et au*
roi les reliques de l'église , c'est assavoir : la che-
mise Nostre-Dame , les draps où Nostre Seigneur
fut en son enfance enveloppé, le linge dont son
humanité fut couverte en l'arbre de la croix , k?
cirap sur quoi Saint-Jean-Baptiste fut décolé , et
aultres dignités. Le mardi ensuivant, l'empereur,
le roi et les électeurs se trouvèrent en la maison
^ la ville, où messeigneurs d'Aix firent ser-
ment au roi, et le roi congia plusieurs de ses
gens, et renvoya le prince de Chimaj fes pays; et
tost après se deslogèrent l'empereur et le roi, et
W électeurs d'Aix , et retournèrent à Coulongne.
ji
72 CHRONIQUES ('W
i
CHAPITRE CXLIII.
Joustes, bancquets , festoyement qai se firent à Coalon^ne , l'empe-
rear , le roi et les électeurs retournés de la ville d'Aix.
Lb couronnement faict à Aix^ en plus grand
triumphe que jamais fut de nostre temps, Tem-
pereur , le roi, les électeurs , ensemble leurs com-
pagnies , retournèrent et rentrèrent le joedi en-
suivant dedans Coulongne , en telle ordonnance,
que premier marchoient les gens du duc de
Zassen , ceulx du comte Palatin ensuivant , ceulx
du duc de Jullers , puis ceulx des archevesques
de Trêves et de Mayence, et puis ceulx du roi,
tous en armes. Après venoient le grand Polhain
etlemaistre d'hostel deNassou, puisJe seigneur de
Polhain et le frère du comte de Nassou^ puis les
deux frères d'Aigmont , et le seigneur de Bolques-
tain, armés tous en blancq, puis le comte de
Hanon, et lantgrave Van Hesse, et Tévesque de
Liège , puis le marquis^ le duc Albert et le duc de
Jullers, puis le comte Palatin et le duc de Zassen,
puis l'archevesques de Trêves, seul devant le roi;
et le roi venoit armé de plain harnois au milieu de
Tarchevesque de Coulongne du droict coslé et de
Tarchevesque de Mayence de Taultre, après lesquels
venoit en son chariot, ayant suite des gens de mes-^
seigneurs de Coulongne et de Liège. En ce trium*
f^W DE JEAN MOLINËT. y5
phàntarvoi, mairchërent jusques à Téglise* des Trois
fiois , où le roi descendit. Son oraison finée, il fit
le serment; pendant ce temps, l'empereur se
logea, et le roi fut convoyé à son logis par les
électeurs et princes, tenant ordre comme dessus.
Le mardi dix-huitième d'apvril , vint vers le roi
ane ambassade de Savoye, un chevaulcheur de Ve-
nise, etsi estoit arrivé l'ambassade dePouloiugne.
Le vendredi sequent, le roi donna audience à
plusieurs expectans : entre les autres comparurent
ïévesque de Liège et sire Evrard d'Arenberg , le-
cpel se jectant à genoulx , proposa aulcuns lan-
gaiges quérimonieux mixtionnés de hongueries et
murmures sur ledit évesque. Ce voyant et oyant,
le rd le cuida faire taire , mais il procéda oultre
injmeusement contre ledit évesque et les siens ,
tellement que le roi le prinst fort mal en grâces et
commanda qu'il se partesist d'illecq.
Le mardi, joustërent sur le marché, à la mode
^'Allemagne , deux nobles hommes de l'hostel de
Tatchevesque de Goulongne , et de leurs nobles
séquelles ; le roi se trouva sur le marché pour veoir
tejoustes (i) alla quérir le duc Albert,
qui debvoit jouster contre le grant Polhain , et
[ qooDtil l'eut amené sur les rangs, tost après alla
qoerir le comte Palatin, accompagné de quatre
joDsteurs, deux à rochets et deux à fers esmolus.
iprès vindrent messeigneurs Vincent de Zvanen-
(]) Lacune..
74 GHUONIQUES (1466)
bourg , marissal de Tarchevesque , et cent et un
aultres Allemands.
Ceulx qui joustèrent de rocbets besongnè- j
rent tçUement que par bien courre et sans lices il» '
s'entre attaindirent; et cbeut l'un d'eux ; et quant
il fut remonté à cheval , ils firent courses et at-
taioctes tant fières , qu'ils se ruèrent l'un l'aultrt j
par terre ; puis ils recommenchèrent ^ et celui qû ;
avoit premier abattu son compaignon fut rué jus j ^
ainsi chacun j eut honneur égal. Le comte PsK. \
latin et messire Philippe de Nassou^ joustèrent h' \
fers esmolus l'un contre l'autre tant vistement , que
messire Philippe fut abat u de soncheval^ et le comte
fut soustenu de ses gens , et ramené par le r<H à .
son logis. Le duc Albert de Zassen et messire
Volgang Polhain , joustèrent tellement, quelePd*
hain attaindit le duc tant rudement , qu'il tombœl;
par terre s'il n'eusist esté soustenu ; puis jousta
messire Vincent de Zvannenbourg contre son
Âllemant, et ne besongnèrent guaires bien.
Ce bruit passé , le roi retourna à son logis; les
électeurs luy offrirent le convoi , mais ne le volut
souffrir. Cemesme soir, l'arche vesque de Coulongne
avoit préparé un bancquet pour festoyer le roi et
les princes , et avoit convoqué grand planté de
dames et de damoiselles. Il fit couvrir une table
eslevée dessus un marchepied de deux ou trois de-
grés de hault, au-dessus de laquelle j avoit un
ciel et dosseret de velours cramoisi, armoyé de ses
armes. A la main droicte de ceste table, estoit une
[^h^^) DE JEATï MOLIWfiT. 76
aullre pour mectre les plats et le vin. Ne de-
moura guaires que le roi ne se vint asseoir à table
directement soubs le dosseret ; auprès de lui, à la
main droicte, séoit madame de Nusse; à la main
gauche le comte Palatin et une abbesse ; et puis
droict devant séoient le duc Albert et madame des
r
p Onze Mille Vierges ; au bout du passe , du
\. droict lez, estoit en bas , la table de Tarchevesque
deCoulongne; et séoient avec lui un comte d'Al-
lemaigne, madame de Sainte-Marie, la comtesse
deVernenbourg , la comtesse de Mennarde , deux
i de ses cousines et le lantgrave de Hessen. Il y
aYoit aultres tables où séoient les demoiselles et
gentilles femmes^des dames dessusdites et les nobles
dame^ des seigneurs ; et au bout de la salle j avoit
Qodreschoir de quatre degrez, toutchergié de vais-
selles. Au lever du bancquet, l'on dansa jusque^
à deux heures après mynuict. Le vin et les espices
t données, le roi print congié, qui fut reconvoyé à
; mj voie de son logis , par le comte Palatin et le
[ dacde Zassen. Le vendi^edi , vingt et unième d'ap-
ï toIj le samedi , dimanche et lundi ensuivant, plu-
sîeors festoyements se firent des uns aux aultres.
76 CHRONIQUES
CHAPITRE CXLIV.
Le bancqaet da roL
Entre lesquels le roi, pour festoyer les
et bourgeoisie de Coulongne , fist préparer
sumptueux et riche bancquet^ à l'hostel de J<
Van de Nelle ,où la salle fut préparée de sa tapi
rie. Au front devant estoient tendus trois dcxse^l
rets et ciels de drap d'or ^ desquels celui du milierfj
estpit armoyé des armes de Bourgogne ; à une 1(
gue table , eslevée de trois degrez , et contre la
roi du droict costé de la salle, estoit un riche dri*» j
soir eslevé de six degrez de hault, chargié de'
vaisselle dorée. Le roi séoit sous le ciel armoyé àt
Bourgogne, auprès^duquel séoient, du droict costéi
madame l'abbesse des Onze Mille Vierges , rarche-'
vesque de Coulongne , mademoiselle de Vernan*
bourg , le comte Palatin , madame de Saincte-Bb^
rie^et au deboult^ le comte de Sorre auprès du ro£-
Du sénestre costé séoient la comtesse de Mennarde^
l'archevesque de Mayence,madame deNusse, rar-^
chevesque de Trêves, une demoiselle des Onze
Mille Vierges, et au deboult l'évesque de Worms.
Au devant de ces personnages séoient l'éves-
que de Liège, le duc Gaspard, deux damoisellea
entre deux ; et droict devant le roi , l'ambassadeui
86; OE JEAN MOHNET. 77
5 Pouloingne , le duc de Jullers, le lantgrave de
essen et aulcunes damoiselles entre eulx. A. ce
ancquet, qoi valoit un grand soupe, ne furent
aicts nuls assais. Le josne comte de Sorre Iren-
ilioit devant le roi, Rotellet servoil de la couppe,
et les aultres princes avoient chacun son homme
pour les servir. Le maistre d'hostel de Nassou tint
estât officiant de maistre d'hostel avec sire Philippe
jLft Wette. Le roi fut servi à quatre fois; il eut six
l^tssurlatable^ et chacun plat eut quatre sieultes
HWNîc aulcuns entremets. Au bas du marchepied es-
;toît| du droit costé^ une table où séoit les gen-
, HOi femmes 9 et au sénestre lez , un table pour les
boŒ^eoises de la ville. Sur la fin du souper, Tem-
pereor , en habit dissimulé embrochié , vint veoii'
Mt estât magnifique , et comme passe l'on donna
M roi à laver. TaUes et traiteaulx furent ostés;
Ton se print à danser. Le comte Palatin^ avec une
noble dame, commencha la feste , laquelle , quand
«De eut duré une espace , s'esleva une fort belle
nomerie ; et fut apporté illecq un pavillon de ta-
fabi, sous lequel estoient chantres et joueurs
Autnimeots qui très bien chantèrent et jouèrent^
poï8 vuidèrent hors deux grands personnaiges en
I ipxte d'homme et de femm<e, habitués à la mode
htrqaoise, lesquels, après qu'ils furent rentrés au
flîilloD, ils apportèrent, chacun sur son espaule^
DD josne enfant , vestu à manière de singe ^ faisant
mouwes et grimaces et singulières et bien estranges;
puisse boutèrent au pavillon et widèrent; et firent
78 CHRONIQUES (
une belle gente morisque. Geste morisque faicte, le
roi, accompagné dequelques dames les plus estran-
gement habillées que jamais , l'un et Taultre mon-
tés sur grans pantouf&es , yssirent hors du sus-
dit pavillon, et dansèreiit un petit, puis rentrèrent ;
et wida le roi de rechef , et amena une aultre ri-
chement habituée de velours à la mode de France,
La dame desvestit le roi de sa robe longue es-
trange qui lors demoura ayant une robe courte
de drap d'or et un petit chaperon de drap d*or,
et les chausses, partie de couleur rouge, blancs]
et bleuavec aulcunes bendes de drap d*or, Lj
dame avoit une hune devant sa face , et en ce pdol
dansèrent la franchoise.
La momerie passée, les princes et seigoenrfj
dames et demoiselles, dansèrent qui mieux mieiucj
après ces danses^ se fit d'espiceries et de chucad65
dorées un banquet fort singulier , plaisant à Ycâl
et sorti de nouvelletés non accoustumées à veoît s
entre lesquels il j avoit deux arbres de quatre
pieds de hault , portans fruicts et feuilles, e^
au - dessoubs frèzes croisans toutes coulourées H
meures. Au milieu de ces deux estoit un roi B
cheval , portant bannière desployée et armoyée des
armes du roi des Romains. Lescongiés prins, leroi,
convoyé d'aucuns princes , se retira en son logis }
les nobles dames, convoyées d'aulcuns aulttes, s'en
allèrent chacune en son quartier.
(i486) OE JEAN MULIRET.
79
CHAPITRE CXLV.
Le reloar du roi en Brabant et en Hollande.
i Si le roi s'estoit monstre humble et fort hu-
main vers messeigneurs les électeurs et princes de
Germanie avant son élection , encoires se monstra
I il plus aflPable et complacent après sa corona-
tion, selon la dignité de sa vocation royale ; car,
quant vint le partement de sa séparation des élec-
teurs et princes faicte à Coulongne , le roi mesmes,
honorablement accompagné des siens, les con-
voya particulièrement, et remerchia grandement,
qui fut signe de vraie humilité ; et quant vint le
jour de son partement de Coulongne, qui fut le
idngtième de mai, l'empereur le convoya jusques
au monter au bateau; et lors le roi, pour congié
prendre, fleschit les genoulx en terre devant son
père, qui tantost le releva en disant adieu. L'em-
pereur, qui ne se peult tenir de plorer, se print à
larmoyer ; si firent plusieurs nobles hommes , de
pilié esmeu6, qui ce partement véoient; et quant
le filsfutmonté sur le Rin et eslongné du père, le
père se tira sur la rive, et le convoya à l'œil aussi
longuement que regard en povoit avoir, et que
paternel amour s'en povoit estendre sur son chier
fiis.
8o CHRONIQDBS {^k^
Ce soir, le roi arriva à Zone , où Tarchevesque
de Coulongne , à qui la ville appartient, le recheut
et le festoya ce mesme jour ; et le lendemaih lai '
et la pluspart de ces nobles , le mena à messe, oq
les demoiselles du cloistre, ensemble les seigneurs
de la justice, lui vindrerit au-devant à notable pro-
cession ; et séjourna illec le jour de la Trinité,
le lundi et mardi ensuivant , pour regarder la si-
tuation de la ville , pour veoir la labourieuse for*
tification , et enquérir de Tadmirable résistance
que les assiégés du très puissant duc Charles, en
l'na soixante et quatorze, avoient acquis gloire, te
et honneur perpétuel.
Le mercredi ensuivant, le roi se partit de
Nuysse ; partie de ses gens se logèrent à Ëcquerlain»
et il se logea à Albiguère , où le duc de JuUers Im
vint au-devant à privée compagnie ; pareillement
monseigneur Hampos , qui honorablement le fes*
toya ce soir; et le jour du sacre , le roi aorné de
plain harnois, une robe d'or par-dessus, entra
en Rembnde , où ceulx de la loi , ensemble ceulx
de l'église , portans croix et confanons , lui firent
notable révérence. Le lundi sequent , le roi vint
au giste à Horst; et le mardi^ aorné comme dessus,
entra dedans Bois-le-Duc, à grand triumphe,.oii
ceulx de la ville, à notable procession, allèrent au-
devant , portants grant plenté de torses; et lui pré-
sentèrent à sa bienvenue un bœuf et deux pipes
de vin. Le joedi ensuivant, le roi se partit au
matin de Bois-le-Duc, et vint tout voilant jusque!
(*W DE JEAN MOLINET. 8l
«
à Hesdin , où il séjourna quelque peu pour ap-
poincler un différent entre l'archevesque de Cou-
long^ne et le duc de Clèves. Là printcongié le duc
de Clèves au roy qui lui donna un cheval et une
pippe de vin. Là vint Jehan de Lannoy , seigneur
deMyngoval, servir de son estât et office de pre-
mier grand maistre d'hostel^ qui paravant éstoit
grand maistre d'hostel du josne duc Philippe. Le
samedi séquent, te roi deslogea de Hesdin et se vint-
disoer à Gorkum. Ses gens montèrent sur bateaux
etcharriots, et à petite compaignie vindrent à
Dordrecht , où ceulx de la ville, en grand nombre
de navires et de gens , estoient venus au-devant
avec leur seigneur d'Aiguemont pour le conduire;
lesquels avoient fait les feux sur tonneaux , depuis
Gorkum jusques à Dordrecht. Quant il entra en
k porte, quatre notables personnaiges portèrent
1m pal de drap^ dessus lui, et huit hommes, re-
Testus de sa livrée , chacun un flambeau en main ,
^ le convoyèrent à son logis , devant lequel y avoit
Wtoires , un aigle et un lion distillant vin du
Wûn incessamment à tous ceulx qui prendre en
soldent ou povoient. lUecq estoient aulcuns com-
pagnons, quitenoient un bœuf vif, fort gras et de
a hauteur de dix-neiif palmes , et un très grand
esturgeon , lesquels furent présentés au roy à sa
, Ken-venue.Ledimanchequatrièmedejuing, le roy
alla oyr la messe à la grande église , accompagné
de l evesque de Cambray, de l'évesque de Liéon et
de Tabbé de Sainct-Bertin, des seigneurs d'Aighe-
Cbiohiques. T, XLIV. — J. Mouic et //. *6
82 CHROWIQtJKS («48^
mont y d'Isestain , et plusieurs aultres chevaliers
et escaiyers.
Lendemain^ le roi donna audience aux Hollan-
dois , lesquels par maistre Jacques Allemondc^ fut
faicte une proposition très belle , grandement auc-
torisée , et fort à Texaulcement et louange de sa
rojale majesté ; après laquelle fit chevalier de sa
main Gérard Appenkincq, CornelisVan Deurp,
Adrian de Zuet , Cornelis Gonsinghes et aulcuos
aultres. Trois jours après fit chevalier Jacques de
Cathz, Philippe d'Ëspaigne et Jean die Nortwye.
Le vendredi ensuivant, le roi passa Teaue à
Saincte-Gertrude-Berghes, et alla au giste àBreda,
où madame de Nassou le reçut honorablement et
lui donna lendemain un beau bancquet; et le jour
ensuivant fit son giste à Tournoud, où il chassa et
voila; et vindrent vers lui, le seigneur de Boussa,
l'abbé du Parcq , maistre Thiebault Baradot , tré-
sorier des finanches, les députés d'Anvers et de
Bruges.
(i{86] DE JEAN MOLIIÏET. 85
\
mmÊBBsmaamsam
CHAPITRE CXLVI.
Traction de pmx entre le roy de France et le roy des Bomains , en$emble
les prinses de Mortaise , de Honneoourt et de FEsclnse.
Oncques depuis que le seigneur desQuerdes des-
«endit à uiain armée dans la comté de Flandres
f pour secourir les Ganthois à Tencontre de Tarchi.
' duc Maidmilian^ présent roi des Romains , la paix,
(]iH parafant prospéroit en vigueur et forcé, au
grand prouffit et avanchement de la chose publi-
^ ^, ne fut ferme ne bien assurée. Et ainsi ^ si le
î. ïoy de France avoit volonté de observer et tenir
l en son entier , et non violer bonne paix^ tant né-
i eessaire d'un costé, et de Taultre solemnellement
^ jnpée et promise , il ne devoit transmettre ni per-
; înettre ledit des "Querdes, soi entremettre du dif-
' fêtent qui lors est oit entre le père et le fils, entre
I fe seigneurs et les subjects, entre le chief et les
t niembre^ du corps; et se debvoit bien passer le-
dit des Querdes de j venir à puissance et à ban-
nièpe desployée , car le père recouvra son fils , le
seigneur pardonna aux subjects, et les membres du
corps furent réintégrés au chief, et il demoura mal
^ grâce des deux parties et des Franchois mesnië
(pn Favoient envoyé ; et retourna demy confus à
peu d^honneur. Et pour exploict de guêtre , et
pour ce que la pluspart de ses engiens et artillerie
/ 6.
84 CHRONIQUES («W
éstoit en Flandres , fut si précipité de son retour
qu'il n*eut loisir de les recueillir. Il détint et occupa
par manière de récompense et contrevenche certains
navires sur mer du quartier du roi des Romains.
Âulcuns compagnons de guerre, qui lors se tenoient
es frontières de France pendant le voyage d'AUè-
maigne, se prindrent à courre sur les frontières, à
saisir places^ à prendre bons marchands et piller
le plat pajs; et ainsi se contourna la bonne paii
au povre peuple, tant désirée, en foîble et mortelle
langueur; et la maudite guerre toute engendrée et
concheute se print à crôistre, nourrir et pulluler,
au grand dommaige et foule du pays. Et quand le
bruit des haults triomphes qui se tindrent au coa*
ronnement du roi des Romains fut espandue parle
monde univers, les capitaines et chefs de guerre de
son parti à demi reposés esveillèrent leurs espeiits.
Si devindrent plus fiers et courageux; etleuf
sembloit bien que le roi , en la vertu de sa royale
couronne et bienheurée fortune , les debyoit mec-
tre en œuvre, en conquérant la pluspart des pay$
perdus, et que François qui nuls n'admirent^ aux-
quels ceste nouvelle création de roi estoit fort desr
plaisante, en seroient plus doulx et moins redoutés.
. Advint en ce temps qu'en la ville et chasteau de
Mortaigne se tenoient en garnison aulcuns soldats
entretenus par le seigneur des Querdes , lesqudb
l'un d'eux, de la nation d'Escoche, occit l'aultre
par débat ; s'en fut hay et débouté du demourant
des compagnons. Quand il se vit en ce point des-
W86) DE jBAl^ MOLINËT. 85
poinçté, il proposa de soy venger. Dont, pour venir
au chief de sa prétente, il se rendit au seigneur
de Montigny, lequel subtillement enquist de la
conduite, force et disposition de la place , et le-
dit seigneur esprins de hault voloir , à qui rien ne
sembleit impossible, fut adverti de Testât de Mor-
taigfne^ H assembla là quantité de ses gens avec
certsân nombre de paysans. Si se tf'ouva devant la
« ^e et fit sommer ceulx qui Tavoient en garde de
j la rendre incontinent, ou aultrement il leur don-
oeroit Fassault. Quand lesdits soldats se virent tant
sooldainement oppressés , pensans que le seigneur
de Moatigny, assez redoubté> ne disoit chose qu'il
o'eo^t fait à cop , ils rendirent la place , leurs
corps et leurs biens saulves, et furent conduits en-
^ Tîpon eux trente , par les gens dudit seigneur, qui
[ tint la place le demourant de sa vie et y mit soûl-
darsà sa volonté.
Advint en ce temps que Bertoulot de Louvaîn
assembla aulcuns compagnons de guerre et se mit
[ en embusche , d'ung matin, devant le chasteau de
f Honuecourt, tenant le parti des Franchois. Et
Çnand ce vint que la porte fut ouverte et le pont
dévalé, et que les vaches du chasteau widèrent pour
' aflep aux champs, Bertoulot et les siens entrèrent
et saisirent le chastelain prisonnier. Advint aussi
que Hellin Dès , accompaigné d'aulcun josnes
paysans qui peu ou riens n'avoient veu , anis
estoient très mal duitz de la guerre , se bouta
eo la place de FEscluse , marchissant à la comté
86 GHAOMIQUKS (li
d'Austrewan ^ et qui, pendant le temps qu'elle es-
toit Franchoise^ portoit grand dommaige au pays
voisin; dont, pour renfort de la place , le seigneur
de Sempi^ à qui elle debvoit appartenir y j envoya
aulcuns souldars sortis d'artillerie, qui ne peulrent
venir à temps, car le seigneur de Goy, marissal de
France, le bastard Gardon Guergue, leVerdet
aultres des garnisons à Tenviron, en nombre de sept
cents chevaliers et quatre mille piétons, se trouvè-
rent à l'heure de-mynuict, le vingt et unième jour
de juing, devant ladite Escl use, firent provi^oa
de fagots, amenèrent eschielles, engiens et artille-
rie pour donner Tassault ; et premier le bâtirent
incessamment de deux gros courteaux, puis six
heures au jour jusques à onze heures, tellement
que les povres paysans qui s'y estoient boutés, fureal
tout espouvantés. Hellin Dès, pensant que secours
estoit loingtain, qu'il estoit mal pourveu de genSj
de vivres et d'artillerie , rendit la place, leurs corps
et leurs biens saulves. £t quand Franchois eu fo-
rent au*-dessus , ils démolirent le fort , si que onc-
ques puis ame ne se y bouta. Et par ainsi, taal
d'un costé comme de l'aultre , fut la paix brisée e1
cassée , qui à si grand labeur fut tissue, à si grande
joye reçue et malheureusement brisée et corrom-
pue .
(■4%) DE JBAH MOLIHET. ' > S7
CHAPITRE CXLVII.
La printe de Thëronanne.
SjULLEZAA^ fort expérimenté en la guerre, hardi,
entreprenant et subtil conducteur de gens d'armes,
adverti aulcunement de la disposition et conduite
delà cité de Thérouanne, délibéra pour passe-
temps en lieu d'oiseuse , de faire une emprinse sur
ladicte cité y et desplojer force , savoir gens et
avoir, pour la conquerre au proufit du roi des Ro-
mains, et delà retirer hors des mains du roi de
France , qui par le trespas du duc Charles , que
Dieu absolve ! Tavoit occupée et destenue par l'es-
pace de neuf ou dix ans. Dont, pour achever ceste
emprinse, ledit Sallezar assembla de quatre à
cinq cents combattants , assez vaillants et fort aven-
tureux , lesquels montèrent sur mer en bateaux
couverts, feindant que c'estoit sel, pour mieulx
celer faict, et par un soir arrivèrent à Gravelinghes;
et pour ce que si petit nombre de gens ne souf-
fisoit point à si grosse besoingne faire, il s'ac-
compagna de quatre cents Angles que le roy d'An-
gleterre avoit fait chasser hors de la garnison de
Calaix, desquels le souverain conducteur estoit
fhomas d'Amont, fort expert et bien renommé
au mestier d'armes.
88 CHRONIQUES {»W
Ces deux bandes ensemble unies , firent provi-
sion d'eschelles, engiens, cordes et instruments
convenables à telle besoigne , et à moins de bruict
et le plus secrètement que possible leur fut, par
une obscure nuict et fort pluvieux, qui fut par un
vendredi le neuvième de juing, an quatre-vingt-
six, se trouvèrent vers Thérouanne; et au quartier
vers l'église de Saint-Nicolas se dévalèrent es
fossés. Se vindrent à la muraille, dressèrent leurs
eschelles , et sans avoir aulcun entendement avec
ceulx de léans, montèrent vigoureusement en
bault. Le seigneur des Querdes sentant les courses
prinses et attentées qui lors se faisoient sur les
frontières de France par ceux du parti du roj
des Romains , afin de prévenir au donmiaige qui
s*ensuyvit, pressa fort ceulx de Thérouanne de re-
cepvoir garnison ; et nonobstant leur refus ^ les
fourriers Franchois estoient venus ce mesme jour
pour diviser les quartiers ; et de faict retindrent
son logis , où se logèrent aultres hostes qu'ils ne
pensoient.
Quand la partie des Angles et la partie des Bour-
guignons , fiers comme luppars et hardis comme
lions, se trouvèrent par mojen de leurs eschelles à
peu de noise sur les muraillesde la ville, tous résolus
de la prendre ou d'estre prins , de tout perdre ou
de tout gaigner , ils ne trouvèrent de prime face
guaires de résistance^ car pour l'horrible temps
qui lors estoit impétueux tant de vent comme de
pluie , le guet de la nuict qui ce quartier avoit en
(i48(5) DE jB^]^ MOLINET. 89
charge , s'estoit retiré es tours prochaines ; si ne
povoit garder le fort ni regarder l'effort de ses
ennemis , lesquels , à peu de gré et de grâce d'eux,
sans crainte de doubte, de tempeste ou d'oraige ,
s'estoient travaillés et venus de loing pour esveiïler
leur guet; et de faict, ce que debvoient faire^trois ou
quatre de ceulx du guet de la ville, retirés au quoi
arrière des cresteaulx , pour la dureté du temps ,
ojantsla froisse de ceulx qui montoient, demandè-
rent qui vive ! et ceulx qui montés estoient res-
pondirent de vif estomacq , vive Bourgogne ! à
quoi ledit guet répliqua par manière de truffe. C'est
ton à savoir que Bourguignons se trouvèrent à ceste
heure sur les champs par ce beau harle. A ces
mots n'y eut plus de response ; mais mirent leur
entente Bourguignons et Angles de ramper à mont
tellement , qu'ils se trouvèrent à la muraille en
assez bon. nombre; et quand le guet se sentit avi-
ronné et approchié de tous costés d'aultre ma-
nière de gens que de ceulx de sa sorte , il volut
eslever un grand effroi ; dont l'un entre les aultres
s'advancha de crier alarme ! mais il fut incon-
tinent féru par un Bourguignon , et tant angois-
seusement navré , que test après il rendit l'ame. A
l'exemple duquel les aultres eurent conseil et advis
de eulx taire; et furent tellement menachés, sur
paine de mort , que oncques puis mot ne sonnè-
rent. Lorsque Bourguignons et Angles se trou-
vèrent sur la muraille et au-dessus du guet, ils des-
cendirent en la ville, et se tirèrent au marché , où
go GHROlilQUES ("4*^)
ils crièrent . «Vive Bourgogne ! tuez tout et mettez
» tout à feu et à Tespée.') Ceulx de la ville, qui pai-
siblement dormoient en leurs lits, cuidans d'estre
bien gardés , non advertis de ceste verde emprinse^
furent grandement esbahis, et non sans cause,
de voir ce criminel resveil. Ceulx qui s'advan-
ch oient de mestre teste à fenestre pour enquerre
des nouvelles » estoient rudement salués de viretons
et traits à pouldre, qui les firent à cop se retirer;
et comme saiges et bien advisés, serrèrent leurs
huys , et ne widèrent de leurs maisons jusques à ce
que l'eflProi fut passé. Les chanoines de Nostre-
Dame firent difficulté d'ouvrir leurs cloistres, mais
à la fin furent ils convaincus ; et Sallezar s'aida
dçs siens ; et à peu de résistance , se trouva maistre
de Therouanne.
Il la fit diviser par quartier y et un chacun d'eux
print logis selon son assentir. Il fit convenir de-
vant lui les principauix de la ville, et faisoit l'or,
l'argent, les joyaulx et vasselles des manans,
pour les distribuer aux compagnons qui ceste em-
prinse avoient furni , car ainsi leur avoit promis;
mais les robes et meilleurs vestements desdits ma-
nants , furent mis en réserve et par inventaire ,
pour en faire le bon plaisir du roj des Romains.
Peu de jours après, vingt-quatre ou trente
Angles chargèrent sur charriots la part du butin
qui leur fut distribué , et tournèrent les timons de-
ver s Saint-Omer. Quand ils se trouvèrent emprès
la justice, chantans et fort jojeulx qu'ils estoient
('4^^) DE JfiAN MOLINBT. Ql
?eDus si près de ville sans avoir dure rencontre ni
gnefve fortune , uneenibusche de François chargea
sur euX; qui en occit trois y saisit aulcuns d'eux, et
rant leurs proyes ; et partie de l'artillerie du roy de
France , comme bastons et grosses pierres , furent
trouves alors à Thérouanne , frontière du pays ,
pour en besoingner à temps opportun ; de quoi
les Bourguignons se réputoient plus joyeulx de les
avoir conquis que d'y avoir trouvé ung grand riche
trésor ; et d'aultre part y la perte de ladicte artil-
lerie estoitdure à porter aux Franchois^ souverai-
œment au seigneur des Querdes , qui lors tenoit
la monarchie de Picardie en sa domaine; etcuida
recouvrer par finesse et cautelle , ce qu'il avoit
perdu par mal garde ; et de faict y l'un de ses capi-
taines nommé Perrot y gascon fort subtil et caute-
leux^ accompagné de vingt ou trente complices de
mesme , les persyada tellement par aulcune in-
telligence^ qu'ils conclurent ensemble que ledit
Perrotet ses adhérents, faindansde se vouloir rendre
du parti des Bourguignons, furent receusàXhérou-
aime, et s'adressèrent à Saliezar; lesquels^ comme
les doulces sireines endorment de leurs chants
armonieulx les patrons de galées, il fut enve-
loppé , séduict et achermé de leurs doux afiaictez
languaiges , mixtionnés toutefois de fraudes et dé-
ceptions ; et tant bien patelinèrentj que ledit Sal-
lezar bailla au capitaine Perrot l'une des portes
de la ville.
Le seigneur des Querdes, adverti que son Perrot
Q2 GHRONIQUBS f«4^
estoit en estât et en train de parvenir à ses at-
tainctes^ fit loger secrètement une fiëre em-
busche auprès de ladite porte , afin de recouvrer
la ville ; et ce mesme soir Perret tint la porte plus
longuement qu'il n'estoitde coustume^ et fît mettre
aulcuns engiens hors , de quoi le peuple estoit
mal content. Sallezar, adverti de ces manières de
faire , assembla à toute diligence la pluspart de
sesgens, et les Attirer es portes, et charger surces
pèlerins. Quant Perrot et les siens se trouvèrent
surprinsen leurs mesus, et qu'il estoit en danger de
sa vie , il saillit par-dessus les murs et eschappa lui
dixième; puis[ses compagnons, quinze ou seize, cou-
pables de son maléfice , furent à mort exécutés ;
mais du parti des Bourguignons y morut le sei-
gneur de Pierues ; se fut bruslée une malheureuse
qui conduisoit la trahison ; et pour ce que pen-
dant le temps de cet alarme , les grosses cloches
de la ville sonnoient à cause d'un grand oraige
qui lors s'estoit eslevé, l'embûche des François
cuidant estre découverte et que l'on sonnast les
cloches de l'effroi, se deslogea soubdainement ,
et tourna en desroi ; se fut rudement poursuivie
par Sallezar et les siens.
04^) DB JEAN MOLIUET. gS
-*
}
I
CHAPITRE CXLVIII.
L'entrée da roi des Romamt en Anvers , Malines et Bruxelles, ensemble
la descente de Fempereur en Brabant et en Flandres.
Les grosses villes du pays de Brabant sentans
l'approche du roy des Romains, firent grosses prér
paradons pour le receptoir et conjouir en sa pros-
périté et bienheurée fortune; car chose nou-
velle et non accoustumée esloit d'avoir un roi à
seigneur, et qui jamais n'estoit advenu des temps
desBrabànchons, qui lors vivoient. Entre lesaultres
yilles bonnes et opulentes , Anvers , qui toujours
lavoit consolé en ses diverses adversités , se mit
en son debvoir , et fit faire plus de mille robes de
couleur vermeil et de la parure du roi , fit pré-
parer les rues et maisons de verdures et de riches
draperies , fit plusieurs histoires aornées de drap
\ i or et de soie, fort grans et sumptueux, et lui pré-
senta le palle. Notable procession alla au-de-
vant du roi à grand triumphe et magnifique or-
donnance , qui seroit longue à mettre en compte ;
et fit son entrée le douzième jour de juing, an
dessus dit , où il fut grandement honnoré , et fes- '
toyé à grande liesse et haulte esjouissance de tout
le peuple.
Peu de jours aprës il entra à Malines, où mon-
g4 CHRONIQUES (>4^6)
seigneur Philippe , son seul unique fils archiduc
d'Austrice , et duc de Bourgogne , illecq accom-
pagné de monseigneur de Ravestain> des cham-
bellans , maistres d'hostel , chevaliers et gentils-
hommesde sonhostel, allèrent au-devant pour le
révérender, ensemble les habitans de la ville, tant
de l'églisecomme ceulx de la justice, bourgeois
et marchands , habitués de la couleur et pareure
du roi, auxquels ils présentèrent un riche palle; et
avoient faict en plusieurs carfours des rues où il
deb voit passer, histoires parpersonnaiges, tendu
le front des maisons de tapisseries , et chargé de
luminaires de cire , en telle abondance qu'il sem-
bl oit que ladite ville fusist quasi esprinse en feu
et en flambe.
Le lendemain, le roy se deslogea de Malines pour
faire son entrée en Bruxelles, laquelle, pour lui
complaire , avoit fait grans et sumptueux appa-
raux ; car depuis la porte du rivage jusques à Gon-
denbergh , les rues estoient tendues de tapisseries
brocqueterées et aultres exquis ouvraiges, les qua-
refours décorés de quarante à cinquante histoires
bibliennes et morales. Chacune entrée du mar-
chié avoit sa porte grande et forte, eslevée artifi-
cieusement, composées de painctures moult sump-
lueuses. Âulcuns mestiers , pour faire leurs allu-
meries et monstres de nouvelletés , avoient rete-
nus certains hostels , revestti les uns de drap d*or
et de soie , les aultres armoyés des armes et bla-
sons de l'emperenr , du roy et die l'archiduc son
96 CHRONIQUES Cï4^)
se continuèrent sur le marchié six ou sept nuict
entières, pendant lequel temps se multipiloient
plaisans esbats , esbattemens joyeux, joyeuse tés
nouvelles, nouvelletés haultaines, hanltains fes-
toyemens et festes d'instrumens.
En ces jours vindrent nouvelles au roy , que l'em-
pereur ison père descendoit en Brabant ; si se par-
tit soubdainement à privée maisnée de Bruxelles ,
et se tira à Louvain , où l'empereur fut receu en
poinct, si somptueusement que si on eusist esté ad-
verti de sa venue ; mais les Bruxellois, qui encoire
estoient sur les rencs des préparatoires de la récep-
tion du roi, se mirent grandeme'nt en leur devoir;
ils tendirent nouvelles rues, amplièrent nouveaux
luminaires, soutillèrent nouvelles histoires, esle-
vèrent nouveaux esbastemens, et exposèrent nou-
velles finances ; et si le fils avoit esté excellemment
festoyé à son joyeux advènement royal , encoires
le fut mieux le père, en faveur du fils et de Tenfant
du fils , seigneur naturel du pays.
Les seigneurs de la loi , nobles, bourgeois, mar-
chands et manaus dé la ville , habitués de la pa-
rure du roy , issirent par la porte auprès de Sainte-
Goule ; et allèrent aulcuns une bonne demi lieu
pour de révérender. Messeigneurs de l'église^ sécu-
liers et réguliers , religieux , possessans et men-
dians , sœurettes et beghinettes , à solemnelle pro-
cession se mirent en ordonnance , pour eux humi-
lier devant la majesté impériale, qui jamais n'estoit x
descendue personnellement en leur ville. Et se.
*4*^ DB JBAIf MOiansT. 97
cbacan à son possible se mectoit en paine , selon
sabcolté et Tocationy de l'honorer et conjouir, il
n*est à doobter que entre les nobles personnaiges,
et trop plus que nul des autres, le josne archiduc
Pbilippe d'Austrice et de Bourgogne , unicque fils
dorm, bonorablemeot accompagné du seigneur de
Safestain et des nobles de son hostel , se mit sur
lesreocs, pour veoir et bien viengnier l'emperedr
ton grand père; et son grand père le désiroit
d'aoUre part plus à veoir que nule rien : car tant
deloables et honnestes rapports y par gens dignes
decrédence, lui avoîent esté faicts de lui , que l'œil
€tle cœur embrasés d'amour paternelle, constrain-
dirent le très noble corps fort ancien du très
9»oré César , toujours auguste seigneur du monde ^
a veoir et visiter le très gracieux jouvenceau, ver-
gi^ de paix et salut du pays. Et non en vain se
tavailla le très illustre et glorieux empereur ,
Ctt le très inclite duc Philippe son nepveu , eagé
ilehnict à neuf ans, estoit alors, pour un josne
prince, tant bien adresché et doué des dons de Dieu
et de nature, et de bonnes mœurs et formosités
<)Orporelles, de gravitez et princiales contenances ,
fie c'estoit un chief-d'œuvre en terre, un second
^Philippe ressuscité au monde ; et avec ce, qu'il
ttkoit naturellement enclin à bonnes meurs et
sôgDorieuses conditions , il avoit personnaiges de
Wsmes, comme messire Olivier de la Marche, son
grand maîstre d'hostel, et auhres, qui à ce Tensei-
pKïîent et morigénoient.
<^unnQun. T. XLV, — J. Molihst ///- n
C)8 CHUONIQUES ('486)
Ainsi donc, l'empereur estant en son charriot,
accompagné du roi des Romains son fils et de Tar-
cbiduc d'Austrice son nepveu, montés à cheval
en grand triomphe , entra en Bruxelles la nuict de
la Magdelaine , an dessusdict^ en passant par-de-
vant Sainte-Goule , descendans en bas et renion-
tans jusques le Gondemberghe, où tous trois furent
logés et reçus à grant liesse ; et par les quarf efours
et rues où ils passèrent furent faictes nouvelles
histoires, nouveaux luminaires, ensemble nou-
veaulx esbaslemens ; et présentèrent ceux de la ville
à Tempereur, deux queuvsres de vin , deux bœufs ,
une aiguerre et un grand plat d^argent.
En ces jours estoit en grand beubant et fort
gorgias , sire Martin , sonastre c apitaine des Al-
. lemans , lequel, tout chargié d'orfavrerie , pa-
reillement ses paiges , tambourins et aultres en
grand nombre, et tous d'une livrée , lui seul à che-
val, lorsque l'empereur, le roi et les nobles alloient
à pied, se gaudissoit plus pompeusement que s'il
eust esté fils de prince ou d'un bien grand comte.
Le lendemain , qui fut jour de la Magdelaine, le
roi, accompagné de ceux de son hostel, environ
huit heures au matin , se tira vers le logis de l'em-
pereur, lequel, tenant le roi par la main, se tira vers
Sainte-Goule , tous à pied , pour oyr la messe ; et
quand ils furent devan t les bailles de Condenberghe,
le josne archiduc Philippe son fils, le plus honnes-
tement de jamais, vint faire la révérence à l'em-
pereur son grand père et au roi son père, qui es-
0486) DE JBAN HOLINET. gg
toit chose fort plaisante à veoir , dont plusieurs
nobles cœurs, par admiration de joje, ne peulrent
contenir leurs larmes; et non sans cause, car onc-
cpesde vivant d'homme si ^ands ne si puissants per-
sonnages, ne de telle proximité de sang ne se trou-
vèrent en Bruxelles. Et disoient aulcuns qui les
regardoient : «Véez-ci figure delà trinité , le père,
» le fils et sàinct-esprit . » Moi, le plus simple de tous
aultres, oyant ces mots, et regardant ces trois per-
sonnagesensemble par amour unis et procédanspar
consanguinité Tun de l'aultre, par similitude de la
trinité céleste , proposai de faire , à la louange et
exaltation de leurs dignités et excellences, un petit
traité intitulé le Paradis Terrestre, duquel le con-
tenu s'ensuist.
CHAPITRE CXLIX.
Le Paradis terrestre.
ConsiDÉRÉ que les humains sont créés à la sem-
Uance de l'éternel impérateur, et qoeles cœurs des
simples idiots , ensemble les ambitieux, iceulx
aveuglés des biens terriens , ne scevent ou veullent
congnoistre sans miracles fort apparans, le supernel
fabricateur dont ils sont images et faictures, moi,
le plus rude de tous les aultres , selon mon gros
pesant engin, leur voeil démonstrer paisible-
inçnt un petit Paradis Terrestre , par lequel figu-
lOO CHRONIQUES (»486)
ralivementils auront cognoissanced'un seul Diea
tout-puissant , régnant en trois personnes, des mis-
tères de son glorieux enfant^ de la réparation
d'humain linaige , des paines d'enfer , du feu du
purgatoire , de la venue de Antéchrist, du très ri-
goureux jugement et de la court céleste. Et ainsi
que l'universel fabrique nous est figurée à l'homme, .
nommé Michrocosmus , qui nous signifie le petit
monde , duquel le chief , pour sa rondesse, est ac-
comparé au ciel^ les jeulx au soleil et à la lune,
le cœur à la région du feu, la gorge à l'air, le vehtre
à l'eaue et les pieds à la terre j semblablement
trouverons-nous , si bien les sçavons enquérir
en quelque lieu , règne ou vergier , quelques
équiparence ou figure de céleste Cour triom-
phante; et mesmes la splendeur des cieulx,les estoi-
ïes et le cours des planètes proportionnellement
réglées et ordonnées de degré en aultre du suprême
gubernateur, seul principe et cause première, nous
enseigne clairement la manière de nous conduire et
commentles unsdoibventseignourir sur lesaultres.
Lalune, qui est la plus basse planètedes aultres,
et la plus prochaine de la terre, laquelle souvent
elle circuit, représente Testât des laboureurs de
fort basse vocation, lesquels doibvent pareillement
circuir, arrer et culturer la terre; caria lune,
doulce nourrice des eaues et vraie mère des hu-
meurs , fait multiplier les herbes des prés, les se-
menches des champs et les verdures des bois, pres-
tanl sa lumière en temps nocturnal aux voiagiers.
(*W DB«J£AN MOLINET. lOl
aux veneurs et aux maroniers. Et pour cesle cause,
les pajens la révérendèrent comme une déesse
el la firent paindre en forme d'une dame, portant
arc et flesches en main , avironnée de nymphes
et de satjres cornus.
, Mercure, seconde planète ensuivant, située des-
sus la lune , laquelle accomplit hasliTement son
cours, est comparera marchandise. Les Egyp-
tiens, qui premiers donnèrent spéculation aux
mouvemens du ciel , connaissans sa propriété , le
nommèrent Dieu d'éloquence, duquel la statue
portoit esles au chief et aux talons, et tenoit une
flûte qui les gens endormoit ; par laquelle nous
est signifié que les marchands, par leurs doulces
paroles,. doib vent allicier les corraiges des hommes,
courrir sur terre , naiger par mer , et voiler
comme les ojseaux à la subvention de la chose
publique.
Venus, ensuivant Mercure, située unestaigeplus
kàult, pour la bénévolence de son gracieux re-
" gard , est figurée à Testât de bourgeoisie ; car, ainsi
que Vénus, par son influence amoureuse , incline
les hommes aux carnelles concupiscences, par quoi
elle est dénommée déesse de volupté , les bour-
geois semblablement, trop plus que nuls des aultres
dessusdits , sont adonnés à dame oiseuse, aux jeux,
aux devises, aux esbats et tous fols délits mon-
dains. Et ja-çoit-çe que Vénus et plusieurs corps
célestes aient direction sur nous, comme les supé-
riores sur les inlériores, les grands sur les petits^
lOa CHRONIQUES ('48<Q
les forts sur les foibles, et les nobles sur lesTillains,
toutesfois nous avons francq arbitre et raison ver-
tueuse qui nous enseigne de choisir, les mœurs
et éviter les vices.
Le soleil , situé au milieu des planètes, qui eslu-
mine et précède toutes aultres en vigueur, chaleur
et splendeur , est comparé à Testât de l'Eglise , aux
bons conseils des nobles et à la subtilité des gens
mecquanicques. Les anchiens philosophes non illu-
minés de clarté divine et supernaturelle, considérans
la vertueuse influence et admirable efficace procé-
dant du soleil, lui attribuèrent divinité ; si le nom-
mèrent ÂppoUo, dieu de sapience et père de vie^
et^ comme ditÂrislole, l'homme etlesoleil engen-
drent l'homme; et Sainct-Ambroise dict, que le
soleil est l'œil du monde ^ la jojeuseté du jour et
la beauté du ciel , la grâce de nature et là pres-
tance de créature. Et ainsi que le soleil , par son
rutilant ray, illumine non-seulement les corps
célestes , mais aussi les terrestres, l'Eglise pareille-
ment , par la resplendissance de la foi catholique ,
illumine non-seulement les nobles personnaiges ,
mais aussi les bourgeois , les marchands et les la-
boureurs. Et afin que les cors animaulx, végéta-
tifs, sensitifs et raisonnables, sentent la force
génilive , nutritive , augmentative , modificative et
consolative, Dieu l'a constitué dominateur sur les
vivans , et choisi pour temple et oracle, selon ce
que dict le psalmiste: « 7/i sole posuit taberna-
cuhun suwn. » En oultre, nous voyons à l'œil que
(i486) DE JEA» MOLIKËT. lo3
le hault soleil de justice représentant le bon con-
seil des nobles y tant en chief comme ea membres^
que par ses puissants rais scintillaQS^ a totalen^ent
illuminé nostre royal Jupiter, coadjuteur de soq-,
anchien père, qui resplendit sur tous et excède des
ciels leç plus clères estoiles. ;
Mars, reflamboyiant comme feu chaud et secq »
constitué en la cinquièn^p sphère est figuré à Testât
4e noble3s^ ; car, pour U propriété de sa fière cons-
tellation^ ensemble les cruels efiets dont il est
commoteur et cause, les poètes anchiens le nom-
mèrent Dieu de^ bataille^, duquel l'imaige estpit dç
folle contenance , ajant le haulme en la teste, te-
nant un gr^nd flajau en m^ai^^ et sé^pt sur un
chariot, en signifîance des tisi*ribles ar|[nes, sup-
Fection de guerre , séquelles de pharroy , coni-
motion de périples , effusioa de sang et dure dis^
cipline, que ceulxqui sont intronisés en son faire ^
aolçunement incitent , préparent, commencent,
espardent et perpètrent. Et pour ce que IVfars est
en plus hault degré' que ne spnt IçSpleil, Vénus,
Mercure et la Lune, Testât de noblesse doibt avoir
regard svu* eulx,. et donner protection à T Rglise ,
à la bourgeoisie , à marchandise et à labeur.
Jupiter, planète seigneurieuse , gracieuse et Ijé-
aifolente, triumphante en sixièiïiesphére,. est com-
paré au noble estât daes princes , pour ce que, quand
il est associé de Mars en temps chaleureux , s^
naturelle puissance est de eslever vents, produire
scintillation , et de causer les terribles tonnoires ,
104 CHUOINIQUBS ('W
ainsi que }es princes de maintenant^ accompa-
gnés des nobles en temps d'esté à ce convenable ,
font la terre crolerde leurs engiens cruels, troubler
la mer de leur hideuse tempeste , et resplendir
les airs de leurs claires armes. Tant portèrent
d'honneur les poètes à Jupiter, fils de Saturne,
qu'ils le nommèrent roi du ciel, aidant ou secou-
rant scMi père, et feindirent qu'il estoU en lin trosne
d'ivoire séant en majesté royale , tenant le sceptre
en une main , et en l'aultre fouldre et orages qui
cranetoient les monstrueux gayans (géans). Auprès
de luiavoit un aigle aux esles déve]oppées,qui,entre
ses pieds, tenoit un gracieux jouvenceau. Ce mys-
tère poétique se puet comprendre et atribuer au très
auguste roi des Romains , de son père cpad juteur ,
lequel séant en hault trosne d'ivoire aor né de vertus,
fort cleret net et quasi incorruptible , a prins le
sceptre en main,ponrimpartir et contribuer grâces,
dons, faveurd et donneurs aux comtes, barons^
vassaulx et subjects ^ et en l'aultre main, tient les
esclistres, potir fouldroyer les orgueilleux gayan ts,
piar l'imaige, force et vertu du glorieux aigle sacré,
et qui assiste et tient son fils en seure et bonne
garde , retiré hors des pattes du lion. ^
Saturne, planète fort tardive, située au sep-
tième estaige , assez loingtaine du soleil , est équi-
parée à Testât des nobles anchiens pers hors de cha-
leur, frois, attemperés, prudents et expérimentés^
Et ainsi que Saturne , jadis dénommé père ori-
ginel des Dieux , accompagné de Ops son es-
«
('W DE JEAW MOLINET. 105
pouse, enseigna aux terriens la mode de semer
les bleds, si que en son temps fut le siècle d'or,
pareillement le très sacré impérateur , qui la terre
tient en commande , père des pères , seul roy des
roys et seigneur des seigneurs, par la sagacité des
anchiens, et sans conseil des nobles sénateurs ,
exemplifie lesjoesnes princes, s'ils veulent en-
suivir ce train de avoir cler et aurent règne de ré-
gner en prospérité, de prospérer en unité , de unir
ensemble les coraiges, d'encoraiger les batail-
lons, de batailler les rebellants , de repeller mau-
vais plantaige, de p^nter fruict et messonage, de
messoner bon labouraige, de labourer en aug-
mentant , d'augmenter en multipliant, de multi-
plier le semaige , et de semer le bon terraige. Le
firmament, décoré de mille millions d'estoiles «qui
amplecle et excède les sphères des sept planètes,
représente Testât des nobles vertueux , haults hom-
mes trespassés de ce siècle , lesquels, après le de-
coorsdeleurvie, par leurs glorieux faicts, haultains
exploicts et louables mérites , ont esté translatés
lassus , et comme estoilles resplandissantes les
wnesplus que les autres, selon la faculté de leurs
proesses et prud'homies, nous sont miroirs, vifs
exemplaires et clère vision de parvenir en ce-
leste demeure^
Les sept planètes erratiques , qui représentent
l'estat de vivants , ont à la fois train retrogâde et se
maynent d'occident en orient, contre le commun
cours du ciel; mais les esjioilles du firmament, fixes
106 CHRONIQUES (>4^)
en leurs sphères comme doux en roes de char*
lioty se majnent incessameut au cours de la
totale masse y par les signes du zodi^ch , les imai-
ges et les figures que nous voyons au firmament»
comme ours , aigles , lions, dacdphins, aigneaux,
taureaux» capricornes» screvices et sagittaires»
connaissons nous les armes, les bannières,, les
enseignes » les timbres et les hachemens des em-
pereurs, rois, ducs, marquis, comtes^ barons, et
cberalereux champions » par qui le bon zèle qu'ils
ont eu à Dieu et à la chose publique , sont logés
et intronisés in jirmamento viriutis ejus.
Le ciel impérial est le plus précieux des aultres,
pour ce qu'il fut créé avec les angels^et principale*
ment ordonné premier pour les bien heures. Et pour
ce que ledit ciel est immobile et incorruptible , el
que l'organe visuel n'y peut atteindre son objet » et
n'est quelque raison naturel qui nous puisse réduire
à congnoistre des glorieux divins mystères qui là se
causent et exploictent » il n'est quelque similitude
qui s'en puist tirer. Mais çst à croire que ce hault ciel
impérial est le sainct siège impérial d'un seul Dieu
tout-puissant» régnant en trois personnes, advi-
vironné d'angelles, d'arcbangèles et de bienheu-
rés saincts , et esleu p^ar milliers et légions. Puis
donc que le demeurant de ciel transcende nostre
entendement^ et ne percevons quelque rien en
quoi le créateur perdurable triumphant en gloire
céleste, se puist au vr^i approprier ^ il loist jetter
nostre regard en bas, et enquérir quelque chief-
04^ DB JB4N MOLIKET. IO7,
dW?re exquis , en qui l'imaige déifique soit au
vif fort bien empraincte ^ ensemble la cour glo-
riease , afin de veoir , de percevoir , d'apprendre
etdecomprendre quelque beau paradis terrestre.
Regardons donc sous quel climat et en quel
quartier de la terre l'air est le pi us sain , pur et
attempéré , et s'il y a abondance de fruict dé-
lectable^ ensemble honnestes personnaiges pour
en donner l'équiparement. Il est besoin de le quérir
en septentrion , quand il est escript : ab aquilone
pandituromne malum. Si n'est-il en Noirwège , qui
est région de ténèbres ; si n'est-il en Hiberne , car
iUecq se trouve le purgatoire Sainct-Patrice ; mais
si possible est de le trouver en occident, le très cler
etresplendissant palais d'Angleterre nous en donner
quelqu'apparence : la terre est fort délectable^ sé-
parée de toutes aultres pour la singularité d'elle ;
elle abonde en fruicts , en métaux , et en pierres
précieuses appelées Margueriteià} Angleterre ; de-
puis cent ans ou environ , a été anoblie et repeu-
plée de puissants royaulx personnages, pères et fils ^
ayertueuxque par leur hault tonnerre ont fait trem-
bler Tysle de Franche , ont faict cheoir les tours
gallicanes, ont espouvanté leurs ennemis, si que
par leurs œuvres miraculeuses , la terre de Dieu
bénie fructifioit en fructitude ; mais depuis que les
victorieux personnages sont montés en gloire et
ont acquis les diadèmes de perpétuel honneur^
f aucuns estrangers esprits, sont entrés au noble
• palais, se sont souUiez de sang humain, et faict sa-
loS CHRONIQUES ('4^)
crifice au dieu Mars des inuocens enfans extraicts
de royale géniture ; et ont changé les habitais
d'icelle vaillance en vengeance , honneur en hor-
reur, clémence en démence, dévotion en dérision,
félicité en férocité, et est maintenant ceste terre
plus terrifique que déifique. Puisque Paradis Ter-
restre ne se poelt trouver en occident ni en sep-
tentrion , chercher le convient en quelque quar-
tier méridional ; et semble de prime face qu'il se
trouvera de lègier, selon ledict du canticque : Deua
ab Austro veniet. Et ne voy province plus propres
à le comparer que la très chrétienne maison de
France ; car Paris , cité royale, qui semble un Petit
Paradis , et de nom et de faict habonde en dé-
lices, en beauté et en fioriture , plus que nul qu'on
voye à l'œil. Paris pqrte l'arbre de vie tempo-
relle, c'est l'expérimentée science de médecine;
Paris porte le fruict de bien et dç mal , ce est le
fort et juste droict canon ; Paris porte le fruict du
vrai et du faulx , c'est le bel arbre de porphire
,avec les sept arts libéraulx, et plusieurs arbres
de science qui là fiourissent et germinent ; et au
milieu de sa closture^ pour arrouser ce vertueux
plantaige, sourd la fontaine de justice, tantclère,
IVoide, bien apurée , et dont la rive est tant saine,
qu'elle modifie, conforte et rectifie les povres corps
humains. Guaires ne s'en faut que Paris ne soit
paradis; mais il estescripten Genèse : tresviditet
unumadorw^il: des trois personnes cconprinsesenla
Trinité, l'on ne perchoit en France qu'une seule
(•486) DE JEAlf MOLIHET. I09
imaige sanctifiée , représentant la personne du fiJs,
lequel assez josne d'ans croist en mears et en sa-
pience , et^ ne a encoires desmonstré les mira-
caleuses opérations que le père a mis en sa pois-
sauce. Tournons donc nostre face en orient y où se
doibvent faire nos précations y et regardons ea
quelle région nous pourrons trouver trois per-
sonnes en unité; pour avoir congnoissance de
la court céleste-
Il est assez à croire que si nous jectons nostre
regard sur le sainct trosne impérial y nous trou-
verons les personnaiges qui nous donneront simi-
litude de la rédemption humaine ; non point que
je veuille déifier les princes ; mais pour édifier le
simple peuple^ qui à dur croit les sainctes escrip-
tores, je ferai comparaison de L'invisible au vi-
sible, de l'éternel au temporel y et du facteur à la
facture : car les hommes sont plus propres à ce
faire y que ne le sont lions ou bestes sauvages. Il est
escript : Diiesiis; et d'autre part: JScce Adam foetus
estquasiunus ex vobisj puis dit Végece^ au second
livre y que quand l'empereur a prins le nom d'Au-
guste, on lui doibt prester service et honneur,
comme s'il estoit Dieu en terre , pour ce qu'il est
imaige et semblance du perdur2d>le impérateur ,
pour donner foi aux saints docteurs, qui nous en-
seignent que parles péchiés des premiers parents,
qui Yolurent gouster la pomme , nous fusmes for-
bams de la clëre vision de Dieu et possessés du
prince des ténèbres ; nous en avons figuré pour
y
1 lO CHRONIQUES («4^)
nous mesmes , quand^ il n'y à guère de temps, que
par les mesus de nos grans pères, qui ont velu
toucher la pomme d'or par grand appétit de ré-
gner, nous avons été eslongés du sacré sceptre
impérial , et possessés des ennemis qui nous ont
faict aourer leurs idoles en délaissant anchiennes
traditions et les sainctesloix paternelles. Mais le sou-
verain roi des rois , seul seigneur de tout le monde ,
à l'intercession des justes, nous a regardés d'un
œil de miséricorde ^ et pour nous retirer hors de
captivité , fit saluer une pucelle noble nommée
Marie ^ issue de royal estoc , croissant comme lys
entre les espines, et de son impérial arche
a fait descendre en nostre région l'archiduc Maxi-
milien, son très aimé ynique fils, lequel, quand il
s'est trouvé en ce val misérable, rempli d'ennemis
cornus , à l'aide des hommes de bonne volonté , a
tellement exploictié par miracles apparans et ver-
tueuses opérations, qu'il a, comme les mauvais es-
prits, desbrisé les idoles, redresché les boiteux ,
resluminé les aveugles, ressuscité les morts et con*-
verti plusieurs mescréans à la loi ; et finablement
s'est tant humilié pour nostre salut , qu'il s'est
offert à tous périls mortels , a soustenu plusieurs
opprobres , a esté abandonné de ses frères , a porté
la pesante croix, a senti le fer de la lance et en-
duré très griefve passion , puis il est descendu au
limbe , a hurté aux portes d'enfer, a retiré l'hu-
main linaige hors de grauwes dçs faulx satellites
a recoeilli toutes ses forces , est ressuscité en puis-
(1^86) DE JEAN MOLINET. 11 ï
sance, et est monté en haulte gloire, voyans ses
parcDS et ^mis , et a dit à son père, de qui il a clà*
rifié le nom : Pater ^ manifestam nomen luum ho^
mnibus»
' Plusieurs obstiriésincrédules enveloppés de folles
superstitions, et nous meismes qui sommes redî-
mes par la sueur du noble fils , ne avonsi voulu
croire les lois dû puissant père, et maintenant
Toyons-nous clairement, par les vertus admirables
(lu fils, que le père est seigneur de tout le monde,
à qui tous rois sont tributaires; car, ainsi qu'il n'est
que un seul Dieu , un soleil illuminant les estoilles ,
ungseul pbénixenl'air , une seule ame en un corps,
et un seul Dieu au ciel, il n'est et ne doit estre qu'un
seul seigneur en terre, attribué à trois personnes :
c est assavoir la couronne impériale à l'empereur
Frédéric, le sceptre rojal auroyMaximilian, et le
chapeau archiducal au duc Philippe. Ces trois unis
ensemble sont un sang, un voloir, un savoir et un
povoir ; et se le josne archiduc veult cognoistre
et demander que c'est de l'empereur , le roy lui
peult respondre : Philippiun qui videt , me videt
etpatrem.
Le père, à qui on attribue puissance , nous a des-
montré charité ; le fils , plein de sapience, nous a
soustenu en foi ; et le benoist vif esprit nous en-
tretient en espérance. Par ces trois grands person-
nages avons vraie similitude de la très saincte
Trinité : le père n'est créé de nul des deux ; le fils
wt engendré du père ; et l'archiduc Philippe, qui
lia CHUONIQUES ('4^)
signifie amour, procède de Tun et de Tautre. Et
ainsi que le noble champion catholique, voulant
complaire à Dieu et aux hommes pour atteindre
félicité sommière , doibt estre habitué de sept
précieuses vertus , foi , charité et espérance , qui
sont théologales ; prudence , force , attemprance
et justice , qui sont cardinales ; pareillement la
seconde de nostre Trinité humaine, rédempteur
de nous misérables , s'est advestu et habitué des
vertus dessus dictes , et par le moyen de sept ver-
tueux princes électeurs , les trois ecclésiastiques
et les quatre séculiers, est monté au trosne glo-
rieux de royale majesté.
L*archichancellier de Gaulle, cognoissant sa foi
très chrétienne , Tarchichancellier de Germanie,
sentant qu'il est embrasé de charité amiable , et
l'archichancellier des Itals , voyant son espérance
saincte. Font choisi, esleu, enoinct et sacré roy
des Romains , ensemble les quatre électeurs sécu-
liers; et puis les vertus cardinales l'ont aorné
de royale vesture et sumptueux joyaux. Justice
lui donne l'espée ,nPrudence lui offre la pomme ,
Force lui présente le sceptre , et Attemprance la
couronne. Voilà les sept vertus accomparées aux
électeurs , qui sont les sept lampes ardans, illumi-
minans l'universel fabrique ; ce sont les sept an-
gelles , les sept estoiles et les sept candélabres d'or
au milieu desquels s'est trouvé le fils de l'homme,
ayant couronne sur le chief, dont les cheveux
sont fort resplendissans , de la bouche duquel pro-
04^) DE JEAN MOLIWET. Il3
cède un glaive aga de toutes parts, et auquel
nostre souverain seigneur, le très auguste impé-
rateur, son père, a dit : Sede a dextris meis doneo
pnam inimicos iuos scabellwn pedwn tuorum.
Voilà le triomphe d'honneur, voilà la gloire de ce
monde , voilà le Paradis Terrestre.
Pendant le temps que le fils de l'homme est
descendu en terre pour nostre salut , quants nobles
hommes tant de Bourgogne , d'Artois et des pays
voisins , ont délinqui pères et mères , frères et
sœurs, femmes et enfans, chambres, bois, tré-
sors et richesses^ pour ensuivir le très (îoux Mes-
; àas, et deflfendre sa très juste querelle ! quants vrais
martirs, comme le duc de Gueldre, messire Josse de
Lalaing, messire Michiel de Berghes, le comte de
Sorre et aultres grands personnaiges de clères mai-
sons et haultes baronnies , ont espandu leur sang
f et offert leurs corps à divers tourmens, pour ser-
vir la pucelle et exaucer le nom de Maximilianus !
<{uants simples corraiges de foible résistance , ont
esté séduits, temptés et subornésde mauvais esprits,
en délaissant lesdits commandemenSs pour faire
Wmmaige à l'idole exécrable !
Âulcuns gens ont mis avant que l'Antéchrist es-
toit nez en Babilone , et qu'il boutoit ses cornes
lK»rs; mais il peult sembler, combien qu'il ait laissé
^nlcuns disciples en ce quartier , que son régime
M failli et lui mort et passé. Je cuide qu'elle a
faitson cours la malle beste ; et qu'il soit vrai, nous
en avons veu les signes admirables et cruels : ce
Chrohiques. T, XLy, — J. Moliket. 111* 8
)
1 lii CHROWIQUBS (i4S6)
n'est aultre, sinon celui que le feu du ciel a fait
descendre pour brusler nos bauits édifices , et qui,
par promessses et adulations, a converti les Mame-
lus , qui par menaces et horribles tortures a per-
verti les fors et durs corraiges , qui par ars et grans
subtilités a sceu trouver les thrésors absconses, et
a fait porter son enseigne et caractères en la
main droicte et au front des grans , des pusilla-
nimes , de3 riches, des povres , des francqs et des
serfs. Et qui veult scavoir le nom de la merveil-
leuse bestoUe, s'il a entendement , il le cognoistra
de legier ; c'est le nom d'un homme qui pas ne
se nomme Tetragrammaton ; mais son nom con-
tient quatre lettres en franchois, et en latin le
nombre de six cens soixante seize , par tel si que
D sera compté pour cinq cens , selon l'anchien /
usaige , en ensuivant ce qu'il est escript au trei-
zième chapitre de l'Apocalypse. JYumerus enim ho-
minis est^ et numerus ejus sexcenti sexaginta $ex.
Ceux qui, durant ceste cruelle persécution, sont
demourés en vraie foi , oqt enduré la patience ;
ont porté fain , soif, froid et chaud; ont soustenu
cruels lidenges; ont estez^ brûlez et estaincts ; ont
servi la pucellç Marie et tenu les commandements
de la loi, seront premiez du père et du fils; seront
escripts en lettres d'or au livre de vie, et perpétuez
eu gloire, glorifier en magnitude, magnifiés en
sçientitude, fortifiez endigue estaige, establis en
liault maisonnaige, amassés en lieu honorable,
iionorés de gens amiables et aimés d'amour chari*
M^ DE JEAW MOLINET. H5
table. Ceux qui, par ignorance , force oU fragilité
htimaine^ ne auront point résisté aux tentations et
assaults des faulx ennemis, et auront àulcunement
vacillé en la loi , sans tenir pied ferme , s'ils ont
remors de conscience , en satisfaisant aux mesus ,
seront menez en purgatoire , attendants la grâce
et miséricorde du souverain, si que par les inter*
cessions , aulmosnes et prières de leurs patents et
vrais amis , parviendront au lieu de repos ; mais
cenlt qui par fin cauteleux, malice precogite> pour
convoitise de régner, ont Retournez leurs robes,
ont pritis leurs faulx visaiges, pour espauter les
innocens , ont despité la loi esq^pte , ont brisé léi
commandements , ont renié leur naturel seigneur
pom* fuir à l'ennemi moltel , seront rués en ténè-
htes eitériores, logés en cruel opprobre, livrés
à grant confusion , privés de lumière haujtaine et
fborbanis du sainct empire, comme damnés et
condamnés , comme fondus et confondus, comme
sommés et consommés en deuil , confis et descon-
fis en pleurs , nojés et anojés ^ aux pieds pillés et
ti^âDspillés.
Que dirai^je plus : si nous voulons cognoistre les
grands secrets de paradis et donner crédence aux
lechn^es des saints docteurs qui nous afferment en
la court céleste sont trois hiérarchies d'angèles,
ncos en avons vraie figure en monarchie impériale;
en la preïnière hiérarchie ^ sont Séraptâns ^ Ghé^
mlnns et Thrones paflans à IHeu face à face ^ aipsi
^ lès princes , les chanceliers , lea cbambelians
8.
'll6 GHROniQUES ("4^)
sont prochains et familiers de la majesté royale.
En la seconde hiérarchie , sont Dominations, Ver-
tus et Potestez , commis et députés pour régenter
les royaulmes, ainsi comme sont les conseillers
des princes , les marissaylx des osts et les cheve-
tains des armes. En la tierce hiérarchie, sont prin-
cipaulx Archanges et Angeles, ayant regard sur les
cités , les maisons et les hommes , ainsi que nos
prévosts et baillis , et nos majeurs ont en main le
régime policticque, économicque et étihcque.
Et finablement, pour prouver le jour du juge-
ment, nous voyons que tout ainsi que le fils dç
rbomme , nostre souverain seigneur, est monté au
throsne impérial de son très sacré père , à grand
triomphe , il est à grand , triomphe descendu en
nostre val , accompagné <l*angélique chevalerie ,
pour rémunérer les bons et réprouver les maulvais ;
et de fàict, a envoyé ses tubicineurs par les quatre
anglets du monde, pour resveiller les vivans et
susciter les morts ; et sont venus à son command
les juges et glorieux princes de la terre , aornés
de couleurs d'or, ayans précieux vestements, qui,
pour esclairer lés pays, ont offert leurs corps au
supplice. Et quand le roi sera assis au trosne de
sa majesté, pour deffinir ^ntence criminelle et
tout peser à la balance , les bons seront appelés à
sa dextre , auxquels il dira : « J^enite , henedicti
» -principes mei\ pour ce que vous m'avez recheu y
>ir' repeu, visité, secouru et assisté en mes requestes,
» vous aurez part à mon royaulme. » Puis il dira aux
04^ DE JEAN IMOLINBT. II7
cruels satrappes , pervers , tyrans et hideux satel-
lites, qui seront an costé sénestre : «cPar ce qne voas
» m'avez tonrmenté , desjpité , laidengié y débouté
» et deffié, moi et mes frères, départez- vous arrière
» de ma face j car vous serez bruslés en feu de ma-
» lédiction préparé aux faulx ennemis et esprits ,
» et livrés à divers tourments ; et les bons seront
» eslevés au throsne d'honneur et en gloire de mon
» beau paradis terrestre , patron y figure et exem«^
» plaire de céleste court triumphante. » Laquelle
nous veuille octroyer l'étemel roi qui r^ne et
régnera in secula secuhrum, amen. »
CHAPITRE CL.
Gomment le fel^eor de Moleobais s*exciua boaorabTemeiity en k pr«-
sence do foi des Romaînt , d^aalcwie charge dont il ettoU noitttf .
Des tourbillons d'envie et de l'horrible vent
soubtil de courte qui incessamment travaille les
nobles, vertueux, haults hommes, fut angoiseuse*
ment accoeilli sire Bauduyn de Lannois , seigneur
de Molenbaiset de Sorre, chevalier de la Thoison-
d'Or, chambellan de monseigneur l'archiduc d'Ans-
trice , gouverneur de Lisle et de Bouchain. Pen-
dant le temps que ledit chevalier estoit retourné de
court en son meshaige et en son chasteau deSorre,
murmures et détractions s'eslevèrent contre lui, en
120 CHBOKIQU£S ('4^)
taine et de Melan. Et pendant le temps que la
proposition se faisoit^ y survint messire Philippe
de Clèves , le prince de Gbimay , le seigneur de
Sempj; ensemble plusieurs chevaliers et nobles
hommes.
La révérence faicte au roi , silence imposé
et licence de parler obtenue sire Bauduin de
Lannoi ^ seigneur de Molembais fort éloquent et
révérend personnaige^ comme tout assuré^ de bon,
francq et hardi couraige , commencha à faire ses
remonstrances , et mit avant les grans services
qu'il avoit faicts de sa josne eage à la maison de
Bourgogne , lesquels services n^a voient jamais esté
repris ne chergié de quelque note deshonneste ,
et se donnoit grand merveille à quel titre et
sous quelles couleurs, et de quels esperits es«
toient suscitées telles rumeurs, fort désirant toute-
fois sçavoir le principal motif ^ et de quelle sources
elles n^issoient, protestant aussi que s'il y avoit
quelqu'un qui se volsist déclarer partie , il estoit
celui qui à toute force se desfenderoit, comme celui
qui injustement est oppressé de ses émulateurs.
Plusieurs aultres doléances fort doulcement per-
suadées, bien accoustrées de languaiges, proféra le
proposant et d'ung organe fort bien resonnant, que
le cœur du roi, ensemble toute l'audience, furent
commeus à pitié; et jugeoit chacun mu son couraige
qu'il estoit à tort molesté. Dont, en continuant son
propos, le seigneur de Lannoi, fort honorable per-
sonnadge, riched'amis etde bonnes mœui4 se print
(■4^ DE JBAN MOiaaBT. 121
à dire qae se loi et les nobles seigneurs die soo pa-
rentage véoieot et sçavoient oa percheToîent que
le dît seigneur de Molembais fosist coopaUe de
qaelqoe forfaict et desfaonneste Uasme ils ne le
▼ooldrcnent faYoriser, assister ne conforter , ain-
choisie Yooldroient et debyeroîent aider à le cor-
riger et panir ; et d'aoltre part . s'il esloit inno-
cent do cas, ils sapplioient très homUement an roi
qa'il fosist ccMnme devant restitué en son bonneor.
Ces remonstrances fàictes^ et raiscMinables excu-
ses grandement pesées , ame ne Faccosa, ame ne
se fit partie contre loi ; et le roi, qui premier l'a-
voit suspect par l'incitation d'aulcuns haineuxcoo-
vers se contenta de lui ; le réint^ra en ses olfi-
ces , où il se conduisit fort bien et Tertueusement,
à l'exaltation de son honneur et au grand rebou*
tement et confusion de ses secrets émulateurs.
CHAPITRE CLI.
Quittante année mise sas, par le roi des Bomaiiis, à ton retour iTAIIa
maiçne.
La renommée des haults triomphes et magnifi-
ceDce, que le roi des Romains avoit receu à son élec-
tion et couronnement estoit tellement espandue
par pajs ^ non seulement es limites de ses sïliés et
bienveuillans ^ mais aussi es régions de ses adver-
)»aires et paysans^ que ce bruit causa liesse à ses
122 CHRONIQUES ('W
amis et tristesse à ses ennemis, redoublement
d'honneur aux bons subjeets féaux , reboutement
d'orgueil aux haineux capitaux; et sembloiti
ceux qui désiroient l'augmentation de son nom et
gloire y ensemble le décorement des flambcÛBS
royaux florons de sa couronne^ ^^^ s'ît voloit
poursuivre, riens ne luiseroit impossible, et tram-
bleroient devant lui ses ennemis comme escober»
devant la ver je de leur maistre ; et pour donner
resveil aux Franchois des frontières qui long temps
s'étoient tenus en oisance , il eut conseil de faire
un grand amas de gens de guerre y auquel il jeut
de trois à quatre mille Suisses^ et autant d'Alle-
mands lansquenets^ avec plusieurs Picquarsy Hsbh
nujers et aultres^ tant de cheval comme de pied,
jusques au nombre de quatorze à quinze mill6s>
les gens de cheval , sous la conduite de monsei-
gneur Philippe de Clèves et le prince de Chimay»
les gens de pied sous la conduite de monseignear
le comte de Nassou, et aultres chiefs et capitaines
de guerre.
Geste puissante et grosse armée se tira à Arques,
auprès deSainl-Omer; et afin de trouver ses enne-
mis à plus grand nombre, et de attirer en bataille^
si le temps et lieu et bon conseil s'y adonnoient,
il délibéra de ravitailler Thérouanne , qui lorsav(Ht
nécessité de vivres. Se fut le ravitaillement pui^
samment fait et fort honnestement, sans quelque
hasard,, dangier ne fière empesche; et se admofiS*
trèrent que peu Les Franchpis pour y quérir {«Ni,
(i4M) DB JBAN MOiilIYET. 123
pfoofit n'ayantaige* Le roj vojant que ses eQoemis
ne se mectoient en poiocte contre lui, les cuida
bOQTer en aultre manière et quartier; et se tira vers
la ville de Lens en Arthois , laquelle il priot à peii
de résistance; pareillement le chasteaii^ duquel es-
tait capitaine Pierre de Belleforière , accom-
pagné de environ quarante Franchois , qui se ren-
dirent^ saulfs leurs corps; et ledit Pierre, en-
sembte cinq ou six aultres , à la volonté du roj. .
Il j avoit en ladite armée une bande d'Aile-
mans Suisses , lesquels avoient esté notés d'avoir
erté cause de la reddition de DoUe , il'avoir servi
le doc de Lorraine , et d'avoir esté aux souldées
des frères de messire Guillaume d'Areoaberg^. La
Tokcourroit lors aussi, et l'expérience en estoit
grande, que ladite bande avoit entendement avec '
le seigneur Des Querdes et les capitaines franc^ois,
tfillemeat qu'ils se faisoient forts de prendre prîsop-
tiet le roj des Romains , le prince de Ghiosiay ,
k comtede Nassou , ensemble les baults et puis-
sants seigneurs; et par paction faicte , eeulx qui
mettroient à fin de ceste besongne, debvroient
ayoir chacun d'eux dix parts pour jour bien assi-
gnés sur la ville de Paris. Dont, pour coulourer leur
f &ict e^ exécuter leur malheureuse prétente, en
gérant occasion de meslée,. soamèrent leurs
tambours, et par grand tunmltë se trouvèrent de-
vant le roj , et lui dirent que, incontinae ntet sans
qiiek{ue^ délai , ils vouloient qn'il leur fist délivrer
tont ee qui leur estoit dea jusques à ce jour , «b'sî
1 24 CHRONIQUES (i48^
ce non^ ils savoient bien qu'ils en avoient à faire ;
et à celle heure courroit la voix, qu'il y avoit à
une lieue près du rojr , environ mille chevaulx de
l'armée des Franchois, qui attendoient leur proie.
Le roi des Romains, fort sage , bien moriginé et
de vif esprit et plus cler que nul prince de ses
contemporains, conceuptl'impétueulxcorraige des
Suissers , par les langaiges qui estoient de mes-
mes , et pensa bien qu'ils estoient escollés d'aul-
trui main que de la sienne ^ Dont , sans user des
termes rigoureux , car il n'estoit pas heure , mais
par doulceset agréables paroles, leur fict dire qu'il
les feroit totalement payer , et en si brief terme
qu'ils n'auroient cause deeux plaindre de lui*
Ainsi furent rompus de leur mauvaise emprinse.
Ne demoura guaires que le roy fut adverti de
leur cauteleux malice: si le fit scavoii^ secrète-
ment aux princes de son ost , afin que, à toute di-
ligence , ils se préparassent pour estre au-dessus
d'eux , si besoing estoit ; laquelle chose ils firent
* volontiers. Et finablement le roy fit signifier aux-
dits Suissers, qu'il estoit bien informé de leur mal-
vaise intention , ce nonobstant ils seroient payés ,
puis iroient où bon leur sembleroit. Aulcuns d'eux
s'excusèrent du cas , et les aultres se rendirent
fugitifs et coulpables ; car de prime face ils se
joindirent de trois à quatre cents ensemble en l'as-
semblée des Franchois.
Le roy considérant les manières et estranges
teitees que lui tenoient les Allemands, voyant
('4K) DB JB4H MOLOTET. 123
d'aoltre put que soq aitfllerîe ne lin donaok
Bulle approche pour adiever cpielqoe hanhaîm^
emprinse . et que Tirres à grand dificnlté arrî-
raent à son osl , fl se tira de sa personne en la
ville de lisle, ^laissa son armée à la Bas5ée,en
la ccmdoile de ses princes.
Poidaot le temps que le roj sé}Oomoità lisle,
le hastard deFiennes, lecpiel s'estoit noordlement
marié à une femme TefVe d'nng* ardûer de mon-
ségaeur de Nasson , fol pîleosement occis en la
^iUe de lisle par ledit arcbier et nn sîen frère
archi^y qui soudainement se sanlTèrenl en Téglise
de Saincrt-Estienne. Ledit bastard^ qui ce dit îoor
confessé et aTCHt recen le corps deNostre-
tnr, fot fort jdaint de cenlx de la Tille
et de plusieurs gentils compagnons de guerre,
qui recueillèrent son corps et l'ensepTclirent hono-
blement. U estoit fort recommandé, subtil et
eiq>érimenté au mesti^ d'armes, et portcHt le
meilleur ceil de gendarme <pie nul autre de son
temps ; si que par les emprinses et hardies courses
qu'A aToit plusieurs fois (aîct sur lesFranchois , es-
qoellesils'estoit honnestement condmct, sanspœlw
guère de préjudice aux laboureurs, il estoit aimé
d'un parti et d'aultre. Durant la guerre des Flam*
mengs contre le roy des Romains^ les Gaothoisle
firent conducteur de leur armée , où il les servit
grandement et fort à leur appaisemeot, et depuis
qu'ik furent recondlliés , le r<H à son entrée de
Gand 9 lui pardonna, et le récent en sa grâce; et
1 26 GH AON IQUB8 (>4>^
avoit au jour c^e son trespas la charge de cea
lances^ sous monseigneur Philippe de Gletes
fort triste et desplaisant de sa mort.
Pour ce que la ville de Douai, entre lesaultresavoi
toujours tenu pied ferme pour le parti du roi desRo
mains, en livrant bonne guerre aux Franchois , le
Franchois le coeillèrent en grande haîne, et fireo
plusieurs assaulx pour ravir par emblée ce qu'il
ne pbuvoient avoir par armes. Et advint encetemp
que le seigneur Des Querdes envoya Jehan deCont
teville^son maistre d'hostel, accompagné de Jehit
de Bournonville et dix huit ou vingt compaignoi
de BouUenoiSy lesquels se trouvèrent une ntm
devant Douay , les aulcuns entre le racquet et k
fossèz ; et les aultres approchèrent si près du for)
qu'ilsse prindrent à tempter les fossés à tout plomb
luges, lattes,entés ensemble, et certains instnimetf
à ce convenables. Ledit Courteville fut apperch
etoy de quatre compaignons, dont les deux estoiei
frères et les deux coiisins germains^ faisans les e
coûtes pour la nuit ; si le prindrent en son nacsi
et le menèrent prisonnier en la ville, et ses cou
plices retournèrent en leurs quartiers à l'effix
du guet, qui fut grand, cuidans que l'on les deosû
poursuivre.
(ij(86) l^B JEAN MOLIIÏET. 127
sKBsasBmamtiassBsfmaaBaassaBÊammKamam
CHAPITRE CLII.
*
Emprinses faictes sur la ville de St.-Qaeiitm.
Deux emprinses furent faictes en ce temps sur
lai^ille de Sainct-Quentin ; Tune fut par les sei-
gneurs de Montigni^ de Lassaras, de Montraulcon,
Ferry de Nouvelle , Robinet Rufiin , Henri dl-
mtjy Bertrand du Ghastellet, et aultres con-
ducteurs de gens de guerre et compaignons
afenlureux , jusqu'au nombre de cent cinquante
lanches^ et de huit à neuf cents piétons , uciis en
nDmesme voloif et esprit. D'un grand hardement
se partirent de Vallenchiennes et des logis à l'en-
nron , sur intention d'eux trouver au point du jour
devant la ville, et de la prendre et saisir, se Dieu
et fortune se vouloient à ce consentir I
Ils avoient en leur compagnie un compagnon
qui les guidoit , par qui Temprinse se faisoit , le-
quel congnoissoit la disposition du fort de la
tille; et leur donna à entendre que s'ils voloient
ou osoient aventurer leurs vies, il y avait cet-»-
taines arcures et trouées sur l'eaue^ par lesquelles
l^gièrement ils parvendroient à fin de leur
prétente,
La compagnie de cheval se trouva au point du
jour devant la ville, et le plus secrètement que
128 CHRONIQUES C«4«^)
possible leur fut faict sans guaires de noise, descen-
dirent à pied, cuidans avoir séquelle de piétons,
et se tirèrent au quartier de l'abbaye de Lisle ,
où ils trouvèrent Tarcure propice à leur faict,
ainsi qu'il leur avoit esté dit ; et sans crainte de
leurs vies , comme tout allumés de proesse , en-
trèrent en l'eaue. Mesmele seigneur de Montignj,
à qui riens ne sembloit trop chaud ne trop froid,
se plongea jusqu'au col; et le seigneur de Lassaras,
subtil et vaillant homme de guerre, se trouva au
fort de la ville, ensemble seize ou vingt aul très qui,
à grand dangier, mais par grant ardeur de gaignai-
ge, avoient passé ce destroit , esperans confort des
aultres et hastive assistance. Mais celui qui gui-
doit les piétons se fourvoya pour l'obscurité de la
nuit. Si nepeulrent subvenir aux hardis entrepre-
nans; pourquoi l'emprinse fut rompue. Le conseil
descouvrit le secret ; la porte s'ouvrit, et grande
alarme s'esleva, tellement que aulcuns de ceux qui
subtilement y estoient entrés furent constraints de
légièrement vuidier ; mais deux ou trois demou-
rèrent morts en la ville, les uns navrés, et les autres
furent le lendemain par justice exécutés. Les
compagnies retournèrent en Haynault à peu de
gaignaige et de joie.
Xa seconde emprinse et de moindre exploict ,
mais de plus grans personnaiges, lut faicte par le
roi des Romains, lequel estant logé en l'abbaye de
Fontenelles, aune petite lieue de Vallenchiennes^
son armée se partit à l'environ la nuict de la Nati-
^
(i^^) DB JEAN liOLlNET. 1 29
vite Nûstre-Dame en la compag^nie de ses aobles
princes , comtes et barons y fit métier artillerie y
échelles et instmmens convenables à donner l'as^
saut, chevauchant en la nuit^ et en viron lepoint du
jour se trouva assez près de la ville de Saint-Quen*
tin. Deux ou trois heures devant Tabordement de
Tannée s'estoit desfoucqué un garchon de l'ost du
roi , lequel estoit venu nonchier au guet de la ville
Temprinse qui se debvoit faire ; et d'aultre part ,
les piétons en ce voyage faisoient feus sur les che-
mins, esmouvoient noises , cris et buts, et se main-
tenoient tant indiscrètement , que le guet sur les
murailles povoit pleinement penser qu'il y avoit
qnelqu'armée sur les champs qui leur povoit tour-
ner à préjudice ; parquoi il furent plus avisés de
mettre provision à leur fait. Le sieur de Moj illec
estant venu avec petit nombre de gens de guerre,
averti de la venue du roi et de son ost, fit diligence
de pourvoir à ses défenses; fit soubdainement res-
Teiller tous les habitans et manans de la ville ; fit
cesser les matines des mendians , et venir à l'ef-
fifoi; fit convenir chacun en son quai^tier pour
I donner résistance ; fit faire grans feus en pliï-
«ieors quartiers , fit allumer torses, fallots, chierges
^chandelles et apporter sur la muraille; fit pré-
parer par les fen^mes chaudières et chaudrons
pleins de cendres et autres mixtions pour servir
les pèlerins; fit ruer es fossés bottes destrain al^
imnée , afin de perchevotr si quelqu'apparance se
£ûsmt par eschellage ou aultrement , car lannict
CffROfflQUES. T,XLV. — J, MOLINET. /// 9
iSo CHROiriQUBS OW
estoit fort obscure. Le roj et les princes TOjamde
loin ces grandes allumerieset préparations dere-
pulse y pensans que Franchois j estoient en graod
nombre tous avertis dç sa Tenue , sans j faire ne
souffrir faire quelqu 'essai d'en treprinse ni d'assaiok
par trait^ ni parsommation^ retournèrent àYaUen*
chiennes; et ceux de Saint -Quentin d'aultre part ,
tous préparés sur la muraille pour les recepvoir ,
ne firent bruit ne noise de traict ,ne de bouche, et
qni plus est , ne prof férèrent quelque injure mioft-
toire ni deshonnestes paroles sur l'armée qui se
retournoit ; mais aucuns d'eulx issirent de leurs
ibrts^ cuidans happer aulcunsbons personnaiges; s
se fourrèrent >en la queue , et eux mesmes furent
prias et amenés prisonniers en Yallenchiennes.
CHAPITRE CLIII.
Romptare d'armes et le retour de Femperear en Allemagne.
Le roy des Romains retourné en Yallenchiennes
du voyaîge de Saint-Quentin, aulcuns nombres
d'AUemauss'estoient retirésautour de Maubeugeet
d'Avesnes, où ils pillèrent tout; et ne desmouroit
après eux ne qu'après feu ; et qui pis est, la maison
des grises sœurs , et couvent des cordeliers d'A-
vesnes, lesquels, pendant la prinse d'Avesnes , n'a-
voient jamais esté déprédés par les Franchois ne
mis au pillage^ furent robes et desrobésde vestures
l^^ DS JEAR MOLINET. l5l
troemens et ustensiles y tellement que le gardien
nt longuement en poursuite pour la recouVrance ;
t toutefois les Allemans n'avoient cause de le
aire, car le roy avoit préparé leur paiement ^ et
lefaict envoyé jusques au château de Sorre , quand
pnnze cents Allemans d'une bande , et quatorze
oents d'une autre, sans recepvoir paie se tournèrent
la parti desFranchois; et les autres plus heureux,
m nombre de trois à quatre mille, receurent leurs
iaoldées. Pour la dommageuse gasteure que firent
les Allemans , grand nombre du peuple s'éleva
coDtre le roy, disant qu'il avoit plus foullé ses pays
i|Qe ses ennemis, et que grands désordres s'es-
toient trouvés pour avoir ses pays gastés ; et à la
vérité la foulle et gasture estoit horrible es màr*-
ches des frontières du quartier de Haynault , car,
sans prisonnier , ne sans/eu bouter , Ton ne povoit
pis, qui estoit très dolereuse et griesve plaie à por-
teraux paysans pour ce quela rouséede paix s'estoit
descendueen ces limites.Trois ans para vaut, labou-
lenrs labouroient les terres, les terres estoient
chargées de bien , les biens multiplioient , et la
ninltiplication en estoit amassée ; mais les grands
anas furent desmassés , les biens des granges des-
granges et les grands tas tous destassés. Néant-
moins le roi, qui en estoit plus desplaisant que tous
les antres, n'en pouvoit mais ; il pourchassoit ses
enneoûs, et ses ennemis le fuyoient ; il espéroit
d'avoir amis, et ses amis le délaissoient ; il cuidoit
complaire au pays , et les pays gré n'en sa voient ;
9^
l33 CHa01liQD£S («4*7)
«t se par immodéré conseil il eusist mis en hasard
sa puissance , perdu journée de bataille ou quelque
ynUe de nom , la murmure y devoit estre plus ap-
parente : mais il n^eult perte ni de lui ni des siens,
sinon que gasture de pays» qui fort accrut le grand
vouloir des peu sachans» auxquels il sembloit qu'il
deyoit prendre Paris en un jour el Rome en un
autre.
Après que l'empereur eut séjourné environ
trois mois es limites de Brabant et de Flandres,
ou il fut sumptueusement festoyé et magnifique-
ment recoeilli et desfrayé , lui et son estât » chacun
jour de trois cens mailles de Rin , au grand coust
et despens des pays , il retourna en Allemagne, et
fat convoyé par le seigneur de Mingoval , grand-
maistre-d'hostel du roi. Entre les aultres choses
pourquoi il fut tant honorablement receu, l'une fut
pour la nouvelleté de son avènement ; car long-
temps auparavant ne s'estoit trouvé nul empereur
par dechà ; l'autre fut pour la proximité du sang
impérial à monseigneur l'archiduc , nostre prince
et naturel seigneur^ car il estoit père du père ,
et ^and-père du fils du père.
('W DE JE A H MOLIUBT. I 53
CHAPITRE CLIV.
CoBUDent la ville de Saint-Omer fut esbranlëe de tenir totallcment ]e
parti da roy des Romains.
Le roy estant à Bruxelles le jour de la' Nativité
de Nostre-Seigneur , très doleureuses complainctes
etpiteuses lamentations furent envoyées vers lui par
ceulx de Thérouane tenans son parti, lesquels es-
toient tant amèrement flagellés et oppressés de fa-
mine que rien plus* Dont^ pour soub venir à leur né-
cessité, en intention de leur donner vivres, assembla
ses princes , fit amas de gens d'armes , se tira vers
I Courtray , et de là à Ypres; et pour ce que Saint-
[ Orner estoit convenable à son ravitaillement faire,
il entra dedans la ville à très petite compaignie ,
et fit remonstrer aux mayeur, eschevins et ha-
bitans, par maistre Jean de la fionnière, chevalier,
j seigneur de Wière , en son temps chancelRer en
Brabant, les grands dommages et intérests «qu'ils
avoient souffert pendant le temps de leur neutra-
lité , et qu'il leur seroit fort profitable se ils esl-
U)ient du tout subjects au roy des Romains , comme
père et administrateur de leur prince naturel ,
ïnonseigneur l'archiduc d'Austride , t^hilippè soh
fils ; à laquelle remonstrance ils prindtetit dila-
^on , et respondirént ce que s'ensuit : * ^ ^ •' '
>> Veu les empririsès fâicte^ par les géiis 'du
*^ roy de France sur les sùbjéts dé cesftè vîllè' de
l54 CHRONIQUES (»487)
» Sainl-Onier , banlieue et bailliage^ eo enfrain-
« dant leur neutralité^ dont réparation n'a esté
» jusques à ores faicte^ quelque poursuite ou dili-
« gence que plusieurs fois l'on en ait faict devers
n le roy et ses amis, aujourd'hui vingt-cinquième
» jour de janvier , an quatre»vingt-et-six , sur la-
» requeste faicle par le roj des Romaips , nostre
» seigneur > tendant afin que ceux de ceste ville
» se déclarent de sa part , et lui facent serment
» comme subjets naturels de hault et puissant
» prince et nostre très redoubtç seigneur , mon-
» seigneur l'archiduc Philippe son fils , et à lui
» comme père y mambour et administrateur légi-
)) time de sonditfîls^ les gens des trois estatsde
u ladite ville ont sur ce respondu : qu'ils sont
)) contents ^ au cas que en dedans trois sepmaines
M prochainement venant ils ne puissent obtenir du
» roy de France déclaration eutiçre sans quelque
M limitation de leur franchise, de pouvoir aller
» marchandéemeutouaullrenient, àThérouanneel
» partout ailleurs^ et restitutions et réparations
» plénière et prompte, en dedans lesdits temps 4^
» trois sepmaines , de tous dommages,, intére^is
» et fourfaicts qui ont esté faicts par les gens du
» roy de France, au préjudice d'icelle , eusemble
» de toutes les places dudit bailliage et aultresmen-
» tionnées au traicté dqdicl Saint-Omer ne soient
w vuidiées et mis en leurs entiers, ainsi qu'elles
» estoient auparavant la prinse de la ville de Thé*
}i rouanne, de dès maintenant faire serment de le
w recepvoir lors, et lui faire , ou à son commis ,
(■4^) DE JEA3r MOUHET. lS5
» dédaratiofi telle comme il leor demande; ei
» durant ledit temps , le roj, tant poar ravitaille-
» ment et secoors de la Tille de Théroaanne, que
» pcMir anl très ses affaires, anra entrée et issue , à tons
» ses gensy en tel aonibre qa'il les a , de présent
» en ladiete Tille de Saint-Omer , et j polra faire
» recoeillir ^ prendre et achepter et lerer tons
» Tirres et antres choses nécessaires ponr ladite
» ville de Théronanne , prevea qoe le roj des
9 Romains, comme il est oflfert , lear promette
» qne jamais il ne le sonflOrira séparer de la mai-
» son de Bourgogne ; secondement, de nous faire
» traicté qu'ils ne soient couvris , et qu*ils n'aient
» entière joîssance de leurs biens ; qu'ils me au*-
» ront capitaine, sinon tel qui leur sera agréable » ^
» et tel nombre de gens dont ils se contenteront
» entretenir et payer d'avance do trois mois en
n trois mois ; tiercbement, que le corps de la viUe
n et les habitans d'icelle soient entretenus en
» leurs privilèges, franchises et libertés, en-
» semble de tout lieu , espécîalement de Grave-
» linghes , et les officiers en leurs estais et offices;
» quartement, tous ceulx qui en ceste ville vou-
I» dront demourer, et abandonner leurs biens
» qu'ils ont situez en partie contraire, les ré-
» compensera avant tous aullres , de terres jet hé-
M ritaiges ou aullres biens en son obéissance , i^p-
» partenanls à ceulx qui tiennent ou tiendront
« parti contraire; quinlement, que tous ceulx
« qui s'en vouldront aller, s'en polront aller, eu-
i56 caaoNiQUBs («W?)
» semble leurs femmes et enFaots et meschines
» quelcoQques » franchement et dedans un mois
» d'huy y et que tous ceulx qui vouldront venir
» demourer dedans ]a ville , joyrout des privilèges
)i> et franchises de ladite ville , et que toutes choses
)» faictes ou dictes durant ladite neutralité , Ton
M n'en polra rien demander ; et que Ton expé-
v> diera lettres d'abolition générale et particulière
» à ceulx qui en voldront avoir.
}) Desquelles choses furnir et accomplir^ le roj
n sera tenu de bailler ses lettres. Semblablement
» bailleront lettres , monseigneur Philippes de Clè-
I) veS; monseigneur le prince de Chimay , monsei-
» gneur le comte de Nassou^ les quatre membres de
i¥ Flandres , les trois estats de Brabant, Hajnault»
» Hollande, Zélande; lesquelles lettres seront scel-
» léesde la part du roj, desdits princes de son sang;
» et des membres de Flandres baillies , avant qu'ils
» fassent lesdites déclarations ; et les autres scellées
M dedans neuf sepmaines d'huj. »
CHAPITRE CLV.
Ravitaillement fait à Thcrouanepar le roy des Romains.
Le seigneur des Qnerdes, grand marissal, lors
dominant et princiant en Picardie comme un petit
roi , sentant la ville de Thérouane attainte au
vif du très poindant aiguillon de famine , voyant
que le roj des Romains labouroit fort à le réfection-
(i<^} DB JËAn MOLINET. iSj
ner, assembla Fraochois , Picards et Boulenois ,
au oombre de quinze cens chevaulx , et le double
àd piétons , enla conduicte du bastard de Lorraine,
daséneschal de Thoulouse, etaultreschevetains, et
pkota devant la ville, à manière d*un siège , cui-
dant rompre l'entreprinse du roy des Romains ; et
fcfftifia de boluwerls et trenches les abbayes de
Saiot-Âugustin et Saint- Jehan au Mont.
£n ce temps y estoit sire Charles de Saveuses
eo son chasteau de Rimesture , accompagné d'une
fière et forte bende' , où estoit Charles de Menne-
viUe et aultres compaignons fort expérimentés ,
lesquels livroient borme guerre aux Franchois
<les frontières ; et par l'advis du comte de Nassou /
lors estant à Berghes Sain t-Winoch, attendant l'ar-
mée du roy , et pour soUacier et donner espérance
à ceux de Thérouane , lors estant en ballance de
eux rendre , et en tant misérable nécessité qu'ils
loeDgeoient chats, rats et sorris, fut conclu que une
partie de la bende de messire Charles , ensemble
aulcuns aultres de diverses compagnies ^ les mieulx
en poinctet convenables à ce faire, jusques au
nombre de deux cens chevaulx ou environ, secour-
roient les aftamés. Et de fait , des deux cents che-
vaulx, les cinquante furent chargés de bled; et,
par une obscure nuict, la ville avironnée de Fran-
chois, comme dict est , Bourguignons arrivèrent
aux barrières , adverlirent le guet de leur veque ,
^^ ^le plus secrètement que possible leur fut , des-
chargèrent leur bled à l'environ des fpssés , lequel
l38 GHliONIQUKS (»437)
fut recoeilli à garant joie , puis retournèrent fran-
chement sans quelque dure rencontre.
Le roy des Romainsestant autour de Saincl-Omer
préparant son ravitaillement, les Franchois, au
nombre de cinq à six cens lances , firent une course
devant son ost, sans en rien adommagier ; si se dis^
posa le roy comme pour entrer en bataille , fort
joyeux et délibéré de combattre ; car ne deman-
doit autre chose que soi joindre à ses ennemis ; et
affin de les trouver, pensant que^ s'ils ravitailloient
la ville , ils se tiroient aux champs pour lui donn^
empesche, il ordonna ses compagnies; et s'y mi-
rent en poinct les seigneurs de Lassaras^ de Mont-
faulcon, et aultres nobles hommes, jusques au
nombre de cent chevaulx bardés , plus de sept à
huict mille piétons allemands, et de trois à quatre
milles Flaniens ; puis le roy, en personne, accom-
pagné de ses princes, chevalier^ et escuiers de son
hostel , et grand multitude d'archiers qui se te-
noient sur les aesles. Ily avoit seize cens chevaliers,
cent chariots chargés de toutes manières de vivres,
trois courtaux et artillerie volante. Et pour ce que
Franchois avoient dit que Flamens n'estoient que
bergiers , comme mal habiles au mestier d'armes,
monseigneur Philippe de Ravestain, ensemble
vingt-quatre nobles hommes se mirent en ce voyage
en mode de pastoureaux , ayant houlettes et pan-
nelières.
Le roy , pour descouvrir l'armée des Franchois,
envoya Claude de Zurre^ accompagné de deux
(>4S7) DE JEAN MOLINBT. lOQ
cens chevaulx , et depuis le seigneur de Croy à
cent chevaulx ; et depuis ledit Claude envoya un
avant-coureur fort bien montée pour sçavoir la
conduite des Franchois , auquel il promit sa ren-
chon y si d'aventure il estoit détenu prisonnier. Et
ce mesme avant-coureur se trouva devant Tabbaye
de Sainct-Jehan au Mont , et approcha la muraille
de Thérouane , sans dure rencontre , et fit sçavcHr
à ceux de la \ille comment le roy des Romains ,
à main armée , accompagné de sa noblesse, les ve-
noit secourir de vivres; et de là s'en alla à l'abbaye
de Sainct-Âugustin , où il trouva un seul religieux
qui lui récita l'affaire des Franchois, qui fut telque^
quand ils sentirent l'approche du roy , ils tindrent
diverses opinions. Aulcuns disoient qu'ils n'avoient
charge de combattre ne de mettre l'honneur de
France en hazard , s'on ne trouvoit les Bourgui-
gnons grandement à son advantage. Aulcuns es-
toient en volonté d'empescher le ravitaillement ,
et de joindre au roy, sur espérance de gaigne^
l'honneur et proufit. A ce s'accordèrent les piétons,
par tel si, que les capitaines gens de chevaulx et
principaux ducteurs descenderoient tous à pied
^ns payer lesdits piétons, comme aultre fois avoient
faict. En ceste controverse, se séparèrent les uns
des aultres , et s'enfuirent Picars et Boulenob , au
grand desplaisir des capitaines , qui n'osèrent at-
tendre la venue du roy; et le roy, à grand triumphe»
sans nul encombrier , approcha la ville. Les capi-
taines , ensemble la pluspart de la garnison, lui
i4o GHllONIQUBS [^k^fl
viodrent au-devant; pareillemeut le collège de
Nostre-Dame , sans vidier la ville , les habitans et
les petits enfans portans la croix. Bourguignons
crioientà haulte voix : Vive le rojdes Romaios!
Lies cloches de la grande église, qui sont fort mélo-
ilieusesy don noient grande esjoïssaoce ; et fut le
roy des Romains receu selon la facilité du temps^
à-grant léesse à Thérouane , tant pour son jojeox
advéneme n , que pour le raiFrescbissemeot des
vivres qu'il leur donnoit , à la grant honte et re-
boutement des Franchois.
Maistre Pierre de Wez estoit do jen de Thérouane,
et estoit bailly Jehan de Lex , et yuidièreat mes-
sieurs du chapitre, sans venir gairesloin, à croix et
confanons ; et devant qu'il venist si avant, Hughes
des Anois , lors eschevin de Thérouane , leqad
avoit souffert plusieurs maulx pour la querellei
vint au-devant du roj, en disant : Benedîctus fd
venit innomine Domini. Il salua Nostre-Dame^ïX
puis ledit roy, sans gésir illec , retourna. Cedist
Hugues mena le roy, jusques il fut receu des gens
iréglise. Et le lendemain , monseigneur des Qae^
des, pour recueillir les fuitifs, fit publier en Boa-
longue un mandement portant en substance ^ qne
luus compagnons de guerre, accoustumés dépor-
ter armes , souverainement les pillars infâmes qui.
cîn très grand deshonneur du roy , du royàulmee
de leurs capitaines , avoient furtivement abandoo
nés leurs forts devant la ville de Thérouane, sao
jour et sans heure , retournassent audict lieu , i
(i4t7) DE JBAH MOCIAET. l4i
ce SOT peine de la hart. Trois jours après^ qui
fiit jour de la Chandeleur , fut derechef ravitaillée
ladite ville. Les Franchois lors en bon nombre ,
s'adyanchèrent tellement sur les Bourguignons ,
qo'ik prindrent prisonnier Loys de \auldrej , ca-
pitaioe. En ce temps, trespassa le comte de Ro-
moDt, fils du duc de Savoie, oncle du roy de
France lors régnant, et chevaKer de la Thoison-
d*Or. Il estoit fort expérimenté delà guerre ; il avoit
bien servi le duc Charles de Bourgogne, pareille-
ment le roi des Romains,lors estant archiduc d'Aus-
trice, tellement que, à la journée d'Esquinegate,
anprès de Thérouane, il fut conducteur d'une
1 grosse bende de Flamens contre les Franchois ,
I * où il acquit honneur et loz ; semblablement , en
[ plusieurs autres fiers et durs exploicts de guerre ,
conquit louenge et gloire ; mais, en la fin, se benda
contre le roy des Romains , et tint le parti des Gan-
thois , qui détenoient monseigneur l'archevesque
prisonnier , au très grand desplaisir du père des
princes et des pays , pourquoi sa gloire fut termi-
née et son grant bruict accoisé. 11 avoit espousé
naadame Marie de Luxembourg , sa propre niep-
che, fille de sa sœur germaine et du comte Pierre
de Sainct-Pol. Il termina ses jours en son chasteau
deHam, en Vermendois, au mois de febvrier,
€t laissa madame son espouse encheinte , environ
de sept à huit mois; laquelle s'accoucha d'une
nie nommée Franchoise; puis fust ladite dame
alilée par mariage au comte de Yendosme. En ce
temps fina de ce siècle, Frédérich seigneurde Monti->
, Ja CHRONIQUES («W
jrnv, fils du comte de Homes et frère de Tévesque
de Lié£:e , fort ohevaleureux de coraîge , agile de*
coriis, homme sans paour ^ et hardi entreprenant;
et s'il eusist esté autant modéré qu'il estoit chaoll
et bouillant , on l'eusist compté pour un noble
chief-d œuvre. Il servit fort bien le roj des Romains
en plusieurs durs voyages et rencontres : il fut pour
un temps le fléau des Ganlhois, la crainte des Fran-
chois , et le fort et puissant mur des Hannuyers.
Advint, trois jours devant sa mort , que lui avec
le sei*^neur de Lens , le seigneur de Lassaras , et le
sei*nï<îur de Montfaulcon , Henry d'Isory , ensemble
aulcuns compagnons de la garde, jusques aunombre
Je quatre cens chevaucheurs et autant de piétons,
lîriMit une course devant Guise , et assirent leurs
^nilHisches sur intention de faire saillir les gar-
nis*ws et les atlirer jusque leurs embusches. Ceux
do la ville estoient tout advertis de leur venue ; si
vuidoront leurs forts environ cinquante hommes
armés au cler^et multitude de piétons. L'escar-
nioucluî s'csleva assez fière ; mais les Franchois ne
j^^nnoiont. approche à ladite embusche, à la volonté
,los Bourguignons, qui fort desplaisoit au sieur
Je Montigny. Pourquoy , outre le gré de ceux
mii iHîsoientce fait, comme celui qui n'admiroit
si\s onneniis , sans crainte de traict, sans doubte de
ix»p «l'e^tocq ne de taille , ledit seigneur se lancha
entre hvs deux barrières ; et entre les aultres qui
esloicîit vuidés, choisit un mauvais garnement
noninié Petiot son poincteur autrefois, lequel un pe-
lil iMiravant avec ses complices, par cauteleux ma*^
M*7) DE JEAN MOLINET. 1^3
lice et precogitée déception, avoit attiré Jehan
BoDoeau hors de la ville de Buich ^ dont il estoit
yrévost , et Tavoit mené en Guise, prisonnier aux
ïranchois , desquels ledit Petiot tenoit le parti ;
€t le seigneur de Montigny percheut ce Petiot ; il
lecuida prendre parle collet, pour soi venger de
sonmesus^ mais, soudainement ung piéton Fran-
chois le navra d'une picque en la jambe senestre
un peu dessoubs le genoul; tellement^ que en peu
d'espace , le feu s'y frappa*
Il fut amené au Quesnoy à grant doleur , où
Ddadame sa femme, fille du seigneur d' Anthoing ,
■ somnt à grant diligence pour le faire administrer
. de son salut. La jambe fut visitée des chirurgiens ,
Jfà donnèrent en conseil de la copper. Le boa
rieigneur estant en fleur de son eage , fort et puis-
lant de corps, ne s'y volut nullement assentir^ et
f aimoit autant à morir devant ses jours , que vivre
[ impotent. Toutefois , plusieurs remonstrances
-tdctes, tant du parti de la dame que des nobles
circonstans, ledit seigneur à grant peine se con-
tenta, et fut ladite jambe sciée ; Dieu sçait à iquelle
fetresse ! et deux heures après qu'il eut souf-
fert ce misérable et angoisseux martyr , il rendit
^Q ame à Dieu , le treiziesme jour du mois de
oiarch , an quatre-vingts et six S fort plaint des
gentils rustres de guerre, et fort regretté en la
. «omié de Haynault.
«•Eti487, N. St.
l44 CHRONIQUES C»487)
«..'.i_— iw
CHAPITRE CLVI.
La prise de Saint-Omer par les Franchois.
A LA rénovation de la date dont Pasques esché-
oient le quinzième jour du mois d'apvril mil qua-
tre cent quatre-vingt et sept, que tous animatrlx
naturellement se resjouyssent avec le temps, que
les oiselets reprendent leurs chants , et les arbris-
saux nouvelles vestures, les hommes par au con-
traire se disposèrent à la guerre , et se pullulèrent
dissentions à tous costés , comme en Arthois , en
Flandres , en Angleterre , en Liège , et souverai-
nement en Bretagne, ainsi qu'il apperra cy après.
Entre les villes de la comte d' Arthois, Saint-Omer
qui se tenoit neutre par le traité de la paix, fut en
variance de soi déclarer du tout pour le parti du
roi des Romains , bien considéré les molestes et
fouUes du roi des Franchois , et se mit totalement
en ses diligences d*y parvenir. Mais quant elle
perchent que le roi n'y tenoit point la main prom-
pte à sa volonté , mais leur donnoit plusieurs di-
lations, elle se réfroida de ses intentions. Et ce
temps pendant, le seigneur des Querdes, averti de
mesme du faict , employa sens et scavoir pour
avoir par emblée et à demi Ibrce ce que le roi ne
povoit avoir par amitié et douces paroles.
('4^} DB J£AR MOLINBT. l45
Advint de nuict^par ud dimenche vingt-septième
demain an dessus dit, que les Franchois^ en nombre
de sept à huit cents , le plus secrètement que faire
se peult , arrivèrent par bacquets et aultrement ,
sortis d'instrumens convenables à leur emprinse,
' devant Ja muraille de Saint-Omer , au quartier de
f! l'abbaje de Saint-Berlin, auquel quartier la ri-
vière d'Arqués descend dedans la ville , et à son
entrée faict tourner une grande et puissante roe^qui
faict assez de bruit, et en tournoyant espuise l'eaue
dont ladite abbaye est servie. Les Franchois illec
. abordés, un garchon nommé Blondel , sachant les
secrets du fort de la ville , se print à desmachon-
ner un boluvert nouvellement faict en bricques ,
duquel le mortier n'estoit encore prins , et tant
besogna avec ses adhérens qu'il fît certaines trouées,
et, par eschellement montèrent et joïrent des
murailles. Le guet, qui lors estoit fort négligent ,
nepovoitoyrlafrusse, pour le bruit de la rivière. Ils
trouvèrent premièrement deux hommes, qui firent
d'eslever l'effroi , se furent occis. Un aultre com-
menchoit à faire noise, auquel il fut dict , s'il ne ré»
veloit le cri de la nuict, qu'il seroit mis en tel
poinct que les aultres. Le cri sceu , ils s'achemi-
nèrent où bon leur sembla ; puis descendirent
en la ville , se mirent en bataille , et estoient de-
Îvant l'église de Sainte-Marguerite , avant que l'on
sceusist leur venue. Us se tirèrent au grand mar-
ché , et en criant vive le roi ! eslevèrent le plus
impétueux cri que jamais , au bruit duquel chas-
ChKOKIQUES. T, XLV. J. MOLIHET. ///. lO
1^6 CHHOIflQUES (>487)
cun se resveilla fort esmerveillé d'estre ainsi sur-
prins. Entre lesquels Jennet-Cauchie ^ vaillant
homme de guerre, lieutenant de monseigneur de
Bèvres , se mit sur les rencs avec petit nombre
de compagnons, cuidant résister aux Franchois;
se fut attainct d'ung quarreau d'arbalestre, duquel
il morut; si firent aulcuns aultres , jusques au
nombre de quinze ou seize. A cest eflroi, aul-
cuns nobles personnaiges , doubtans la fureur des
ennemis saillirent par-dessus la muraille et se
saulvèrent. Le seigneur de Fresnoy, monseigneur
le prévost de l'église de Saint-Omer , fut détenu
prisonnier , puis fut mis au délivre, et ses biens
lui furent restitués.
Ce temps pendant le seigneur des Querdes, avec
sa bende , attendoit la bonne fortune à la porte
de Brusle , fort désirant la çhevisance de son
emprinse, car c'esloit la ville que plus appétoit
au monde; et quand les Franchois se trouvè-
rent au-aessus de leur besongne , ils lui ouvrirent
la porte. Si fist aulcuns chevaliers à sa venue.'
D'aultre part , aulcuns habitans de la ville , les
uns en leurs pourpoints , les aultres en leurs
chemises , s'estoient retirés à l'effroi de l'emblée
en la basse court du chasteau , pour estre à sau-
'veté^ ou pour eulx defFendre jusques à la mort;
mais ledit seigneur, par doulces paroles et pro-
messes, les fict retourner en leurs hosteLs, et fit ra-
douber le chasteau d'Arqués; il fit relever les fossés
par les pionniers; il fit abbatre plusieurs maisons
("4^7) DU JfiAN MOLIMBT. J^'J
sur le marché pour fortifier le chasteau; il pro-
posa de faire un fort entre la porte du Gole et
celle du Brusle ; et finablement demanda aux
habitans et manans de la ville la somme de
vingt huit mille escus pour commencher en ces
édifices. Notables processions générales , grands
feus, cleres allumeries^ convines féstoyemens , as-
semblées et esbatemens furent faictes , ne scais se
ce fut du bon du cœur, par les contées d' Arthois et
de Boulenois, pour la ]prinse de Sainl*Omer ,
qui d'aulcuns estoit estimée une glorieuse vic-
toire. Et j assoit ce que Ton ait porté en avant
qu'elle fut prinse par faulte de guet et sans quel»
que intelligence du seigneur des Querdes aux goo-
verneurs de la ville, toutes fois le menu peuple
maintient qu'elle fut vendue la somme de cio^
quante mille escus ; et en furent "aotés les plus
grands de la ville , comme sire Julien Dodén-
fort, Jehan d'Ëme , le bastard de Notcalines ,
Jean le Carron , J ulien de la Coupe, maistre Lojs
le Mire , Lhosté du Chemnes , et aultres qui ne
sont venus à conÈoissance.
Ce mesme jour advint en Gant, que dix-huit
ou vingt vilains de Flandre entrèrent en la viHe
entour dix heures du jour. Quand ils se trouvèrent
devant Thostel où les seigneurs de la loi s'assem-
blent, ils se prindrent a crier : vive le duc Philippe '
qui l'aime si nous suive ! En ceste fureur occirent
Jehan Werlicq , eschevin en l'année passée, en-
semble deux ou trois aultres. A.me ne monstra sem-
lO.
x48 CHKOHIQUBS Ok^l)
blant d'ensuâvir ne leurs faicts , ne leurs traces ;
maisaulcuns d'eux furent prins^ et les aultres yui-
dèrent franchement la Tille.
En ce temps le roy de France fit grans pré-
parations pour assiéger la ville de Nantes, où s'es-
toient retirés , avec le duc de Bretaigne , le duc
d'Orléans et se bende , comme il est plus ample-
ment déclaré cy- après; et pour ce .que la ville et
chasteau de Couchy ten oient pour le duc d'Or-
léans , ils furent assiégés des Franchois , desquels
furent conducteurs le seigneur de Sainct-Pierre ,
le grand escuyer de France, et aulcuns aultres
qui estoi^t parmi les francs archiers , de trois à
quatre cent combattans. La ville fut emportée
d'assault ; le chasteau fut battu finablement ; les
assiégés, en nombre de trente-six à quarante com-
battans, pourveus de vivres pour un an, rendi-
rent la place , leurs corps et leurs vies saulves ,
chevaulx et armures parmi, promettant deux
mille escus. Le capitaine fut mené à Paris avec
aultres , dont les aulcuns furent décollés et aultres
pendus. Le siège dura de neuf à dix jours , auquel
demourèrent morts trois à quatre cents francqs-
archiers. .
W»?) DE JEATT MOLÎNET. 1^9
f
[ CHAPITRE CLVII.
i
La prinse du chattian de Rimestare par le seigneur des Qaerdes.
Pour ce que la garnison du chasteau Rimesture ,
assis auprès de Saint-Omer et en coing de fron-
tière , avoit porté et povoit porter grand dom- ,
maige aux Francjiois Toisins , se remède n*y estoit
mis^ le seigneur des Querdes délibéra de l'assiéger ;
et en ce temps » la nuict du sacre^ il fit son amas
de trois mille hommes, où estoient le seigneur de
FienneS; le moisne Blochet, ensemble aulcuns
josnescompaignons de Saint-Omer, forts et roides,
lescpiels il ayoit amenés ayecq lui , afin que en son
absence ils ne mutinassent en la ville; et fit char-
gier gros engiens sur charriots, et eschielles con-
Teaables à son emprinse 5 et vint tant secrètement
etsubtilement de nuict, que oncques Ton n*oyt ung
seul chien aboyer ; mesme ceulx qui estoient au
cbasteau , ne se perchurent oncques de ses ap-
proches. Sitost que le seigneur des Querdes fust
venu devant la place, fort bien édifiée et mâ-
chonnée de rouges briques, fortifiée de doubles
fossés plains d'eau we , il mil pionniers en œuvre ,
qui tant exploictèrent par leurs labeurs, que en
petit d'espace , ils mirent jus Teauwe ; et pour
passer facilement et donner Tassault, ils empli-
^^ent lesdit fossez dès eharriots ; puis trouèrent et
l5o CHROniQUBS («4®7)
perchèrent les dicques , afin que les instrumens de
guerre eussentplus prompte attaincte à la muraile.
Dedans Rimesture estoient soixante-dix ou quatre-
vingt compaignons fort mal empoinct, et encoire
pis sortis d'artillerie ; car ils n'avoient que trois
hacquebustes et cinq arbalestres, desquelles les
trois estoient sans corde. Leurs capitaines estoient
Jennet ThieuUart qui long-temps paravant avoit
gardé la place y Taultre estoit un compaignonfort
aventureux y nommé le bailli d'Abbeville^ auquel
le roj des Romains , peu de jours paravant, avoit
faict délivrer trois cents escus pour payer les soul-
dars ; et en recepvant les desniers , promit de tenir
la place quatre jours au moins.
Quant vint lepoinct du jour, que^ceulx du chas-
teau pescheurent l'eau ostée, les fossés remplis,
les dicques perchées, les engiens affûtés, et leur
place avironnée d'ennemis , ils furent fort esbahis ;
et pour leur donner bon jour , le seigneur des-
Querdes les salua d'un gros courtault, quilégière-
ment perchoit la muraille quand il adreschoit aux
arcures. Aultres engiens et grosses serpentines
semblab^ement firent bon debvoir, si que finable-
ment led^t courtault fut affûté devant la porte , et
avec les àultres engiens bâtirent incessament la
pl^ce jusque& à dix heures ; et jà-soit ce que les
assiégés fussent petitemejnt pourveus d'artillerie ,
toutefois ils se deffepdirent à leur povoir . Plusieurs
parlemens furent tenus par le moisne Blochet ,
pour traictier de la rendition ; et tellement s'ac-
(14^7) DB lliAN MOLINBT. i5l
cordèrent, qu'ils rendirent la place. Se partirent
en leurs pourpoincts la vie saulve , et portoit leur
saulf-conduit pour quatre-vingts et au-dessus. Si-
tost qu'ils furent hors j le capitaine Péret j entra,
accompagné de deux cents Franchois , qui se for-
tifièrent trop mieulx que paravant. Le seigneur des
Querdes remerchia grandement et prisa les com-
\ paignons de Sainct-Omer , qui vaillamment s'es-
\ toit portés à la besoigne , disant que grand dom-
I maige estoit de les avoir tenus si long-temps en
I ojâveté ; et bien considéré leurs prouesses, pour
' employer leurs forces , estoit délibéré de les en-
voyer au siège de Nantes, où. ils povoient beau-
coup profiter et acquérir bruict et honneur. Dont
pour en estre quitte , il fit donner à chacun d'eux
deux francs rojaulx. Aulcuns aventuriers se tirè-
xent vers Nantes, et les aultres retournèrent au
service du roj des Romains.
SBBBSHHSaOBWV»
CHAPITRE CLVIII.
U oooronnement da fils de Glarence en Irlande. Son emprUonnement
en Engleterre , et la mort du seigneur Martin Zwatre.
Après que le comte de Richemont fut couronne
^y d'Angleterre , et institué Henri septiesme de ce
'^om par le confort et puissant subside du voy
<ie France y pi useurs débats et contentions se ger-
binèrent entre les Anglez^ dont ceulx auxquels
]5a chroniques (i^^)
ce couronoeineut povoit plus desplaire , estoit au
prince héritier et successeur de la très haulte et
très excellente maison d'Iorcq , laquelle estoit tant
excellentement eslevée en triomphante majesté,
que le bruict et la splendeur en estoit veu et oj
par les sept climats du monde ; et maintenant es-
toit tant soudainement tombée et mise en déser-
tion par fortune , que à peu si Ton y perchevœt
paroit, couverture, pillier, ne fondement qui le
peùsistredrescher en royale convalescence. Tous
tesfois ungrainceau extraicl d'estoc de royale géni-
. ture, s'estoit nourri entre les fertils et seigneuriew
arbrisseaux d'Irlande, lequel, quand il ot esté paré,
flouri et eslevé en force , a voulu réparer et re-
mettre enh onneur resplendissant Parche glo-
rieuse et triumphante maison d'Iorcq , dont il est
issu. Ce très noble rainceau est Edouard, fils da
duc de Clarence , lequel , par le conseil et meure
délibération des nobles d'Irlande , et en faveur de
plusieurs barons d'Angleterre , ses bienveuillans,
fut délibéré de soi couronner roy, et d'expulser
de son royal trosne le comte de Richemont, qui
lors occupoit la couronne d'Angleterre , au très
grand préjudice , dépression et dommaige de la-
dite maison, ensemble de trèshaults etpuissansper-
sonnaiges , qui soubz les appendances avoient prins
origine, propagation et nourriture. Dont, pour
venir à c hief de sa haulte prétente, et affin d'avoir
aide de ses affidés, fît advertir de son emprinse,
très haulte et puissante dame , madame Marguerite
('4^7) DB JEAM MOLIflBT. l53
dlôrcq, ducesse de Bourgogne, sa tante, jadis
espouse de très illustre prince monseigneur le duc
Charles de Bourgogne, que Dieu absolve! Geste
trèshaulte et puissante dame, diligent a tellement
pour son nepveu, vers la sérénité de son beau-
fils, roy des Romains, qu'elle esleva une bande
d'Allemans en nombre de quinze à seize cents ,
desquels estoit principal conducteni' et capitaine ,
sire Martin Zwatre. Les préparations faictes des-
dits Allemands, sortis de vivres et d'artillerie, ha-
billés et bien payés pour aulcuns temps^ ils se
partirent de Hollande, et arrivèrent en Irlande, où
ils trouvèrent le duc de Clarence, ensemble les
comtes de Ly nconne et de Guldar , et des nobles
du pays , qui , du grément de tout le peuple , le
firent couronner roy d'Angleterre par deux ar-
chevesques et douze évesques , puis le menèrent
à main armée au pays du nort en Angleterre ,
et descendirent en une havre nommé le Four , et
en passant les grandes montaignes , sans quelque
périlleux rencontre , se trouvèrent à Scanfort , où
plusieitirs seigneurs de là entour se rendirent à son
obéissance.
Le roy Edouard, nouvellement couronné en
Irlande, arrive à Scanfort à grande puissance,
sire Edouard de Oudeville , seigneur d'Escalles ,
tenant parti pour le roy Henry, estoit venu- à
une ville nommée Lancastre, accompaignié de
six mille hommes , pour secourir Tannée du roy
Edouard; duquel il fut tellement poursuivi de
l54 CHB09IQUES i*Vz^
logis en logis , et rebouté par trois )oiirs cooti-
nuelsy qa*il fat contraint de passer la foresl de
Notingfaen , à très grand haste. Le seigneur de
Occenfort , le seigneur de Sared>rj et Tallebol ,
le seigneur d'Âstin^en , messire Jehan SauTaige,
et aultres grands seigneurs , accompaignés de
quinze mille hommes , lesquels , après la Teaœ
dudit seigneur d'Escales , cpngnoissant la dispo-
sition de Tarmée du roj Edouard, repassèrent
Teaue à toute diligence , sans oser attendre sa
puissance , et se rendirent comme fuitifs. Ceux de
la cité d'Iorcq, advertis du couronnement du
roj Edouard^ en Irlande, de la descente de son
armée en Angleterre , devant laquelle le seigneur
de Saresbr j , et autres de ravant-garde du roy
Henry , avoit desjà tourné le dos, se déclarèrent
de son parti; semblablement le seigneur de
Stroppe , qui long-temps avoit tenu le diasteaa
dudit lorcq. Ce mesme jour que ladite ayant-
garde abandonna Nottinghe, le seigneur de Yeales,
qui venoit au service du roj Henry , accompaigné
de dix mille hommes , tourna comme les aultres
en fuite , et passa sa bende parmi Londres , et là
entra; et lors ceux qui estoient en francise de
Londres , voyans ce desroi , pensans que tout es-
toit gaigné pour le roy Edouard , saillirent hors
de leurs francises , pillèrent les serviteurs et bien-
veuillans du roy Henry demeuranslà entour, et
crièrent à hauîte voix, comme tous resjouis :
Vive Werwicq au roy Edouard !
('W DE /EATÏ MOLIIÏET. l55
Le Toy Edouard chassant ses ennemis devant
loi, et quérant adversaire , chevaucha parmi la
forest de Nottinghen ; et sans entrer en la ville ,
m\ à Nieuwerque, où il passa la rivière , qui est
fort grande , au long de laquelle il marcha au
pajs, environ deux ou trois lieues; et, au bout
ime prairie , trouva l'armée du roy Henry , lez
m viUaige à deux aesles. L'avant-garde estoit
I en chief y le comte d'Occenfort « accompagné du
L seigneur de Scaudale , du seigneur de Saresbry ,
F dnseigneur d'Ëstingles, du fils du duc deNorfoIque^
frère au seigneur de Linconne , et de plusieurs
glands nobles et puissants barons d'Angleterre, En
Tesle dextre de ladite avant-garde estoit en chief
le seigneur d'Escales , ayant deux mille chevaulx ;
' et, en la senestre, sire Jehan Saulvaige, à tout
quatorze cents chevaulx. En la grande bataille ,
estoit le roy Henry, en personne , accompaignié
às& Dobles princes et notables chevaliers, en nom-
hre de vingt mille ; et , en l'arrière-garde , estoit
le seigneur d'Estranges, en nombre de quatorze à
^ÛDze mille. Mais la bataille du roi Edouard
estoit en une masse , montant en nombre de huict
mille seulement ; lesquels, quant vint au joindre
d'un parti contre l'autre , ne peult porter le traict
«les archiers d'Angleterre, souverainement les
Allemans , qui n'estoient armés qu'à demi ; et jà-
^it-ce que ils montrassent grant vaillance , voire
autant que possible , estoit, selon leur petit nombre
et quantités : toutesfois ils furent rompus et des-
l56 CHRONIQUES ('48?)
fâicts , sagettés et chargés de traicts comme héri-
chons.
lUecq morut le comte de Linconne , très preux
et renommé en armes , sire Martin Zwatre , che-
valier fort entreprenant et de très hardi couraige ,
ensemble plusieurs notables personnaiges , en si
grand nombre, que de toute leur armée n'eschap-
pèrent que deux cens ; desquels , deux jours après,
ceux qui furent trouvés Irlandois et Anglois furent
pendus, et les estrangiers furent congiés. Et le
roy Edouard fut prins et mené prisonnier en la
ville de Nieu wercq , à quatre lieues près , où le
roy Henry, joyeulxdesa victoire, sans descendre
en chemin , alla rendre grâce à Dieu de sa victoire
et de sa bonne fortune. Les collèges de la grande
église , à solennelle procession , lui vindrent au-
devant : il salua la vierge Marie , et donna son
estendard à l'image de Sainct-George ; et deux
jours après , rompit son armée tant nettement
qu'il n^voit autour de lui plus haut de quatre à
cinq mille hommes.
CHAPITRE CLIX.
Ravitaillement de Théronanne faict par moaseignear Philippe de
Clèves , monseigneur de Gaeldres et le comte de NasA>a
Thérouawe , voyant Sainct-Omer qui lui so-
loit favoriser, le contrarier, le chasteau de Re-
mesture qui lui fut ennemi mortel, fut en grande
('W DE JJBAN MOLINET. 167
désolation , prochaine de tous ses ennemis , loing-
taine de ses bienveuillans , comme une brebette
lamilleuse en la gueule de loups, esgarée des biens
et du bon pastoureau. Les Franchois^ au-dehors
de son fort , lui faisoient grand travail^ et la fa-
mine y par dedans , lui faisoit grand réveil ; car
chevaulx , chiens^ rats et souris estoient livrés aux
familleuses dents des corps humains; et plus chière-
ment vendus que gras bœufs , mis sur les estaux des
bouchiers. Le roi des Romains , considérant Tex-
trême nécessité dont elle estoit oppressée, ensemble
la dommageuse perte que ce seroit, si les ennemis
la recouvroient , veu la chière constance de son
entretenement y délibéra^ par le conseil des nobles
princes de son sang , de lui donner confort et brief
f subside. Et pour ce que l'œil , la main, et la
\ puissance des Franchois, estoient plus a3pres,
promps et diligents de l'a gueter que oncques ,
mais, le roy print le choix de sa chevalerie, pour la
I secourir de vivres, et pour hurter aux adver-
saires, se le cas s'y donnoit. Provision fut faicte de
toutes choses nécessaires à ravilaillement, jusques
à trois cens chariots, les deux cens pour la ville,
et 1 aultre cent pour l'armée ; et estoit chef de
<^te emprinse monseigneur Philippe de Clèves,
accompagné de monseigneur de Gueldres, du
comte de Nassou , le bastard Bauduin de Bour-
gogne , le seigneur d'Isestain , le seigneur de
Valckestain , le seigneur de Meurs, souverain
de Flandre , le comte de Sorre , messire Charles
l58 CHRONIQUES (^W
de Saveuse , le seigneur de Croj , le seigneur
de la Boutillerie , Sallezar , le seigneur de Las-
saras, le seigneur de Montfalcon^ Jacques de
FoucquesoUe , Hugues de Meleun , et aultres che-
valiers et escujerSy jusques au nombre de deox
cents ; et avec ce une grosse et forte bende d*Al-
lemans et de sept à huit cent Flameos ; et me-
nèrent quinze ou vingt pieches d'artillerie voi-
lant , dont il j avoit trois bonnes serpentines.
Le roj estant en Zellande , les seigneurs, leurs
séquelles, les vivres , leurs chariots et les engieos
se partirent de Bruges le dix-septième de juing,
et passèrent au Nœ-Fossé sans empesche. iân
estoit le seigneur des Querdes à Sainct-Omer,
accompagné de quatre cens lanches, le bastaWl
Gardon et Querqueleuvent estoient en la viBe
d*Aire ; et se logea sur Blancquemont à plaii
champs Tost des Bourguignons, à une petite lieae
près d'Aire , où ils prindrent de quarante à cin-
quante pièces de vin que ceulx d'Aire en voyoient
à ceulx de Sainct-Omer. De la prinse desdits vins
firent les Flamens grand feste, et le buvoient en
lieu de cervoise, à longs baseaux, et rondeloient
les poinçons à force de brachs. Le lendemain,
tost après qu'ils furent deslogés, vindrent nouvel-
les aux princes, par les avant-coureurs des Fran-
cbois ; qui toujours les cottovoient si donnèrent
à entendre que jamais homme n'en reschapperoit,
ne retourneroit à port de salut, ainchois seroient
combattus; et lesdits coureurs respondirent joyeu-
('4^7) DE JEAN MOLINBT. iSq
sèment : «A ce faire sommes , nous venus; c*est le
marché que nous demandons ». Et lorsqu'ils fu-
rent à demie lieue de Thérouane , leur fut rap-
porté par les avant-coureurs que ; aux ravains à
Fenviron , estoient grosses embusches des Fran-
chois pour les ruer jus , et aulcuns aultres, en
nombre de mille chevaulx , se préparoient pour
les recepvoir, desquels Ton perchevoit lesestan-
dards et enseignes. De ce rapport estoient les
Bourguignons non espantez^ mais plus encoura-
gez et joyeulx que devant ; car fort désiroient
se joindre aux ennemis* Et comme ceux qui cui-
doient avoir an grand et merveilleux rencontre fu-
rent tous délibérés de combattre , et monseigneur
Philippes ordonna les batailles par le conseil
dés princes, qui tous se mirent à pied, chacun
une picque en la main , et laissèrent leurs chevaulx
aux pages fort arrière d'eulx, afin de non avoir
espérance, sans victoire. Ils se clojrent de leur
charroy , mirent trois serpentines en front et trois
en queue , mirent gens de cheval sur aesles, pour
escarmucher et avant-courir , et eurent si bon
ordre, que l'un ne passoit Taultre ; chascun sca-
voit ce qu'il debvoit faire. Et lors les Allemands^
qui estoient la plus forte bende environ de deux
mille , cuidans ce jour avoir hurt de la bataille ,
se mirent à genoulx , selon la manière du pays ,
et baisèrent la terre, et monseigneur Philippes,
par doulces et aimables paroles^ les admonesta
de bien besongner , priant qu'ils fussent loyaulx
l6o CHRONIQUBS ('4^?)
au Toy des Romains et à ceulx de son parti; et
ils respondirent de vif et joyeux couraige qu'ils
viveroient et mourroient pour lui, et avec ce si
ne l'abandonneroiént jusques au dernier homme;
et quand ainsi seroit que les Franchois seroient
dix mille ^ se ne redoutoient-ils les assaillir. Geste
rçsponse espresse d'un hardi courage resjoït tom
ceulx de l'armée, desquels aulcuns, vojans leur
bonne affection larmojoient par pitié , coùsir
' dérans que d'estranges marches ils estoient venu»
es pays au service du roj , libéralement enbL
offrir au dangier de mort. Et jà soit ceque tou-
tes ces préparatoires de bataiUes, furent sabdl-
lement ordonnées , tant pour ' combattre que
pour estre combattu , et que en ceste notaUe
ordonnance ils marchassent auprès de la ville f.
toutes fois la bataille des Franchois n'approcha
plus prés d'un ject de veuglaire ; et firent aulcon
seigne de planer et de non combattre ; car ils ne
se sentoient fors assez pour ce faire, à cause qu'ib
attendoient la compagnie du maressal de Gojr>
du bastard de Bourbon , du seigneur de SaindK
Pierre et du grand escuyer de France , lesqad*
arrivèrent trois jours après le ravitaillement, oui-'
dans que, deux jours après leur venue , il s^
deusist faire.
Ainsi doncques lesdits princes, ensemble l'ar*
mée, sans quelque ahurt ou dur rencontre d'eot-
nemis , se trouvèrent à la porte de Thérouane,
entre cinq et six heures du soir , le jour-Sain
C^^7) DE JEAN MOLIKET. l6l
Sean-Baptiste, an mille quatre cents quatre vingt
et sept. La pluspart de Tarmée fut logée pour
ceste nuictau monastère de Saint-Augustin; mon*
seigneur Philippes et aulcuns princes entrèrent
en la ville , et conduirent leurs vivres, qui furent
recueillis à grant joie. Les gens du capitaine Al-
merade, qui illecq estoienten garnison , en grant
perplexité et perchiés de famine ^ en widèrent i
et pour estre rafreschiés de nouvelles gens y en-
trèrent le seigneur de Croy, Jacques le bastard
de Saint-Pol , le seigneur de la Boutillerie, accom-
paignés de deux cents chevaulx , payés pour un
mois, avec aulcuns aultres, qui para vaut y estoient.
Ik avoient vivres à larjesse pour trois mois ,
mais les mesnagiers de la ville estoient tous
deffigurés de la grand oppresse de famine dont
ils estoient aguillonnés. Les chariots qui les vie-
tailles amenèrent, afin d'employer leur voyage
et de non retourner à Videngen , chargèrent il-
lecq diverses fâchons d'artillerie, dont les Fran-
chois avoient faict leur amasse, comme de boul-
kts de fer , manteaux^ taudis , petits bacquets de
hois et de cuivre.
Le ravitaillement achevé , les princes , Tarmée
[ et le carroy, retournèrent en notable ordonnance,
I fort désirants de trouver leurs adversaires , qui
de paroles les avoient fort menachés , mais riens
* ne les admiroient 5 car en passant saluèrent de
traict à poudre ceulx d'Aire , et eulx leur firent
Je pareil, sans quelque attaincte d'un costé ne
Chroniques. T, XLV, — J. Molinet ///. 1 1
l62 CHRONIQUES Wl)
d'aultre. Advint qu'au destroictd'ua pont; quant
partie des gens de guerre et de carroy forent
passés, les Franchois survindrent par une estroicte
voie couverte , pour cuider desfaire le demeu-
rant; mais les Bourguignons monstrèrent si bon
visaige, qu'ils retournèrent confus par la bonne
et saige conduite des princes , lesquels, à grand
honneur, louange et gloire se trouvèrent à Noef-
fossé , où jà soit ce que le pont fusist rompo
par les ennemis , toutesfois il fut soudainemeot
refaict, si que chacun y passa à son aise , et fo-
rent receus à grand joie en la comté de Flandres.
CHAPITRE CLX.
La recoayrance de Therooane par les Fraochois sur les BoorgmgnoiK*
N'est merveille si le seigneur des Querdes, lors
triomphant e n Artois comme un César en Romef
ne fut en grand desplaisance , quant il fut d^
verti que les princes du roi des Romains, à main
armée et forts bras chevaleureux , avoient puis-
samment et sans de rien s'admirer, ravitaillé la vilk
de Therouane, enclavée en la conférence de son
hault dominer ; et afin de remédier au reboute-
ment qu'il en pourroit avoir , il se mit en paine
de recouvrer par subtil et cauteleux moyen ce
qu'il avoit perdu par mal garde ; et de faict chœ*
(•4^) DE JEAH MOLINET. l65
sit on compagnon tout fourré de malice ^ idoine
à son emprendre , lequel^ quant il eut bien veillé
et instruict de ce qu'il debvoit faire , il Tenroya
àTherouane, vers le bastard de Saint-Pol qui
éstoit illec en garnison , avec le seigneur de Croy;
cl faindoit le malicieiTx gars que le roi des Ro-
mains l'envoyoit secrètement vers lui pour sçavoir
èi gouvernement et conduicte de la ville , affin
d'y donner subside et subvenir à ses nécessités.
Tant pleut au bastard de Saint-Pol le beau par-
ler clu séducteur, que facilement il y donna cré-
dence, tellement, que par lettres missives , il
manda au roi tout le secret de la ville, les in-
digences qu'ils avoient, tant de gens comme devi
TCs, et comment les princes, au congé prendre,
fenr avoient promis que dedans un mois après leur
parlement ils auroient secours et recouvrance de
fielque bonne ville ou chasteau prochain d'eux ,
qui leur seroit aide et racointance y ce que point
a'estoit advenu , dont ils estoient très fort àttediés
^ faisoient ensemble plusieurs condoléances ,
Çli longues seroient pour mectre en compte.
Qnant ce malicieux garnement fut adverti, et
par bouche et par escript, de ce qu'il préten-
doit scavoir , il retourna fort joyeux, et présenta
aes lettres , non point au roi des Romains , mais
au seigneur des Querdes ; . congnaissant la misé-
wble disposition de la ville par lettres fainctés ,
•escripvit au nom du roi audit bastard ce que
KMi lui sembla; si lui renvoya de rechef son simu-
11.
i64 GHaoNiQUfis (14^)
lateur plus affiné que un vieux regnart, qui bien
scavoit noer entre deux eaues ; et quand il eut
tiré tout ce que possible lui fut de scavoir , il
fit son amas de gens d'armes , et fit tenir aul-
cuDs jours à manière de siège volant ; pnis^ à
Tobscuritè de la nuict^ planta une embusche au
' bois de Saint-Jean , assez près d'illecq , et logea une
quantité de ses gens en un ravain ; aulcuns sor-
tis d'eschelles, se descendirent es fossés , et les
aultres se joindirent rez à rez des murs y tant
coitement que les guaitteurs ne s'en peulrent ap-
percevoir. Il y avoit en Therouane toujours un
guet sur le clochier, lequel^ sitost que le jour es-
toit esclarci; descouvroit autour de la cité ; mais
les embusches des Franchois furent pour ceste
fois tant subtillement conduictes, que riens n'en
vint à congnoissance. Ce guet avoit accoustumé de
taper cinq ou sbc fois la cloche du matin ^ au son
de laquelle le guet de la nuict descendoit , et ces-
tui du jour s'avanchoit ; mais advint que le guet
du clocher fut fort négligent pour ceste fois de
sonner de la cloche , dont il fut noté d'avoir eu
entendement avec les Franchois; et pour ce qu'il
ne faisoit devoir à son* appartenir , les guaitteurs
de la nuict, fort travaillés de longue veille , des-
cendirent de la muraille avant le son , et le guet
de la porte n'y dounoit quelques advanches ; si
que , pendant ce temps , Franchois, tous ad visés de
leur faict , besongnèrent à leurs pieches ; em-
busches se descouvrirent; eschelles furent dres-
('<^) DE JEAN M0LI9BT. l65
chées; gendarmes gaignerent leç murs, descen-
dirent en la ville , et occirent vingt ou trente
hommes qui leur donnèrent résistence. La plupart
des çuaitteurs de nuict reposoient en leurs ïils j
aulcunSy qui se cuidoient sauver y se ruoient es
fossés. Un estrangier, routier de guerre ^ ouvrit
la porte aux ennemis; le seigneur de Croy , le
kstard de Saint-Pol , et aulcuns nobles , surprins
des Franchois par faute de guet et fort mes-
chante garde , rendirent leurs corps prisonniers ;
et ainsi , après que Thérouane eut esté es mains
des Bourguignons un an entier , et qu^ante-^six
jours après qu'elle eut souffert intolérables
plaies par verges de famine , et qu'elle eut eousté
iûnumérable avoir en son ravitailler , elle fut re-
priose, recouvrée et reconquise par les Franchois
sur les Bourguignons ; le lendemain de la Saint-
Christofle , Tan mil quatre cents quatre vingts et
sept.
Ëq ces mesmes jours ^ la nuict de la Magdeleine,
fot bruslé par feu de meschief, la ville de Bourges
en Berry , tant horriblement , qu'il y eut neuf
Quille six cents soixante quinze maisons arses^ dix
églises, parmi celles des Carmes et des Augustins,
deux portes de la ville et grand partie des faulx-
bourgs. Et à cause du différent cpi lors estoit
entre ceulx de Bourges et de Lion , pour la
francque feste que chascun d'eulx prétendoit avoir,
les Lionnois furent suspicionnés d'avoir bouté le
feU; mab riens n'en vint à clarté. Neuf ou dix
l66 CHKOKiQURS ('4^?)
lucûs après grand partie du déinotirant de la ville
fut pareillement bruslé par feu de meschief.
massi
CHAPITRE CLXl.
Le dur rencontre des Bourguignons' devant Bédiune , que aulcunes gens
nommèrent la journée des Fromaigcs.
N*est merveilles, si le seigneur des Querdes ,
et plusieurs de sïi bertde natifs de Picardie, sont
Canteleuî^, fort subtils et ingénieux, car les an-
chiennes histoires nous énseigilenl que les Pi-
cafsdese en dirent des Grégeois, qui, sur toutes na-
tions en science, eh art et en armes , furent les
plus recommandés; et que ainsi soit quHls soient
imitateurs des Grégeois , leurs progéniteurs, le
vrai s'en apperra en Texécutionde ceste besongne.
Le seigneur des Querdes, voyant que la no-
blesse du roy des Romains, flourissant en honneur
et prouesse , aspiroit de prendre quelques villes
en frontière , pour avoir entrée en France , dé-
libéra , long-temps avant la délivrance de Thé-
rouane, de attrapper la fleur et le choix de sa
chevalerie par quelque rnalicieuxtour. Dont, pour
achever son emprinse, à peu de travail de corps,
et à grand gaigne, il forgea médiateurs de mesmes,
lesquels il envoya vers ceulx auxquels il espéroit
que volontiers ils tendroient les oreilles j et en-
tre les aultres' ung compaignon aventureux ,
(%) DE JBAN MOLINET. 167
nommé Ruelle ^ natif de Lisle , ayant un sien frëre
au chasteau de Bethune y conduisit la fraudulente
déception , et s'adrescha au lieutenant de la gou-
vernance de Lisle, à messire Bauduin de Lannoy ;
el fiDablement à monseigneur Philippe de Glëves*
auquel, pour agencier son fait, disoit que les villes
des frontières estoient fort dépopulées de gens-
d'armes , à cause des garnisons qui s*esloient tirées
au siège de Nantes, et que jamais Ton n'aroit sL
belle au jeu ; et se faisoit fort de leur livrer, se
Ton y vouloit entendre, le chasteau et la ville de
\ Bethune* Plusieurs gens expérimentés des fraudes
etbersauldés desgrans déceptions eussent beaucoup
pesé le faict avant de lui doaner crédence ; mais
il estoit tant bien enlangaigé , son langaige si
iùen instruict^ son instruction si bien colourée
et sa couleur tant apparànte, que fort leur fut
de le croire, et que, après plusieurs avis et con-
sultations, journée fut prinse que le marchand
devoit livrer ledit chasteau par un mardi vingt-
quatrième de juillet, à l'heure de çlouze heures à
la nuict. Du pris qu'il en pooit avoir je n'en fus
jamais adverti. Et lors si les Bourguignons
firent grans apprests d'avoir leur marchan-
dise, les Franchois d'aultré part, informés de la
vendition, firent grande diligence de les recoeillix
et de les payer d'aultré monnoie qu'ils n'enten-
(bient à recepvoir. Mais pourtant que le seigneur
des Querdes avoit mandé au prévost de Paris et
aultres capitaines qu'ils leur envoyassent gens d'ar-
l68 <3HRONIQUES i^^^l)
mes pour recouvrer Thérouaue , lesquels passèrent
par Cambtesis eu diverses compagnies ^ la journée
d» mardi fut rompue , et fut remise au vendredi
par nuict^ dont sabmedi ajourna.
En ce temps pendant^ Thérouanne fut reconquise,
puis le seigneur des Querdes entendit au faict de Bé-
thune et disposa de ses embusches. Monseigneur Phi-
lippe de Clèves, fort désirant d*achever son em-
prinse , fit amas de gens de guerre , fit scavoir son
intention au duc de Gueldres et au comte de Nas-
sou, quiestoient à Bruges, et les avisa qu*il en-
tendoit que les Franchois seussent son emprinse ,
'OU que vraisemblable il y auroit débat ; et lui of-
frant la part qu'il donna à monseigneur de Nassou,
qui est de grand corraige, désirant d'aller à Tem-
prinse avec monseigneur Philippes, et de y mener
monseigneur de Gueldres , qu'il tenoit en singu-
lière affection , qui de bon cœur l'accompagnèrent,
pareillement, au seigneur de Boussu , déjà fort
avant en son eage et très fort Iravaillié de gouttes.
N'y avoit toutesfois nuls d'eux qui doubtast de la
faulseté des Franchois, espérans qu'ils estoient
ailleurs empeschés ; et leur sembloit bien qu'ils
parviendroient légièrement à leur entente ; mais
pourestre noblement accompaignés , et aussi pour
doubtes de rencontres, ils appelèrent leurs plus
léaux et familliers amis , nobles chevaliers et puis-
sans conducteurs, fort expérimentés delà guerre;
et y furent le seigneur de Molenbais , lequel con-
duîsoit ceste emprinse sous monseigneur Philippe
(*487) DE JEAN MOLTNET. IÔQ
de Ravestain , le seigneur d'Estrées ,1e seigneur de
Cambray , le seigneur de Lens , le seigneur de
Forest, le seigneur deTrellon^LamantdeBruxelleSy
le seigneur de Lassaras , le seigneur de Famars ,
le seigneur de Montfaulcon , Jacques de Fouc-
quesoUe , La Mouche y Gennet de Habart , Estienne
de Ghastalle , le bastard Gérasme, Chariot de Men-
neville, Ferry de Nouvelle, Ânthoine de Mas-
thain , Anthoine de Fontaines , Anthoine de Lon-
gheval, Anthoine de Longchamps, Anthoine de
Sains, Claude de Zurre , Pierre de Gaure , Belle-
Forrière , auicunes escades de la garde , cinq
cent piétons de Werny et des villages à Tenvi-
ron , et atdtres, jusques au nombre de seize cents
à dix-sept cents , et de douze à treize cents che-
vaulx , avec certain carroi garni de bateaux arti-
ficieux, cordes et instrumens à ce servans.
Quant le seigneur des Querdes , ensemble les
Franchois, furent au-dessus de Thérouanne, bien
advertis de la marchandise qui se debvoit livrer
aux Bourguignons, le vendredi par nnict ils gar-
nirent le chasteau de Béthune de deux cents crene-
quiniers , et la ville de deux cents lances ; puis
assirent six ou sept embusches , et ordonnèrent
les aulcuns pour donner dedans les Bourguignons ,
se ils trouvoient avantaige , les aultres pour les
mettre en desroy , les aultres pour donner la chasse^
les aultres pour garder les passaiges , et les aultres
pour secourir au plus foible quartier. Et furent
lesdites embusches tant secrètement assises^ que
I/O CHRONIQUES WM
oncquesnese perche iireat les Bourguigaons , du
maintien desquels le seigneur des Querdt^s, par ses
espies, avoit nouvelles d'heure en heure. Les Bour-
guignons en notable ordonnance, comme tous
asseurés^ sans crainte d'ennemis, et non sachans
Tatrappe qui se faisoit sur eux, paissèrent au
pont à Merinville, et en approchant de n met la ville
de Béthune, à moins de noise que faire se povoit,
regardant au hault et voyant plusieurs impressions
au ciel à manière d'estoiles chéantes sur la ville ,
pronostiquèrent aucuns que c'estoit signe qu'il y
auroit grand boucherie de Franchois ; et de faict
déjà partissoient les quartiers , et se logoient es
maisons des riches bourgeois dont ils aiitoient con-
gnoissance ; et leur sembloit bien qu'ils estoieut
seigneurs et maistres de Béthune ; mais Dieu et
fortune en disposèrent autrement. Le guide des
Bourguignons menoit les piétons autour delà ville,
en laquelle l'on n'ooit noise n'éflProi non plus que
s'il n'y eussist eu ame.
Après ce long pourmenaige, les cordeliers sonnc^
rent leurs matines, puisdouze heures sonnèrent^ et
touteslbisil estoit plus de deux heures et demi ; et s^
fit ce desroy d'or loge par l'entendement que lesFran-
chois avoient avec l'un des facteurs qui conduisoit
la sonnerie. Lequel se mist hors de Ja voie , si que
oncques depuis n'en fust nouvelles. Il y avoit cer-
tains signes qui se debvoient faire au chasteau, de
la part des marchans , lesquels ne furent ni veus ni
appercheus ; mais pourtant ne délaissèrent à pour-
('4^7) DB JEAN MOLINET. I7T
chasser leur adventure. Les seigneurs ordounèrent
six ou huit nobles hommes pour faire leur em-
prinse , gens sans paour et bien asseurés , c'est as-
saToir : Jacques de Foucquesolle , Ferrj de Nou-
velle ^ le bastard de Thérasme, La Mouche et
Chariot de Menneville , et chacun print dix
hommes à son commandement , pour porter
bacquets de cuir , eschielles , cordes et instrumens
à ce propice ; et ainsi qu'ils faisoient leurs prépa-
ratoires pour taster les fossets^ et entrer au chas-
teau, ainsi qu'il estoit devisé, survint d'aventure
ung homme Franchois , auquel ils demandèrent :
» Qui vive? » Et il respondit : «Le roj ! » Les
anitres demandèrent : « Quel roy ?» et celui
dit : « Le roy de France! n'estes-vous pas Fran-
>) chois comme moi ? Ne savez-vous pas que les
» seigneur des Querdes a mandé gens d'armes
» à tous lez , jusques au nombre de quinze à
» seize cents chevaulx , et les a mis en diverses
^ embusches pour ruer jus les Bourguignons ,
^ qui cuident prendre et embBi|r le chasteau et la
*> ville de Béthune. »
De ces nouvelles furent les compaignons tant fort
ébahis que rien plus. Se fut ledit Franchois amené
devant les capitaines, auxquels il récita ce que des-
sus est dict , et persistant tousjours en son ferme
propos. Aulcuns disoient : « Possible est qu'il dit
» vérité. » Les aultres disoient: «Possible qu'il ment^
» et qu'il est ici envoyé pour rompre nostre faict; ne
» se faultarresteràla voix d'un homme. »Toutesfois
172 CHRONIQUES (^W
le desreglement de l'horloge , la faulte des signes
qui ne furent desmontrés qu'à l'approche du jour, il
futconcluddelaissier l'emprinse ; et les nobles hom-
mes qni premiers en firent l'essai , firent hastive-
ment rapporter leurs bacquets^ et recoeillèrent
aulcunes de leurs baghues , et puis retournèrent eo
leur compagnie ; fort desplaisans de la malicieuse
et faulse déception où leurs ennemis les avoieni
attirés ; et entre les aultres ceulx à qui l'ennui en
gissoit au plus près du cœur , estoient ceulx à qoi
les fins et malicieux garnements s'estoient adressià
pour bastir la matière; et est à présupposer qii*ik
eurent des Bourguignons plus de dix mille malé-
dictions.
Quant ceste noble chevalerie, qui estoit le chois,
le pris, le bruict et la riche espargne du roy des
Romains, se vist tant cauteleusement séduicte,
abusée et déceue , n'est à doubter qu'il j eut plu-
sieurs cœurs dolens ; et furent tellement aguil-
lonnés de tristesse, qu'à peu qu'ils n'avoient force
ne hardement ; et avec ce , et les hommes et les
chevaulx estoient tant travaillés par longues veilles,
parce qu'on les avoit chariés du long de la sep-
maine, que plusieurs en estoient fouUés etamatis;
et pour ce qu'ils ne se doubtoient de leurs ennemis,
ils n'estoient armés qu'à demi.
Quant la noblesse se veit malheureusement frustrée
de son emprinse , la conclusion.porta de retourner,
et de soi monstrer en bataille devant la ville ; et
quant l'aube du jour fut crevée, pour congnoistre 1^
Wl) DE J£An MOLiJNET. I^S
?érité de ce que les Franchois a voient mis avant des
aimbassades du seigneur des Querdes , l'on envoya
pour descouvrir quatre hommes d'armes et douze
îrenequiniers , lesquels se tirèrent vers un molin
ï vent , ou riens ne percheurent ; puis allèrent à
unemaladrie^ où un ladre, qui desjà estoit sur pied,
leur certifia , après brefve incpiisition , que rien ne
sçavoit des Franchois ne de leur venue, estât ne de
leur embusche. Mais après qu'ils furent un petit
eslongiés d'illecq, ils percheurent vingt ou trente
chevaulx des avant-coureurs des François , et s'en
vindrent dire les nouvelles à la seigneurie, qui tan-
tost 7 envoya Claude de Zurre , accompaignié de
soixa nte ou quatre-vingt chevaulx. Et lors s'a-
monstra une puissance de Franchois en une vallée ,
qui verdement , comme fresques et bien reposés ,
chargèrent sur les Bourguignons ; et les Bourgui-
gnonsd'aultre part, sans les craindre ni barguigner,
donnèrent dedans puissammeùt. Là furent d'un,
costé et d'aultre lanches brisées , chevaulx
esfondrés et hommes abattus ; et en fut le hurt
fort dur et bien attainct ; si que chascun eut hon-
tteur; mais la force des Franchois es multiplia par
les ambassades qui les secouroient , et la puissance
des Bourguignons s'afieiblia par les fuitifs qui s'en
couroient, tellement que Franchois furent les
maistres, et Bourguignons misendesroi, quidon-
noient les fuites par grosses compaignies ; et aban-
donnèrent les piétons, comme brebis sans pasteur,
en la gueule des loups. Mais monseigneur le comte
17^ CHUONIQUES 0487)
de Nassou , et avec lui le duc de Gueldres^ et les
nobles cbevaleurnux corraiges , dirent que mieah
aimeroient à mourir que bleschier leur honneur;
et bien qu'ils fussent séduicts et trahis plaine-
ment , ne voulurent abandonner les nobles hom-
mes, ains recoeillèrent les piétons et les consolèrent
à leur povoir, pendant le temps queFranchois don-
nuient la chasse aux Bourguignons jusques auprès
de Bailleul ; et lors le seigneur de Boussu , comme
preux et vaillant chevalier^ radouboit les com^*
paignonset appeloitles fnjans, lesunspardoulces
paroles aimables 9 les aultres par dures et aigres
repréhensioDS. Ânthoine de Fontaine disoit axa,
fuitifs : « noblesse de Bourgogne , seras -ta
» maintenant fouUée? Où est ta force? Où est ta
» grande et renommée prouesse ! » £t d'aultre part
le duc de Gueldres , le comte de Nassou , Ferry de
Nouvelle, et aultres nobles hommes vaillan s, ofiH-
rent leurs corps à tout périls mortels , pour re-
coeillir et entretenir les piétons; ensemble di-
soient qu'ils vivroient et mourroient avec eulx»
Et entre les aultres^ le seigneur de Lassaras, noble
chevalier de Savoie, faisoit merveilles d'armes ea
soi deffendant comme un petit Ogier , d'une grande
espée qu'il avoit es mains ; mais il fut tellement
aggressé des Franchois , qu'il fut navré à mort ; se
rendit l'âme peu de jours après. Le comte de Nas-
sou estant à pied , qui chevaleureusement se main^
tint, fut attainct en la joue d'un coup de lancbe,
duquel il fut abattu par terre; et lui abattu, fut
(1487) DB JEAN MOLINET. l^H
perchié et en dangier de mort. Et si les puissants
princes , très nobles chevaliers , et vaillans barons,
e^andoient sang et sueur de corps et de bras y en
la protection des piétons , n'est à doubter que les
piétons y ^oyans leur hault vouloir et admirables
preesses, s'employèrent à leur povoir ; car ainsi
qaîïs estoient tirés trois quarts de lieue arrière
de fiéthune , en un villaige nommé Huignes , ils se
parèrent et deffendirent tant vaillamment , qu'ils
tindrent une bonne demi heure , avant que l'on
; les pensist deffaire ; mais , sans la grosse bande
: et paissante multitude des Franchois qui les aviron-
^ ]ib*ent de tout lez , ils fussent demourés sur pieds ;
mais avec ce qu'ils estoient lassés y travaillés ,
ainoyés , séduicts , et amatis , ils furent tant
^rigoureusement entamés et enchargiés , qu'ils
I ne peolrent soustenir le faict , ains furent mis à
descon£ture ; si qu'il y en eut de compte faict ,
morts sur là place^ parmi aulcuns Franchois , le
nombre de deux cent vingt-neuf, et environ autant
(pe noyés que tués en la chasse ; et furent dé-
tenus prisonniers monseigneur de Gueldres, le
comte de Nassou , le seigneur de Boussu , le sei-
gneur de Forest, le seigneur d'Ëndisselle , An-
thoine de Masthain , Anthoine de Fontaine , Ferry
de Nouvelle , Claude de Zurre , les frères de Mor-
becque, Estienne de Chastelre^ et aultres nobles
hommes de nom et d'armes , jusques au nombre
de quarante et plus.
Pendant la chasse , Anthoine de Long-champs
1
I j6 CHEOJr f QU ES C «4«7i
esloit au pont de MoreoTille, qui à force de bras
feit saillir aucuns Franchcns en la rivière, dé-
chassant les fuyans ; il se lancha en F^lise, dont
il wuida honnorablement sans fortune.
Ainsi , parla subtilité desFranchois , furent les
Bourguignons malheureusement déceus, et puis
prins au gluis, comme oiselets à la pipée, à leur
grand ommaige et esclandre. Merveille fut que
tant de subtils esprits comme sont les Bom^^-
gnons, donnèrent crédence aux facteurs des Fran-
chois, qui tant de fois les avoient abuses ; ils cm-
doient prendre les regnars fins , mais ils furent
chassés et prins* Merveille fut que tant de nobles
personnages se mirent sus pour emporter de
nuict une ville à quoi un aventurier de guerre
n'estoit que trop honorable à ce faire. Merveille fut
que tel amas de Franchois se logea à peu de
noise auprès des Bourguignons, sans ce que de
riens s'en peussent appercevoir ; mais quoi ? brief
conseil les surprint, convoitise la main y tint,
oultrecuider j laboura, et peu de sens les abusa.
CHAPITRE CLXIL
Commotion des trois membres de Flandres contre le roi des Romains
•
Les villes de Gand, Bruges et Ypres, qui sont
les trois membres de Flandres, s*eslevèrent con-
tre le roi des Romains, leur chief, pour plusieurs
causes qui cy-après seront déclarées, et entre
I 0^^) DE JEAN HOLINET. Jyy
tnltres personnages du parti des Flamens^ sire
Adrien, seigneur de Rasenghien et Capperolle
furent ceulx qui plus les tindrent en leur folle
et dure arrogance ; et pour ce que sire Adrien
Villain avoit esté dès l'an quatre- vingt et cinq,
des principaulx commoteurs du peuple de la
ville de Gand, qui s'estoit eslevée contre le roi à
cause de la détention de son fils l'archiduc Phi-
Kppe en ladite ville , le roi l'avoit mal prins en
gré, et s'estoit ledit Adrien Villain, après la
mort de Gtiillaume Rine , absenté de Gand , lui,
sa femme et son mesnage, et demouroit en la
ville de lisle ; et jà soit ce qu'il se disoit avoir
asseurance , mandement et pardon du roy des Ro-
mains, toutefois Chariot de Menue ville et aulcuns
archiers du comté de Nassou se trouvèrent en Lislè ,
priodrent le prisonnier, et le menèrent au chasteau
[s de Willevorde , où il fut longue espasse assez es-
troitement tenu, fort desplaisant cest emprison-
nement à ses amis ; et advint par un jour d'esté.
Tan mil quatre cent quatre-vingts et sept^ que
Adrien de Lickerke, son cousin - germain , lui
j quatorzième de ses familiers amis , fort empoincts
' et bien montés, saichans que le chastellain estoit à
r Bruxelles, se trouva avec sabende entour de Wil-
levorde , sur intention de retirer hors de prison
sire Adrien son cousin; et lorsqu'il fut des-
cendu, il alla, lui quatrième seulement, hurter
à la porte du chasteau ^ duquel le portier de
prime face lui dénia entrée^ disant que le chas-
CnsoiiiQUES. T. XLV. — J. Moltwet. //7. I 2
igS CHRONIQUES (>487)
tellain estoit absent ; toutesfois , il multiplia
tant de prières , avancha tant de promesses ^ et
mit avant tant de beaux langaiges , persévérant
en sa queste, cpie l'entrée lui fut offerte , et
demanda de prime venue où estoit son cousin
deRasenghien, le portier respondit : « Seigneur^il
» n'est guaires loing. » Et sire Adrien de Raseo*
ghien se pourmenoit avant la court y vestu d'une
robbe longue , et lors Adrien de Lickerke s'ap-
procha de lui et lui dit : « Revenez ^ beau coo-
» sin, revenez, vous y avez assez esté. » Et lors mes-
sire Adrien despouilla sa robbe longue , et se
vestit d'une courte propice à son faict, puis en-
forma un cbaperon. Le portier voyant ces mar
nières de faire, esleva ung grant cri ; mais il se
trouva buffé et rudement poussé contre les p»-
rois , et tellement navré qu'on n'y espéroit vie.
Une josne fille le voyant en ce dangier, se print
à faire effroi , mais elle fut fort menacée , se
n'osa dire mot.
Ainsi doncques Adrien de Lickerke tira hors du
chasteau messire Adrien de Rasenghien, et le
monta sur l'ung des chevaulx estant assez près
d'illecq, puis widèrent la ville , et tournèrent
leur compagnie au dehors, qui les attendoit. An
wider de la porte , nne femme commença à diie
hault et clerc : « Voilà un prisonnier eschappé ! »
Mais il n'y eut quelque poursuite, car les che*
vaucheurs qui ramênoient leur proie sans entrer
en Bruxelles, poindirent des espérons autant que
(tiij) DE JEAN BIOLINBT. igg
cheyaolx peulrent souffrir, et allèrent d'un trot
lepaistre à Frasne en Buissenois, et de là se
tponvèrent à Tournay.
Le violent eschap d'emprisonnement dudit
Adrien de Rassenghien fut fort préjudiciable au
pajs, fort desplaisant au roi et au seigneur de
Valhain , qui le chasteau avoit en ^ardç; et
smnbloit bien à plusieurs subtils esprits, que s'il
rentroit en Gand, il ne feroit point moins de
mutinerie que para vaut il avoit faict, ainsi que
expérience le démonstra ; car sitost qu'il eust
le pied ens, il trouva manière de rébellion , et
siscita les membres et les testes folles en leurs
erreurs et folle opinion ; et d'aultre part les
flamens vojans les pays fouUés par faulte de
justice , laquelle ils désiroient sommièrement estre
oitretenue , voloient aussi que le roy se fesist
ijuicte des Allemans, lesquels' ils voyoient enûuis ,
et avoient grand regret à la paix faicte de l'an
quatre-vingt-deux; el leur sembloit bien que l'in-
fraction d'icelle leur estoit dhommaigeable , et
que , par la nutrition de la guerre, itmuméràbles
deniers, quasi par millions, s'estoient levés en
Flandres, desquels ils vouloient avoir le compte^
pensans que tous n'estoient venus à la congnois-
itncedu roy; mais aulcuns gouverneurs , comme
ib disoient, les attribuoient àleur profit singulier,
et disoient mesme que le duc Philippe ne le duc
CUiarleft « n 'avoient autant tiré de chevance de
Flandres , conmie aVôit faict le roy de sa pritne
J2.
;p*$.. •*( ^K: aenmc ^ r^r»»!»-
p<Ue» Cane mt lîiiâÎQr ^snâr. ^pr jar 9» Alfe-
^fnt smsiz «et T^ssts^È. «a la maLe-^ ymm
fUkiu*^ ^ tt ^mdsTDcw . liifrBr 9 midkal
ém^b^f^r « U ?«j[!icTrxsce J jaimt > ^vSr, non
^i!r9<7 «s^ eaaa^s. cpn coatze hî BadaBoient ;
^ ^fni pl«» 4ESt. 3s s'2axnâ»i puer qpe fe 107,
0pM0:9cAXk Ma cstei. s'csioit lœ^-tnaps tai» en
AnHr^y aiU ^nikde dur;^ des hoaiel laitsyrilcs
^yA4etM4nt à leurs despens . suis l e i r nài paje,
#irMt ik <:«trÂefkt tort mal cootcss; et n'aToieDl
tiA/A lïMti^^Jïes. opfirobres eC TÎllefliies d^aolcons
lioairrajs garcikODS, ({id disoîent par manière de dé-
fisMtt . que le temps esloît Tenn (pi% baigne-
rOMmi leors bras au sang des Flamens.
Tel% temUaUes mordans langaiges allnmans
ïf» UMa (maevses, arec aultres secrètes machi-
nations et pnUiqaes menteries ^ forent cause de la
detentirxi et emprisonnement do roj et des âens,
Jaquel toutesfoîs , à la requeste des Flamens» aToit
mandé les^ estats du pa js pour besongner an bien
de paix ; et de £ûct j estment les députés d^
Ypres, Yallenchîennes , Lille, Donaj et Orcbies»
^mlx de Bois-le-Duc et MBldeboui^ en Zdlande.
(^4^7) DE JEAÎC MOHNET^ 20 1
%
Advint un jour que les seigneurs de Bruges ,
eosemble tous^ les doyens des mestiers, estoient
assemblés à la maison de la ville , devant Sainct-
Donat^ le roy vestu d'une robbe de drap d'or ,
STïr un cheval couvert de mesme , ses gentilhom-
me devant lui en notable ordonnance , se tira
Ters eux • et vovant leur manière de faire , leur
demanda quelle intention ils avoient ; et ils res-
pondirent qu'ils vouloient paix ; et le roi dit qu'il
De demandoit aultre chose , et regardassent entre
eulx par quel tour on le polroil tronver et avoir,
saolve l'honneur de lui , de son fils et des pays;
car touchant sa part ilavoit obtenu saulF-couduit
poop vingt de ses gens aller vers le roy de
France, pour practiquer bonne paix.
mam
CHAPITRE CLXIII.
^ prinse de Courtrajr par les Gan^bois , et U. mort du seigm^nr d^
Heule.
Lbs Ganthois , en nombre de trois mille testes
années, desquels, entre les aultres estoit principal
docteur Adrien deLickerke, assemblèrent, charoy^
engiens, artillerie ^ esehelles , aisselles et clôyes ,
et certains instrumens propices à donner l'assault ;
etparune longue nuict d*hiver , dont le neuvième
de janvier adjparna, s'approchèrent de la ville
k Courtray sur espérance de la gaigner ; et en-
203 GUAOHIQUES {t^)
viron six heures du matia se troavèreol es bofaE-
bourgs de la porte; maïs afio que le trani de
leur charroj meuasl moins de bruit et que leur
Tenue fusl mieulx celée, ils espardirent estiain
en grande abondance an long de la chaussée.
le guet de la ville, qui de riens ne se dodbloit ,
ojaut ceste approche , demanda comme fort es-
bahi, d'où Tenoient les chariots si matin, et
anlcuns respondirent : « Ce sont les paysans , les-
n quels amènent leurs biens àsaulvelé de paour
n desGanthois.» Et n'jpnndrentaultrementgaide.
Les Ganthois toutes fcis passèrent les barrières ,
et devallèrent en bas^ et pour ce que Feaa des
fossés estoit engellée^ et que les glaces n'estoient
rompues^ ib se joindirent facilement à la mu-
raille , dreschèrent leurs escbelles, et montèrent
à mont; et quand ceulx de la ville boutoient
testes aux cresteaux pour eulx deffendre , ils
estoient rudement reboutés de hacquebutes , Tire-
tons et sagettes. Et à cause de la gelée le pont-
levîs ne s'estoit dos pour ceste nuict à son ap-
partenir; se fut par un seul cop de serpentine
légièrement abattu ; se donna ouverture a la
ville et entrée aux Ganthois. L'assault fut aspre
et soudain , et dura environ heure et demie ,
. auquel il uj eut que un seul homme de la ville
mort^ lequel estoit l'bostellain de la Cornaille.
Le bailly de Courtraj et le seigneur d'Estrées,
qui illec estoient en garnison , ojrent cest im-
pétueux effroi se furent fort esbahis; dont, pour
(i437) DE JEAN HOLinBT« 2oS
seureté de leurs vies saillirent hors de la ville ,
et tirèrent vers Lisle. La ville de Courtray ainsi
jHÎnseet conquise, les seigneurs, bourgeois et ma-
naos' firent serment an duc Philippe et aux Gan*
thois; 0>rnille de la Barre, et le seigneur de Heu-
le avec certain nombre de compaignons de guerre,
estoiei^ au chasteau, lesquels par appointement
se rendirent le lendemain y et firent aulcuns ser-
ment comme dessus ; Cornille se partit, et le
seigneur de HeuUe demoura capitaine du chas-
teau.
La renommée de la prinse de Courtray fut
tost espandue par la comté de Flandre , laquelle-
venue à la congnaissance du roy des Romains ,
cuidant que le chasteau que l'on estimoit impré-
Bable deussist tenir, monseigneur Philippe de
Clèves se partit de Bruges, le vendredi ensuivant ,
print trois cents piétons , et s'achemina vers Cour-
tray, espérant donner secours audit chasteau,
qui desjà s'estoit rendu;. Il se tira vers Ypres et'
laboura d'y bouter les piétons en garnison ; mais
ceulx de la ville ne s'y voulurent assentir, par-
quoi il s'en retourna en Bruges,, jà soit ce que le
seigneur de Heulle eusist faict le serment au duc
Philippe et aux Ganthois, et fusist capitaine du
chasteau. Toutes fois», Adrien de lickerke avoit la
clef de l'artillerie en garde , dont le seigneur de
Heule estoit fort desplaisant; et comme repen-
tant de son faict , commencha à aspirer après le
roy des Romains, lequel, comme aulcuns tiennent.
ao4 CHROHIQUES (>48;)
fut adverti de son intention , car , ce temps pen*
dant^ ]m estant en Bruges , il envoya deux cents et>
cinquante piétons y archiers y picquaines et halle-
bardiers^ sous la conduite de This son escujer
d'escuyerie et aultres, pour donner secours audit
capitaine ; mais les murmures des Brugelins rom^
pirent et retardèrent Temprinse du roj et de ses
nobles, si que le seigneur de Heulle perdit la
vie. Et advint par un dimanche deuxième de fé-
vrier, que Adrien de Lickerke, capitaine de la
ville de Courtray*, fit assembler multitude de
gens sur le nlarchié , pour faire exécution d'un
malfaicteur ; en laquelle multitude estoient aulcuns
hacquebutiers et canonniers de la garnison
du chasteau. Le seigneur de Heulle voyant le
peuple amassé sur le marché , Adrien et aultres
fort embesongnés, pensa d'achever son emprinse,
et envoya ses paiges à l'assembler pour quérir
ses souldoiers illecq amassés avecq les aultres , et
lui mesmes alla à l'hostel d'ung maressal quérir
aulcuns marteaux et instrumens , et fit rompre et
desserrer les huys des prisons, où estoient aucuns
compaignons que - l'on prétendoit à exécuter ^
lesquels, délivrés de ce dangier , se tirèrent au-
dit chasteau; et combien que Adrien Lickerke
fusist fort embesongné et ententif à faire l'exé-
cution du malheureux, néantmoins il perchent
les paiges du seigneur de Heulle, qui appeloient
lesdits hacquebutiers , et les faisoient tirer vers le
chasteau , et se douta que ledit de Heulle ne pour-
4^7) DB JËAlM molinbt. 2o5
iiassast quelque folle emprinse ; pourquoi^.sans plus
Il procéder en l'exécution du malfaicteur, lequel
rebouter en prison, il appela ses gens en di-
^«c Le seigneur de HeUllecontentàmoidesfaire;
»1b5prisonniers sont eschappés, mais il luicoustera
«ddere.» Adoncq à toute diligence fit ses prépa-
ratoires 9 assaillit le chasteau , fit rompre les
ponts et les places par lesquelles il pensoit que
secours pooit venir et fit publier qu'il donneroit
troi^ marcs d'argent à sixh ommes qui les pre-
miers entreroient , à six en suivant deux marcs
et à six aultres un marc.
Le seigneur de HeuUe , sa femme et sa maisnée
estoit audit chasteau, accompagné de dix-huict
à vingt hommes de deffense , lequels boutèrent
hors la bannière au roy des Romains ; Fas-
sault fut donné aspre et puissant ; eschielles fu-
rent dreschiées, chargiées de gens, ralongiéeset
reloyées de leurs propres chainturès , quand trop
courtes estoient 5 et jàsoit ce que les de^endans
n eussissent guaires de traict qui pensist grever les
assaillans, à cause que ledit Adrien avoit la clef
de l'artillerie , toutesfois ils résistèrent vigoureu-
sement à leurs adversaires, si en bleschèrent et
navrèrent plusieurs ; mais finablement ils furent
vaincus; car après que l'assault eut duré environ
trois heures, le chasteau fut prins, le seigneur de
Heulle fut navré d'un vireton , et il se tira en sa
diambre. Adrien de Lickerke entra audit chasteau ;
à le trouva couché sur trois "ou quatre coussins
2o6 CHRONIQUES (»4«7)
et en présence de la dame son espease qoi
le condoloit à son pooir^ lui féru d'une espée tr<ns
cops en la teste , tellement qu'il morut Ûlec sans
confession, qui fut chose piteuse et lamentable. \
I. ■ ==s=====sssss=ss=saBsssss=ss=sss=sss=s^
CHAPITRE CLXIV.
Comnieiit le peuple de Brades dëploja ses banidëres sur le marche.
Au commenchement du mois de febvrier très
horribles et fières commotions du peuple de Bru-
ges s'eslevèrent contre le roy des Romains estant
illec et contre ceux de son hostel, tellement que
les mestiers de la ville se mirent en armes, s'as-
semblèrent par grosses multitudes en plusieurs
lieux ; com de faicties carpentierset ceulx de leur
bende, pour sçavoir qui entroit ou issoit de leur
fort, se tirèrent aux portes devers Gand et Saincte
Catheriq^, et les aulcuns sur les terrées. Le
roi sentant ceste murmure, pensant appaisier le
rumeur du peuple, qui tout la nuict s'estoit mu-
tiné , se leva de bon matin, et entre cinq et six
heures se trouva devant Sainct-Donas, où la tul-
multe populaire estoit grande. Les gentilshommes
de son hostel le sui voient à la file, chascun une
picque à la main. Le roy à privée maisnie, ac-
compaignié des seigneurs de Polhain et du sei-
gneur de Mingoval et leurs séquelles, se lira vers
lesdites portes, où il trouva les carpentiers, aux-
(1487) DE JBAH MOLINET. 207
quels il demanda qui les mouvoil d'estre ainsi en
armes; et ils respondirent que ce faisoient pour
garder leurville , avefc aultres paroles fièreset mix-
tionnées de haulteur , dont le roy mal se contenta.
Ce temps pendant, le comte de Sornes ensemble
plusieurs gentilshommes, nobles et escuyers de
rhostel du roi, estoient en la place de Sainct-
Donas , où ils se chau£&>ient en un grand feu ,
qui , par manière de passe temps et aussi pour
veoir comment les jouvenceaux se conduiroient ,
si ce venoit à la force , dit à ceux de sa compai-
gnie : «Faisons le limechon àlamoded'Allemagne.>»
Et lors les gentilshommes tous en armes , chacun
la picque au poing , firent quatre et quatre en nota-
ble ordonnance un tour à la place à l'environ du
feu ; puis le seigneur de Sorne s'escria et dit :
» Chacun avalle sa picque !» A ce mot chacun fit
son debvoir ; mais ceulx de la ville estans sur la
place, et ceul:;: pieismes qui estoient en la mai-
son en grand nombre , oyans ces mots et voyans
ces picques avallées, eurent Jtelle paour et hidde^
qu'ils ne scavoient où lancier ; et pour ce qu'ib
estoient en suspicion et doubte des Allemaps,
ils cuidoiept. que l'on deusist chargier sur etilx^.
dont plusieurs donnèrent la fuite avant les rues^
aulcuns fermoient leurs huis, les aultres serraient,
leurs fenestres, aulcuns entroient en Sainct-Do^
nas ; et y avoit tel cri, tel huy , telle presse ;, et
telle fouUe, que sans ordre et sans mesure l'on
marchoit l'unusur l'autre. lUec estoient .gens ab-«
2o8 CHROHIQUES W?)
batus et desfroissées, comme en bataille descon-
fite. A cest effroi , le roi , ensemble sa compai-
gnie, retourna de la porte, et se trouva en la place
où se faisoit ce piteux desroi. Quand les Allemands
les percheurent , ils crièrent : «Vive le roy ! n Lors
les Flamens furent plus eflPrayés que devant; mais
le roy, sans ame grever, recoeilla ses gens, se mit
au milieu d'eux , et retourna à son hostel ; et les
Brughelins, plus effrayés que devant, persislèreot
en leur commotion; car ce jour, environ douze
heures, les mesliers, par le commandement de
leurs doyens, s'assemblèrent en leurs maisons, se
partirent en armes en grandes compaignies, ap-
portèrent leurs bannières sur le marché, et prin-
drent lieu chascun selon son estât et vocation. 11
y avoit en ladite assemblée environ cinquante-
deux enseignes, parmi aulc uns pignons^ et dont
entre les aultres la principale et mieux recom-
mandée estoit la banière du comte de Flan-
dre, qui estoit à drap d'or au lion de sable,
située devant le beffroi de la ville ; une aultre
auprès d'elle estoit l'étendard de Bruges , la ban-
nière des boui^eois et des carpentiers squs les-
quelles estoient dix-sept pignons de dix-sept
mestiers qui se nomment naringuiers, comme
marchands drappiers, foulions et painctres, Ceulx
de ceste bende sur toutes aultres fut celle qui plus
cerna le roy en sa captivité. Ces bannières ainsi
arrangées, et les gens des mestiers soubs elles ,
l'on ferma le marehié et fortifia tellement de
l'i^) DE JBAIf MOLINBT. 209
palis et d'artillerie , qu'il j avoit de compte faict
quarante-neuf bastons à feu. En ceste orgueil-
leuse pompe, assurés comme Rolland, se tenoient
Brughelins fiers comme lions nuict et jour sur le
marché , sans ouvrer ni service faire , sinon
penser et imaginer par quel tour et moyen ils
polroient pugnir et contrarier ceulx qui avoient
eu le régime des deniers de la demaine du roy;
et chascun en son quartier conmienchèrent à
faire logis et eslever tentes et pavillons, comme
en un ost champestre, et estoient entretenus et
nourris aux despens des mestiers.
CHAPITRE CLXV.
da nn des Romains an Cranemboorg sur le marche de
Bruges.
N'bst merveille se plusieurs grans et notables
personnages de^la maison du roj , lors estant en
Bruges, estoient en grand soussi et dangier de
leurs vies, voyant la désordonnée et furieuse in-
surrection du peuple, non-seulement contre les
gouverneurs des finanches, mais directement contre
la personne du roj. Advint le second jour de feb-
mcr , que une bende de ceulx qui estoient sur le
marchié , fit lever un estendard par un enfant
eagié de quatorze ans , puis se partirent en grand
farear et s'en allèrent en la maison du seigneur
aiA CHRoniQjaBs (>44)
Pierre Lanchasl^ maistre-d'hostel dn toj, espé-
rans de le trouver ; mais pour la sanlreté de son
corps il s*estoit absenté ; toutefois ils furetèrent son
logis, prindrent en son comptoir environ vingt
livres de gros , ravirent pain et chair sallée , et
trouvèrent artillerie et pouldre , picques et in-
struments de guerre, lesquels ils amenèrent sur le
marchîé. Furent pareillement es maisons de Rol-
land Lefebvre recepveur de Flandres , de Thie-
bawlt Barodo , trésorier , et de Jehan Neufwen-
hove, burguemeslre de Bruges, qui , comme saiges,
s'estoient mis hors de la voy e, dont les mestiers fo-
rent fort desplaisans.
Leroy, avironné de ses nobles, chevaliers, es-
cuyers et gentilshommes , se tenoit lors en son
hostel jour et nuict, fort admiré des insolences des
Brughelins, Le seigneur de Bevres et le seigneuir
de Mingoval allèrent sur le marchié de bannière
en bannière , demandèrent aux doyens , qui les
mouvoient de faire telles commotions, et se' ils vou-*
loient eux eslever contre le roy. Us Kspondireat
que non, ains vouloient vivre et mourir avec lui,
mais jamais ne se partiroient d'illecq , n'avoient à
leur volonté aulcuns de ses officiers gouverneurs.
Le lendemain, eslirent pour leur capitaine le sei-
gneur dlnckerke , qui paravant estoit baillj de
Bruges ; et firent nouvel escoutette , Pierre Met-
teney et faisoient les sermens à ce convenables. Ce
jour advint que deux Moriennes , de la famille du
comte de Sorne , dirent àleurhostesse, au moins le
(*437) DE JEAN MOLIIHBT. 2 IX
doûnoit-elle à entendre que le marchigue d' Aflvers,
accompagnié de grand nombre de gens , viendroit la
nuict ensuivant bouter les feux en la ville de Bruges,
en trois ou quatre lieux. Ces paroles ne demou-
rèrent guaires es oreilles de l'hostesse , quipromp-
tement le planta de sa langue es oreilles d'un
aaltre ; et ainsi dé bouche en bouche et d'oreille
en oreille parvindrent à la notice des dix-sept
neringhes, qui, plus emflambés que dragons, furent
tellement allumés d'ire et de courroux , que pour
inciter le peuple en commotion, ils sonnèrent la
cloche d'effroi, au son de laquelle, après que les-
dits Moriennes furent emprisonnés , aulcuns mau-
vais garchons temptés du mauvais esprit, prin-
drent leur train vers l'hostel du rpy, ajant l'es-
tendard de Flandres ; et avec leurs séquelles qui
• furent grandes, faisant grant noise avant les rues,
sur mtention de l'occir, et de mettre à mort ses
nobles, chevaliers, familiers, serviteurs et dômes-
«ques ,, et généralement, tous ceulx qui tenoient
son parti. Aulcuns de leurs gens se fourèrent en
*li08tel du roy , et estoit leur estendard plus de
demie voie , quant le seigneur d'Inkerke, leihr
capitaine retour noit de devers le roy , lequel, à très
grand dangier de sa vie , les retarda de leur folle
et malheureuse emprise ; car le débat y fut si
grand, et restreinte tant impétueuse, que la ban-
nière fut brisée et deschirée; mais finablement
furent tant réduicts ces mauvais garnements, par
ledit capitaine et les persuasions d'aulcuns nota-
Al 2 CHRONIQUES O**?)
blespersonnages, lesquels y surviodreot^ que moitié
par force , moitié par requeste , ils cessèrent leur
maulvaise prétente , et retournèrent avec les
aultres.
Néantmoins^ ils seprindrent celle nuict en nombre
de quatre-vingt-dix, firent le guet à Thostel du
roy, prindrent regard sur sa maison ; et leroy leor
envoya le vin et deux moutons ^ pour eulx récréer
ensembles. Peu de jours après les deux Moriennes,
qui furent cause de cette commotion ^ furent mis
sur le bancq , livrés à torture , et menés sur le
hourd , le roy les regardant sur le marchié par
une fenestre ; puis furent bannis de la conté de
Flandres Tespace de dix ans , et le roy, par pitié,
leur fit donner dix escus.
Les Brughelins , pour parattaindre et attrapper
en leurs lacs les gouverneurs des deniers du
roy, firent publier que quiconque leur vouldroit
ou polroit enseigner ou livrer sire Pierre Lau-
chast , mestre Rolland Lefebvre et mestre Thie-
bault Barado, il auroit pour chacun d'eux cent
livres de gros ; et quiconque enseigneroit où trou-
veroitConrard, le Fol dénommé, auroit vingt-quatre
livres de gros. Ainsi , tant pour Taffection qu'ils
avoient de vindication ^ comme pour le gain de la
promesse, chacun se mit en diligence deii^piirir
lesdits personnaiges. Le cinquième jour de febvrier,
les seigneurs de Gand envoyèrent lettre aux sei-
gneurs de Bruges, contenant en bref qu'il se me-
sissent au-dessus du roy. Ces lettres venues, environ
('4*7) DE JEAT5 MOLINET. ai5
quatre heures du vespres, le seigneur dlnkerke
vint parler au roy en son hostel , et lui dit qu'il
coDveiioit que incontinent il se trouvast sur le
raarchié, que telle estoit la volonté des doyens et
de leurs séquelles. Le roy , voulant complaire au
commandement du commun , cuidant pacifier sa
rigueur, ilallaàpied, àprivéemaisnieaccompaignié
(IwseigneursdeBevreset Mingoval, de messire Mar-
tin Polhain et Grand Polhain. Et lorsqu'il fut illec
venu, il alla de bannière en bannière saluer les
(loyens et leurs complices, lesquels^ après toutes
salutations , lui monstrèrentles lettres que ceulx de
Gand leur avoient envoyées , contenantes qu'ils se
• misissent au-dessus de lui : sur quoi le roi leur fit
Irequeste qu'il peusist retourner d'illecq et demeu-
rer à son hostel. A ceste requeste furent aulcuns
d*opinion qu'il s'en retour nast; mais les carpentiers,
i ensemble les dix-sept neringhiers ne s'y volurent
^^ consentir , et dirent qu'il povoit aussy bien démon-
i rersur le marchié , comme ils faisoient. En ceste
^ murmure , fut le roi Pespace de demy heure , sans
avonrapoinctement, si quenulneparloitàlui ; mais
finablement il fut conclud qu'il deinouroit auprès
aeulx , et f ust logié en froricq du marchié , assez
«8troictement , au Cranenbourg , hostel *d'iin espi-
Qer. ^ : :î
Geste admirable histoire bien Considérée', est
r
miroir et vif exemplaire à tous haults grands per-
^naiges mtronnisés en excellent degré; car
1 on voit comment le très sacré roy des Romains ,
Cbroviqucs. t. XLV. — J. Molihit. ///. 1 5
3l4 GHBOniQUBS (>4^)
futur impérateur et infaillible successear de la
monarchie mondaine , à qui les plus nobles et puis-
sants princes de la terre doivent louange , hoDDear
et service , est venu à celle extrémité par meaterie
et sédition populaire qu'il a esté coo^traiut sa-
luer y prier , requérir et incliner gens misérables
et de basse condition y et non pas estrangierSj
Barbarins, Elsclavons ne Tar tarins, mais ses pro-
pres subjects, ses propres oailles, et en sa propre
ville. très soubdaine , très caducque et très in-
constante rocade mutabilité de fortune ! comment
tu charries et renverse à ta mode folle et poindante
les plus honorés de ce monde , notables hommes et
puissants personnaiges, courtisiens et aultres. Soor
verainementy ceulx qui estoient suspidonoés des
dix-sept néringhins^ vojans le roj ainsi détenu
oultre sa volonté , par villains de basse condi-
tion , furent en grand soussi, pensans d*heiire en
heure prins et incarcérés ; car il j avoit guet sur
eulx, et à grand prière vuidoit Ton la ville.
Néantmoins aulcuns eschappèrent par subtilités et
par prendrehabits descongneus , et entre les aultres
l'abbé de Ste. -Bénigne, tenant Tordre de Sainct-
Benoist , transmua son habit ncnr en un manteau
rouge ; et pour couvrir sa couronne^ s'affoUa d'ane
perruque, fit paindre et eslever un porion en
son vîsaige; puis, à la manière d'Espagnol , la
coustille an costé , quérut sa passeport , et avec
monseigneur Tévesque de Léon en Bretaigoe et
anicuns aultres , vuida lavillede Bruges. Messîre
(»4^) DE JBAN MOLmET. fil5
George de Guieslin , chevalier, seigneur de la Bpe^
sentant ses besoignes fort pesantes , et fort en la
charge des mentins , se mit en habit d'augustin ,
cuidanl vuidier comme les aultres ; mais il fut re-
coDgnu à la porte et amené prisonnier en la ville.
Sallezar, lequel estdit fort mal agréable aux
Flamengs , qui le réputoieut fracteor de ,paix,
à cause de la prinse de Therouane, trouva ^
ckon de lui partir de nuict , lai.douzième^ à maà^
armée ; et manda au rôj que si son plaisir estoit^
il se faisoit fort de Temmener sain et saulf. AÂjm
ledit Sallezar fit prendre quatre tondeaux à Adrîeai
dlatte» sur lesquels it fit clouer des a$seUesj.;iI
mcmta sur lesdits tonneaux^ et à manière de pon-
ton y rompant et brisant les ^laceâ , pa^a seore-
ment, lui et les- âiens, sansgidppede fortune»' «^
Le lendemain s'appercheUrent les Flamipieagt
que Sallezar leur estoit esohappé, dier quoi ils fa-*t
iQit fort esbahis et'aiK>yé&;r,Qt!iies-t(UM|ei^n3b:siir
. <tmn ils estoient eschappés furerrt ippoptés eig^ plaioi
ihaiché , et mis en ku .veue de- tout le num4<(«
Measire Charles de Sanveuse se mucha derrière.
Vhxrp d'une . chambré * patmi - laquelle passpi^^t
cens qui le 'quévcôeatv Aultres^ g^t.'. ils, eomr-
fàgnorss y cremans- fus^ur populaire y se gltssère^t
ho^par^ diverses fâchons » aulcumen foqrmede
liiarchans ; aulcuns eu guise 4e 'f«ulcodiii«rs^:Qt,
aultres en karbits de mendianU^w
• I ■
' m
■ - ^ ■ ■ « ■ Il ; ' ■ . ■ ' : • r-t . • * I . ■ . ' »
■'•♦• ! ■ ■ :; ■ '. • . .î.i, ,... .,
lO.
ai6 CHaOBiQUBS (i4<7)
CHAPITRE CLXVI.
La yenae des GaDthoU en Bruges.
Les Ganthois ayant entendement avec les Bru-
ghelins , furent fort joyenlx de la prinse et dé-
tention du roy. Dont , pour les assister, consoler,
conforter et conseiller en leurs affaires , après les
envpyes et réceptions en plusieurs lettres missiTes,
tant d*un costé comme d'aultre , les Ganthois se
mirent en train pour venir et entrer en Bruges
à grande puissance; mais pour ce que les Bra-
ghelins doubtoient qu'ils ne se fourrassent en leur
ville à main forte et en grand multitude, pour les
dompter, comme aultrefois avoient faict , il&leur
mandèrent qu'ils venissent seulement à trente che-
vatilx: et les Ganlhois respondirent que, pour It
pï»otection et saulveté de leurs personnes , il estmt
nécessité de y entrer en nombre de sept à huict
cents au moins. Les nations et marchans - estranges
sentians Tapprocbé des Ganthois à main armée et
eh grand nombre, se tirèrent vers les seigneurs
dé la ville et les doyens des mestiers , auxquek
iWrémonstrèrent comment, par ci-devant, les Gan-
thois àvoient par plusieurs fois pillé la ville y el
que legièrement polroieht encore faire ; si leur
supplioient très humblement qu'ils leur vokissent
actroyersaulf conduit pour eulx tirer hors, eulx et
(i487) I>B 'BAH MOLINBT. 217
leurs marchandises ^ sans attendre Faventure de
iear venue. Adonc les seigneurs de la loi et les
dojeDS conseillèrent ensemble ; et furent d'avis»
avec les bourgeois et les marchands , que les 6an-
thois entreroient en la ville^ à trente chevaulx seule-
ment; mais les carpentiers et lesdix-sept néringhins,
qui souvent estoient contraires à tous bons et cer-
tains propos^ youloient qu'ils j entrassent à grosse
puissance ; et les Ganthois, que ceste opinion es-
mouvoit^ leur firent sçavoir que jamais ame d'eulx
n'j entreroit , se tous ensemble n' j enti*oient , la-
quelle chose ne leur fut octro jée , dont très mal si
aventurèrent. Mais pou r les auculnement pacifier ,
à cause que la nuict approchoit , pensans qu'ils
avoient faulte de vivres, les firughelins leur envojè-
rentpain, chair, fromaige et cervoise, lesquels ib
renvoyèrent, par grand déplaisir qu'ib avoient
qu on leur refusoit l'entrée de la ville. Et combien
qu'ils se disoient estre le nombre de sept à huit cen ts
seulement , ils estoient autant de milliers, bien en
poinct^ sans la suite des paysans qui conduisoient
leurs charriots ; et furent pour ceste ûuict logiés
d'demi lieue près de la ville de Bruges.
Les Br ughelins sentans lesGanthois si près d'eulx
et en leur indignation , furent en grand crainte et
soussi comment ils se conduiroient la nuict, à
cau$e que les fossez. de la ville estoient engellés , et
que facilenpieut ils les povoient. venir visiter par
Jes terres. Dont, par manièro^de renforcement de
^et, et pour mieulx e»tre asseurés de leur be-
2l8 GHROMIQUBS ('W
•ODgDe^ ils prièrent le seigneur de Hjogoval et
messire Charles de Lalaing qu'ils youlnssent a^ec
eulx garder la ville, afin de obvier au dangier
qui povoit advenir à la ville par les Ganthois ; et
fit chascun d'eulx bonne diligence de prendre
garde à son quartier.
Le lendemain y sixième de febvrier , fut conclad
par les Brughelins que , se les Gantbois vouloieat
entrer en Bruges , cent hommes seulement , sans
estre armés et sans vuidier leurs hostels , comme
ceulx de Bruges avoient autrefois faiet en Gand,
faire le povoient. A quoi fut respondu , que pour
ce jour ils remeneroient leurs gens en Gand, et
lendemain retourneroient. Lie samedi ensuivant,
neuvième de febvrier, environ cinq heures duvespre^
huit députés des plus notables de Gand vindrent
par chariots et entrèrent en Bruges , accompli*
gniés de seize ou dix-huit chevaùlcheurs armés
au cler y et quatre-vingts piétons y archiers , ariia-
lestriers et picquenaires. Ils marchèrent en ordon-
nance jusque.s au marchié, firent la révérence aux
seigneurs de la ville , puis allèrent de bannière
en bannière saluer les doyens des mestiers ; et
les Brughelins qui les festoyèrent et accudOUirent
bonnorablement leur monstrèrent grand signe
d^amitié , qui de prime venue deschargèrent à un
cop tonte l'artillerie du marché. Ainsi s'esgaudis*
soien t^s'esjouissoient et seglorifioient les uns avec les
aultres; car lesGanthois réputoient les Brughelins di-
gnes d'aussi grand gloire , pour la prinse et détention
l
(14^7) DE JEAN MOLINET. 3lQ
da roj, que fut Jason pour la conqueste de la thoiso n •
Et lendemain de bon matin^ les députés de Gand, ac-
compagnies de leurs gens d'armes^ en grand pompe,
se trouvèrent sur le màrchié avec les seigneurs de
laloi; qui tous ensemble allèrent de tente en tente
parler aux doyens, et à l'après-disner se mistrent
eo conseil, auquel il fqt conclu de mectre garde
sur la personne du roj ; car la nuict devant avoient
fait sarer et barrer les fenestres de son logis ayant
regard sur le marchié. Dont pour mettre à exécu-
tion ce qui estoit délibéré par l'advis des Ganthcns
6t Brughelins, Piètre deMetteney, escoutette, se
partit du conseil, appela huit hommes estans
sons les bannières, auxquels il commanda prendre
garde au roy et faire le guet en sa chambre ; et de
faict le mena jusques au Cranembourg , puis re-
tourna en la balle dont il estoit parti , sans parier
au roy ; et ces huit hommes députés de ce faii^ ,
estoient par apparences extériores , fort dolents et
ennoyés de leur commission, tellement qu'ils n'a- '
▼oient audace de monter et d'entrer, ni d'appro-
cher la chambre du roy. Illecq survint d'adventure'
le seigneur de Mingovai , qui les trouva en ce des--
confort, auquel ils récitèrent la commission qu'ils
avoient sur gi^sse peine. Le seigneur de Mingovai
la noncha au roi , et le roy les fit monter et entrer
dans sa chambre^ lesquels fort doubtifs et pensifs,
s'excusèrent à leur possible , coulourans leur faict
et disans que l'emprinse qu'ils avoient faicte de le
garder , estoit plus par force que par propre vo-
230 CHRONIQUES W)
lonté ; car les Gaathois leur avoient dit par force
de menasche, que , s'ils ne s'acquittoient de le
garder , ils le garderoienleux-Hiesmes , et seroient
griefment pugnis.
Quant la table fut ostée du souper, et que le
roy jecta son regard avant la chambre, lui qui
soloit estre accompaigné et entretenu des plus
grands princes de, la terre , fut grandement es-
bahi de soi voir avironné , aggaitié et gardé de
rudes 9 crueulx satellites de très basse condition:
et comme esloigné de nobles persounaiges ^ et
approcbié des fiers vilains meutins, eommencha
piteusement à soi doloir et complaindre y jectaot
ses regards chàetlà; et^ entre les aul très choses »
considérant le grand dangier qui lui estoit ap-
parent y pria à si peu de gentilshommes qu'il avoit
autour de lui, puisqu'il convenoit qu'ils fusisseot
esgaiés de sa présence , ils voulsissent estre tou-
joui^ léaulx à niionseigneur l'archiduc son fils. Ses
complainctes finies, ses domestiques, serviteurs et
familiers voyans leur maistre en train de grand
péril, peosansque seraient brief constrains d'eulxse
partir , ne peurent contenir leurs larmes , et se
prindrentaulcunsd'eulx à plourer et piteusement
desconforter.
Un jour ou deux après s'esleva une grosse bende
de mesliers qui estoient sur le marché , prindreot
leur chemin devers l'hostel du roy, bri&èreni;,
rompirent et effondrèrent serrures, huys et fe-
nestres, tant des salles et des chambres, que des
(14^7) DE JEAN MOLINET. 22 1
garderobeS; furtèrent la maison partout où bon
leur sembla^ ravirent armures, picques, halle-
bardes, cranekins, arcqs, basions de guerre et
menue artillerie, ensemble aulcuns hucqs, es-
chielles, cordes et bateaux de cuir, desquels ils
Guidèrent que tous se fussent assemblés pour leur
porter préjudice , emmenèrent quatre serpentines
soubz leur bannières, et pareillement robèrent
tout ce que possible leur fut. Adonc furent les
Brughelins en grant difficulté de renouveler leur
loi, pour ce que les Ganthois vouloient que le re-
nouvellement se fesist sous la commission de
monseigneur l'archiduc prince du pays, auctorisé
du roy de France comme souverain , en ensui-
vant une appellation entrejectée par ceulxdeGand,
par laquelle ils avoient déclaré le roi des Romains
inhabile au gouvernement , et bail de son fils mon-
seigneur l'archiduc , sous la commission duquel
pareillement , et de Tauctorité du roy de France
comme souverain, ladite loi fut renouvelée; en
présence de laquelle, pareillement devant aqlcuns
seigneurs de Gand estant illec , les députés des
bonnes villes de Lisle, Douay, Orchies, Vallen-
chiennes, Bois-le-Duc, Midelbourch enZélande,
lesquels le roy avoil illec appelés pour besongnier
du bien de pai:!ic , firent leurs propositions et de-
mandèrent congié de retourner , veu que les aulUses^
députés de Brabant , Hollande et Namur , estoient
retournés, et que ceulxd'Ath, en Haynault, et
de Mons, séjournoient à l'Escluse. Si leur futrcs-
222 GHROffIQUES (i4^7)
pondu par maistre Jehan Rogier , que pour leurs
grâtnds afiPaires, ils ne pou voient besongnier aux
estais; pourquoiilslescongiërent jusques ilsseroieot
ameQdés, comme avoient intention de faire, et
monstrèrent lettres du roy de France, adres-
chantes à eux, disans que, jà soit ce que nous
ayons accordé le sauf conduit pour vingt hommes
du roydes Romains, toutefois ne besognerons-nous
aulcunes choses, sinon par les députés de
Gant , les merchians de leurs gratuités , ayant
aussi saulf conduit pour retourner paisiblement ^
comme ils firent, soubs la conduite de leurs mes-*
sagîers.
CHAPITRE GLXVII.
L'emprisonnement de monseigneur le cliancellier, monseigneur l'abbé
de Saint-Bertin et autres nobles et puissans seigneurs de Phostel do.
roy des Romains.
Ne souÉBsoit aux Brughelins d'avoir estroicte--
ment détenté le roy , si par Tenhort des Ganthoi^
ils ne emprisonnèrent les haults nobles et puis-'
sants seigneurs de son hostel, lesquels ils pensoienf^
avoir maniances des deniers ou gouvernements
quelconques autour du roy. Advint, environ
huict heures du soir^ qu'ils envoyèrent huict de
leurs satellites bien armez au logis du seigneur
de Willernoult, notable et prudent chevalier
(>4$7) DB JEAN MOLINET. 2 25
Bourguignon y desquels il fut prias et amené en la
prrâon de la ville. Lendemain, quatorzième de feb-
vrier, fut pareillement prins autour de Saint-Do-
nast , après qu'il avoit oy la messe , le seigneur de
Dugelles ; et ce mesme jour, environ cinq heures
du vespre, furent prins, chascun en son hostel,
monseigneur le chancelier, nommé Jans Caron-
delet,chevalierdeBourgogne,seigneurdeChampe-
naux , et Jehan de Lannoy , abbé de Saint-Bertin ,
et furent emprisonnés comme les aultres.
Delaprinse de ces deux personnaiges furent tous
nobles coraiges de paix fort angoisseux et es-
bahis, souverainement de monseigueur le chance-
lier , qui fort prudemment s'estoit tousjours con-
duict en son office de chancellerie, au très grand
honneur du roy son maistre, tellement qu'il en
avoit acquis grâce , faveur et amitié des grands
princes , des moyens et des petits ; et doubtoient
j^Qsieurs de ses bienveillans , que les BrugheUns
nele fissent mourir enla faveurde leur commotion,
comme ils avoient faict à Gand maistre Guil-
laume Hugonet, chancellier , sou prédécesseur,
fw les meuteries qui illec se firent tost après la
nwMrt du duc Chaiies. Disoient en oultre ses pa-
rais et amis familliers y qui le complaindoient en
son adversité , que possible ne lui seroit porter le
tanrail de la prison , considéré son anchienneté
et impotence , et qu'il estoit fort subject à ma-
ladies. Mais nonobstant ces inconvénients ,' il en-'
dora tout patiemment comme vertueux et tout
s 24 CHROniQUES {^W\
assuré en sa griefve et poignante fortune. Etjà-soU
ce qu'il fut esgaré de tousses privés amis etCêaulx
serviteurs , toutefois il avoit acquis amis qui le con-
fortèrent en temps de la captivité.
Âulcuns de Bruges et de Gand allèrent vers le
roy , et dirent en présence des assistons , que les
prinses qu'ils faispient estoient pour parvenir au
bien de paix, laquelle es toit i^eboutée par les em-
prisonnés ; et avoient intention de pugnir les
maulvais gouverneurs, et ceulx qui avoient com-
mis 1& insolences sur leis pays; et avec aultres
choses , ofiPrirent au roy quatre-vingt mille livres
pour payer ses gentilhommes, et quatre miUe
pour les archiers , lesquelles ofiPres le roy refusa
pleinement. Gemesme jour, les mestiers, auxquels
riens ne sembloit trop chaiilt ne trop pesant , se
fourrèrent en la chambre du roi , et pour plus
accroistre son doeil, prindrent trois ou quatre che-
valiers d' AUemaigne, ses mignons privés famiUiers,
qui tousjours Tavoient accompagnié et loyaulment
servi dès que de premier estoit descendu es pays.
L'un d'eulx fut messire Martin Polhain, chevaÛer
delà Thoison-d'Or , Taultre le Grand Polbam^
marissal de son hostel , messire Philippe deNassou,
et le seigneur de Volkestain. Furent pareillement
incarcérés messire Jehan de Lannoy • seigneur de
Mingoval, grand maistre d'hostel du roy , messire
Régnier de May , capitaine de guerre , et aultres
desquels le record se fera ci-après. Et quand vint
au congié prendre et que la séparation se fit du
(r487) t>B JBA.Tf MOLIlIBT. 23^
roy et des nobles , nul ne sauroil penser les pi-
teuses complainctes et lamentations qui s e firent
à dire Tadieu ; ils se jectèrent à genoulx devant
la face du roy , tous chargiés de larmes, prians,
par grande affection de cœur, que son plaisir fust
de prendre en grâce le petit service qu'ils lui
avoient faict , requérans aussi qu'il eusict recor-
dance et mémoire d'eulx ; à quoi le roy respon dit
qu'il en avoit et auroit assez souvenance.
Ainsi, après ce douloureux partement, fut ceste
noble chevalerie emmenée comme les auJ^tres en
la prison de laville, et demeura le roy seulement
accompagniez pour nobles hommes, du comte de
Sorre et du comte Philippe , Allemands ; car il
fut défendu à monseigneur de Bevre le départir
de son.hostel; mais quatre jours après se partit
secrètemeat . le comte de Sorre en guise d'une
femme de vUlaigé portant un crétin en son brach ,
et trois ou quatre couples d'oignons sur sa teste.
Seniblablement furent emprisonnés ceulx de la
loi faicts par le roy des Romains avec les vieux
doyens. Entre les aultres prisonniws messire
Gçprges Guiselin , chevalier , qui ^ pour s'eschap-
per, si'estoit faict tonsurer comme mendiant, fut
amené devant les seigneurs de la loi ; enseml^e
Jehaa de Van Nepose , Wautergrave , et un
sergent nommé Bontemps. Quand ces prison-
niers eurent ( esté interrogés au lieu accoustumé^
l'espace d'une petite heure, le doyen des car^
pentiers let ceulx de sa route se partirent soudai-
/
2)6 ghKoniquks i^k^iï r
nement du marcliié , et vindrent impétueusement
frapper à l'huis où ib examiuoient lesdits pri*
sonniers; et dirent que si ou ne leur faisoit ou-
verture par amour» ils j entreroient par force.
Tellement persistèrent en leurs menacHeft et vio-
lences y que les seigneurs furent contraints d'ou-
vrir les hujs et de habandonner les pouvres pri-
sonniers fort tristes et en grand soussi ; lesquels
furent furieusement prins et amenés avec ban-
nière sur le marchié pour les livrer à torture et
les exécuter par mort , se cause s'y adonnoit.
Ces dojens avoient au marchié ung parcq &it
de bailles , où ils tenoient leurs consauhc sur leurs
afiPaires ; et pour achever leurs mortelles exécih
tions avoient eslevé un hourd grand et spacien;
et au milieu du parcq estoit le banc à la géhenne,
sorti de chevilles de fer et de verrous , et composé
tellement qu'il estoit convenable à tous ; et ral«
longeoit les membres de ceulx qui selon leurs ty-
rannies sinistres et desraisonnables estoient condûn
nés à la géhenne. Ces trois prisonniers iUecq venus;
attendans très dure discipline y les complices des?
dojens se mirent en leur diligence à préparer
le bancq, et appoinctèrent cordes et aultresba-
gaiges à ce servans y et couchèrent dessus Jehan
de Van Nenove y en commun spectacle , et le. tot^
tnrèrent tant rigoreusement, qu'ils le ralongërent
oultre mesure, dessérèrent les membres- de son
corps , et par force de les estendre lui ouvrireat
les aisselles. En cest angcHSseulx fort horrible tour*
(i4^) DK JBAff MOLIKBT. 327
ment congnut publicquement, que pour dompter
ceulx de Bruges il s'estoit consenti avec messire
Pierre de Lauchast de bouter la garde en la ville.
Lesergeant fut semblablement géhenne ; mais mes-
sire George Guiselin fut respité pour ceste fois.
NéantmoinSy "ne sçais se c'estoit par force de tor-
ture ou aultrement, ils prioient tous trois qu'on
les fesist morir y et pardonnoient à tous leur mort.
LebourreaU; qui volontiers entendit ces mots pour
son gaing, et a£n que la chose ne demourast à faire
pour faulte de lui , monta soudainement sur le
hourd y où se firent les exécutions ; et en attendant
sa proie, estoit sorti d'espées et de bandeaux.
Lors furent en difiPérent lesmestiers les uns contre
les aultres , et s'esleva si grand noise sur le mar-
chié par leurs controverses , cju'à ^ peine l'on
eusist ouï Dieu tonner. Aulcuns disoient <c Nous les
» voulons avoir morts. « Les aultres disoient Nous
»les voulons avoir en vie.»Siquefinablement la plus
saine partie porta qu'ils seroient reboutés en pri-
son et plus au long examinés, afin que par leur
disposition l'on puisist avoir la notice y et appré*-
hender ceulx qui coupables estoient de leurs mès-
us. Si qoe de rechef y le deuxième jour ensuivant,
Jehan Van Nenove fut amené sur le bancqet pi-
tensement torturé; et le bourreau comparut snrle
hourd, lorscuidant trancher la teste; maisTes-»
conttete de Bruges se trouva au milieu du marchié,
et dit aux dojens que, nonobstant la torture dege-
henné , ledit Jehan estoit innocent du cas qui lui
2î8 CHllOTfIQtlES ('4^7)
esloit admis ^ et ne savoit en lui chose par laquelle
il fusîst digne dé mort ; et à tant la fureur cessa;
et fut le povre patient, fort débilité de ses mem-
bres, de rechef rebouté en prison.
Pour plus accroistre le reboutement du roy , et
de lui multiplier dœil sur dœil^ ne sufiboit aux
Brughelins d'emprisonner ses nobles : mais, autant
que possible leur fut, s'efTorcèrent de destruire ses
povres serviteurs et souldars allemands et wallons,
qui lors esloient en Bruges. Dont^ pour mieulxles
avoir ensemble et mectre à fin leur maudicte pré-
tente, firent publier, sur le hart et à son de
trompe parles qaarfours delà ville, que tous ser-
viteurs deThostel du roy, ensemble tous ceulx qui.
avoient accoustumé de militer à ses gaiges^ se
trouvassent,sans verges ne sans bastons,à une heure
après disner sur le vieux marchié, pour îUecrecep-
voîr souldée et pour employer à ce qu'il leur seroit
ordonné. De ceste publication furent moult res-
jouis plusieurs gentils compaignons qui leur argent
avoient despendu , et n'osèrent vuidier la Ville, es-
pérans que par ce moyen ils auroient entretene-
ment ; et selon le contenu de la criée , compai-
gnons de diverses sortes et langues , se trouvèrent
au lieu qui dict leur estoit, en nombre de trois à
quatre cents; et quand vint l'heure que plusieurs
arcbiers du roi , du comte de Nassou et aultres
gentils compaignons estoient assemblés sur le
vieux marchié, espérans avoir bien heurée for-
tune, le doyen des carpentiers, accompaigné d'une
(>4>7) DB JEÂV MOLINEt. 22g
très fière et grosse bende des raestiers^ se tira devers
ealx à bannière desplojée, laquelle il fit planter
aa milieu de la place ; et adonc le plus estourdi
d'entre eulx commençha à crier : « tuez tous ! tuez
» tous! » « A ces mots Flamengs s'élevèrent contre
Bom^guignons , Allemands et Wallons , lesqueb
tous nudsy tous surprins, sans bastons et sans armu-
res» fort craindans le cop de la mort, se tournèrent
en fuite , et les Flamengs leur donnèrent la chasse.
Là y avoit grand cri , grande crainte et grande
course. Les povres gens du pch, espars, deschas-
sés de toutes parts comme cerfs abandonnés aux
chiens , s'en alloient^ pour saulveté de leurs corps,
d'hujs en hu js , de rue en rue , de maison en mai-
son ; là furent plusieurs compaignons fouUés,
battus et abattus , pillés et pestellés ; et n'eust
esté la bénignité des femmes de Bruges , qui moult
grande peine prindrent à les saulver , il j eusist
en grand meschief; mais pitié la débonnaire qui
se logea aux coeurs de bonnes personnes , les ga-
rantit contre les maulvais.
Quant les Flamengs se véirent frustrés de leur
mauvaise intention , et que les gens du roy leur
furent eschappés , ils firent derechef crier sur le
hart, que chacun se trouvast sur le marchié comme
dessus. Ëtlors la pluspart d'eulx , pour doubte de
la mort et d'estre mis en leurs mains furieuses ,
retournèrent au lieu dont ils furent partis, et les
dix-6ept neringhes séparèrent les Allemands des
Wallons, firent emprisonner lesdits Allemands
Chrohiqves. T.XLy, — J. Moliket. IIJ, i4
SSO GUROM1QUBS ,{}W)
en deux tours sur les terres de la ville, lioentiè-
rent les Wallons, et leur dirent qu'ils retour-
nassent en leurs hostels , et que lendemain auroient
provisions. Ces beson gnes accomplies, les Flameogs
reprimlrent leur estendart^ sous lequel ils mai^
chièrent en ordonnance ; et se trouvèrent devant le
bourg de Saint^Donas, où ils firent à manière d'ung
chappelet , leurs enseignes et leurs doyens au mi-
lieu, pour estimer le nombre de leurs gens, et choi-
sirent aulcuns d'eufac, sur intention de tirer devant le
chasteau de Middelbourg, quant temps seroit. Ainsi)
par furieuse menterie et commotion populaire,
furent non seulement le roj, mais ses nobles cheva-*
liers, lojaulx serviteurs, gens d'armes et séquelles,
estpoitement emprisonnés et rudement traictiez.
CHAPITRE CLXVIIL
Le transport de la personne du rojr des Romains et de ses nobles , el la
paix cride en Bruges.
Ganthois et Brughelins doubtans que le roy
détenu au Cranembourg ne leur eschappast, tant
par force d'armes, faveur, deniers, que par sub-
tilité d'engien , délibérèrent de transmettre sa
personne en lieu ample et sûr , et de la logier en
î'hostel de monseigneur de Ravestain , qui jadis
fut à monseigneur Jehan Gros* Dont, pour fortifier
ledit hoslel, en postposant lacremeur de Dieu, sans
('4^7) DjB JEAN MOLIISBT. 23 1
observer le saint dimanche ne avoir regard à la
feste Saint-Pierre, firent jour et nuict charpenter et
mâchonner trailles de fer, harres et serrures pour
1 emprisonner ; puis vindrent vers lui y et lui re-
quirent que son plaisir fust de soi partir du Cra-<^
nembourg, où il estoit assez estroictement, pour
estre pins amplement logié à l'hostel de monseigneur
PhUippes ; à quoi le roy respondit que de là ne se
partiroit, si eux-mesmes ne le portoient hors à la
force; et cuidant restrâindre leur fureur, leur
remonstra par belles persuasions, doulces et amia*
blés paroles , la rudesse qu'ils lui faisoient en sa dé-
tention , et comment ils le traic:toient à toute ri-
gneur , comme Ton feroit le plus povre chevalier de
son hostel ; toutefoisilsl'avoientallé quérir es AUe-
maignes , et s'estoit eslongnié de sa maison pater-
nelle , et descendu du très hault et très puissant
siège impérial , pour venir au pays espouser
leur princesse naturelle, de laquelle il avoit eu gé-
nération , telle que chacun sçait ; et en l'espace
de douze ans n 'avoit eu un seul jour de repos,
ains continuelle labeur , en repuise des ennemis oc-
cnpans les seigneuries ; et avec ce , il estoit seul fils
d'empereur, roy sacré des Romains, de très haulte
et noble génération ; parquoiil de voit estre traicté
selon la dignité de son estât ; néantmoins il se con-
noissoit estre mortel, et que sa vie, laquelle es-
timoit estre aussi briefve que le moindre d'eulx ,
pendoit en eulx; et, comme leur prisonnier, le pou-
voîent s'ils vouloient occir; mais pourtant n'a-
i4.
332 CHRONIQUES (^W
voient ils tout occis ; se regardasseat premier à
quelle fin ils en viendroient.
La pluspart de ceulx qui ces mots ooieut, se
prindrent àlarmoier; se n'yavoitsidurcœur, quil
ne fusist navré de compassion ; meisme ceulx qui
le cuidoient desloger d'illec , vaincus de ses pa-
roles , retournèrent vaincus , et ne retournèrent
avant pour ceste fois. Tost après leur retoup, le
roy fit une supplication adreschante aux sei-
gneurs et au commun de la ville ; si la délivi^a à
certains héraults, lesquels revestus de leur cottes
d'armes, la baillèrent au premier eschevin qu'ils
trouvèrent au bourg devant Saint-Donas, pour la
présenter auxdils seigneurs; mais illecq survint
un rude vilain , de fières menasces et rigoureuses
paroles^ disant, quecequiestoit conclud demouroit
conclud , tellement que ledit eschevin fut fort
joyeux de refuser ladicte supplication, laquelle
ne sortit nul efFect à l'appétit du roy.
En ces jours, les Ganthois envoyèrent leurs com-
mis requérir aux Brughelins d'avoir jusques au
nombre de dix prisonniers , comme monseigneur
le chancellier , l'abbé de Sainct-Bertin , et aultres
grans personnaiges de l'hostel du roy, afin de les
mener à Gand , de leur faire illecq juridiquement
leur procès, etfinablement de les pugnir selon leurs
délicts et mésus ; à quoi les Brughelins s'incli-
nèrent et consentirent, moyennant certaines obli-
gations à quoi les Ganthois s'inclinèrent , conte-
nans en substance que tous les seigneurs de la loi,
(^487) DB JEAIC MOLIVET. 235
oobles^ bourgeois^ marchans et habitans, en-
semble tous les doyens des mestiers et commu-
nanltés de la ville de Gand, promectoient de rendre
à ceulx de laville de Bruges lesdits prisonniers ,
toutes et quantesfois qu'ik en seroient requis ; et
pour seureté de ladicte obligation^ donnèrent let-
tres-patentes escriptes en parchemin , scellées du
grant scel de la ville de Gand , lesquelles furent
lues et publiées en plain marché , en présence des
dojens et de tous les adhérents estans sous leurs
bannières.
Ainsi, monseigneur le chancellier, monseigneur
Tabbé de Saint- Bertin , messire Martin Polhain ^
le Grand Polhain , le seigneur de Mjngoval , mes-
sire Philippe de Nassou , le seigneur de Willer-
vault , messire Régnier de May seigneur de Vol-
kestain , et Philippe Lauwette ^ furent tirés hors
des prisons de Bruges , chargiés sur quatre cha-
riots y et livrés aux députés pour les mener à Gand.
Merveille n'est se ce voyage fut fort desplaisant à
tels haults et nobles personnaiges , comme ceulx
€3pi sans quelque remède cuidoient illecq ter-
miner leurs jours. £t venoit à mémoire à monsei-
gneur le chancellier^ comment, par furieuse com-
motion populaire, son prédécesseur avoit esté dé-
capité. Pareillement, les aultres se recordoient de
la mort du seigneur de Humbercourt , comte de
Meghe , chevalier de la Thoison d'Or , qui pareil-
lement avoit esté exécuté. N'y avoit celui qui ne
fusist surprins de terreur et de cremeur , doubtant
234 CHaONIQUES ('M?)
le meschef advenir. Les archiers et les arbales-
triers et gens de serment de Bruges , se mirent en
point avec aulcuns de Gand pour les ramener; si
îesconduirent jusques à Arselle seulement, où ils
trouvèrent certain nombre de Franchois, na-
guères paravant venus au secours des Ganthois,
qui les convoyèrent jusques à Gand, où ils furent
estroitement emprisonnés dedans Greve-steen> sans
permectre ne souffrir que nuls de leurs serviteurs
entrassent avec eulx.
En ces jours, CoppenoUe, accompaigné d'aul-
cuns Franchois Vends à Gand, se trouva en Bruges,
où il fut reçn à grande joie , tant pour ce qu'il ap*
portoit la paix de France , que pour ce qu'il estoit
grand ennemy et adversaire du roy, dès les aul-
tres guerres de Gand , et coatinuoit tousjours en
son hostilité. A la venue de Gôppénolle ^ le
vingt - septième jour de febvrier, environ onze
heures au jour, le roy des Romains estant enccwe
au Cranembonrg, ftit publiée par le roy dé France
la paix faicte en Arras, dès l'an quatre-vingt-<ieuX;
maïs avant la publication les Brughelins firent son-
ner trois fois la cloche du beffroi , et par trois fois
joiier les mettestriers aulcuns mottèz, puis M. Jehan
Rogier, pensionnaire delà Ville, lit bien au loing
le traictié de ladicle *pai3fc} et furent illec teiûtai
et reputez pour ennemis tous téxAt. qni occupant
les places , et se teùoîent en garnison es limites de
Flandres, de par le roy dés Romains, lequel ils
nommèrent simplement archiduc d'Austrice. Fut
(>4^7) DE IBAN MOLINET. 235
publié aassi que tous Allemants et Bourgui-
gnons, officiers en Flandres de par le roy des Ro-
mains y se déportassent de leurs offices sur paine
de perdre la vie. Et afin que le cri de ladite paix
demourast perpétuel en la mémoire des hommes »
Picter Metteney et ledit CoppenoUe, semëreût
argent monnoiet sur le marcfadé de Bruges, qui
soudainement fut recoeilli par le menu peuple.
Après que l'bostel de monseigneur Philippe,
qui jadis fut à M. Jehan Gros , fut préparé y serré ,
barré et fortifié pour emprisonner le roy , au con-
' tentement de ses adversaires y Brughelins et Gan-
ihois vinrent de rechef vers lui, et lui dirent
sommièrent qu'il falloit qu'il se deslogeast de
Granembourg, qu'il venist parier aux dix-sept
nernighen sur le marchié , et de là s'en iroit au-
dit hostel , où il seroit plus au large , et arrière
de toute n<^ise. De ce nouvel desloger fut le
roy fort desplaisant et en inestimable soussi ; car il
y avoit résisté à son possible ; et perchevoit Iwien
comment il estoit caressé, oppressé et contra-
rié <le plus en plus et en péril mortel , comme est
Fa^nel innocent entre les gueules desloups rabbis;
et n'est merveille s'il craignoit leur furieuse et des-
ridsonnable insolence. Et quant le roy veist que
ne force, ne amour, ne beau parler ,^ne beau sem-
blant ne lui povment aidier à refréner leur ire > il
se recommanda en la garde du roy des rois;
si se descendit à leur vouloir , proposant de
leur faire trois requestes. ..
256 CHBONIQUBS (>^)
Ce jour doncques , qui fut le viogt^septiëme de
febvrier , le roj Testu d'une robe de damas noir ,
ayant une barrette vermeille en chief^ se tira
vers les seigneurs de la ville , et alla sur le mar-
chié de dojen en doyen , de bannière en ban-
nière, leur requérir trois choses, à chief des-
couvert et la barrette en main : Premier, que l'on
ne touchast à son corps par violence ; seconde*
ment , qu'il ne fusist livré aux Françhois ne Gan-
thois ; tiercement, que Ton lui parmesist d'avoir
dix ou douze de ses princes , familiers et servi*
teurs, pour lui administrer ses nécessités, tant
en chambre , à table, comme en la cuisine. Les trois
poincts lui furent libéralement accordés; puis
monta à cheval^ couvert de drap d'or, ses gentils-
hommes devant lui ^ et fut amené audit hostel, fort
près gardé , fort près serré , et en grand dangier
de sa vie , pour les meutineries , conmiotions et
monopolles qui se faisoient en la ville.
Maintenant, sans quérir anchienne histoire loing-
taine, voyons- nous clèrement en la détention et
très dure adversité du très victorieux roy Maxi-
milian , la subite et estrange et desreglée muta*
bilité de fortune ; car deux ans révolus paravant
cest emprisonnement , en ce meisme mois de feb-
vrier, voirreet quasi en ces propres jours , lors es-
tant archiduc d'Austrice , fut en la ville de Franc-
fort, par les princes de l'empire électeurs, du
bon vouloir et consentement de la noblesse de
Germanie, sans quelconquescontradictions , esleu,
OW DE JEAN MOLINET. 257
en-oingt et consacré roy des Romains, en pré-
sence de son père l'enipereur Frederick, et fut
déDommé coadjuteur et successeur immédiat de
l'impériale majesté ; et fut en ceste eslection ho-
noré, révérende, prisé et recommalndé pour le
pluspreux, le plus victorieux et triumpbant prince
de la terre; et maintenant est tellement depressé,
humilié et adverse par les turbillons de commo-
tion furieuse , qu'il est séparé et esgaré de toute '
société chevalereuse , es mains des cruels satel-
lites, prisonnier, et traicté comme povre misé-
rable homme , sans avoir regard à sa dignité
royale , à ses clères vertus ne à sa très inclite et
kaulte générosité; car il estoit seul fils de l'em-
pereur, empereur à venir, et consacré père de
paix. Or estoit-il en la sérénité de sa magnificence,
très redoubté des nobles chevaliers ; et il est main-
tenant la sérénité de sa décadence, très rebouté
des villains durs et fiers ; il estoit francq et libre
entre ses parents et amis , et il est maintenant serf
et souspris entre ses ennemis ; il estoit honoré des
haults barons puissants ; il descouvre son chief
fievant rudes mesehants; on lui requéroit grâce
comme au roy qui pardonne , maintenant faut
qu'il prie pour saulver sa personne; sa clareté
lumoit nobles cœurs vertueux , il est abscons et
clos entre gens vicieux. Et ainsi doncques, par for-
tune rétrograde exorbitant du vrai train raisoima-
hle, les membres tiennent le chef en subjectiôn, les
petits oiselets debecquent le seigneur aigle, les pois-
r
a 58 CHRONIQUES , OW
sonceaulx de la mer aggressent l'a balaine,
et les simples et rudes moutons, pour .Complaire
aux loups qui les estrangleront ^ tindrent le ber-
ger et ses chiens prisonniers, et en son propre
parcq, qui fut chose estrange ; et jà soit ce qu'il ne
fust associé de très illustres et chevaleureux per-
sonnaiges, sa captivité de son estât royal pour en-
tretenement , toutefois jamais sans magnanimité et
seignourieux maintien, sans entretenir ses gra-
vités à son possible^ toujours accompaigoe de
louables vertus.
CHAPITRE CLXIX.
La rëductîon du cbasteaa de MUdelboarg en Flandres, et la mortd'aul-
cons nobles personnaiges.
Quant monseigneur Philippes de Clèves scut le
roy estre destenu des Brughelins, de si peu de
gens qu'il peult recuoeillir, il se mit au-dessus de
l'Ëscluse, le huictiesme jour de febvrier, et garnit
le chasteau, lequel se trouva fort despourveu de
ceulx de son hostel , comme Pierre Damas et aul-
tres ; et puis vint le seigneur de Chanteraine , qai
tint la ville pour le roy des Romains contre les
Flamengs , qui moult en furent desplaisants. Les
Brughelins mandèrent à ceulx de l'Esduse , cju'ils
venissent sur le marchié , faire le guet soubs leur
bannière, et ceulx de l'Ëscluse s'en excusèrent ,
DB JEAN MOLINE't*. 239
disans que possible ne leur estoit de ce faire, craia-
dattsles garnisons des deux chasteaux , où il y avoit
cinq cents hommes ; et mandèrent lesdits Brug*
helins à monseigneur Philippes qu'il leur rendict
les deux chasteaux ; et monseigneur Philippe leur
manda qu'il les garderoit bien au proui&t de mon-
seigneur Tarchiduc , leur priant qu'ils fussent sai-
ges, et qu'ils traictassent le roy gracieusement, se-
lon la dignité de sa personne , ou aullrement mal
leur en prendroit. Si leur fit alors bonne guerre ,
et de faict bouta aulcuns de ses gens au chasteau
deMidelbourg en Flandres, duquel fut capitaine
messire Guilbert du On .
Quant les Brughelins eurent convoyé leurs pri*
sonniers ià main armée , comme dit est, et les 11*
vrés aux Ganthois , ils s'en allèrent vers Middel-
Wrg, qui leut faisoit asses de dommai^. Us
entrèrent en la ville, cuidans toutavironner et em-
porter devant eulx; mais le chasteau, garni de
gens de guerre^ leur donna résistance* Se propo»-
sèrent de l'assiéger ; et ceulx de Bruges saichans
leur hault vouloir , pour leur donner confort , fi-
reût çrieî» que l'on leur menast des vivres, afin de
parachever leur emprinse* Ce temps pendant^ Jehén
de Nehove, Wauter^ Grave, Victor, hc^ste ée
la Thoi^ôn, Peter à'Arincq et deux uukres»
furent menés en jugeaient potfr Ouïr sentenoe pour
ou centre eulx , selon la qualité de leurs démé-
rites ; car leis doyens en estoient du tout deschai^és,
et donnés auctorité et puissance de les sentencier
2^0 CHRONIQUES
aux seigneurs de la justice ; lesquels bien informés
du cas , ne sceurent perchevoir en eulx mesus quel-
conques pour quoi ils fussent coulpables de mort ;
mais pour appaisier aulcunement l'ire des mau-
vais , et satisfaire à leurs volontés^ et mitiguer
leurs conspirations y fut ordonné que , eulx de&<
vestus en leurs chemises, prieroient merci aux
doyens et au commun de la ville , feroient aulcuus
voyaiges, donneroient certaines sommes de deniers
aux povres^ et ils seroiei>t respités de lear vie,
combien que le bourreau faisoit ses préparatoires
sur le hourd , pour jouer son personnaige. Mais
advint la nuict ensuivant, que le chasteau de Mid-
delbourg , par appcHntement, se rendit aux Brug-
helins^ par condition telle» que le capitaine, en-
semble les gens de guerre, se partiroient leurs corps
et leurs biens saulves. La promesse fut entretenue
aux compaignons ; mais elle faillit au capitaine,
qui estoit fort mal en grâce des Flamengs ; et aussi
la chose fut faicte contre sa volonté , par les soûl-
dats, qui lui dirent, s'il ne faisoit traictié aux assié-
geans , qu'ils feroient sans lui.
Sitost que les Flamengs furent au-dessus de la
place , ils retournèrent en très belle ordonnance de-
dans Bruges. Archiers, arbalestriers, hallebardiers,
et picquenaires tous ensemble , en nombre de huit
cents, amenèrent une bombarde,deuxou trois cour-
taulx, cinq ou six grandes serpentines^ quinze ou
seize petites ; et pour tesmoignaige de leur victoire ,
amenèrent le capitaine audit chasteau ; se le livré-
(i4^) DB JBAN MOLINET. 2^1
rent es mains des seigneurs de la ville. Mais viu-
drent à la congnoissance le pardon qui s'estoit faict
à Jehan deNinove , Peter d'Arnicq et leurs com-
paignons; ils en furent tant desplaisants que riens
plus, et tellement esprins et animés de Tureur et
de courroux, que de force et de puissance ils fu-
rent amenés sur le marcliié au milieu du parcq ,
et de rechief livrés à torture en commun spec-
tacle de tout le peuple. Semblablement le capi-
taine du ehasteau de Middelbourg, auquel on avoit
promis la vie saulve , fut mis sur le bancq et gé-
henne comme les aultres.
Lendemain, vingt-neuvième jour de febvrier, à
cause du bisexte qui courroit ceste année , après
avoir souffert terrible tourment de géhenne par
plusieurs et diverses fois, furent condamnés à mort
par commotion populaire, sans terme de justice,
contre droit et sans raison, et furent tous soudai-
nement décapités, Jehan de Ninove, Wauler-
Grave , Pieter d'Arnicq , Victor, hoste de la
Thoîson , messire Guilbert du On , capitaine
de Middelbourg , et messire Greorge Ghuiselin,
seigneur de la Boule. Puis fut amené sur le hourd ,
pour estre exécuté comme les aultres , un sergent
nommé Bontemps ; mais quand il se trouva en ce
dangier , il pria que l'on le voulsist recepvoir à
merci, disant qu'U n'avoit desservi la mort ; et
s'il estoit personne illecq à qui il eusist mesfait,
si le disist plainement , et il s'en excuseroît. A ces
mots, ame nérespondit, tout lui fut pardonné ,
2^% CHBONIQUBS (<4M)
et il eut la yie saulve ; et ce jour mesme^ les
gens des villaiges du Francq, apportëreat leurs
pignons sur le marchié de Bruges , qui furent es-
timés de vingt-sept à trente.
■■B^HBKm
CHAPITRE CLXX.
Comment la garnison de Huist rua jus les GrantlioU à Saint-JeliaB[4e-
Pierre, et les tint en grande subjecion
Mbssire Charles de Saveuse^ seigneur de Sou-
verain-Molin, fort expérimenté delà guerre, lequel
soustenoit la querelle du roj des Romains , avoit
ses places occupées des Franchois, et receu plu-
sieurs angoisseuses plaies en ses services , se tint
es garnison en Hulst , et avoit en sa bande , Motin
TEstendard , son lieutenant , deux de ses frères ,
Pierre de Thiébault- Ville, Pierre Hollecq , les
Watelels et auUres gentils compaignons de
Boullenois. Tost après la détention du roy par les
meulins de Bruges , survint illecq Jehan Dischiz ,
grand escuyerd'escuyrieduroy, Ancqueraste, Co-
mart, et aultres AUemans, Picquars et Hannuyers,
jusques au nombre de sept à huit cents , ensemble
unis et tellement encoragiés en celle povre pe-
tite ville de Hulst , la moindre de toutes les aultres,
que pour l'honneur du roy leur maistre injus-
tement emprisonné, et pour grever les déten-
teurs, ils firent et livrèrent fort bonne guerre à la
(i4«8) DB JEAN MOLINET. 2^3
ville de Gand^ laplusfièreetlaplus grande des pays
de pardechà, et la tindrent en telle subjection
que la mémoire en sera quasi incredible à nos
successeurs , pour les grandes courses et intolé-
rables dommaiges que firent lors ceulx deHulst
à ceulx de Gand, situées à six lieues près l'une de
Tautre. Les Ganthois les prindrent en grande ini-
mitié^ et délibérèrent d'employer leur puissance
à les succomber par siège , par force d'armes ,
ou aultrement. Dont , pour venir à fin de leurs
conceptions ; issirent de Gant trois ou quatre
mille combattants, menèrent gens et artillerie
propice à leur emprinse, et se logèrent demi-
lieue près de Hulst , à un gros villaige nommé
Saint- Jehan- le-Pierre.
Ceulx dé Hulst seaichans la venue des Ganthois,
sans souffrir plus prochain approche , et pour an-
ticiper leurs envahies , proposèrent de les des-
loger , et se prindrent de quatre à cinq cents com-
paignons, Allemands, Picquars et aultres, fort
experts et bien asseurés de leur faict, desquels
estoit conducteur un capitaine allemand ^ nommé
Ancqueruste. Ils issirentde leur fort, en grand' vo-
lonté de trouver les Ganthois, par un dimanche
deuxième de mars, environ quatre heures du
matin ; et se tirèrent au villaige où estoit l'ost des
Ganthbis^ illecq reposants leurs esprits pour len-
demain achever quelque bon exploict ; et estoient
fort travaillés à cause d'une allarme qu'ils avoient
floustenue petit de temps paravant. Iceulx non cui-
244 CHRONIQUES (>
dans avoir rencherge se prinrent à dormir , et pre-
miers ordonnèrent aulcuns pour faire les escoutes
sur les advenues , lesquels furent rencontrés et mis
aux tranchans des espées par ceulx de ïïulst , les-
quels avironnèrent le villaige à tous costés et bou-
tèrent le feu en plusieurs quartiers , tellenient que
les Ganthois furent surprins en leurs logis , mis
en desroi et tournés en fuite ^ aulcuns bruslés^
aulcuns noyés , aulcuns mutilés, jusques au nombre
de vingt-deux cents, parmi ceulx qui furent trou-
vés morts sur les sentiers de la chasse , qui dora
environ deux lieues.
Ainsi donc la garnison de Hulst, par subtille
usance de guerre et anticipation desfirent et ruè-
rent jus les Ganthois , qui mesme les pensoient
subjuguer et desfaire , et perdirent en ceste beson-
gne de quatre-vingt à cent hommes, que morts, que
prins; mais ils gaignèrent de sept à huit cents pri-
sonniers , parmi trois ou quatre capitaines de Gand;
six serpentines , deux tonneaux de pouldre , un
tonneau de fusées, un de feu grégeois , et un de
chauldestreppes. Quand ceulx deGand sceurent la
repuise de leurs gens , et comment ils avoient
esté durement rencontrés et mortellement fes-
toyés de ceulx de Hulst , il leur tourna à grand des-
plaisir; et mandèrent à ceulx de Bruges comment,
s'ils avoient le roy en leur commandement , que
eulx ils feroient tant vers lui qu'ils delFendroient
à la garnison de Hulst de faire plus nulles si faic-
tes armées ; et se le roi n'y vouloit entendre, ils
'4^^) DE JEATI MOLINET. 2/^5
prioient qu'il fût rengrevé de prison , et tellement
Lraictié , que leurs courses et envahissements en
furent restrainctes et modérées. Pour quelques re-
monstrances que Ton fesist^ ne quelque rescription
que le roi sceust faire , qui par plusieurs lettres
y envoya , ceulx de Hulst , fiers et forts d'orgueil
et d'argent , à cause de leur prouesse et de leurs
prinses , ne se voldreut abstenir de leurs pillades
et «inprinses, ains s'enforchèrent de plus en plus
ranchonner, oppresser et fouUer les Gant bois et le
plat pays à l'environ ; et de faict constraindirent
ceulx de G and redimer de feu les molins à vent
séans à Tentour de leur ville , et les composèrent
à quatre mille escus par mois , où aultrement ils
se portoient fort de les brusler.
Ceulx de Languebrugbe , un gros villaige à une
lieue de Gand, doubtans d'estre pillés de ceulx de
Hulst , fortifièrent leur place , rompirent ponts et
abbatirent arbres de travers les chemiils èsquels il
leur sembloit que leurs ennemis leur donneroient
approche pour les assaillir et les escarmoucher.
Dont pour re^ifort de leur villaige et afin de donner
repuise aux hostilités de leurs adversaires, les
Ganthois leur envoyèrent archiers et picquenaires
de cinq à six cents ; et jà soit ce qti'ils se repu tassent
bien garnis et asseurés en leur fort, pour soustenir
UBe grosse puissance , toutesfois ceulx de Hulst,
obstant lendits empeschements et fortifications,
entrèrent de nuict audit villaige , surprindrent
les Flamengs , les mirent en desroi , et livrèrent
Chroniques. T, LXV» — J. Molihet. ///. lO
3/|6 CHRONIQUES * (»4W)
au traDchant des espees de deux à trois cents arba-
lestriers^prindrent les aultres prisonniers, ravirent
tout ce que possible leur fut ^ et amenèrent leurs pil-
lades en Hulst.fortresjo'isde leurs bonnes fortunes.
Semblablement ceulx de Ilaultaing , un gros
villaige à trois lieues de Gand , bien garni de
pajsaos i fortifièrent leur église, où ils se tirèrent
fort asseurés, attendant toutes aventures. Geulx
des garnisons de Tenremonde et d' Alost , tant à
cheval comme à pied, se trouvèrent devant Haul-
taing , donnèrent Tassault à Tesglise aspre et mer-
veilleux. Ceulx qui dedans estoient se defPeodireot
tant vigoureusement^ que les piétons desdites gar-
nisons fureqt reboutés de prime face ; mais fimable-
ment survindrent ceulx de cheval , qui tous se
mirent à pied , recoeillirent lesdits piétons foullés
et endommagés, tellement que les Flamengf,
vexés , foullés et travaillés, furent rompus , ren-
versés et desfaicts ; si demourërent morts sur la
place environ cent et cinquante et autant deprisoo*
uiers. Plusieurs aultres rencontres , escarmoucbei
et entreprinses , rescousses et pillades firent^lesdita
garnisons , souverainenement ceulx de Holit,
tant à Preboin , Accelles et ailleurs ; si que Itt
records en seroient fort longs. Et , pour conclusion
finalle , se monstrèrent vaillants, hardis , entre*
prenans et léaulx pour le roy , autant pour on
petit fort pourpris que jamais firent genâ de
guerre.
■ 4M) DB IBAM MOLIlfBT. 24/
CHAPITRE CLXXI.
tift mort da seigneur de Ùagelles.
Messike Jacques de Guistelles , honnorable che^
Tâlier , seigneur de Dugelles , fut très fort indigné
des dix -sept neringhen, qui lui imposoieut avoir^
détenu grandsommede deniers, et fut misen prison
ft>rt estroitement,puisle treieiènie de février j usques
au qaalrième de maj. Dont , pour le faire, passèrent
ad train des aultres ; ils levèrent l'estendard de
Bruges , et à grand nombre de meutins le tirèrent
de prison ; si le livrèrent aux seigneurs de la ville
poor en faire exécution. £t jà soit ce qu'il eussist
Mpporté intoUérables pertes par la guerre précé-
drâte , tellement que ses chasteaux en estoient
dilapidas , gastés et abbattus , dont pour la re-
fiKtion d'iceulx le pays de Flandre lui avoit* or-
donné, donné et oclroié , à prendre sur la ville dé
B^ges , la somme de huit mille escus , toutefois il
fwt tant encfaairgé desdits Brughelins , qu'il fut con-
damné à mort. Madame de Dugelles , son espouse ,
fort noble de parents , et de bonnes mœufs ,
fiojant les éminents dangiers mortels où son mari
€Stoit, quérut tous les moyens que possible lui
fut , pour lui saulver la vie ; et furent ses média-
teurs , monseigneur le prévost de Nostre-Dame
de Bruges , aulcuns notables personnaiges des na-
i6.
'J^S . CHROHIQUBS (»4W)
tions^et au] tresecclésiastiqueset nobles seculiers.'Et
quant vint Theure que les bourreaux faisoient leurs
préparations sur le hourt pour l'exécuter , et que le
seigneur de Dugelles estoit administré des confes-
seurs, et despouiUé en sa chemise, pour recep voir le
cop> madame sa femme labouroit à toute puissance
pour le saulver ; et pour plus esmovoir à pitié et
compassion les cœurs obstinés et endurcis «u leurs
lirannies , elle tenoit ses deux josnes filles parles
mains , et avec la compagnie des notables seigneurs
dessusdits, alloit de bannière en bannière et de
doyen en dojen, soi jectant à genoulx piteusement,
plourant , et requérant , au nom de la passion de
Nostre-Seigneur , qu'ils voulsissent avoir pitié de
son mari, et lui pardonner son mesus.
D'aultre part, monseigneur le prévost de Nostre-
Dame se metloit en toute diligence pour inter-
céder pour le bon seigneur, et disoit : « Regardez
u en pitié la noble dame et ses beaux enfants qui
» tant humblement vous prient et requièrent; et
» mesmes , de nostre part , nous vous en prions
» et requérons , en tant que possiI)le nous est. Le
» bon seigneur a tenu deniers soit en Bruges ou au
n pays de Flandres ; ceste très noble dame vous
» prie et requiert que tout le vaillant , revenus ,
» rentes , terres et seigneuries , tant de son sei-
» gneur comme d'elle , soient vendus et ade-
w nierés et convertis à la restitution de ce que
» vous lui demandez , tellement que chascan s'en
» rembourse ; et si ce ne suffit , elle est cootente
(r488) DB JEAN.MOIilNET. 249
» que son seigneur, elle et ses enfants soient à
» tousjours mais bannis , repuisés et exilés de la
M contrée de Flandres; puisse wider une chemise
>» en son dos seulement. »
Ces offres faictes y qui sembloi^nt à aulcuns suf-
fisantes et raisonnables, ne furent acceptées, ains
refusées et mises en non-chaloir ; dont la dame fut
snrprinse de grand doléance. Le seigneur de Du-
gelïes espérant vivre par l'intercession de sa femme,
voyant ce refus, fut angoisseux et attainct de grand
tristesse. Là dame toutefois persista en son pour-
chas et s'approcha du hourt^ requérant respit pour
son mari; mais aulcuns mutins craindans que
pardon ne lui fust accordé, commenchèrent à crier
en leur langaige oSladoot! sla doot! » qui vault
autant à dire comme: «Tuez-le! tuez-le! » A ces mots,
la dame sentant que requeste amiable, proumesse,
et satisfaction n'y valloient , toute desconfortée et
quasi demi morte , fut , ensemble ses enfants, à très
grande paioe tirée de la presse ; elle fut bleschée
à un bras et ramenée à son hosteL Semblablement
les notables personnaiges qui l'accompagnoient ,
doubtans commotion populaire, craindans d'e stre
assommés, se retirèrent en leur logis ^ et lors se pri-
rent à crier : «c Faictes-nous quictesde cest homme !
» faictes-nous justice hastivement ! » Et lors le bon
chevalier qui plus n'espéroit en sa vie, dit au
bourreau: « Maistre Charles, mon ami, faictston
» office, et me mects hors de la vue de ce merveilleux
>» peuple.» A ces motjs se mit à genoulx ; il eut les
35o CHBOHIQUBS («iW
jeux bendés , et maislre Tlbarles lui treneha h
leste, laquelle cheut sur un drap venndl. St mort^
qui fut le huitième de mars^ fut fort plaincte de
plusieurs nobles couraiges qui congnoissoient ses
louables vertus , et fort desplaisant à son fmt gr&nd
et noble pareotaige*
mm^Ê^^f^m
WÊUff^B^mmB
CHAPITRE Clii^XII.
Assemblement de» trois estais à M^inet ^evaotiponvçi^ear Tvrclliibc
pour besoo^er à la dëlivrance du ro| son pcrc
Les nouvelles de la détention du roi furent sou-
dainement espandues, non-seulement es pays voî^
sins , mais aussi es marches loingtaines , comme
il apperra cy-après , et causa grande admiration et
dolcance à tous nobles et vertueux princes, voyans
l'un des plus excellens personnaiges du monde et
le plus victorieulx , misérablement molesté de pri-
son en sa propre ville , de meschants vilains , or-
gueilleux subjects qui le tenoient en dangier. Sor
tous aultres trfes nobles et puissants princes aux-
quels ce doeil poindoit plus angoiseusement , es-
toient l'empereur Frederick son père el mon-
seigneur l'archiduc son fils. Quant doncleffis,
plus prochain que le père, fut adyçrtt de Sa cap-
tivité, il en fut amèrement dolent, fort triste et
desplaisant; se furent messeigneurs du sang et
ceulx de son conseil ; et fit assembler les estats de
04^^) DE JEAN MOLISET. a5l
ses pays en sa ville de Malioes , et leur n^anda et
commanda bien expressément , que en toute dili^
gence et à grande célérité ils comparussent pour
déterminer et conclure qu*il seroit de faire en
ceste matière*
Quand les estats iVirent assemblés le vingt-
huitième jour de febvrier , illec survint monsei-
gneur Tarchiduc, accompaigné de monseigneur
Philippe de Clèves , des seigneurs de la Grutuse , de
Walain , de Molembais ^ et aultres nobles et ceuix
de son conseil ; et leur fit proposer en langue thioise,
parmessire Guillaume de Haultaing, chancelier de
Brabant , depuis en langue wallone par maistre
Jean Marinier ^ président de Luxembourg, com-
ment; par le commandement de son seigneur et
père le roy , aussi par Tadvis de messeigneurs de
Ravestain y et Philippe son fils prochain de son
sang, et ceulx de son conseil, il avoit illecq fait
convenir les estats , pour leur advertir que sondit
seigneur et père s'estoit, puis certain temps, à la
requestede ceulx de Bruges etduFrancq, trouvé en
Bruges pour faire et conclure tmepaix au royaulme
de France, ou avoir l'entretenement de celle faicte
en l'an mil quatre cents quatre-vingt-deux, et
à ce propos , avoit escripi se^ lettres à ceulx des
estats pour se y trouver ao dernier jour du moi!»
de janvier passé ; mais lesdits de Bruges , sans
prendre regard à tout ce , et après que ceulx des
mestiers s'esloient voulu issmouvoir contre lui , itês
avoient rabaissés, et lui avoient promis le tenir en
262 CHUONIQU£S (»4^)
bonne seurelé, révérence et amitié, ib s'étoient
avec leurs bannières tirés sur le marchié de ladite
Tille , où Tavoient forcément faict convenir , et le
retinrent meismes , et le firent logier à une maisco
dite Cranembourg^ où il entenduit encoires estre>
qui estoit à son très grand regret et ennui ^ doot il
requéroit advis et conseil. Fit exposer GomaneDt
ils avoient mis en oubli les grands périls^ tra-
vaux et dangiers où monseigneur son père &'es^
toit mis en son advènement , pour la tuition et
deffense du pays, èsquels il estoit venu à leur
poursuite, non pas à la sienne, et le grand des-
plaisir qu'il prenoit en cœur à cause de rennui et
arrest de sondit père ; et que tribulatioo ûe peut
estre faicte à père , qu'elle ne redonde au filsé Fit
aussi dire pour ce qu'il estoit certain que sondit père
et seigneur désiroit la paix, coinme aussi les susdits
de son sang ; et que de sa part estoit tout son désir,
et requéroit avoir conseil, comment il se y con-
duiroit pour y parvenir, disant oultre qu'il estoit
venu à sa cognoissance que l'on chargeoit sondit
père d'avoir enfreinct la paix, qui estoit contre
vérité ; car la paix avoit esté enffreinete par ceulx
du parti contraire , dont avoient esté motifs ceulx
de Gand , en tant qu'ils avoient prins. secours et
aide du seigneur des Querdes etde ses gens, lors^
qu'ils tindrent contre •lui; et de faict avoient les
Franchois, depuis ce temps, hsçillé secours de
gens et d'argent à ceulx de Liège , làisant meii-
tion que lesdits de Bruges et de Gand espéciale-
(i488) DE JSAK MOLINET. 255
ment , et le seigneur de Rassengheo ^ non recog-
noîssant les biens et grâces que le roy leur avodt
faicts en l'an quatre-vingts et deux^ et sur ce
qu'ils s'esloient meus contre lui, et l'avoient touIu
assaillir à main armée en son hostel de Leu-
wale^ il leur avoit baillé absolution et pardon , et
si avoient esté faictes lettres scellées de son scel
de Tappoinctement^ lequel appoinctement ledit
de Rassenghen avoit nagaires en une grande as-
semblée pour ce faict enGand, deschiré et coppé
lesdites lettres , à la villipende de sondit seigneur
et père. Fit remonstrer en oultre , que ceulx de
Gand , et aultres murmureurs, maintenoient que
les lettres envoyées en divers quartiers, avoient
esté signées dudit seigneur de Walhain , sans le
sceii et consentement de ceulx de son sang, qui
estoit mensonge ; car il avoit commandement du
roy son père , de monseigneur de Ravestain et son
fils 9 qui fut ratifié par mondit seigneur Philippe ,
lequel excusa mondit seigneur de Ravestain son
père en son absence, à cause de sa maladie; et
offroit, pour sondit père et lui, de faire èsdites
matières, spécialement au bien et honneur de son
très redoubté seigneur , et de ses pays et subjedti»,
tout ce- qu'il y pourroit employer , corps et biens.
Après ces choses dictes , l'on leut lettres que
ceulx de Gand et dé Bruges vouloient envoyer
au seigneur des Querdes , desquels les messagiers
avoient esté prins envers Lisle , contenans que en
ensuivant l'instruction dudit des Querdes, ils ne
. besongnoient que pour eulx et ceulx qui leur vou-
264 GHROVIQUBS («W
droieDt adhérer, ils eussent abstinenee ée gucne,
et ne renvoyassent vers eulx les g^ns d*annesqo'ik
avoient requis , jusques ils les redemanderoieiil ,
mais les envoyassent envers Hainault et Audenank.
La proposition finée et faicte au nom de mos-
seigneur l'archiduc , oye sa doléance pitease et
lamentable , les estais des pays , fort desjdiai-
sants de son ennui y lui offrirent tout le service
que possible leur seroit de faire à leur souTenM
prince et naturel seigneur , et touchant la it-
couvrance du roy son père; et pour practiquer
bonne paix , ils envoyèrent par le roj de Hij-
nault lettres doulces et amiables aux eschenu
des deulx bancqs , et aultres doyens et commoBei
de la ville de Gand ; pareillement par le roy de
Brabant envoyèrent lettres aux bailli , escoatêtte,
bourgmestre , esche vins , chiefs , doyens et aulties
de ladite ville, comme delà ville de Bruges^ ofl&aoB
saulf-conduit tant à ceulx de Gand , comme k
Bruges , entrecours de marchandises et abstinepee
de guerre ; se il leur plaisoit venir à Malinespov
inventer bonne paix avec eulx^ lesdits estats leon
en prioient amiablement ; et contenoient lesdiles
lettres comment monseigneur l'archiduc les avoit
rassemblés à Malines, pour leur remonstrer que ,
à la très instante poursuite , requeste et prière des
trois membres de la comté de Flandres , le roy
s'estoit trouvé en Bruges , et illecq le faict con-
venir pour paix finale , fructueuse et loable entre
lui et le roy de France , duquel il avoit <dbtenu
!^uir*conduit pour conduire les matières; et for-
(*4W) DE J8AN MOLmsT. a65
etemcnt revoient déleou sur h marchié , et logé
Àtroicleinefit en lieu où il estoit privé de Thabi-
tada ^ visitatioD et service de ses gens; dont ledit
âl^faiduc se donnoit merveille , et en avoit très
^rand regret, ennui et desplaisir en son josne
CBge ; et prioit bien à certes lesdits estats , qu'ils
▼oàlsissent entendre à la délivrance du roy et à
JU paix. Lesdits estats re^tiirçnt à monseigneur
S^lippe , tant en son nom et pour monseigneur
de Ravestain, son père , qu'ils se voulsissent em-
|AojFef à ladite paix^ et prendre telle adhérence et
aide que bon leur sembleroit ; laquelle chose il
pvomit libéralement de faire, dont il fbtpemer-
diié desdits estats , qui de là en avant , autant que
|K)SsibIe letir fut , labourèrent sur les principaux
poificts ci-dessus déclarés. Si furent faictes cw-
tàiùes instructions en franchois, et depuis trans-
latées en flaàimeng , pour besongner à la paix de
Vrance.
■ Le huitième de mars, les estats receurent lettres
Aè ceulx de Gand, responsives qu'ils avoient en-
fëyé ; et oultre ce mandoient auxdits estats qu'ils
se 'trotitassent en Gand le douzième de ce mois.
Sur lesquelles lettres fureùt escriptes lettres d'ex-
cuses de soi j trouver , les requérant derechef
qu'ils se trouvassent audit Malinnes, et que à eux
n'appartenoit d'assembler estats sans le conseil du
souverain ; et se venir n'y vouloient , ils se trou-
vassent à Tenremonde , et l'on y envoieroit aul-
cnns députés pour les induire à rétablir le roy
356 CHRONIQUES 04*9)
en sa liberté , lequel meismes rescripyit lettres
signées de sa main, par lesquelles il commandoit
aux prélats de Brabant qu'ils se trouvassent à Gaad
le douzième du mois , pour besogner tant sur la
paix que pour sa délivrance. Sur qucû fat conclut
non V aller au commandement desdites lettres,
veu que le roj n'estent pas en sa propre franchise.
Monseigneur Philippe de Glèves , en présence des
estais ; dict : que aulcuns Tavcxent chargié de
ce qu'il n'avoit fait la guerre à ceulx de Bruges
pour recouvrer le roy , et qu'il n'estoit pas af-
fecté à la paix de France , veu qu'il desiroit la
guerre ; sur quoi il donna excuse ,. disant : qoe
par commandemement du roj ^ il s^en étoit dé-
porté f en tant que sa personne détenue en eiKist
pis valu ; et aussi qu'à son entrée à rËscluse, 3
avoit trouvé la ville et le chasteau fort desnoé
de jivres et d'artillerie , et que , pour les répa-
rer , il avoit employé du temps ; et aussi d'entre-
prendre ceste nouvelle guerre sans consentement
des estats , il en pourroit estre désavoué , offirant
de y employer corps et biens ; et quant à la guerre
de France , il desiroit la paix ; et se y vouloit eDi«
ployer par tous bons moyens.
'4^8) DE JEAN MOLINET. 267
r^sm
CHAPITRE GLXXIII.
Notable ambassade envoyée des princes d^AlIemaigne à monseigneur
rarcbidac pour la délivrance du roi des Romains son pèr«^.
Les estais assemblez à Malines pour besongnier es
matières dessus dictes , arrivèrent illecq notables et
grands personnages d'Allemaigne , ambassadeurs
des électeurs, des ducs de Bavière , de JuUiers , et
àultres grandsseigneurs auxquels monseigneur Tar-
chiduc, eagiédeneuf à dix ans , en présence desdits
estais , donna audience , et tint gravité princi-
palement, aussi meurement que s'il eust vingt ou v
trente ans. Ces ambassadeurs, en grande révérence,
se présentèrent devant lui , et après qli'il les eust
prins par la main , lui baillèrent quatre lettres
closes, con tenant crédence de par lesdits électeurs
et princes , par lesquelles ils exposèrent comment
Vemprisonnement du roy des Romains estoit venu
à la notice de leurs seigneurs et maistres , qui
fort s'esmerveilloient comme de cas non jamais
advenu ; si esjoient illec délégués* pour complain-
dre et condoloir sa lamentable fortune ^ et pour
ofifrir confort, aide et assistance au nom desdits
princes, de corps, de biens, d'avoir et de puis-
sance en la recouvrance de leur souverain seigneur,
cooime tenus et obligés à sa royale majesté ^ avec
plusieurs aultres choses, persuadans les cœurs des
escoulans à hault comprendre et voloir retirer le
a58 CHRONIQUES (*4W)
roj de sa captivité et misérable désertion , disant
que Ton debvoit appaiser et réduire ceste matière
par amiable voie , si faire se povoit ^ et se ^ non ,
ils offroient ce que dit est , pour y procéder par
armes; et se disoient avoir charge deeulxtrouver
à Bruges et à Gand, pour cognoistre leur intention,
et leur dire plus ample charge* Ce proposé, monsei-
gneur l'archiduc tint ses devises avec monseigneur
Philippe de Ci èves, le seigneur delaGruthuseet aul-
très, et leur fit dire par le marissal de Nassou, que
pour ceste matière il avoit illecq assemblé les estats
de ses pajs ensemble , pour besongnier au bien de
paix j si les fit remercier de leurs belles oflPres ,
lesquelles il recepvoit fort agréablement , et leur
fit offrir le semblable avec aultres plusieurs
amiables paroles proférées par ledit marissal ,
tirans à fin de bonne conséquence. ^
Ce faict, les ambassadeurs donnèrent lettres de
crédence au noLi de leur seigneur et maistre, à
monseigneur Philippe , contenant ce meismes ,
qu'il les remercia et leur offrit service. Pareil-
lement ils proposèrent devant les estats un pe-
tit plus amplement , en remonstrant comment
leur souverain seigneur et roi estoit venu par
dechà, et en son josne eage de dix-noef ans , avoit
prins alliance à madame Marie, son espouse,
de laquelhv' dame il avoit eu deux beaux enfans;
et néantmoins n'avoit eu guaires de joie ni de
biens , tant pour la perte de niadite dame , comme
pour les guerres et troubles où il avoitmis plusieurs
('4^^) DE JBAH MOLIlfBT. 269
foys sa très noble personne en danger Ae mort ; et
pour rétribution , Ton l'avoit prins prisonnier en
Bruges, an très gtand desplaisir des princes d*Al-
lemagne^quilesavoientenvoyés^etconséquemment
du résidu de toute Germanie^ lesquels, considéré
le cas non janaais advenu, le voul oient délivrer de
ceste oppression et fouUe. Dont ils forent gran^
dément remerciés desdits eslats ; puis prindrent
congié à monseigneur l'archiduc^ lequel tintma*-
gnanimité honnorable en congéant chacun d'edlx,
selon sa vocation et appartenir , à l'un ostant son
bonnet , à l'aultre y touchant seulement , et aux
anltres les prenant par la main. Et pouii^ ce qu'ils
s'estoient offerts d'aller à Bruges et à Gand , on
leur demanda leur intention sur ce pas; et respon-
dirent que volontiers le feroient , moyennant que
monseigneur Philippe de Clèves y allast avec eulx
•n personne , ce qui ne fut pas consenti par leê
^tats de Brabant . Toutesfois , mondit seigneur
Philippe s'estoit offert à faire tout ce qui seroit
^icl an bien du roy et de monseigneur son fils , à
l'honneur des estats et des pays, auxquels ils dirent
onllre , et pour certain appoinctement et secret
entendement conceu entre le roy de France et le
duc de Gueldres , et meismes que le bruit couroit
qod ledit roy le debvoit mettre à puissance en la
possession de la ducé , en déclarant les incidences
qui en polroient ensijrivir, prièrent de prendre
l^arde anx garnisons sur les limites de Gueldres ,
êiMos qu'avant leur partement de Coulongne 5 léS
26c> CHRONIQUES . W
princes d'Allemagne avoient escripi letlres au^
Gueidrois , aux nobles et bonnes villes » afinc|u!il5
gardassent leurs leaultés envers leur souverain
seigneurie roi , les advertissant en tout de tout ce
que dict est.
En ce jour retourna Anthoine de Fontaioe à
Malines , qui , par l'incitation des seigneurs de
Bevres et de Wyère, avoit esté envoyé vers le roy
par monseigneur Philippe de Clèves , son.maistre;
et en faisant record de sa besogne dit que , loi
venu en Bruges, fut bien reooeilllpar les seigneurs
de la ville, qui firent grande doléance du roy, de
son gouvernement et de ses gouverneurs , par les-
quels les pays estoient <en apparence d'estre perdus;
si voloient pourvoir parle moyen de paix. Ledit An-
tboine fui interrogé sur quel titre il estoit illec venu;
à quoi respondit que , au commandement de son-
dict maistre, etsur leurseureté il étoit illec envoyé
pour voir le roy, pour ce que le bruit couroit qu'il
estoit fort estroitement détenu, dont i^ desplaisoit à
monseigneurl'archiducson fils, et prioit de pouvoir
aller le veoir . Sur quoi fut demandé qu'il lui vouloit.
Il respondit qu'il n'avoitcherge que de recomman-
dation, et que les estatsesloient assemblés à M alineS;
pour l'aider et faire la paix. Et demandèrent quelle,
aide l'on lui vouloit faire , et ne vouloient souffrir
que l'on lui desist ainsi ; mais que le t(À se aidast
lui-meismes et l'on l'aideroil ; et atant se partit.
L'on lui bailla huict hommes pour aller vers le roy,
quatre deGand et quatre de Bruges, lesquels furent
^^4W) DE JlîAW MOLlNfiT. a6l
Présents, etojrentlesrecoinmanclàtionsque fit ledit
Aothoine au roy , priant qu'il eusîst patience ^ et
^'il se aidast et on lui aideroit; et après Tavoir prîns
par la main , demanda de monseigneur rarchiduc ,
son fils , adjoustant que , par tout moyen il voloit et
desiroit que l'on besongnast sur la paix et sur son
faict et estât. Lesdits de Gand et de Bruges dirent
au roi qu^il eseripvist ses lettres aux estais ^ estans à
Malinne ^ afin qu'ils se trouvassent à Gand le dou-
zième de ce mois ; et le roi leur respondit qu'il
n'estoit en sa puissance de prier ne de commander ;
néantmoins volontiers le feroit. Le congé prins^
Anthoine vint à son logis , et derechef fut mandé
qu'il allast à la maison de la ville , où il fut requis
de tant faire que lesdits estais se trouvassent à
Gand , à journée dessusdite , luy priant qu'il fesist
• son retour par Gand , comme Û fit ; et se trouva
▼ers les seigneurs de la ville , où messire Adrien
de Rassenghien lui parla des matières encommen-
chées , espérant que bien se conduiroient , se lesdits
des estats youloient comparoir audict Gand. Dict
onitre plus ledit Anthoine , en faisant son rapport
aux estats, qu'il cuidoit tant tenir de l'intention
du roi , qu'il desiroit que l'on y envoyast aulcuns
députés pour le tout mener à bonne fin , autre-
ment le roi doubtoit fort sa personne. Lendemain
que Anthoine de Fonthaine eut fait sa légation , les
estats assemblés , vindrent deux notables hommes ,
l'un deGandetl'aultre de Bruges, députés desdictes
villes , portant lettres de crédence des esche vins
Chroniques. T, XLP^.'^-l, Molinet. ///. lO
1^C)2 CHROWIQUBS (14^)
Jesdeux bancqs et des doyens de Gand ; desquels
* cfélégués et commis , Tun^ qui se nommoit messire
lierre Du Molin, fit plusieurs remonstrances, char-
geant le roi des Romains des injustices , gasts ,
foulles et vexations qu'il avoît souffert faire au
pays , requérant que Ton envoyast à ladite jour-
née aulcuns des estais^ souvepainement monsei-
gneur de la Gruthuse , qui leur estoit fort agréa-
ble, pour practiquer bonne paix , soi complaindant
amèrement des cruels excès, rigoreuses insolences,
et dommages que faisoient ceulx de Hulst , priant
que Ton deffendît de courrir sus le pays , ou au-
trement le roi en seroit aggrevé ; et finablement
présentèrent lettres escriptes et signées du roi, par
lesquelles il commandoit d'envoyer audit Gànd,
afin de besongner à son élargissemetit.
Oye la relation dudit Anthoine et la charge des
députés de Bruges et de Gand , ensemble la re-
scription du roi , fut conclu d'envoyer au jour
assigné , le douzième de mars , les personnaiges
qui cy- après seront dénommés ; mais premier se-
ront mis en compte les demandes que firent les
ambassadeurs d'âLllemaigne, avant le partement.
Premier requirent sçavoir quel debvoir Ton avoit
fait de recouvrer la personne du roi , priant que
Ton prenist garde aux offres qu'ils avoieut faicts
de leur part ; secondement , qu'ils ne souffrissent
transporter la personne de monseigneur l'archi-
duc hors de Malines , si ce ne fût par le sceu et
commandement du roi , du sceu de l'empereur
(*488) UE JEAN MOLIMET. ^65
son grand père et des estais ; tiercheijaent , qu'ils
pourvussent aux frontières pour paiement des
gens d*armes ^ ou desissent leur intention ; quar-
tement , desiroient sçavoir quelle aide et secours
les pajs feroientauroipour recouvrer sa personne,
en cas que par amiable voje Ton ne le polroit
recouvrer.
Ces matières consultées et coinquées par les
estais avec les conseilliers du roy , fut respondu
au premier poinct, que devoir avoit esté faict
de recouvrer le roi par amiable voye, si faire
se pouvoit ; et , à ceste cause , monseigneur Tar-
chiduc 9 monseigneur de Ravestain , et Philippe ,
son fils 9 et meisme ses estats avoient envoyé leurs
députésàGand pour y besongner ^ au second poinct^
n'estoient d'advis de transporter la personne de
monseigneur l'archiduc de Malines sans le con-
sentement du roy en son francq arbitrage : au tiers
poinct y firent response que les estats debvoient
poarveoir aux frontières pour autant qu'il leur
touchoit^ car autrement ils les perdroient^ et en
seroit la paix plus dure à traictier ; au quatrième
poinct, tauchant l'aide, ils espéroient que, gardans
leurs leaultés, chacun feroit debvoir ; mais néant-
moins ils n'estoient chargés de ce faire.
i6.
3()4 CHRONIQUES ['h^)
CHAPITRE CLXXIV.
La mort de messire Mathis Payart et d^aalcans autres , dëcollët en la
ville de Gand.
Mbssire Mathis Payart , en son temps grand
doyen de Gand , pendant la dernière guerre qui fut
Tan quatre-vingt et cinq , favorisoit à la querelle
du roj des Romains, qui le fît chevalier; et quant
vint le temps de reconciliation et appoinctement
de ladite guerre , et qu'il fut conclu que le roy
entreroit en Gand , comme il fît , sire Mathis
Payart promit aux Ganthois qu'il y entreroit ac-
compagné de six cents hommes seulement ; mais
il y entra à puissance d'ÂUemans ; pourquoi les
Ganthois oncques depuis n'aimèrent ledit Payart.
Si le recoeillèrent en grand haine ; car tousjours
maintenoient qu'il avoit mis la ville de Gand en
grand kransle d'estre bruslée, pillée, périé, et
menée de finale destruction par lesdits AUemans,
Bourguignons , Picquars , Haynuiers, qui lors
se trouvoient avec le roi. Advint que quant les
Ganthois commenchèrent à haigner contre le roi ,
et que commotion desjà toute esprinse se com-
mencha à allumer , messire Mathis Payart , cuidant
estre mieux assuré à Bruges que Gand , se partit
dès le mois de septembre assez soubdainement de
Gand , craindant fureur populaire qui le vouloit
(4^) DE JEAN MOLINBT. 265
homicider ; fît enmener ses biens et se tira en Bru-
gest oùilavoit une fille mariée; et illecq, sentant
le cours de la terrible division lors régnant^ voyant
aussi le roi détenu , ses nobles en captivité > et les
gouverneurs des finanches expulsés , bannis , em-
prisonnés f ou décollés f languissoit en grand mé-
lancolie, craindant tousjours ce qui lui mésadvint.
Et quand vint le cinquième de mars , il fut saisi
prtsonni») au pourchas des Ganthois ^ par les fou-
^heUnS; et livré aux députés de Gandqui le me-
aèMnt en leu^ ville où il fut i^bumainemeisA ge-
lienné deux ou trois jours entiers , si que le convint
reporter en prison » à force de gens. Aulcuns
dirent qu'on lui fit fairo procès ; mais» cpioiqu'il éti
-BCÀty saulve ses bonnea raisons^ il fut décollé en
€rand et escartelé comn;^ traictre. Sa teste fut mise
jsur la porte tirant vers Bruges , et ses membres
pendus en divers quartiers et lieux; et pour l'an-
goisseux tourment des tortures qu'il eut à souffrir
il accusa et chargea aulcuns notaMes bourgeois de
"Gandy etaultres; paox^honniers deson mésus^ comme
j^6n «âisoit. Pour plus subtilement appréhender
iesdits bourgeois > et adfiA que fuitifs ne se ren-*
dissent et ne se appercheussentde leur mésadvenir,
Jan Van Donne, prévôst des marisseaulx » le doyen
, des cordonniers «t aulcuns aultres , firent pré-
parer :un beau souper^ où furent invités oeulx avec
leurs femmes , lesqueb ils disoient estre coupaMes
de mort , et désiroient exécuter et faire passer la
nuict. Dont après qu'ib eurent fait grand chière
266 CHRONIQUES ('W
ensemble , prevost , doyen y bourgeois et maï-
cbancls^hommesetfemmes^compères et commères^
-sans faire mention de rien ^ sinon de bien boire et
de fortmengier^ et que cbascup, les congiés prins,
fut retourné en son hostel , et que les notables
bourgeois qui de riens ne se doubtoient y comme il
faict à présumer, reposoient en leurs licts , ledit
dojren et ses adhérents, qui point ne dormoienl, les
resveillërent durement ; car , quant vint envivon
onze heures de la nuict, ils firent impétueusement
hnrter à leurs huys , les firent soudainement des-
coucher y les emmenèrent de force et de haolteur
en nombre de dix sur le marché au \À,^à ^ et les
firent bouter en une prison nommée le Salselet.
Dlecq estoient les confesseurs pour les administrer
leur salut , pareillement les bourreaux pour faire
exécution de leurs corps ; et ainsi , sans plus avant
enquérir du cas , sans oyr partie , sans procès
formé , sans terme de justice , et sans nul autre
jugement, sinon volonté de propres, par contre-
▼enge et haine précogitée, environ deux heures en
lanuict, furent piteusement mis à mort et decolés
audit Salselet,lehuictième de mars, maistre Jehan
de la Graecht , seigneur du conseil de Flandres
et seigneur de Melseve, jadis pensionnaire de.
Gand , vivant le^ duc Charles , Jehan Wen Hove,
fils de Jean Water-grave , Denis Wan Saren ,
Pieter Baudins , doyen dés cuveliers , Lieuvin
Wan West, chastellain delà Walle , qui est Tbos^
tel du comte de Flandres , Joos de Reschs , hoste
(»488) DE JEAH MOiiINET. 267
des Cinq Heaulmes sur la Lipe , Joos d*Avertem ,
marchand et conreur de cuir y Jehan de Wilde ,
brasseur^ à l'enseigne de la Cauwe , et Pieter Goer
Soeve , contrôleur de la monnoie du comté de
Flandres. Le dixième de leurs compagnons, nommé
Stephen Moerselaeth, orphévre en son temps,,
doyen des mariniers , durant le gouvernement de
messire Mathis Payart^ avoit les yeux bandés
comme les aultres quand il fut recogneu de son
frère germain \ frère Guillaume Moerselaeth , de
Tordre des Augustins , lequel frère Guillaume avoit
confessé la pluspart des bourgeois exécutés, quand
il perchent ledit Stephen , son frère , en ce grand
et extrême péril mortel ; et lors multiplia prières et
requestes pour que sondit frère fut respité de mort.
Les femmes des notables hommes illecq décapi-
tés, ignorantes de l'exécution d'iceulx » estoient en
grand soussi de savoir pour cruelle affaire l'on avoit
si soudainement resveiUé leurs maris. Considéré le
temps de sédition qui lors régnoit, n'est merveilles
ai elles avoient grand esmoi au cœur ; mais les
premières nouvelles. qu'elles en oyrent furent fort
lamentahles; car l'on leur amena devant leurs
huys , leurs maris en deux pièches, pour les faire
ensevelir et les mener enterrer en telle église ou
cfaimetière* que bon leur sembleroit. Ainsi en ceste
misérable p^tilence et commotion 'populaire , fi-
nirent malheureusement leurs jours , ces seigneurs,
bourgeois et marchans , qui de riens ne se doub-
toient, et qui, poelt estre , ne cuidoient avoir com-
mis delict pour avoir fini si malheureusement.
368 CHROHIQUES ('488)
CHAPITRE CLXXV.
Lettres de Temperenr envojée$ k monsd^ear l'archidno et aux ettacs
de Haynanlt.
4c Illustre prince et très chier nepveu y le lameo^
table cas de nostre très chier fils, le roi des Ro*
mains y vostre père , est venu à nostre connoissanoe,
et comment il est tombé et détenu es mains d'anb
cunsTonrbes et desloyaux bourgeois et habitants de
la ville de Bruges , tellement que le sonmie de ^
vie et mort est mise en leur vouloir et arbitraige ,
et jà quasi , lui et tojr ensemble près à estre foailiié
et mis es mains des Frânchois y lesquels vous per*
sécutent et bayent en tous temps à mort y et que
en leur vouloir et disposition soyez, et vos subjects,
constraincts de leur obéir et de servir. Et si telle
raige et foursenerie leur enflamboit le couraige de
ainsi le faire , où sera la gloire et rhonneulr de
ceste noble seigneurie de Bourgogne qui, de teu^
de la servitude des Franchois ai de toutes tem^
raires gens , s'est trouvée si franche et exempte?
Où sera ce noble sang des ducs de Bourgogne |>ar
le universel monde si cler et si renommé ^ s'il ird-
'vient qu'il abaisse si légièrement à la servitude des-
dits Franchois? Certes, cestesédition deBrugesn'est
pas seulement excitée contre le roi des Romains et
toi , mais contre tous vos pays et subjécts , et eu
(i4®8) DE JEAN MOLINBT. 269
espécial que tout à un cop ]esdicts Franchoi^ par
ces divisions vous mectent en perpétuelle servi-
tude. Desquelles choses et à chacune d'icelles, se
par bon et metir conseil veux procéder , tu ne
presteras l'oreille à liulles de leurs faulses subjec-
tions ; et ne faisons double que . tantost , non-seu-
lement pour rédimer ton père , mais aussi pour
garder la liberté de la maison de Bourgogne y tu
ne craindras aucunes paines et labeurs , ne u'j es-
pargneras biens quelconques. Et comme il soit
ainsi que ràitre tous les piinces du nioàde à moi
et à toi appartient lasalvation de nostre sang, je
t'exhorte > tant comme je puis ^ et avec tous tés
subjects couraigeusementetavëc toute ta puissance.
Par aultre mojen tu ne peux amolir et réduire
les couraiges de ceulx de Bruges et de leurs com-
plices; tu délivres ton père , &uquelde droit divin
et naturel tu es obligié , des mains de ses ennemis ,
et le remets^enson premier estât et administriation.
En ce faisant , non seulement ton père , 'mais toi
meonefs remecteras en. liberté et franchise ;;;ca,r, se
aujouxtl'hm ton.père, qui tant de fois pour la maison
de BcHirgogne^ et pour garder la liberté, de Ja
comté d^ Flandres a mis son corps et sa vie con-
tre les Franchôis en tastt.dé: périls. et dangiers ,
îest de-cenhcde Bruges et de leurs complices, per-
sécuté iet tellement oultragé/ sans nulle double il
.est à croire que autant et pis ils te feront cj-après.
£t ainsi , comme ton proave et^ton grand père l'ont
expérûsventé , et afin que le corraige ne te faille
270 CHROKIQUES 04^)
de bien. et rigoreusement faire et poorsuivir ce que
tu dois, lu auras brief l'aide des princes de Vem-
pire , lesquels pour cesle matière et par mon au-
torité ferai exciter; et alors lesdits princes qjêi,
par lignaige et subjection de principaulté n'ont
pas moins au cœur que nous mesmesla Tengeance
de si grand prince , plus ardemment s'eslèveront
aliencontre desdits de Bruges. Au moyen de la-
quelle puissance et auctorité , facilement se polra
destruire et déterminer leurs faulsetés et deslc^au-.
tés y et alors ton père le roi ensemble y polreï
perpétuellement garder et deffendre le droiet et
î'auctorité de la très noble maison deBoorgogse,
et éviter la servitude des Frànehois. Se aussi, qoe
Dieu ne voeille ! ta puissance et auctorité ne soient
aujourd'hui telle que de povoir résister à la fureur
desdits de Bruges , et que , à ton père et à toi soit
faict et ostépar force aulcune chose , jamais, tant
que vie sera en nous, ne cesserons par tous moyens,
et jusqu'à esmouvoir tout l'empire, de venger l'in-
nocence de tondit père et de nostre sang. Et pour
tant nous te advertissons , exhortons , et derechef
admonestons que tu veuilles penser à la grandeur
de ce cas , et combien à toi et à toute la maison
de Bourgogne il peult toucher , affin que pendant
lé temps que le feu encoires se poelt esteindre , tu
puisses l'honneur et Testât de ton père re jecter hors
des mains et du pooir de ceulx qui le détien nenL
Et néantmoins cependant , nous et les princ^es du
Sainct-Empire , ne cesserons de y travailler^ et te
(i4i8) DE JEAW MOLINET. 27 1
aiderons de toute nostre auctorité et puissance.
» Donné en nostre chasteau de Unnsprug , le
sixième jour du mois de mars y an quatre vingt et
huict^ et de nostre règne le trente-sixième.
Au dos de la lettre estoit escript : « A nostre très
cher et très illustre nepveu Philippe , archiduc
d'Autrice , duc de Bourgogne , de Brabant , de
Gueldres , etc. , comte de Flandres , de Thirol ,
etc. , ou à ceulx qui , durant sa minorité Tont
en gouvernement. » Et la superscription estoit:
te Frédérich, par la grâce de Dieu , empereur des
Romains^ toujours Auguste. »
Sur ceste mesme matière escripvit l'empereur
aux estats de Hay nault , à Malines , et contenoient
ses lettres :
« Honnorables , dévots , magnifiques ^ nobles
chevaliers iéaulx , certain cas lamentable à présent
nous est insinué , assavoir que nostre très cher
fils , le rojr des Romains^ est escheu es mains cruels
d*aalcuns bourgeois et habitans de Bruges , telle-
ment que , en sommé , toute sa vie et mort est en
leur arbitre et volonté , et qu'à présent il est près
en chemin que lui , ensemble nostre nepveu Phi-
lippes, archiduc, son fils, soient délivrés aux Galles,
qui de très exécrable hajne poursuivent vous et
le sang de Bourgogne, et que eulx, ensemble leurs
subjects, ne soient constraincts de servir àleur vo-
lonté et plaisir. Que se tant de raige les avoit allu-
més j où sera la noble gloire et honneur de la
noUe comté de Haynàult , de présent et de par
273 CHHOHIQUBS l»W
tant de temps franche de toute servitude des Galles
et quelconques gens téméraires ? où sera le noble
sang des ducs de Bourgogne , par tout le monde
très renommé , se très légèrement ils-4>béist en
misérable servitude aux gens de Galles ? Geste sé-
dition des Brughelins n'est pas seulement esmeue
contre le roy des Romains et son fils, nostre nep-
veu y mais pour certain es vos chiefs ; au moyen de
quoi ils espèrent, par une impétuosité, livrer .et
nieqtre tous leurs princes avec tous leurs gens à
perpétuelle servitude. Toutes lesquelles choses et
chacune d'icelles^ se par diligent consdll yous per-
pensiez comme desirans le salut de la chose pu*
Mique, et vivre sous le gouvernement de nostiedit
nepveu^et ne adjoutez foi à leurs faulses subjectioDS,
ne doubtans aulcunement qu'en brief , non-seule-
meiît pour recouvrer ledict roy , mais aussi pour
Tentretennement de vostre liberté, que vous n*yes-
pargnerez labeur ni cbevance quelque une.Gomsie
doncques en ceste matière^ par-dessus tous les
princes du monde avons intérest que nostre sang
et seul fils soit saulve , et que nous avons cogneu
par tout le temps de son règne lui avoir esté
très féaulx \k nous , et au Sainct-*Ëmpire très af-
fecté , usant de vostre mesme foi et cokistance ,
exhortons très acertes , et par la mesme foi et
serment que estes liés à icellui roi^viostre fils, à
quoi aussi , par loi naturelle et divine estes obli-
giés , vous requérons que , avec tous les aultres
féables subjects de sa sérénité , et de fçrt coirraige
(i4^) DE JEAîf MOLINET. 275
et de toute vostre puissance , se par paction ne bé-
névolence îceulx de Bruges, avec leurs complices,
ne se peuvent amolir , le tirez hors des mains de
ses ennemis , et le remectez en son premier estât
et administration. Lesquelles choses faisans^ vous
ne mettrez pas seulement ledict roy mais aussi
sondict fils et vous à liberté. Et se présentement
le géniteur , qui tant de fois pour le droict de lui
Pldlippes son fils et de toute la seigneurie de la
maison de Bourgogne , aussi pour garder la liberté
de la comté de Flandres ^ a mis et exposé sa teste
contre les Galles, non pas sans péril de vie et mort,
tellement est persécuté , sans doute icellui Philippe
son fils en son temps aura à souffrir ces mesmes
et plus grands périls, comme aussi son grand
père et prédécesseurs ont expérimenté. Et affin
certes que pour ces choses hardiement compren-
dre et commenchier, le couraige ne vous faille, et
que force et aide se assemblent soudainement^
seront princes du Saint-Empire en grand multitude
excités de nostre auclorité ; lesquels princes ,
qui par droict de sang et de principaultés ne pren-
dent pas moins en vergoigne telle ignominie que
nous , et pour ce ardement s*eslevent à la ven-
geance d'iceulx, par Tauctorité et puissance des-
quels la loyaulté susdicte pourra seulement estre
privée et facilement extirpée , et que icellui roy ne
son fiOL«> , à jamais le droict ne Tempire de la noble
maison de Bourgogne, ne craindrez estre ostés, ne
vous estre submis à la servitude des Galles. Et se, que
TJjl^ CHRONIQUES (»W
Dieu De voeille ! oe vostre estude De léaultés, à pré-
seDt D*estoieDt telles que à leur fureur ue puissiez ré-
sister^ et que à Dostredict fils et nepveu quelque mo-
leste ou dimiuutioD , ou de seigueurie ou de chose
pire leur adveuoit , dous ue cesserons , taot que
viverons, de veDger TiDDOceDce de Dostre priuceet
Dostre saDg^quaut toutrempire se debvroit Diouvoir,
jusques à coadigue puguitioD ou correctioa. Et par
aiusi, trèsféaulx et très cliiers audict roj, derechief
et derechief vous exhortODs et admonestoos qoe
veuillez peuser lagraudeurdecestechosepréseote,
et de quel péril elle est appareute à vous et à toute
la commuoauté de HayDault. Et eu tant que le feu
se poelt encoires estaindre , veuillez Testât et hon-
neur du roy , et vostre prince retirer hors de leurs
lachs. Nous néantmoins ne tarderons poinct que,
avec les priuces du Sainct-Empire traictier et faire
ce qui appartient à l'entretenement de son honneur
et de nostre puissance et auctorité, serons présem
à vostre féaulté.
» Donné en ville deUnnsprug, le huictième do
mois de mars , l'an mil quatre cens quatre-vingts
et huict , de nostre empire trente-sixième. » Et
dessus. « Par mandement de nostre seigneur Tem-
pereur en conseil. » Et au dos de la lettre : « A hon»
norables ^ dévots, magnifiques , chiers ^t féaulx à
nous et au Sainct-Empire, prélats , barons.^ nobles
et communaultés des trois estats de Hajnaùlt. » Et
à la suscription : « Frederick , , par faveur de la
divine clémence , empereur des Romains. «
(i488) DE JEAN MOMNET. 276
CHAPITRE CLXXVI.
Ge <|inlîit fidct et besongnë à Gand et Bruxelles, par les députez des estais
«?ec les trois membres de Flandres.
Sur iolention de besongner à la délivrance
du roy > et pour trouver paix finale , se trouvèrent
en Gand , le douzième jour de mars , les ambas-
sadeurs et députés des estats du pajs , lors estans
àMalines assemblés pourcemeismes, est assavoir :1e
seigneur de la Gruthuyse , l'abbé de Bonne-Espé-
rance ^ Anthoine, bastard de Brabant^ le seigneur
d'Armie , Anthoine de Fontaine , cbastellain
d'Ath , le seigneur Van Praet , le seigneur de
Herseles , messire Anthoine Izembart , pension-
naire d'Anvers , Josse de Cordes , recepveur d'Au-
denarde , Robert Henri , pensionnaire de Wal-
lencbennes, Jehan de la Vacquerie , Christophe
Gauthier et aultres. Les seigneurs de Gand advertis
de leur venue y deux eschevins et messire Jehan
d'Estenvirerpe les vinrentsaluer,etdirent quelessei-
gneors de la ville envoyoient vers eux faire le bien-
vegoant^ monstrans signe qu'ils estoientrort joyeux
de leur venue. Le lendemain se trouvèrent lesdils
députés làThostel Saint-George, appartenant aux
arbalestrierSy où vindrent les abbés de Saint-Bavon,
éve3que de Rosen , de Saint-Pierre , de Yvain et
des Diines , ensemble chevaliers^ gentilshommes ,
et aultres représenlans les estats du pays de Flan-
276 CHRONIQUES (>W
dres , avec eulx les trois membres de Gand , de
Bruges et d'Ypres , lesquels par maistre Guillaume
de Zoutte , chief pensionuaire de Gand , firent
proposer et mettre avant plusieurs complaiDCtes
des injustices et aultres excès perpétrés et comiuis
depuis la paix de Tan quatre vingt et deulx ; et
finablement requirent, trois choses : premier, que
les pays se voulsissent tous réunir en bonne amitié;
veu le grand mal advenu par le désordre, et que;
par ce, tout fust réduict à bonne paix ; le second,
que l'on mesist provision à la noble personne et
estât de monseigneur Tarchiduc , comme il estoit
bien mestier pour plusieurs considérations ; tierce-
ment, cpi'il fust advisé au gouvernement et ressource
des pays^ pour estre conduicts selon leur ancbien
usaige , veu la perte et gast d'iceulx.
Ces choses oyes , les députés promirent à penser
dessus ; et à Taprès disner l'assemblée se fit à la mai-
son de la ville , où comparurent les dessus nommés;
et illecq survint Michel de Belle-Forifere , baillj
de Lens en Artois, lequel, à la charge du roy de
France , comme il disoit , leur dit que le roy leur
mandoit et à tous aultres des pays , que , qui vol-
droit joyr de la paix de l'an quatre- vingt et deuk,
le roy leur en feroit joyr et leur bailleroit aide
contre les empescheurs et refusants. Il fut res-
pondu audit Michel , que chascun désiroit la paix,
et à tant se partit. £t touchant le proposé du
pensionnaire de Gand, au nom des membres de
Flandres , les députés prindrent conseil ensemble^
et par aussi du seigneur de Bevre et du seigneur
('487) DE JEAW MOLINET. 277
de Wyère, conférans aveceulx, fuct dict qne les
remonstrânces , complaincles et doléances qu'ils
a voient mis avant, n'estoient de grande impor-
tance , et désiroient estre traictiés par plus grand
nombre et de plus grands pe^rsonnaiges que n'es-
toient les députés desdits estats ; se estoit néces-
sité que une aultre assemblée générale se fesist de
tous les estats en la* ville de Bruxelles^ espérant
que les matières se tourneroient à bonne fin et
au bien de paix. Â quoi respondirent les membres
de Flandres , par la bouche difdit pensionnaire ,
que les matières estoîent trop crues de la part des-
dits députés 9 pour les traictier en aultre ville,
et que rondement y vouloient besongner , tant
sur la paix générale , sur la personne de monsei-
seigneur l'archiduc , sur les provisions des pays ,
que sur le gouvernement de justice ou aultrement;
et estoit nécessaire que monseigneur de Ravestain
et Philippe son fils , ensemble les estats en Ma-
lineSyVenissent audit Gand ; etsembloit, comme ils
disoient; que lesdits députés n'estoient illecq venus
que pour passer temps et les abuser. Et de faict
baillèrent coppies de certaines lettres , que le ca-
pitaine de Hulst envoyoit au roy des Romains,
respoDsives à ce que le roy lui a voit mandé par
ses lettres , qu'il se déport ast de faire la guerre et
de boutef^ feulx. Et contenoient lesdites lettres,
qu'il n'estoit en intention de obéir à a0n com-
mandement, tant qu'il fusist prisonnier; et du
contraire avoient charge de par monseigneur l'ar-
Cbroiiiqocs. 7". XLF. — J. Moliptet. III. 1 7
378 CHBONIQUES («W
chiduc f signées de sa main , de faire la guerre.
Monstrèrent aultres lettres des petites yilles de
West-Flandres, lesquels estoient mandés à ladicte
assemblée, et en avoient commandement par
lettres du toy , signées de sa main ; et se excu-
soient de non j comparoir , car ils aboient deflense
de par monseigneur Tarcbiducde nony comparoir,
et par France-conté , hérault, qui reveslu de sa
coite d'armes, en avoit iait debvoir. Pour les
causes dessus dictes, n'esloient d'opinion de se
trouver à Bruxelles, ne en quelque aultre lieu hors
de Gand ; et pour ce qu'ils désiroient la paix ,
ilsfirentlire ung mandement scelléen gauveebière,
ensemble lettres closes envoyées aux eschevios des
deux bancqs et doyens de Gand , par le roj de
France, contenant la forme de la paix de entre
le roy de France et les trois membres de Flandres^
Ils demandèrent advisaux députés sur lesditeslet^
très ; lesquels respondirent que pour labourer au
bien de la paix estoient illecq venus, et aussi pour
la délivrance du roy ; et afin que les matières
fussent conduictes salutaîreraent, Tévesque de
Rosen , abbé de Saint-Bavon , célébra la messe
solempnelle du Sainct-Esprit en l'église de Saincl-
Jehan, où furent les membres de Flandres et les-
dits députés des estais.
Ce jour, à Taprès-disner , voùloient lesdits mem-
bres de Flandres et estats coinquer sur les points
mis avant par le pensionnaire de Gand. Quant au
premier, qui estoit derévnir les pays ensemMe,
(*4S7) DE JEAH IfÔLINE'^. 279
dirent lesdits membres et estais de Flandres , que
ce ne se pou Voit faire, que préalablement chacun
n'acceptast la paix^ parla quelle acceptation ils- ven-
droient leurs amis, parmi tant que Voû feroit
cesser tous exploicts de guerre. Quant au second,
qui concernoit la garde de* monseigneur Tar-
chiduc , dirent que leur intention astoit qu4l fiist
gardé par ceulx du sang , et mené par ses villes
de Brabant et aultres , et qu'il eusist estât pour
faire raison aultrement qu'il n'avoit faict. Quant
au tierch , qui consistoit en la police des pajs ,
dirent que le régime debvoit estre condinct pâl*
ceulx du sang et des estats, chacun en son quar-
tier ; et dirent que quand ces choses seroient
parachevées , lesquelles ils desiroient estre
faictes, ils procédèroientà la délivrance du roy.
Etlesdits députés vouloient principalement *en-^
tendre à la dicte délivrance , premier que l'on pro-
cédait aux aultres ; et voilà le principal poinct du
différent. Et jà-soit ce que lesdits estats de Flan-
dres eussent. rebouté de non vuider la ville de
Gaud , pour aller en quelque assepiblée , toutes-
fois ils se condescendirent d'envoj/er leurs députés
à Bruxelles révérender monseigneur l'archiduc
quand il j seroit , aussi monseigneur de liavestain
et monseigneur Philippe son fils , pensaol que, les
estats éstans à Malines, y seroient; et derecliièf
firent leurS complainctes de la gai?nison de Hulst ^
de Marchëgue , d' Anvers et du make deLbuv^iiï ,
lesquels faisoient innumérables dommaiges au-
17-
28o CHRCMIIQUES ('"{S?)
toor de £k>ucbault. Pareillement désiroienl que
abstinence de guerre fuâst mise es villes d'Aude-
narde , Tenremonde et Âlost. Âquoi respondirent
les députés , que l'on f eroit lelle deffense aoxdictes
garnisons 9 marchëgue d'Anvers et maire de Lou-
Tain ,qu'ib s'en percheveroient et tiendroient la
main à ladicte abstinence.
Le seigneur de la Gruthuise^ du gré et seau
des estats et membres de Flandres , alla à Bruges
venir le roi^ lequel estoit content, comme disoit
leditseigneur , de soi déporter de sa manbournie,
avecq aultres cboses contenues en ung papier.
Ainsi doncqueSy le vingt-deuxième de mars, le
seigneur de la Grutbuise , les aultres dépatés, en-
semble les seigneurs de Bevres et de \Vières, se
partirent de Gand , furent au giste à Tenremonde;
lendemain à Malines , où en la présence de mon-
seigneur l'archiduc, messeigneurs du conseil et les
estats des pays firent rapport de tout ce qui dessus
fut fait et dit. Et par le vouloir et bon plaisir
de monseigneur l'archiduc, fut assigné journée
le vingt - sixième de mars en Bruxelles , pour
illecq assembler les estats avee les députés de
Flandres » auxquels furent envoyés saulf- con-
duits ; et comparurent deux notables hommes
pour Gand, deux pour Bruges et deux pour
Ypivs. L'assemblée se fit à l'hostel de la ville , en
présence de messeigneurs du sang ; et les délégués
do Flandres déclarèrent la cause de leur venue,
roquérans que tous les estats des pays illecq
I
I
r
(»487) DE JEAW MOLINET. ^Sl
assemblés volsissent eulx trouver en Gand , pour
conclure des manières , et présentèrent le concept
de ane libelle en forme d'alliance des pays , la-
quelle fut leute ; et furent tous ensemble d'advis
que ladite libelle fusist coinquée à monseigneur
de Raveslain et à monseigneur Philippe son fils ,
lei seigneurs de fièvres et de WièreSj le bailly
de Hainault et aultres députés, afin de le cor-
riger, augmenter et diminuer, selon que bon sem-
bleroit à l'utilité et bien des pays; laquelle coin-
quation faicte à Thostel de Ravestain, la libelle
corrigée au contentement d'un chacun , chascun
desdits estats print la copie pour en faire rapport
à ceulx qui les a voient envoyés ; et fut journée
prinse pour faire une générale assemblée de tous leà
estats en Gand, le mercredi dePasques, quatre vingt-
huict , en laquelle monseigneur de Ravestain et le
seigneur de Griithuse promirent de y estre.
Ce6 conclusions prinses, les ambassadeurs defire-
tagne présentèrent lettres de leur duc et seigneur
aux estats de ceste congrégation, par lesquelles
il requéroit que l'on labourast à la recouvrance
du roi, et désiroit de soi employer du tout. Si
lui fust respondu , que châscun estoit à ce déli-
béré et conclud ; et à tant retournèrent lesdits
estats, chascun en son quartier, promectant de
soy trouver à Gand an dessus dict jour assigné.
Je delairai à traictier plus avant de ceste matière,
et mectrai en compte ce qui ce temps pendant
advint en la ville de BrugeSv
sBa CHROIKIQUES Wl)
•
CHAPITRE CLXXVII.
Lu priote de Claix Van Delf , et de la inort de metdra Pierre LaucliasU
et remprlnte fidcie par les Ganthois sur la tlUe de Letânet.
•
Pour ce que messire Pierre Lauchast , issu de
petite maison, par son agréable service et subti-
lité d'engîen , s'esloit tellement monté, que le
roi Tavoit fait chevalier et son maistre d'hostel ,
il estoit fort envié des Brugbelins; et à cause
aussi que plusieurs grandes sonames de deniers de
Flandres s'estoient passées par ses mains, en
exactionnant et travaillant oultre raison aulcuos
particuliers, il estoit plus que nul des aultres,
accoeilli et haj du commun, qui à toute dili-
gence labouroit à le trouver , tant en ladite ville
comme es villes voisines à l'environ ; et d'aultre
part , il faisoit son possible de soi absenter , sa-
chant que s'il estoit prins , tenu et appréhendé ,
il valloit que mort. Advint que le neufvième de
raars,queaulcuns compaignons de Bruges allèrent
jouer au chasteau de Maie , et d'adventure trou-
vèrent en une maison trois ou quatre tonneaux
couverts d'estrain , logés ensemble. Lesdits com-
paignons, fort esbahis de trouver lesdits tonneaux
ainsi accouplés , imaginèrent que c'estoit. un pont
propice à saulver quelque prisonnier ou person-
naige enclos au fort de la ville. Us prindrent par
(»4d7) DB JEA» tfOLINET. 383
suspicion l'hoste de la maison, et Tespantèrent
tellement de cruels menaces/ qull cogneult son
faict, et dit qu'il avoit assemblé lesdits tonneaulx sur
espérance de saulver son compère Glaix Van-Delf,
qui se tenoit en une petite maisonnette en Bruges,
auquel il avoit promis de ruer ledit pont es fossez
de la ville , et par ce moyen le tirer hors de la
misérable captiyité où il estoit évaucré. Les com-
paignons demandèrent Se possible estoit d'entrer
en la ville comme il proposoit , et il respondit que
ouj y et que s'ils vouloient actendre la nuict^ ils
en verroient l'expérience.
Quant le jour fut couvert de ténèbres, les ton-
neaux furent rués en l'eau y et passèrent facilement
les compaignons, ensemble leur hoste, quiles
mena à ladite maisonetle ainsi qu'il leur avoit
prédict; et lui-mesmes hurta à l'huis ; et troo^
vèrent illecq Glaix Van-Delf , lequel avoit espousé
la fille bastarde de messire Pierre Lauchast. Ils
furent fort jojeulx de sa prinse, cuidans que
par sa déposition ils auroient vraie notice de son
beau-père, que tant désiroient à trouver, Il lut
prestement mené sur le marchié, fort accoeilli et
bien regardé , et de prime venue estendu s,ur le*
bancq el livré à tortures les plus horribles des auK
très. Et pour ce qu'il estoit fort familier, el
comme clercq de messire Pierre , il fut fort exa-^
miné et ihterrogié sur deux poincts : le premier ,
où estoit son beau-père, ledit mesijsire Pierre ; le-
second, en quoi s'estoient employés, les^ deniers
aS4 CHRONIQUES (i4^)
levés en la comté de Flandres , depuis le premier
jour d'aoust de Tan quatre -vingt et cinq/ jusqii«s
à ce jour. Au premier poînct , respondit , .sur la
damnation de son ame et sur la mort qu^il atten-
doit , il ne scavoit où estoit sondit beau-père ; et
touchant les deniers qu'il avoit receu, il les lui
avoit baillés» et ne scaVoi là quel emploi il les avoit
convertis, Aultre chose Ton ne poelt tirer de lui ,
de quoi Ton s*esmerveilla , veu que l'on espéroit
qu'il révéleroil le secret du lieu où son maistre
estoit absenté ; mais il ne fut quicte pourtant, et
fut détenu prisonnier , Tort estroicteraent gardé.
Ce temps pendant, les dix -sept néringbes
a*esforcèrent moult de visiter les couvents des or-
dres mendians de Bruges , et fustèrent chambre
en chambre , cuidans trouver messire Pierre et
aultres , desquels la «renommée courroit qu'il
se tenoient en leurs, maisons , souverainement aux
Jacobins et Augustins ; de quoi plusieurs nota-
bles religieux , fort menacés et traictés rigou-
reusement , furent en grand péril de perdre leurs
vies, et ne furent de ce trouvés coupables.
Quatre jours après l'emprisonnement de Claix,
fut prins Jacques de Hère , et publiquement
géhenne ; et le quinzième de mars , entre neuf et
dix heures, monta sur le hourd ; se fust illec déca-
pité. Et en ceste mesme heure fut mené sur le
hourd , Claix Van Del f , et despouillé pour attendre
le cop de l'espéej maisle commun, qui guaires n'a-
voit accoustumé de recepvoir gens à merci , lui fit
V>4S7) DE JEAN MOLIKET. iSS
grâce; sefutrespitéde mort, et delà, sans plus d*ar-
rest , s'en alla nuds pieds et sans chemise, faire son
pélérinaige àNostre-Damede Ardenbourg, loant
la royne de miséricorde* de ce qu'il estoit es-
chappé de ce dangier. Et affin que plus légèrement
l'on trouYast méssire Pierre Laudiast , lequel on
supposoit mieulx d'estre en la ville que aultre part,
la justice accomplie de Jacques de Hère , et Claix
Van Delf mis au délivre , le peuple encore estant
sur le marchié , fut publié et crié publiquement que
quiconque soustenûit ou soustiendroit d'ores-èn-
avant en son logis, maison ou domicile , pourpris
ou habitation , la personne de messire Pierre Lau-
chast, il seroit pendu devant son hujs, sa femme
et ses enfants voire , au cas qu'il ne le révélast ; et
seroit samaison abattue sans jamais estre réédifiée;
seroit son lignaige banjii , exillié et reprochié à
toujours mais , avec plusieurs causes minatoires ,
qui longues seroient à réciter.
Messire Pierre Lauchast , fort subtil et agu
d'engien, avec ce que vexation domine et œuvre
l'entendement, sentant son cas pesant et fort ac-
coeillié des meutins, s'estoit tenu long-temps à
l'hostel d'un bonnetier, demeurant auprès des car-
mes^fortavancié au conseil de la viUe,lequelaulcuns
estîmoient son ennemi ; et se tint illecq par cau«
telle pour abuser le monde ; car jamais homme
n'eusist pensé ne conjecturé qu'iLse fuslst confié en
lui. Ledit bonnetier oyant cesle inhumaine et hor-
rible deffense > non jamais accoustumée, fut trour
a86 GUBonjQUEs (>487)
blé et fort esbahi ; car , se f>araYant Teusist toIu
inucher^ il eusist gagné cinquante livres de gros.
Toutesfois » pour éviter et non encourir crimi-
nelle deffense c j-dessus publiée , il descouvrit Tem-
buscbe y et advertit les burguemestrès que messirc
Pierre estoit ea sa maison y et Tavoit illecq sous*
tenu Tespace de cinq sepmaines ; et ledit burgue-
mestre lui pria qu'il tenist ce record en silence , et
n'en fist quelque bruict jusqiies au soir ; que lors
il Ten deschargeroit , en y procédant meurement ;
car si , à la vue du commun il estoit appréhendé,
il i'aisoit doubte que le peuple furieux et travaillé
de mauvais esprits, qui le hajoient à mort> ne Fas:*
sommast en ses mains ; pourquoi on ne pourroit
esclarcir plusieurs aultres matières dont on dési-
roit sçavoir la vérité.
Quand l'heure fut venue de sa prinse , le bufT
guemeslre mit aulcuns compaignons en agaet
pour le saisir à l'issir de son logis. Le bonnetier le
vint advertir de l'horrible ban qui s'estoit publié,
et de la criminelle pugnition qu'il auroit à porter,
ensemble sa famille^ si plus le soustenoit^ lui priant
bien acertes que incontinent il se partist de sa
maison, etsemesist àl'adventure, telle que Dieu
ou fortune lui donoeroient. De ces nouvelles fast
înessire Pierre Lauchast fort troublé et en inesti-
mable souci , et non sans cause , pensant comment
il pourroit éschapper; et de faict , cuidant non eslre
recognu, se habitua d'un court manteau, et au soir,
spr le tard, vuida hors de l'hostel, où long espace
(»4«7) DE ^EAN MOLINBT. 287
s'estoit tenu secrètement. Se ne fut guaireseslongné
qu'Use trouva es mains de ceulx qui l'aguétoient; et
de ce train fut bouté en prison. Et pour ce que sur
tous les houdmes du monde, les Brughelins dési-^
roient la mort dudit Lauchast , ils ne furent moins
joyeux de sa prinse, que s'ils eusissent tenu le
Grand - TurCi. Afin qu'il fusist veu plus ample-
ment f t^nt des petits comme des grands , et pour
assasier les cœurs des envieux , qui tant appé-
toient sa mort par vengement désordonné, Ton
eslevaen plein marché, au milieu du parcq, ung
nouvel escbaffault , sur lequel fut mis le bancq
à la géhenne , et par un dimanche , seixiesme de
mars, fut par deux fois, tant du matin comme
à l'aprfes disner> mené et ramené , interrogié et
examiné , et finablement despouillé j couché sur le
bancq, et tant piteusement torturé, qu'il le convint
reporter en prison en une chayère.
Lendemain fut remené sur Teschaffault , et fu-
rent lus devant lui aulcuns articles, lesquels il
avait confessés le jour précédent. Le peuple requé-
roil moult fort qu'il fusist de rechief géhenne;
mais cependant les Ganthois envoyèrent lettres
par lesquelles ils prioîent que l'on cessast jusques
àce que ceulx qui le vouloient accuser fussent venus
en Bi*uges, et à tant fut mis en prison.
Le jour séquent se trouva en Bruges Coppe-
role , son grand adversaire et accusateur, qui la
fit gehenneren sa présence, lui mécfant avant
plusieurs cas perpétrés par lui, comme il disoit;
288 CHRONIQUES C»**"?)
mais ledit Lauchast lui dit : « Tu as mieux des-
» servi la gebeune que moi ;*car tu es traistre à ton
» maistre^ et je ne le suis pas.» Les parcdes fuient
dures , agûës et rigoreuses de Tun à Faultre ; et
au plus destroit de son géhenne, sur le bancq du-
quel il avoit esté premier inventeur, chergea aul-
c uns seigneurs prisonniers en Gand.
Ce temps pendant, les commuis et députés de
Bruges estant en ambassade en Gand avec les es-
tais des pajs, envoyèrent lettres aux seigneurs de
Bruges, contenans en substance que les Hannujers,
ceulx de Malines, d'Anvers, deLisle, deDouaj
et de Hulst , estoieht délibérés de ravoir le roi par
amour ou par armes. Ces lettres furent leutes en
commun spectacle; de quoi le menu peuple fut
moult esmer veillé. Après que messire Pierre Lau-
chast eust souffert maints angoisseux tourments
par géhenne la plus cruelle de jamais , et qu'il
eust esté interrogué sur plusieurs poincts de divers
personnages, auxquels il se monstra fort «magna-
nime et courageux en responses, sans fleschir, va-
cillier ne bloiser, les dix-sept neringhen se par-
tirent du marché avecq leur pignon, par un
samedi, vingt-deuxiesme de mars, environ onze
heures , et le allèrent quérir en prison ; si l'a-
menèrent en la halle sur le marchié , où il fût de-
rechef examiné des seigneurs de la ville et des
doyens des mestiers; et de là le remenèrent au mi-
lieu du parcq , où il deschergea , comme la voix
couroit, aulcuns nobles prisonniers, lesquels il a voit
(i4«7) DE JlîAN MOLItfET. 289
accusé en ses tortures. Là fut trouvée une lettre
pleine de zizanie^ que quelques envieux avoient
semée, contenant relation de la mort dudit Laur
chast, et que l'on ne se fiast trop en Franchpis ne
en Ganthois 9 avec plusieurs aultres articles sédi-
tieux ; de quoi la conununaulté fut tant trou-
blée que riens plus ; si que finablement ses lettres
avancèrent assez sa fin ; car on le fit monter sur le
hourt^hoûorablementhabitué, selon son estât, pour
la 'mort recepvoir, à laquelle il estait condamné.
Il fut despouillié d'une noire robbe de camelot,
fourrée de martres zibelines, d'unsajdevelour cra-
moisy, fourré de blancqs aigneaux, et d'un pour-
point de satin noir ; et quand il fut administré de
son salut , et qu'il eust prié merchi aux assistans,
il fut décapité sur un drap vermeil. Son chef fut
mis à la porte vers Gand, et le corps fut^coeilli et
sépukuré en une sienne chappelle^fondéeenréglise
Nostre-Dame deBruges.Ilfitun fort beau testament.
Si l'on l'eusist volu recepvoir à merchi,il offrit
grande somme de deniers, et les gens-d'armes
du marchié payés pour six mois, chacun qua-
tre patars pour jour. Mais s'il eusist donné six, fois
son pesant d'or, il a'eusist eschappé de mort , tant
estoit baj^ envié et mal agréable du menu popu-
laire, qui lors dominoit. Le bonnetier, son hoste ,
qui l'avoit' accusé, fut détenu prisonnier. Coppe-
rolle qui, lé mercredi devant, avoit fait derechef
solemnellement, et au son des ménestriers, publier
en Bruges lé mandement de la paix, auquel pen-
2gO GHRONIQUBS (i4^)
doit le grand scel dû roi de France > et aToit fait
semer argent pour le perpéloer en la mémoire des
hommes , dont il avoit acquis bruit et îsLteùt des
Brughelins , fut si mal en grâce et si fort accôeillié
du commun 9 après la mort dé messire Pi^re
Lauchasty que si l'on reusi^ttrouvé, il eusist esté mis
sur le bancq où il faisoit mettre les anltres ) mais
lui> adverti de bonne heure, retourna hàstive^
ment en Gand. Et ainsi voit-on clèrement le émi*
nent péril et dangereux inconvénient que cenlx
sont attendans, qui prendent pied et fondement sur
la volonté du commun ; car elle est variable et in-
constante comme la roe de fortune.
Le lundi ensuivant , la nuit Nostre-Dame en
mars, aulcuns Franchois estant en Gand auxaouldées
de la ville, ensemble aulcuns de la nation de Flan-
dres avec ajilcuus paysans qui se boutèrent avec
eux, se délibérèrent de faire une emprinse^avec
eux sur la ville de Lessines , qui fort povoit nuire
à leurs adhérens et villes voisines. Dont pour estre
mieulx asseurés de leur faict et scavoir la conduite
delà ville, ils envoyèrent, deux jours paravant leur
venue, aulcuns de leurs gens es habits de poisson-
niers^ regardant le fort , et quels gens il y avoit
poursoutenir le faict. Le!>dils poissonniers et espies
retournés à leurs gens , firent rapport de ce qu*iJs
avoientveu; sur lequel rapport ils se partirent de
Gand de cinq à six cents hommes , avec plusieurs
femmes de Gramraont qui les suivoient, ayant
sacqs pour rapporter le butin; et se trouvèrent par
'4^7) DE iEAtH MOttNBTi 201
jn lundi oiatitt qui faisait grosse bruine ^ de-
vant la porte de Lessines. Le guette de la ville
SI voit faict.son tour, qui de riens ne se doubtoit ;
c?t quand Flamengs et Franchois furent iHecq ar-
rivés , au moins de noise que possible leur fut., ils '
tiévallèrent es fossés qui sont à sèche terre pour
plus légèrement monter à mont la muraille, et
d reschèrentleurseschelles à ce servant; et tfestoien t
encore montés que deux ou trois, quan^ils furent
ouïs et appercbus d'aulcuns guetteurs, qui esmeu-
rent Teffroi sans approcher de près. Et lors ung
chappellier, demeurant en la ville, nommé Adrien ,
assez puissant et de bonne taille, s'esveilla au cri de
l'effroi , vestit sa robbe sur sa chemise , print un
maillet deploncq en main , et icelui voyant que les
Franchois s'eflPorchoient de monter, chargea sur le
premier qu'il trouva; sel'essena tellement, qu'il dé^
meura mort sur la place. 11 renversa aulcuns autres
es fossez ; et le résidu voyant que leur emprinse
estoit descouverle , et que l'on y servoit de dures
morilles, ne sehastèrent de venir à l'offrande, mais
de leurs trompettes et gros tamburs sonnèrent la
retraite, au son desquels la plnspart de ceux de ville
vinrent au secours , tenans pied ferme sur la mu-
raille* Franchois et Flamengs ce voyans, retirèrent
vers Gand , ravissant tout ce quepovoient. Aulcuns
gentils compaignons estans Iprs en la ville, mou*'
tereot àcheval,.rescouirent grand' partiedu butin,
et leur tindrent le fer au dos deux ou trois lieues.
De ce jour eu avantceulxdeLessines, fort joyeulx
292 CHRONIQUES («48^)
du reboutement de leurs eoneinis, firent une bonne
guerre aux Flamengs ; et se boutèrent illecq plu-
sieurs gentils compaignons y sous la conduite de
Anthoinede Mastain, cappitainod'iceulx^lesqnels,
parmi aulcuns paysans qui devindrent gensd'armes,
courroient, ravissoienty déprédoient, prenoieot,
ranchonnoient et butinoient leurs voisins^ tenant
parti contre , tellement que Lessines , par équi-
parence de piller , estoit nomméel e petit Hulst.
CHAPITRE CLXXVIII.
Le deslogement des doyens desmestiers et de cenlx qoise tenoientsoos
leurs bannières sar le marche de Brades.
Les seigneurs de Bruges et aulcuns notables
bourgeois labouroient fort ardemment de desfaire
et séparer Tarmée qui se tenoit sur le marché ; mais
tousjours les rompoienl les dix- sept neringhen;
jà soit, ce que, sur intention de parvenir à ce, l'on
fisist célébrer solemnellement et par dévotes per-
sonnes aulcunes messes du Saint-Esprit. Enfin
les proterveset obstinés garchôns en leur malice
furent tellement admonestés, induits et persuadés
de ceux de bonne volonté, en la bonne sepmaine,
que le samedi de grand Pâques, environ cinq heures
du vespre, les seigneurs de la justice, ensemble
les doyens des mestiers , se mirent en conseil sur
ceste matière, et de commun accord délibérèrent
("4^7) DE JEAN MOLINBT. agS
de desk^r du marché et de remectre leurs ban-
nières en leurs lieux accoutumés; et à ceste cause
fut publié que chascun de ceulx qui porteroient
armes fussent , entre six et sept heures , chascun des-
soubs son enseigne , le mieulx en poinct que
possible leur seroit ; et incontinent fut desfait le
hourd où les exécutions capitales avoient esté per-
pétrées. Le hourd ou le bancq à la géhenne avoit
esté eslevé , pour monstrer plus amplement messire
Pierre Lauchast. Pareillement le parcq faict de
gros mairiens où se tenoient les Qonsaulx lesquels
tous ensemble , et hourd et bancq , cordes et ins-
truments à ce servans furent rués et bruslés en un
grand feu illecq allumé ; et les compagnies illecq
assemblées sous la bannière^ chascun se mit en
notable ordonnance , comme ils ont usage de faire
à la procession du saint sang de Bruges; et eh
deslogeant prindrent congé amiablemeût entre
eux. Les doyens baisèrent Tun l'autre, remer-
cians et louans Dieu de ce que tant paisiblement
et sans murmure ni grande noise s'estoient entre-
tenus et trouvés ensemble. Ce faict^ se partirent du
marchié à grande pompe, chacun selon son ordre et
estat,jles bourgeois lesderniers.Le seigneurde Dinc-
kercke portoit Testandart de Flandres , et Pierre
Metteney la bannière de Bruges. Pendant lequel
temps qui dura plus de deux heures , car ils es-
toient nombre de quinze à seize mille, les jgnenes-
triers jouèrent plusieurs mottez et chansons. Le
mardi de Pasques ensuivant, firent ceulx de Bruges
Chroniques. — T, XLF'.J.TAohivEi:. III- l8
ag4 CHRONIQUES («W
une procession générale où fust porté le corps
saint Donas ; et les bourgeois ajans les testes
nues^ portoient chascan un chiergeen la main^ pa-
reillement les dojens chacun en son ordre*
CHAPITRE GLXXIX.
Copie d^TOk monitoire pënal , translau^ da latin en franchois , envoyé
par nottre saint-père le pape contre les Brnghelins, Garnlhcns et les
trob membres de Flandres , afin que sur très grief^es censores et for-
midables paines ils mettent le roy des Romains , ensemble les nobles
détenus prisonniers, en leurs francbises et libertés.
Peu de sepmaines après Pasques de Fan mil
quatre cents quatrevingt et huit, nostre saint-
père le pape^ adverti de la détention du roi , en-
voya par dechà ung monitoire pénal afin qu'il
fusist délivré ; et avec ce envoya certaines mis-
sives au lieutenant de Haynault^ affîn qu'il excitast
les trois estats en la délivrance dudit roi , des-
quelles missives s'ensuit la coppie translatée du
latin en franchois.
« Innocent pape huictiesme. Chier et amé fils,
» salut et apostolique bénédiction ; oyela détention
» de nostre chier fils en Jésus-Christ, Maximilian, il-
» lustre roi des Romains, de parles Brughelins, qui
» par fraude et dol, et non sans un grand délict ,
» ont osé retenir leur seigneur, nous, qui pour
» office de pasteur, nullement ne pouvons tolé*
(i488) DE JEAN MOLINET. 2qS
» rer icelle chose , périlleuse et de très matiyais
» exemple, avons enhorté les trois estatsqtr*ils bail-
» lent aide à la délivrance do roi; et pour ce que
» ton aidepoeultestreassezgrandement opportuàe^
» nous enhortons en Nostre-Seigneur ta dévotion
)) et requérons de cœur que en ceste si grande
» cause^ que plus grand ne poelt estre ne plus peril-
» lieuse, tu, comme à bon et féable subject appar-*
» tient, face adsistence aux devantdits troijsi estats
» et provinciaux en la délivrance du dit roi ; en
» quoi faisant , certes tu reporteras grand loenge
» de foj et amour à ton seigneur , et nous feras
» chose très agréable et très acceptée.
» Donné à Rome, à Saint-Pierre, soubs Tanel
» du pescheur, le vingt troisième jour de mar»
» mil quatre cent quatre-vingt et huict, la quarte
» année de nostre pontificat. Ainsi signé , Nil
« Balbanus ; et au dos de la lettre : à nostre ckier
» et aimé fils le lieutenant de Hajnault. »
Pareillement Tarchevesque de Goulongnê es-^
cripvit lettres sur ceste matière, adreschantes aux
dits estats de Haynault, dont la teneur s'ensuit :
« Vénérables et prudens de nous bien amés ,
» salut : nous ne vous volons celer nostre sainct-
» père le pape avoir envoyé ung monitoire pénal
» avecq très griefves censures, formidables paines,
» contre les Brughelins^ Ganthois, les trois mem-
» bres de Flandres , et les participans du délict
» perpétré avoir aussi constitué commissaires de
» Sa Sainteté pour exécuter celui monitoire, aiasi
18.
CHftOMIQUBS (i
par Texemple des lettres plus à plain
^iwnJenn. Lesquelles choses et aultres premi-
» âeî' estadûroos difigentement à mettre à exécu-
* tioQ, comme elles doos soot commises, se hasti-
» vement ne sommes certiffiés que le très noble
« prince et nostre seigneur le roj des Romains ,
»i tottsjoars auguste roj , avec tous ses détentes ,
» tt*«st totalement restitué en sa liberté ; et vous
^ «mtkMS bien donner à cognoistre que Tim-
-• praalle majesté y avec aulcuns [«rinces , sera ici
^ e«i Jedans peu de jours ^ pour aller enquérir et
•* nHiger Finjure faicte et irrqguée à la rojale
« majesté.
A Esciit en nostre cité de Gxilongne , le sep-
« ikme jour du mois d'apvril. » Et la superscrip-
lion estoît :« Herman , par la grâce de Dieu , ar-
« chevesquedeG>ulongne,princeetélecteuretduc
^ deW estphalie et de Angarieetc. » Et au dosdela
lettre: <iA vénérables, nobles^ spectables et pru-
I» dents abbés « barons , recteurs ^ comtes palatins
s* à Mons en Hajnault et pajs et cité de Valen-
^ chiennes, conjoinctement nos amés charitable-
» ment et principalement.
(»4*8) DE «AN HOtlSET.
297
CHAPITRE CLXXX.
La copie da monitoire de nostre saint-père^ [envoyé à cealx de Gand
et de Brages, contenant en substance ce qui s'ensait.
t< Imnocewt^ évesque, serf des serfs dé Dieu , pour
» mémoire future. Comme en tant sojent les cris-
» mes plus griefves , que les princes contre les-
» quels sont perpétrés sont plus excellents ; et se
» les délincpant ne le voellent amender ^ il est
» décent par le siège apostolique de tant plus
» grande et griefve animadvertion les venger ,
» que le délict est griefve , et la personne bles-
» chiée est plus grande , certainement , non sans •
>3 grande desplaisance et perturbation, par la rela-
» tion de plusieurs avons entendu nos amés fils
» les préconsules , conseillers , eschevins , bur-
» geois, doyens des mestiers, et l'université des
» hommes de Bruges , de Gand et d'Ypre , et des
» diocèses de Tour nay et Thçrouane, etdesaultres
» lieux de la comté de Flandres^ leurs adhé-
» rens, complices et séquelles sont cheuz entant
» grand pétulence et invasion que nostre chier fils
M en Jésus-Christ , Maximilian, estant enoingt roy
» des Romains et successeur en l'empire romain,de
» nostre très çbier fils en Jésus-Christ , Frédé-
» rich, empereur des Romains, toujours auguste ,
» son géniteur , et lequel , procédant nostre sei-
298 GHAONIQDBS («4^)
» gneur , espérons empereur futur , auquel par
» jurement et fidélité sont abstraints» à cause du
» régime et administration de ladite comté qu'il
» a au nom du chier fils , noble homme , Phi-
» lippe, comte de Flandres^ aussi fils légitime et
» naturel dudit roi , les conseillers dudit roi et
» aultres leur compagnons concomitant en venant
» témérairement contre leur serment, n'opt point
» cremeu en ladite ville de Bruges , en laquelle
» après plusieurs instances desdits de Bruges,
» se sont transportez les enclore malgré eulx sou
» féable garde, affin qu'il ne issent sans leur li-
» cence ; et de faict les ont par plusieurs jours
» faict tenir ; et ainsi les tenants , les ont privez
» de leurs propres libertés d'estre ou aller où ik
» voUloient au grand péril de leurs âmes, et
» pernicieux exemple et esclandre de plusieurs.
» Nous doncques , à qui appartient iceulx mauvais
» esforcements , par congrus remède, obvier de
» nostre propre mouvement^ non point à Tin-
» stance dudit roy ou d'aultre par lui à nous faicte
» ou présentée quelque pétition , ïnais de nostre
» france délibération, et du conseil et assent
» de nos vénérables frères les cardinaulx de la sainte
» église de Rome, les devant dit proconsules,
» conseillers , esche vins , burguemestres , doyens
» des mestiers , les universités des choses dessus-
» dictes coupables , et généralement tous et cha-
» cun qui à iceulx proconsules, conseilliers, esche-
» vins, burguemestre et doyens et universités ^
(i488) DE JEAN MOLINET. 299
» quant à la détention prémise par quelque moyen
» baillent aide, conseil ou faveur, directement ou
» indirectement, publiquement ou occultement, et
» leurs complices et adhérents de quelque estât, de-
» gré , condition ou prééminence qu'ils soient , et
» de quelque dignité ou auctorité qu'ils soient,
». reluisant de Pauctorité apostolique , enhor-
» tons et en Nostre- Seigneur requérons et adm o-
» nestons , et à iceulx et chacun d'eulx par ces
n présentes escriptes destroictement comman-
» dons et mandons , et dedans à trois jours immé-
»• diatement suivant et après qae ces présentes
^ auront cognoissance , desqiidts , l'un pour le
» premiier , Taultre pour le second et Taultre
>^ pourle tierch et dernier et péremptôire tièorme
» à eulx et chacun d'eulx ^ canonique môni-
3» tien {H*émise^ assignons les proconsules , esche^
» vins , burguemestre , dojens , universitez> et les
» singulières personnes d'eulx coupables es cho-
» ses prémises entièrement et totalement désis-
n ter ou oultre de tenir enclos ledit roy, ses
ï) conseillers et aultres de sa comitive ; et iceulx
» roy , conseilliers et aultres qu'ils tiennent en-
» cloz restituent en leur primitive liberté ^ et là
)y où il leur plaira , seurement, franchement, sans
j» quelque empeschement, puissent estre et aller,
n ainsi comme ils faisoient paravant la dicte dé-
» tention , et les consulteurs , auxiliateurs , com-
3» plices et adhérents totalement désistent de bail-
n 1er iceulx consaulx aide et faveur; et se
300 CHRONIQUES (»<^)
» iceubc proeonsules, consules , eschevinSy burgue-
mestres , doyens y unîversitez et les singulières
» personnes d'icelles coupables en choses prè-
» mises , les aultres consulteurs ^ complices et
» adhérents ^ susdicts en dedans lesdicts trois jours
» ne obéissant à nostre dicte exhortation , moni-
» tions 9 réquisitions et mandements , et iceuk
» jurisconsules , consules , eschevins , burgue*
» mestres, doyens , universités et singulières per-
» sonnes d'icelles et aussi autres auxiliateurs , con-
» sulteurs et adhérens et chacun d'eulx qui ainsi dé*
» sobéiroient, ne obéissent et différassent d'obéir^
» bailleroient conseil , surseroient , feroient ,
» diroient ou procureroient ou en quelqu'aultre
» manière, en ce estoient coupables directement
» ou indirectement en eulx taisant ou parlant
» dès maintenant, dès-lors et pour lors, pour
» maintenant promulgons sentence de grande
» excommunication, et voulons eux et chacun
M d'eulx l'encourir de faict. De laquelle sentence,
» se n'est en l'article de mort par aultre que par
» l'évesque de Rome , par vertu de quelconque
» faculté à cuy qu'il soit , sur ce , pour celui
» temps, concédée, ne puissent ni obtenir bénéfice
» et absolution, en telles manières que se aulcuns
» d'iceulx comme en tel article de mort constitué
» estoit absous, qui après retournast en icelle
» sentence d'excommunication rencherroit incon-
» tinenl , se après la convalescence n'obéissent
» à nez munitions et mandements , et se les admo-
('4^^) DE JEAN MOLINBT. 3oi
» nestez et excomuniez susdicts icelle sentence de
»*excomuiuniement par aultres trois jours immé*
» diatement suivans y soustènoient de couraige
» endurci , que jà ne adviengne ! dès maintenant ^
» pour lors ceulx de Bruges , Gand.et Ypres, aussi
>> les aultres villes et lieux de la comté desquelles
» les universitez à iceulx de Bruges, Gand et Ypres
» es choses susdictes adhèrent et polront adhérer
» es temps futur j et aultres quelsconcques villes
» et lieux estans tant en ladite ville comme
» dehors y es quelles aulcuns desdicts excommu-
» niez polroient décliner et aller, tant et si lon-
» guement qu'ils demoureront es dicts lieux , et
)) trois jours après son partement, et les églises ,
)) monastères et aultres quels-concques lieux de
» piété estans en icelle de Tavant dicte auctorité ,
» les submectons à interdicts ecclésiastiques en
M telle manière que celui interdict durant en iceux
» lieux mesmes , par vertu de quelque concession
» apostolique , faicte aux personnes ordonnées
» ou lieux , se n'est en temps promis de droict ;
» et en icelui temps aultrement que les huis clos
I) et les excommuniez et interdicts exclus , et en
» voie basse que Ton ne puisse célébrer messe ne
w aultres offices divins. Et se le admonestez, ex-
» communiez , interdicts susdits par aultres trois
» jours, lesdits second trois jours immédiate-
» ment suivant, différent retourner leurs cœurs,
» et les susdits détenus et enclos roy , conseilliers
)> et aultres de sa commissive, restitués en pristines
303 GHROiriQUBSr (i^
» liberté^ de leur inclusion et ultérieure détention
» désister , à nos monitions et mandéoients sils-
» dits obtempérer , et en leur dureté de cœur et
» perverse obstination vôellent demorer^ iceulx
» proconsu]es^consules,eschevins9 burguemestres^
» doyens et les singulière» personnes coupables ,
» les auxiliateurs , consulteurs et adhérons , du
» glaive de anathematisation , étemelle malédic-
» tion et perpétuelle damnation avec Sathaaet
» Abiron, lesquels la terre englotisttous vifs, nous
» les lions, et sojent liez et enlacfaez, et tant euh
» comme les uniVersitéz prédicles excommuniez,
» aggravez, raggravez, anathématisez, damnez^
1» mauldicts comme dict est, en leur inique propos
» perseverans ; estre coupables de crime de lèze
» majesté ; les décrétons et les privons de digni-
» tez et honneurs èsquels ils sont constituez,
» et des privilèges, concessions , grâces el induits,
» et de tous biens qu'ils tiennent en fiefs , en mé-
» lioration ou aultrement de la court roiûaineou
» aultre église , monastères ou lieux ecclésiasti-
» ques , en telle manière que ceulx à qui appar-
» tient la propriété et seigneurie droicte puissent
» d'iceulx comme à eulx retourner, à leur li-
» bérale volonté disposer , et de tous aultres leurs
» biens de ladicte auctorité les privons, en telle
» manière que d'iceulx n'en voient riens à leurs
» successeurs. Et eulx ainsi privés de iceulx biens
» et aultres quelsconcques dignitez, honneurs,
» administration et offices séculiers , et après
(i488) DE JEAN MOLINET. 3o3
n les obtenir les inhabilitons ; et afin que les
» aultres espoventez de leur exemples , cy après
» ne atlemptent semblable chose , dès lors soient
» infamés et ne soient admis en tesmoignaige, ne
» puissent aussi faire testaments ou codicilles,
» succéder à aultrui, testatsou intestats; et s'ils ont
» jurisdiction , ils en soient privez, et ne soient
» leurs sentences de quelque valeur, ne tout ce que
» ensuivir s'en pourroit ; nuls pour eulx , et ne
» eulx pour aultrui ne puissent procurer ; et se
n aulcuos d'eulx sont notaires^ les instruments
» par eulx faicts soient de nulle valeur , mais
*> avec leurs aucteurs damnez ; leurs debteurs soient
» quictes de cenlx qui leur doibvent ; nul ne soit
» tenu de rendre à eulx sur quelque négoce ; mais
» ils soient tenus à aultrui , leurs fils , nepveux et
» aultres descendans d'eulx jusqu'à la quarte gé-
» nération , de faict, sans espérance de restitution ;
» soient privez de tous les églises, monastères, cha-
» noinies, prébendes , dignitez et aultres bénéfices
» ecclésiastiques qu'ils tiennent, et soit le pas clos
)) à eulx et à leurs enfants adoncque nez , et qui
» naistront^ jusques à ladicte génération, de retour^
» ner à ce dont ils sont privez , et aultres ecclésias-
» tiques bénéfices, ordres, dignitez et honneurs
» ecclésiastiques ou mondains.
» Et néantmoins nous mandons à nostre véné-
» rable frère Herman, archevesque de Coulongne,
» parcest escript apostolicque,queceulxdes devant
» dits admonestez, qu'il apperra non avoir obtem-
3o4 CHROHIQUES (iW
» péréànosmonitionset mandement^ , excommu-
» niez , ag^avez , réaggravez , interdicts , maudits
» et damnez^ et estre enlachiez/ et aultres cen-
» sures et paines devant dictes , les dénoncher et
» faire publiquement par aultres dénoncher, et
» estroictement estre évités de tous , }usques à
» tant que ^ retournez à leur cœur^ ils obéissent à
» nos monitions et mandements^ et ajent desservi
» de obtenir sur ce le bénéfice de absolutionr Et
» se iceulx persevérans en leur dureté , ne poelt
» induire à obéissance, s'il voit estre expédient,
» il invocque contre eulx le brach séculier du des-
» susdit empereur , et aultres roys , princes , ducs,
» contes et universitez, pour les constraindre à
» obéir à iceulx mandements , en appaisant les
» contrediseurs par censures ecclésiastiques , ap-
» pellations postposant, nonobstant quelsconcques
» constitutions et ordonnances apostolicques , con-
» joinctement ou divisémenl , par ledit siège apos-
» tolicque ;, est concédé par lettres apostoliques ,
» non faisant pleine ou expresse mention de mot
» à mot de cette concession qu'ils ne puissent
» estre interdicts, suspens ou excommuniez; et
w pourtant que à iceulx admonestés , n'y a seui
» accès pour les admonester à leurs propres person*-
» nés, et seroii difficile de porter ces présentes lel-
w très en tous les lieux qu'il seroit expédient, nous
» voulons que la publication de ces présentes , ou
» de leur transcript authenticque , soient mises en
» deux ou trois lieux voisins desdites villes , des-
(î468) DE JEIN MOLINET. 3o5
» quels lieux soit vraisemblable que la teneur des-
» dites présentes puisse parvenir à la cognoissance
» desdits admonestez , et les constraingne telle-
» ment , et comme si lesdites lettres eulx per-
» sontiellement présents, et à leurs personnes
» avoient été présentées , leues et insinuées ; et que
» au transcript desdictes lettres , faict par la main
» de notaire publicque , et scellé du scel d'aulcun
» prélat, soit adjousté autel foi et jugement en
» dehors, comme à icelles présentes lettres scel-
» lées , si elles étoient exhibées ou présentées en
» jugement. A nul doncques des hommes soit
)) loisible ceste purge de notre exhortation , ré-
» quisition, monition, commandement, mandé-
» ment y assignation, subition, ligation, privation,
» inhabilitation et volonté enfraindre, ou, par
)) téméraire hardiesse , aller au contraire. Se donc
» aulcun présumoit ce attempter , il saiche qu'il
» encourroit l'indignation de Dieu omnipotent et
» des benoîts jsaints Pierre et Paul, apostres.
» Donné à Rome , à Sainct-Pierre , l'an de l'in-
» carnation de Nostre Seigneur, mil quatre cents
» quatre-vingts et huit^ dixiesme calende d'apvril,
» quatriesme année de nostre pontificat. »
Combien que ledict rigoreux monitoire fust si
formidable et de grand' crainte à ceulx qui se sen-
toient coupables de mesus, toutes fois, quand il
fut venu à leur notice, ils n'en eslargirent pourtant
ne remirent le roy ne ses nobles en leurs franchises
et libertez , ains appelèrent dudit monitoire.
3o6 cHRoiriQtrBS ('W
CHAPITRE CLXXXI.
La d^Iiyrance au roj des Romains faicte en Broges an poarolias des
Estais da pays.
Lbs garnisons deHulst, Alost, Tenremonde,
Lessines et de Likerkes , furent en grand déplai-
sir, saichans que les estais se rassemUoienl en Gand
pour besongner au bien de paix, qui leur estoit fort
contraire pour les proyes , piHades, Yexations, ran-
chonnemens et compositions qu'ils faisoîent sur
ceulx qu'ils tenoient de Gand et de Bruges ; pour-
quoi, en tant que possible leur fut, ils mirent toutes
interruptions, obstacles et empeschemens, afin d'es-
taindre ledit toyaige , tant par traficques que par
menaches et aultres romptures. Ceolx d'Anvers
mesme monstroient qu'ils n'estoient guaires affec-
tez à rassemblée de Gand; car ils envoyèrent,
pour les députez de leurs villes, deux prestreset
ung advocat de mesme sentiment, lesquels ne
furent acceptez des aultres. Ceulx de MaUnes
s'excusèrent de l'alée^disans quelesGanthois les te-
noient pour suspects ; et , d'aultre part , ils retÎD-
drent en leur ville le seigneur de la Gruthuyse ,
nonobstant qu'il eusist lettres de seureté et con-
sentement de monseigneur l'archiduc, èsqnelles il
estoit expressément dénommé. Sur quoi , mon-
seigneur de Ravestain, monseigneur de Bevres et les
estais étant en Liège , en escripvirent à monsei-
(i488) DE JEAN MOLINET. Zoy
gneur l'archiduc, qui leur fit scavoir qu'il estait
adverti^ puis la concession de seureté , que sur tant
que l'on désiroit et aurditle bien du roy son père la
seureté de sa personne, meismes qu'il ne fusist
transporté en la main de ses ennemis. Le seigneur
de la Gruthuyse ne se trouva à ladite journée ^
attendu aussi que le roy son père lui avoit paravant
escript, que ledit de la Gruthuyse l'avoit pressé
de le condescendre à plusieurs grandes choses à
son grand regret.
En ce temps^ la garnison du chasteau de Lic-
kerke, sortie de plusieurs Franchois , faisoit innu-
mérables maulx aux voisins tenant le partye du
roy ; car ame n'osoit aller de Mons à Bruxelles ,
sinon à force d'armes , pour doubte des rencon-
tres périlleuses et dommageables, considéré Tem-
pesche dessusdite, et que mesme aulcuns person-
nages desdites garnisons s'embuschoient et tenoient
sus. Les seigneurs de Ravestain, deBevres et aul-
tres des estats , désirans le bien de la paix et la
délivrance du roy , délibérèrent lesdits seigneurs
de monter sur mer , d'arriver à l'Escluse , et
par Bruges tirer à Gand. Mais^ lorsqu'ils se
trouvèrent sur mer , ceulx de Hulst , qui les
aguettoient à tous lez , tirèrent sus à force de na-
vires, et leur donnèrent tous les troubles que pos-
sible leur fut. Toutefois il arrivèrent à l'Escluse j
et le roy, adverli de leur venue, leur manda , par
son confesseur, portant lettres escriptes et signéei^
de sa main , que , à toute diligence et le plus bref
3o8 GHttONIQUES (14^8)
chemin que trouver pourroient, ils se trouvas-
sent à Gand* Donc le seigneur de Ravestain^
attendant que les matières s'approcheroient , y
envoya en son nom le seigneur de Pratte* An-
thoine de Fontanne y comparut pour monsei-^
gneur Philippes , et le seigneur de Herselles pour
le seigneur de Bevres. Ils se trouvèrent à Gaod
avecq lesdits estais y le vingt-cinquiesme jour du
mois d'apvril. L'assemblée se fit en la maison de
la ville , et en présence des prélats, des chevaliers
et aultres représentans les estats de Flandres , en-
semble les trois membres , avec les estais des aul-
tres pays. Maistre Pierre N. docteur en médecine,
pensionnaire de Rem^walle en Zéelande , proposa
pour les estats desdits pays, faisant résumption
des conclusions prinses en Bruxelles. Dont après
excuses faictes de leur tardive venue , .requist que
préalablement l'on besongnast à la délivrance do
roi ; et les membres voloient que premiers fussent
vuidez trois poincts par eulx mis en avant en ung
libel. Le premier à l'union des pays, le second à
la paix de France , et le tierche au •gouvernement
et régime de monseigneur l'archiduc. En ce dif-
férent et altercation furent aulcune espace, et
tousjours couUoit le temps sans riens expédier.
Tellement advint que, après toutes controverses,
plusieurs argumens, réplicques etduplicques faicts
d'un parti et d'aultre ^ le seigneur du "Wvère
messire Jehan de la Bonnerie, partit de Bruges,
sûrement à l'assemblée, et mit avant que le
t*488) DE JEAN MOLINBT. ZjOg
TOj querroit estre eslargi sur ostagiers qu'il bail-
leroit, c'est assavoir le duc Ghristofle en ©avîère,
le marquis de Bader^ ÂUemaQ^y et monseigneur
Philippes de Clèves ,* parmi tant qu'il feroit vuidier
les gens de guerre hors de la comté de Flandres,
les Allemans en Allemagne, et les aultres en leurs
quartiers. Toutes aultj*es intentions de procéder
postposées , et les estats et membres prestèrent
les oreilles au proposé dudit seigneur ée Wyere ,
et fut respondu par ceulx de Flandifes , pourveu
que les deux princes dessusdits se rendei!oient osta-
giers pour le roy en Bruges y sans en partir que
toutes les promesses du rçy ne fussent accomplies,
et aussi que monseigneur Philippes se rçndroit
ostagier en la ville de Gand , ils consentiroient
à la délivrance du roi. Et disoient que monseigneur
Philippes passer oit par Bruges, pour soi trouver-
en Gand, et seroit commandé du roy ainsi le faire.
Et s'il advenoit que le roy déffaulsist de sa pro-
messe aulcunement, il quicteroit mondit seigneur
Philippes des serments et fidélitez que lui debvoit
et avoit faict , et lui consentiroit donner ayde aux-
dits estats et membres; et dirent oultre plus qu'ils
n'avoient intention de rudement traictier, ne de mal
faire à monseigneur le chancelier ne à ceulx qui
estoient avecq lui emprisonnez; maisi^, sans en
faire prompte délivrance , les gardéroieot jusques
à ce que les choses mises avant seroient parache-
vées. Et en présence des notaires et tesmoings,.i;e-
quirent lesdits estats et membres de Flandres aux
Chroniques. T. JfX/^.— J. Molinet ///. ly
3lO CHRONIQUES {^W
estats des pa js ^ qu'ils voulsissent déporter le roy
die la mambourgnie de tous les aultres pays^ veu
queson gouvernement; et, se mal en venoit , ilspro-
testoient du debvoirfaict, et non seraient reprocha-
blés devers monseigneur l'archiduc, lorsqu'il vien-
droit en eaige. Sur quoi respondirent les estats des
pays y qu'ib estoient des limites de l'empire, et
d'aultre condition que ceulx de Flandres , et que »
par le moyen de messeigneurs du sang et du con-
seil^ provision seroit mise au gouvernement da
pays, et que l'on entretiendroit le roy à manbourg.
De cest acte furent faictes lettres et instruments
requis d'une part et d'aultre , à quoi ceulx de iille
et Douay s'accordèrent ennuis.
Geste chose mise en train de parattaindre à la
délivrance du roi 9 les estats conclurent d'envoyer
une partie d'entre eulx à Bruges y et les- aultres
demorer à Gand. Dont ceulx qui furent députez
pour aller à Bruges obtindrent de quatre princes
d'Allemagne, scellé de leurs sceaux. De la veoe
desdits députés furent les Brughelins fort joyeulx,
et leur firent le bien viegnant fort amiable , et en
signe de voloir acquiescer àleurloable poursuite ,
lescuidans grandement complaire, ils firent mectre
jus du marché ung hourd et un gibet propice à
faire leurs exécutions. Lesdits députez se tirè-
rent vers le roy , emprisonné à l'hostel de mon-
seigneur Philippes > soubs là garde de trente-six
hommes seulement , tant en chambre , eu bas, que
aux entrées. Et, après que le pensionnaire de
{i488) DE JEAN MOLINET. 5ll
Romswalle, au nom des estais^ eut fait une petite
proposition, le roj fit dire, par le s^neur de
Wyere , que ce qu'ils avoient faict lui estoit
agréable^ fort les remerchiant , et que jamais
ne les metlroit en oubli. Mais, quant au parfaict
des besongnes, sourdi unerompure fort grande;
car le duc Ghristofle et le marquis^ de Baden
firent refus d'estre ostagierspourleroy, combien
qu'ils en furent fort requis. Mais monseigneur
Philippes s'y offrit libéralement, auquel le roj
avoit fait scavoir, par frère Pierre iDenis , que les
membres de Flandres désiroient de l'avoir pour
hostaige avec les dessusdits princes. Et il rescripvit
au roi que , par le grand désir qu'il .avoit à sa dé-
livrance , moyennant que le marquis et le dup le
▼osissent faire , il s'i offroit de sa part ; f^t , si plus
y povoit emploier que CQrps et bien , il le feroit de
tr^ bon cœur.
De la rompture des princes d'Allemagne furent
les estats fort desplaisans , non cuidans mener à fin
leur espérée et très désirée œuvre ; mais le roy y
pourveutd'aultrespersotvnaiges ; car en lieu du duc
et du marquis , se consentirent de venir et tenir
hostaiges ea Bruges , le seigneur de Volkéstain et le
comte de Hanon. Sur espérance de parfaire le
tout, l'on avoit faitunghourd grand et spacieux,
de cent à six vingts pieds en quarrure , sur le mar-
cbié de Bruges ; maij monseigneur Pbilippes de
Clèves , qui se debvoit rendre hostagier , ne com-
parut point si tost que Ton eut bien volu , et
19-
3 12 CHROWIQUES («î*^)
doubtoint aulcuns qu'il ne fust resfroidîé de sa pro-
messe conditionnelle ^ est assavoir , estre ostagier ,
au cas que lesdits duc Christofle et marquis de
Baden eussent faict debvoir, ce que non. Le roy de
rechief envoya devers monseigneur Philippes; qui,
comme dessus , amyablement l'accorda , venissent
lesdits princes ou non , moyennant que monseigneur
de Ravestain*^ son père, fusist renvoyé àLescluse.
Pourquoi mondit seigneur de Ravestain, dès le
jour de l'Ascension ^ jura la paix, l'alliance et
l'union des pays, en l'église Saint-Donat , lorsque
l'on chantoit la graot messe, en présence des -sei-
gneurs et estais.
Le lendemain de l'Ascension, en expectant
monseigneur Philippes , en qui gisoit le ueu de la
besongne , fut préparée une très dévote procession
générale, où, en partant de Saint- Dônas, fut
porté le saint sacrement de l'autel , la vra^e
croix , le corps de saint Donas , patron de paix ,
, et aultres plusieurs sainctes et dignes reliquaires.
Et vint la procession jusques à l'hostellàoù le roi
tenoit prison , tousjours suractendant monseigneur
Philippes, jusques à onze heures. Pendant ce temps,
le roy fit sceller certaines lettres aux membres, par
lesquelles il promecloit de rendre ses nobles pri-
sonniers en Gand. Et d'aultre part , le roy promit
de faire vuidier toutes gens de guerre , Allemans et
aultres, hors la comté de Flandres, dedans trois
jours ^ et en dedans aultres quatre jours hors des
aultres pays. Promist aussi que, sans reachon.
(i488) DE JEAN MOLINET» 3l3
despens ou intérest , il feroit recouvrer le seigneur
de laGruthujse^ maistre Rolland, le burguemestre
de Bruges, et aultres prins en la pojursuyte et à
cause de la délivrance du roy. Ces promesses
faictes, les lettres scellées, au contentement des
parties, leroy monstrant signe de récréation , leva
la main-, et dict aux estats : «Or allons , nous avons
» la paix. »
Ainsi se partitle roydejl'hostelqui futmessire Jean
Gros , où il avoit esté prisonnier depuis le vingt-
septième de fehvrier , et accompaigoa de pied la
procession fort dévote à laquelle précédoient . les
estats des pays , en notable ordonnance, puis les
gentilshommes de l'hostel du roy , puis le roy , et
sur le derrière les seigneurs de Bevres , notables
prélats , notables chevaliers et les trois membres
de Flandres. La procession venue sur le marchié ,
les gens d'église et les estats des pays montèrent
sur le hourd fort tapissié et paré de verdure ^ sur
lequel estoit ung autel pour les reliquaires , et ung
triumphant siège pour le roy ; mais le roy se tira
au Cranembourg le premier logis où il avoit esté en
arrest. Les estats voyants qu'il ne montoit sur le
hourd ^ les aulcuns pour le convoyer , et lors sou-
dainement s'eslèva un hideux cry populaire tant
espouvantable , qu'il sembloit que l'on deusist tout
tuer ; et lors gens d'église , pour eulx saulver et
pour mieux courre , ruèrent jus chappes et man-
teaux ;^ l'un eourroit dechà et l'aultre de là; Ton
ne scavoit où estre le mieux asseuré ; et ainsi que
3l4 l-HROWIQUHS . W
ce cry i»'estoit impétueusement eslevé subtilement ,
il s'accoisa^ et ne sceut-on à quelle cause ne dont
procéda ce tumulte.
En cesthostel de Cranemboui^, oùestoitleroj,
Mcompaiguié des nobles^ lui estaot aux fenestres ,
se trouvèrent illecq en ung Jieu de trente pieds de
quarrure, les membres de Flandres, Vescontette,
eschevinS; horsemans tous vestus de couleur noire;
lesquels, après qu'ils se fuirent mis à genoulx, eulx
humiliés et faict la révérence devant la face da
roy , vindrent deux et deux sur le hourd , se présen-
tèrent devant les estats , se mirent de rechief à ge-
noulx , et par messire Jehan Rogier leur pension-
naire, firent remonstrer comment par le grant
mesus, rudes insolences et horribles excès qu'ils
avoient faict et permis faire par le peuple en la
noble personne du roy , ils estoient certains qu'il
n'auroit miséricorde d'eulx, se n'estoit par l'in-
tercession d'aulcuns de leurs médiateurs , car de
eulx-mesmes ne lui oseroient requérir merci,
pardon ne miséricorde ; pour quoi ^ la pluspart
d'eulx fondans en larmes, monstrans signe de
grande contrition et repentance , prièrent fort
humblement auxdits estats qu'ils voulsissent estre
leurs intercesseurs vers le roi , et lui prièrent que
en l'honneur de la Passion de Nostre-Seigneur ,
il leur par donnast leurs mesfaicts , mesus, et cri-
minel délict , avecq plusieurs doulces persuasions
incitans les cœurs à pitié et compassion. Les estais
voyans les requestes et supplications, voyans que
(*488) DE jBAN MOLINET. 3l5
leurs larmtà procédoient de la foDtaine du cœur ,
leur promirent intercéder pour eulx ; et à ceste
fin descendirent du hourt^ accompaigniés des*
dits membres^ et se trouvèrent ensemble au quarré
dont ils estoient partis. Le rojz; estant aux fenestres
comme dessus , le pensionnaire de Romwalle fit
la requeste, au nom des estats pour lesdits mem*
bres , en manière d'une belle , doulce et hono-
rable proposition^ pour ouvrir le cœur au roy, et
desplojer le trésor de sa miséricorde ; pour ainsi
induire les délinquants à repentance et cognois-
sance de leurs mesfaicts , qui miséricorde crioient
à pleine voix, tellement que le roy fort plorant,
accompaigné de plusieurs nobles, les receut à
merci et leur fit dire par monseigneur de Wyere,
que de toutes offenses particulières ou aultres,
par paroles ou de faict , il pardonnoit tout, sans
ce que jamais le retenist en son corraigé. La pro-
position finée et la pardonnance faicte , les estats et
ensemble les membres vindrent derechief , chacun
en son lieu; et le roi semblablement, qui de
prime face se mit à genoulx devant l'autel où
reposoient les dignités, jusques à ce que les en-
fants de chœur eurent chanté en plain-chant : O
cruoc avcy spes unica y le verset et l'oraison y ser-
vant. Ce faict, le roy fut requis de faire le serment
de la paix , illecq posé. Il le vol ut veoir et lire
bien au long ; puis en grande révérence et crainte,
comme il sembloit, fit le serment tel qui s'en^
suit V ' . "
3l6 CHRONIQUES ("4^^)
«Nous promectons de nostre franche Yolunté,
» ^t jurons en bonne foi sur le sainct sacrement
» cy présent . sur la sainte vraye croix , sur les
» évangiles de Notre-Seigneur , sur le précieux
» corps saint Donas^patron de paix, et sur le canon
» de ïa mesie , de tenir, entretenir et accomplir
» par effect , la paix , l'alliance, les accords et bon
» entendement faict et conclud entre nous d'une
» part , et nos bien amés les estats et trois mem-
» bres du pays de Flandres et leuis adhérens,
» d'autre part ; ensemble la concordance , union
}) et alliance de tous les estats^ et paia, faicte et
» conclute par nostre consentement en tous leurs
» poincts et articles, selon ce que par nous et par
» eio^ de nostre consentement a esté fait et scellé;
» et promectons, en parole de prince et comme roy,
» sur nostre foi et honneur, que jamaisne viendrons
» et souffrirons venir ou faire au contraire directe-
» ment ou indirectement, en quelque manière
» que ce soit , selon nostre pooir , le tout selon le
» contenu , forme et teneur des lettres de ladite
» paix , concordance , union et alliance , en des-
» chargeant lesdits de Flandres du serment qu'ils
» nous ont fait comme père et tuteur et mambourg
» de nostre bien chier et aimé fils , et aultrement
» en qudque manière que ce soit. »
Au commandement du roi fit le seigneur de
Bevres le serment, qui fut tel.
« Je , Philippe de Bourgogne , seigneur de la
)» Vere et de Bevres, en ensuivant le^solemnel
("48«) DE JEAN MOLINET. 5lJ
» serment faict par très noble personne, le roy cy
» présent, promects en bonne foi ^ et jure sur le
» sainct sacrement cy présent, sur la saincte vraie
)) croix, sur les sainctes évangiles Nostre^Sei-
» gneur, sur le précieux corps saint Donas , pa-
» tron de pauc , et sur le canon de la messe , de
» tenir, entretenir et accomplir par elTet ladite
» paix^ concordance et union et alliance en tous
» ses poincts et articles, et de non vouloir ou faire
» souflPrir estre venu ou faire au contraire. Je pro-
#> mets et jure aussi, par Tordonnancè du roy cy
» présent , de aider et de faire assistance à ceux
» de Flandres, contre les infracteurs de ladite
» paix^ union et alliance. »
Les députez des estats du pays jurèrent ce qui
s'ensuit :
« Nous^ les députez des trois estats des ducez ,
» contez et pays de Brabant , Zeelande, Haynault ,
» Namur et des villes de Lisle , Douay , Vallen-
» chiennes, et tous aultres cy presens, representans
» les trois estats desdits pays et villes , en ensui-
» vaut le serment solemnel faict jurons et pro-
» mectons comme dessus. » Les derniers , les trois
membres de Flandres , le bailli de Bruges et les
doyens firent leur devoir. Et receut le serment
le soufFragant de Tournay, lequel avait chanté la
messe, et lequel incontinent tourna sa face vers
l'autel, print le sacrement, chanta une oraison
et bénédiction à ceulx qui garderoien); la paix , et
jectant malédiction sur les infracleursd'icelle> puis
3l8 CHRONIQUES (»
les enfans crièrent Noël et Ton chanta Te Demi
laiidamus.
CHAPITRE CLXXXII.
Traicté de paix entre le Roi des Romains et les estais et tnns membre»
de Flandres.
« Maximilian, par la grâce de Dieu roj desRo-
mains, etc.; faisons savoir à tous présens et avenir
que pour mectre jus et parvenir à bon traktié
de paix de tels mesus, questions, divisions et des-
bats qui puis le mi aoust en chà sont advenus, es-
meus et ensuivis entre nous d'une part, et les ha-
bilans de la ville de Gand avec ceulx de la ville
de Bruges et Ypre adhérens desdits de Gand,
tous ensemble représentans les trois membres de
Flandres , d'autre part : plusieurs coincations du
consentement de nous ont esté faictes entre nos
beaux cousins le seigneur de Ravestain , messire
Philippe son fils et le seigneur de Bevres, aussi
nostre conseiller , ensemble ceulx des estais du
pays de Brabant , Haynault , Hollande , Zeelande
et Namur, d'une part, et ceulx des estats de Flan-
dres d'autre part, si avant que, par moyen d'entre-
parler d'aulcuns, à l'honneur de Dieu , souverain
roi et acteur de paix , ayans pitié et compassion des
grandes pertes etrespandement du sang humain des
chrétiens , intérést , desplaisir et dommages qui
(*488) DE JEAW MOLINBT. SlQ
pour cause des dits différens et divisions adviennent
journellement et encores peuvent advenir, le tout
au préjudice de nostre très chier et bien amé fils
Philippe , archiduc d'Austrice , et de ses pays et
subjects/DOus, qui comme celui qui tous jours avons
esté enclins plus au bien de paix que autrement,
avons avecq les iùhabitans et subjects au pays de
Flandres espirituels et temporels, faict une bonne,
seure et estable paix ^ moyennant certaines répa-
rations honorables et manifestes que ceulx de la
ville de Bruges nous ont faictes , soubs les points et
conditions cy après escriptes :
i> Premiers. Que les trois membres de Flandres
ont promis, et seront tenus de nous mectre sur nos
pieds et en nostre liberté pour , incontinent qu'il
nous plaira, retirer où bon nous semblera. De ce
laisserons en seure té et ostage en la ville de Bruges
le seigneur de Volkestain et le comte de Haon ,
et en la ville de Gand messire Philippe de Clèves;
lesquels seigneurs, comte etmessire Philippe jure-
ront, à la requeste de nous , sur le fust de la saincte
croix , et sur les évangiles , et aussi sur leur foi et
honneur, qu'ils ne se départiront des dites villes
jusques à ce que tous les poincts et articles con-
tenns en reste présente paix seront bien et léau-
ment furnis et accomplis.
» Item. Encore pour plus grande seureté, avons
priez et requis ledit messire Phihppes, que , en cas
que nous fuissions aulcunement en faulte de n'ac-
complir iceulx poincts, ou que aucun, quel qu'il
320 CHROWIQUBS OW
fuist; ennostre faveur ou aultrement, seadyanchast
d'y mectre empeschemènt ; que en ce cas icelui
messirePhilippes avons deschergié et descbergeons
de tous sermens de fidélité et auhres qu'il nous
poelt avoir faict et assistera ; ceulx de Flandres à
l'eDContre de nous , de tout son pouvoir et de toute
sa puissance ; et de ce fera le dict messire Philippes
serment et en baillera lettres auxdits de Flandres
en tels cas pertinentes.
» Item. Et par dessus ce ^ avons consent j , or-
donné et commandé aux députez des estats des
pajs de Brabrant de Haynault, de Zeelande^ de
Namur et des villes de Valenchiennes , de lisle,
de Douay, et aultres présentement assemblez en la
ville de Gand qu'ils ne se départent hors de la ville
de Gand, mais y demeurent, et les aulcuns d'eulx,
tant que la paix de France et les alliances entre les
pays , et tous aultres points concernans eeste ma-
tière soient concluds et asseurez.
» Item. Promectons de promptement faire ces-
ser nos gens d'armes de tous exploits de guerre ,
et les faire , ensemble toutes garnisons de nostre
costé , partir hors 4^ Flandres en dedans quatre
jours après que soydïis^^iîs à délivre , et quatre
jours après hors de tpus les aultres pays, ou plus
tost s'il est possible. Et deffendons que en deslo-
geant et partant, iceulx gens ne brullent , pillent
desrobent, prendent, ranchonnent, ne facent aul-
cuns maulx en iceulx pays, et aussi qu'ils ne
enmainent hors de Flandres nuls prisonniers ; et
(i48S) DE JEAN MOLINBT. 321
se aulcuns en ont, seront tenus de les mectre à ren-
chon raisonnable , sans les povoir transporter ne
mener avec eulx. Et se advient qu'ils fassent au
contraire Ton recouvrera de ce Tinterest et d'om-
mage sur la pension que ceulx de Flandres nous
ont consenti ou conselitiront.
» Item. Et pareillement seront tenus lesdits
<le Flfltndres de faire cesser leurs gens de guerre
et garnisons y et aussi partir hors desdits pajs , et
garderont que d'entre ne viendra nul mal aux dits
pays.
» Item. Et affin que nous puissions tant plus
facilement faire desloger et despartir nosdits gens
de guerre et garnisons^ les estats de tous lesdits
pays par ensemble , nous ont accordé payer , en
dedans ung moisprochaiifement venant, la somme
de vingt^cinq mille livres de gros, monnoie de
Flandres la livre, à condition que se iceulx gens
de guerre et garnisons ne sont partis dehors de
tous les pays en dedans ledit temps , que en ce
cas les dits vingt - cinq mille livres seront em-
ployées au payement d'aultres gens de guerre,
pour par force, se aultrement faire ne se peult, les
expulser et les chasser, en ensuivant les alliances
et unions faictes entre les dits pays.
» Item. En oultre^ avons consenti et sommes
tenu de mectre incontinent toutes forteresses et
chasteaulx du pays et comté de Flandres es mains
des seigneurs du sang au prouffit de nostre fils ,
pour en iceulx estre mis tels chastelains et offi*
322 CHRONIQUES (>48«)
ciers qu'il appartiendra , selon les droits et privi-
lèges des pajs de Flandres, par l'advis et consen-
tement des dits trois membres.
» Item. Avons, à la très haute prière et re-
questo des députez desdits estats , et aussi à la
très humble supplication des bourgeois, manans
et habitans de la ville de Bruges, abolii , quicté
et pardonna à tousjours la prinse et détention de
nostre personne , ensemble tout ce qui est advenu
devant ou après, par qui, quant , comment, ne en
quelque manière que ce soit.
» Item. Semblablement , à la requeste que des-
sus , avons pardonné et remis tout ce qui , par les
trois membres de Flandres , et chacun d*eulx en
général ou particulier , poelt avoir esté faict ou
mespris envers nous y soit en adhérant au peuple
de Bruges ; en nous détenant en leur nom^ en
nous faisant hostilité en guerre, à part ou par
ensemble, en blâmant ou injuriant nous ou les
nostres , par faict ou par parolles, ou aultrement,
en quelque manière ce soit , sans que , à Toccasion
de ce ne de toutes aultres choses passées ^ nous
leur puissions jamais rien demander en général
ne en particulier, en corps ne en biens, ne dedans
le pays ou aultrement^ en nulle manière , et mes-
mement de ce qu'il advint en l'an quatre-vingts
et cifaq et aultres.
» Item. Lesdits de Flandres , à la contemplation
de nous et de ceulx du sang, aussi à la requeste
des députez des estats, ont amiablement et fran-
(i488) DE JEAN MOLTISET. 323
chement pardonné toutes offenses, injures et vilou*
nies qui leur ont esté faictes pour cause desdites
divisions 9 par qui, ne en quelque manière que ce
soit , sans aulcune exception ou réservation^ aussi
bien en consentant plusieurset diverses aides faictes
sans le sceu et consentement des membres^ comme
aultrement, en le mettant totalement en oubli,
comme non advenu, sans aulcune exception ou ré-
servation, consentent et accordent que chacun
porra paisiblement retourner au sien en Testât
qu'il le trouvera, sans, à cause des guerres et divi-
sions, puissent jamais riens demander. »
» Item. Que tous aullres , lesquels ^ à cause et
sous umbre desdites divisions,' ont esté offensez,
injuriez et vilounez, soit en corps, en biens, ou
aultrement, en manière que ce soit, pardonne-
ront semblablement le tout, et le meoteront hors
de leur entendement , sans plus le ramentevoir ne
faire question.
» Item. Se aulcuns ayans eu administration de
nos deniers, de nostredit fils, ou d'aulcunes villes,
chastellenies , terres ou pays d'iceulx, se fusissent
mesusés en leurdicte ministration , ou que Ton
trouvast qu'ils eusissent applicquié aulcunes som-
mes à leur singulier prouffict, seront tenus en res-
pondre par-devant les juges et les loix , où il ap-
partiendra.
» Item. Et se aulcun , avant les divisions , sans
cause .ne raison , par menache , force ou puis-
sance , par malice ou maie noise ou praticque y a
3^4 CHRONIQUES OW
obtenu et applicquié à son prouffict les biens,
joyaulx , argents et meubles d'aultrui , sera sem-
blablement tenu de en respondre là ou il appar-
tiendra, et de actendre droict sur la restitucion
desdicts biens.
» Item. Pour certaines causes et considératioDs
à ce nous mouvans, et mesmement pour éviter
tous procès et questions , ad mojen de l'appella-
tion inter jectée par lesdicts de Flandres , estcnent
apparans de mouvoir, nous avons renoaché et re-
nonchons à la manbourgnie de Flandres , et avons
quicté et quictons tous serments qu'en telle
qualité ou aultrement, nous ont esté faits par
iceulx de Flandres ; et avons consenti et accordé
que celui pajs et comté de Flandres, et tous ses
membres désormais , durant la minorité de nostre
fils , sera régi et gouverné soubs son nom , tant
en souveraineté que aultrement , par l'advis des
seigneurs du sang et du conseil, tel que lesdicts
du sang ordonneront , par l'avis et consentement
des trois estais de Flandres, en ensuivant le con-
tenu de l'union faicte par tout le pays.
» Item. Que^ moyennant ladicte renonchia-
tion , lesdicts de Flandres nous ont accordé , pour
nostre entretenement, chacun an, durant la mi-
norité de nostredict fils , la somme de mille livres
de gros, six livres monnoye de Flandres la livre,
que lèveront par les mains du regard de Flandres,
à deux payemens , assavoir , moictié au Noël , et
l'aultre moictié à la Saint-Jehan-Baptiste, dont le
(i4«8) DB JEAN MOLIMET. 32^
premier payement esclierra au Noël prouchain
venant , sans que jamais nous puissions plus rien
demander, exiger, ne lever en iceluipajs; et pour
ce sont quictes de tous arriéraiges qui nous peu-
vent estre deus à cause des aides et subventions pas-
sées, s'aulcunes en sont*
» Item. Nous avons déclaré que ne prendrons
nul droict de propriété, ne autres quelconques,
au pays et comté de Flandres , et avons promis
doresenavant ne porterons plus le tiltre ne les
armes.
)) Item. Nous acceptons la paix que le roi de
France ^ par ses lettres closes et patentes , olFre
aux trois membres de Flandres , et à tous aultres
qui se voldroient joindre et adhérer avecq eulx ,
et déclarer pour la paix de l'an quatre-vingts et
deux; et sommes contens que tous lés aultres pays
s*i déclarent pour icelle paix; et confirmerons, et
ratiffierons , et tiendrons inviolablement tout ce
que , par mes ambassadeurs , s'aulcuns envoyer en
volons , ou que , par les ambassadeurs des estats ,
sera faict et conclud.
» Item. Que nous avons promis de mectre la
per^nne de nostre fils es mains desdicts du sang ,
pour désormais estre gouverné et entretenu hon-
norablement , sur Testât qu'on lui ordonnera , et
de estre trsmsporté de pays en aultre , par temps et
par ordre , ainsi que aultrefois a esté consenti et
advisé ; ou ainsi que pour le mieux on advisera ,
en faisant ledlct estât, à Ventretenement duquel
Chroniques. T. 2rXf^. — J. Molikkt. IIJ. 20
526 CHROîfIQUBS . (»4*8)
estât lesdicts pays contribueront à rate et portion.
» Item. Nous avons promis de tenir lesdicts de
Flandres qnictes et indemnes envers nostredict
fils y et tous aultres à qui^ en temps advenir il
polra toucher de tels jojaulx et tapisseries que y
après la paix de Flandres de l'an quatre-vingts ,
nous eusmes d'hors de leurs mains » apparteoans
à icelui nostre fils.
» Item. Demoureront ceulx de Flandres, tant
en général qu'en particulier , en tous et quels-
concques, leurs privilèges, franchises, libertez,
coustumes et usages; ainsi, et par la manière
qu'ils ont esté de tous temps paravant, sans avoir
regard à ce qui poelt avoir esté faict au préju-
dice d'iceulx, restitués comme cassez et de nulle
valeur.
» Item. Nous avons promis que jamais ne fe-
rons ne procurerons, directement ou indirecte-
ment , chose qui puist venir et tomber au préju-
dice et dommaigedudictpays et comté de Flandres,
ni aux marchands ne marchandises d'icelui ; et se
aucun a esté faict, par nous ou les nostres, soit
par censures ecclésiastiques ou auitrement, nous
ferons révocquer incontinent et mectre au néant;
et si baillerons lettres de seureté à tous^marchans
et aultres qui le requerront pour franchement aller
et converser marchandement et aultrement^ es
Allemaigne tl partout ailleurs ; sans , pour l'oc-
casion dès choses passées, estre travaillez en corps,
n'en biens ne, aultrement, en quelques manières.
('4^3) DE JEAN MOLtNET. SiJ
» Item. El pour la seut^eté de tout ce que clict
est, nous jurerons auxsainctes Etangllles, et sur
la saincte vraie croix de Dieu , sur le canon dé la
messe , el sur le sainct sacrement , que iîiyiôlabler
ment nous observerons et entretiendrons ce traic-
tié de paix de poinct en poittct , sans jamais faire
ou procurer êstre fdct riens au contraire, et nous
submectons à toutes censures écclésiasticques , tto*
nobstant les privilèges què , comme roi des Ro-
mains, puissions avoir àu contraire.
» Itefh. En oultre , que dict est cy-dessUs , à
nôstré rèqueste, seront nostre Sàinct-Père le pape ,
monseigneur l'empereur nostre pète, les sept
princes éléiôteurs de l'empire , les seigneurs du
sang et des estats dudict pays, au contentement
de^dicts de Flandres, et aussi par les e^vesqui^
d'Utrecht et de Liège , les ducs de Clèves et de
Jullieï*s, tenus de conserver ladicte paix pîarieUrs
lettres patentes ; et si promectons d'icelle entre-
tenir, saris faire ne donner assistence âu contraire.
Et avecq ce, lesdicts esvesques deLiége et d'Utrècht,
ensemble les ducs de Clë vés et Julliers , ptomecte-
ront et se obligeront de non donner passaigé pat*
leurs pays ou rivières à aûlxiuns gèiis de guerre
<jui voldroient venir porter dommaigè audict
pays et comté de Flandres.
» Itèrn. Et ce nous obligeons, consentons et
promectons ; et s'il advenbît que Diett né toeil ,
en àulcune niànière , nous entretènissibns ôu JTeis-
sions contrevenir à cèdict présent tïàictié, ou à
20.
35o CHHOIIIQUES («4^^
bpqrg, Gueldres, Zutphen, villes de V^en-
chiennes et de Malines, que tout le secours,
faveur et assistance que possible leur sera d?
f^ire le facent par effect à ceuli^ de Flandres , et
à leurs adherens , afin que ladicte paix en toqs
ses poincts et articles soit de tant mieulx entre-
tenue i et ce que enfraint pourra estre soit réparé
et remis en son estât ^ et pour ces choses estre
mieulx faictes et conclûtes sans aucun niespri^
sèment; requérons que sur ce qui dict est, nos
féaulx cousins cy - dessus nommez et aussi les
estats des pays, voUoir sceller ces présentes de
leurs sceaulx avecq le nostre , et sur ce consentir
leurs lettres appertes. Absouldrons et dçschar-
gérons aussi ceulx des estats des serments qu'ils
ont à nous, et ferons commandement à nostre
amé et féal chanchellier et conseil de Br^bant ,
nostre gouverneur et conseil de Luxembourg,
de Gueldres, de Haynault, de Hollande , de
Zeelande , Namur et tous aultres justiciers et
officiers , et chascun' d'eulx qu'il appartiendra,
que ladicte paix ils entretiennent et facent en-
tretenir, en chacun desdicts poincls et articles,
sans faire ou souffrir faire au contraire en au-
cune manière; car ainsi nous plaist-il. Et pour
ce que de ces présentes l'on pourra avoir affaire
en plusieurs et divers lieux , l'on adjoustera foi
aux vidimus qui en seront faicts soubs sceaulx
authenlhiques comme aux lectresoriginales.Et afin
que le tout demeure ferme et estable , nous
(i4^^) DE JBAN MOLI9ET. 55 1
\
avons à cQulRCtes présentes lectres faict mect;^
et appeodre Dostre scel de vérité* Et si fequi-
rons en oultre nostre beau cousin le seigneur de
Beuvres, aussi nostre cousin le seigneur de Ra-
vestain ^ et Philippes son fik ^ . et semblablement
les prélats , nol^les et villes desdits pays de Bra-
b^nt f de Luxembourg , Gueldres , Hajnault ,
Hollande 2 Zeelande, Namur, Zutphen , Yalleq-
chienneset Malines, volloir aussi mectre et ap*
pendre leurs sceaulx à cesdictes. lectres.
Et nous, Adolf de Clèves et de la Marcque ,
seigneur de Ravestain , Philippe de Qèves et de
la Marcque , seigneur de Vjndatle , Philippe de
Bourgogne ^ seigneur de Beu vre , Guossim abbé
d'Affleghen ^Jtfartin ^ abbé de Sainct - Bernard ,
Marck, abbe de Grimberghen ; Dietrick, abbé
du Pareque^ Anthoine de Brabaat , chevalier ,
Arnould de Horn , seigneur de Brimeo , Guil-
laume de Fon tannes , seigneur de Mehia,, Jeh^
de Gaures^ Pierre de Herbaix, Je^n Beroaige^
seigneur de Peuke , chevalier Daniel » Luxo-
ren burguemestre y Jehaq Pinocq , chevalier ,
Michel Absemis^ chevalier, Philippe de Nele,
pensionnaire , desputez de la ville de Louvain ;
Roland de Mol , chevalier, Henri de Mol , chevalier
burguemestre, Jehan deCombliel chevalier. Piètre
de Oberghen , Arias de Scapre , Jehan Van Ërke ,
pensionnaire, desputez de la ville de Bruxelles;
Martin Van Rede , Simon Van Ghelle , pension-
paire r desputez de la ville de Hillemonl ; Henri
332 CHRONIQUES («4^
Bourch, desputé de la ville de Leuwe^ Walerius
Stenins^ députéde la ville de Nivelle, représentans
tous ensemble les trois estats des pays de Brabant,
Raphaël, évesque de Resence, abbé de Sainct-
Bavon^ Phelippe, abbé de Saint-Pierre, Gérard,
abbé de Ënain, Guillaume, abbé de Bondele,
Jehan , abbé de Droughene , Basse Clément de
Saint-Martin d'Yppre , Pieter Bogaert^ prévost
de Saint-Donas à Bruges, Pieter Van deHonten,
prévost de Benaix , Wautier , seigneur du
Fossé ; Jehan Scallent^ chevalier , seigneur de
Izenghien ; CoUart de Hallewin , chevalier ;
Adrien du Fossé, chevalier, seigneur de Scardau;
Cornille de la Barre, seigneur de Mouscron;
Jehan de Claront, seigneur de Puth^p; Ândrieu de
la Westine ^ seigneur de Beselatie ; Josse de la
Porte , seigneur de Morselede ; Adrien Yillain ,
chevalier , seigneur de Razenghien ; Gérard
Van Hangherde , Jehan de Picq , Jacques Van
Helluder,eschevins; Pieter Ghiselins, grand dojen;
Lievi de Moor, doyen des tisserans , desputéz
de la ville de Gand; Joes de Deulrecq, burguemes-
tre; Jehan Van Lender Stenes, Vander Gheertes,
Jehan Bierth , pensionnaire , desputéz de la ville
de Bruges ; Pieter de Langhe , Adrien Paulin ,
Guillaume de Corne , desputéz de la ville
d'Ippre ; Hughe Gauchois, Jehan de Lattre, Jehan
Franchois, pensionnaire, desputéz de la ville
de Lisle ; Ame Pinchon et Jehan de la Wacquerie ,
desputéz de la ville de Douay; Arnoult Des-
('488) DE JEAN HOLINB'l*. 333
pioeux^ chevalier ; Jehan le Leu, Jehan le Maire ,
pensionnaire^ desputez de la ville d'Audenardé;
Evrard Despilhelten , desputé d*Alost ; et plusieurs
aultres desputez des petites villes du quartier de
West , représentans les trois estats de Flandres ;
Guillaume , abbé d'Ormond ; Anthoine , abbé de
Bonne - Espérance ; Michiel des Sares , che-
valier , seigneur de Glerfaj; Izambart Pieten ,
Christofle Gauchier ,. Sernay Wandart , desputez
de Haynault; Anthoine de Sains ^ escujer; Tho-
mas de Carouble , Sobert Hervy , desputez de
Vallenchiennes , tous ensemble représentans les
trois estats du pays de Haynault; Jehan^ fils Jacques
de Midelbourg en Zeelande ; Loys de Praat ,
chevalier , au nom de monseigneur de Ravestain ;
Daniel de Hersewes , chevalier , au nom de
monseigneur de Bevres ; Jehan de Vierlos, maistre
Jehan Dinkas^ maistre CornelisBoon , Thierry fils
Cornille , Claies fils Jacop , desputez de Frize ;
Jehan fils Dietrich, et Pierre de Grave, desputez
de la ville de Romsewalle , Pierre §ls Simon , et
Sindo fils Gabriel , desputez de Goùx ; Jehan fils
Jehan ^ et Henri, desputez de la ville de Toulieu,
tous ensemble représentans les trois estats du
comté et pays de Zeelande ; Jehan de L'espinet y
hoys Ijodenet et Jacques Sezillon, desputez du
pays de Namur, avons faict mectre nos sceaulx
à ces présentes lectres , signées de nos mains en
absence d'iceulx.
Donné en la ville de Bruges , le seizième jour
334 CHRONIQUES C'4^)
de mai ap mil quatre cent quatre- viogt-huity et
de nosti^e règne. le troisième an , ainsi signé
Marc , et le secrétaire Hasvel.
CHAPITRE CLXXXIII.
Union , alliance , confédération et intelligence par ensemble des
pays du roi des Romains et de monsei^eor Tarcliidac.
ce A tous ceulx qui ces présentes lettres verront,
nous, etc. , représentans les trois estats de la ducé
de Brabant et nous de Midelbourg, Lembourg et
de Luxembourg, de Flandres, de Hajnault,
de Yallenchiennes, de Zeelande^ de Namur,
.Marchiennes , d'Anvers, seigneurie de Frize
et de Malines, salut; pour ce que pour la
garde et conservation de toutes polices, gou-
vernement et bien publicq , n'est rien plus utile
ne chose plus nécessaire que paix, amitié et bonne
union par ensemble , qui sont mères de tous biens
et vertus, et à cause que le service divin est aug-
menté, Testât des nobles honoré, marchandise
haulteet le piîiys cultivé en grant repos et seureté,
et au contraire n'y a rien plus dommageable ne pré-
judiciable audict bien publicq que dissention et
confusion des règles qui sont nourrice et mère de
tous maulx^ commenchement et occasion de toutes
divisions , guerres et différends ; au moyen de quoi
les pays , villes , provinces et royaulmes eschéent
en grandes confusions, désolations et ruynes, et
sou vente fois sont translerçs de gens en aultre , et
(»488) DE JEAN MOLIUET. 335
il soit ainsi que lesdicts. pays de pardeça appar-
tenant à nostre très redoubté et naturel seigneur
le duc Philippe y oqt pris naguaires chemin de
grande3 charges e\ dissentions ; en telle sorte que
ju||licetpaix , aofiitié et union, marchandises en ont
esté dSchassez et estrangez , au grand desplaisir ,
destriment et dommaigedu povre commun peuple,
et au préjudice de nostre très redoubté seigneur et
prince naturel^ qui est soubs l'âge et lequel nous,
comme bons et leaulx subjects , debvops et sommes
tenus de garder et préserver de tous nos povoirs ,
comn^e à ce sommes tenus et obligez ^ par tous
droicts naturel divin, canonicque et civils, nous
avons pour mectre et réduire lesdicts pays en paix
et bonne police, lesquels sont contigus et voisins
les ung aux aultres, et appartenant à un^ sei^
gneur, faict, coqclud et juré, faisons, promectons
et jurons, par meure délibération et authorité de
nostredit très redoubté et naturel seigneur, et
par le sceu adveu dq roi des Romains, père de
nostredict très redoubté seigneur , et de messei-
gneurs ^e son sang ; et aussi du consentement du
roi de France, prochain et apparent hoir de nostre-
dict seigneur, à cs^use de la royne , sa compaigne,
sopur d'icelui nostre très redoubté seigneur, paix,
union, amitié, alliance^ et bonne et constante
intelligence entre nous^ et par ensemble à^l'hon-^
neur de Dieu, et prqufiiit de notredict très redoubté
seigneur et de sesdicts pays et subjects , sur les
conditions et articles que cy après s'ensuivent :
336 CHUOMIQUES (»488)
ce Ladicte union y en tant qu'il touche la haul-
teur, seigneurie et gouvernemeut desdicts pajs
et villes , durant la minorité dejnostredict très re-
doubté seigneur et prince naturel monseigneur
l'archiduc d'Autriche , et en tant qu'il toucha la
police , dureront à perpétuité , et saulf le^roits,
honneurs et seigneurie de nostredict seigneur , et
demoureront chascun desdicts pays et villes en
leurs loix , privilèges , usaiges et coustumes ,
libertés et franchises.
» Premièrement. Nousavonsquicté et pardonné,
quictrons et pardonnons à tous suivants toutes of-
fenses^ injures et mesfaicts qui paravantla datte de
cestes, sont et peuvent èstre advenus par et entre
lesdicts pays et villes par fortune de guerre et
hostilité y soit par paroUes ou de faict ^ ensemble
tous dommaiges^ pertes et interest qui en peuvent
estre issus et ensuivis en quelque manière que
ce soit , les mectant en oubly comme non advenus;
en telle sorte que chacun desdicts pays , de quel-
que estât qu'il soit , soient réservez par la paix de
Flandres, sans aucune exception: aussi bien mes-
sire Loys de la Sterquet, messire Philippe du
Chesne , messire Jehan Labbé Vautier de A^erse-
beck, et aultres semblables, porront paisible-
ment retourner en leur pays, à leurs biens, et
les appréhender en tel estât qu'ils les trouveront ;
et par ce seront tous procès meuz à cause des
dictes divisions anihilés et mis à néant.
« Item y El néantmoins siaucuns ayant eu admi-
(i48Ô) DE JEAN MOLINET. Soj
nislration des deniers de notredict très redoublé
seigneur ou d'aulcunes villes , se estoit misusé en
icelle administration , et appliqué à leur prouffict
aucuns d'iceulx dessus dicts , responderont à
droict par-devant les loix , ou ils seront arrestez
ou justiciable.
» Item. En oultre^ promettons de faire extrême
diligence envers le roy des Romains , afin que in-
continent il face partir toutes garnisons et gens
de guerres quelque par t qu'ils soient , dedans et sur
les frontières desdits pays , afin que de tant mieulx
etplustost marchandisespuissent avoir cours^ etque
le labeur puist labourer et cultiver terre , et se
aucuns des capitaines et gens de guerres desdites
garnisons, faisoient di£Giculté de partir ou de laisser
leurs armes , nous avons promis et promectons
tout d'ung accord, d'y mettre telle provision ^ que
le pays en seroit incontinent quicte^et délivré , et
que paix et repos y sera comme devant tousiours.
» Item. Et pour mettre lesdits pays en paix avec
la couronne de France , nous avons accordé et
accordons par ensemble , et avec les trois mem-
bres de Flandres y que nous nous tiendrons à la
paix de l'an quatre-ving et deux , et avons advisé
et conclu de envoyer le plustost que pourrons ,
une notable ambassade devers monseigneur Des-
guerdes , mareschal de France, et lieutenant du
roy es marches d'Artois et Picardie , que son plaisir
soit nous recepvoir à ladicte déclaration , ainsi que
leur commissaire avecq les trois membres , en a
338 CHRONIQUES (»48S)
la puisisance et auctorité par lettres-patentes du
roy.
» Item. En oultre, pour mettre ordre et r^le
en Testât de très noble personne de nostredict très
redoublé seigneur ^ et pour ce qu'il est soubs eage ,
nous avons advisé et conclu par commun accord ^
que icelui redoubté seigneur, durant sa minorité^
sera entretenu et régi des domaines de tous les
pays y assavoir en la comté de Flandres^ par mes-
seigneurs de son sang y au contentement des estats
et membres desdits pays , et en la ducé de Bra-
bant et aultres pays , par le roy des Romains •
comme père et mambour de nostredit seigneur,
aussi de mes seigneurs de son sang estant par
deçà , et par Tadvis des estats de ces pays.
» Item. Que nous ni autres aucuns de nous ne
donnerons ne souffrirons donner passaige parmy
lesdits pays et villes • à aucuns gens de guerre
qui seroient levez et mis sus pour faire guerre à
nuls desdits pays.
» Item^. Et aussi est advisé et conclu que, en fai-
sant l'ordonnance de Testât de nostredit très re-
doubté seigneur, Ton advancera et promouvera
les plus nobles , notables et idoines desdits pays ,
sansymettreaucuns éstrangers, etquemesdicts sei-
gneurs du sang avecq le conseil, tiendront et trans-
porteront la personne de nostredict très redoubté
seigneur en tels lieux, villes de ces pays et
seigneuries et par deçà que par eulx sera advisé ,
et non auJtrement.
(i4<^8) DE JBAN MOLINBT. 55q
» Item. Est aussi coDclud que toutes matières
en tous lesdils pays seront expédiées, assavoir en la
comté de Flandres^ soubs le nom de nostredit très
redoublé seigneur, tant de justice , de finance et
de guerre , tomme autres par l'advis de messei-
gneurs du sang et du conseil , et es aultres pajs par
le roy, •'comme père et mambour de nostredict
très redoubté seigneur , et de ceulx de son conseil.
» Item. Pour retiennement de la justice, ordre
et poUices des villes, et aussi seureté des chasteaulx
et lieux forts , situez au pays et comté de Flandres
est advisé et ordonné que , quant il escherra de
mectre èsdicts pays et villes, aucuns nouveaulx
officiers comme capitaines desdictes villes ou des
forteresses estants en icelle gouvernance, provos-
tez , escouttes y baillis et autres semblables chiefs
d'offices, que mesdicts seigneurs du sang et du
conseil, y commecteront gens notables et ver-
tueux personnaiges, ausquels ne ait aulcune sus-
picion , et ce au contraire des loix et justice des
lieux où ce adviendra; affin d'évicter perditions
et inconvénients qui se pourroient ensuyvir, et dom-
maige à nostre très redoubté seigrfeur, et des
manants et habitants desdites villes; et se pat
inadventure, importunité de requesles ou aultre-
ment , se contre se faisoit , qu'il soit permis aux-
dictes loix , justice , et aulx souldoiers et gardes
des villes , forteresses, de non les f ecepvoir , tant et
jusques à ce que , eulx oys , aulttement en soit
ordonné.
34o CHRONIQUES 04^)
» Item. Nous avons en oultre promis et promec-
tons qiie se cj après aucun voulsist traffîcquer au
préjudice de cesdits gouvernements et alliances,
en tenant de ce paroUes ou coincation avecq qui
que ce soit y recepvant aucthenticqi^s lettres se-
crètes, ou messages concernant ceste matière,
sans le donner à congnoistre où il appartient , et
dont il apparut à suffisance , que la pugnition et
correction s'en feroit pour l'exemple de tous, par
loix et justice, où il appartiendra.
» Item. Semblablement avons promis et pro-
mectons , que se , cy après , il advenoit que aucun,
quel qu'il fust , voulsist à ceulx du sang demander
aucune chose pour la mutacion de ce gouverne-
ment à ceulx du conseil ou à aucun de nous
autres , en général ou en particulier d'avoir faict
ceste bonne paix ou alliance , ou pour quelsconc-
ques autres choses passées , que nous tous par
main commune et chacun en son regard y résis-
teront et ne permecteront à aucun vjer, ne tra-
vailler en corps , en biens, ne aultrement, en quel-
que manière que ce soit.
» Item. En oultre est advisé et conclud, advisons
et concluons par l'auctorité que dessus en advan-
cement de ladite marchandise, que toutes exac-
tions en toulieux nouveaulx mis sus , tant par
eaue que par terre , sans le sceu et consentement
desdits estais, seront ostez et mis et jus , et que do-
resenavant le marchand pourra mener sa den-
rée et marchandise d'un pays à l'aultre sur le
(ï488) DE J£AN MOLINET. 34 1
clroict des anchienes banlîeux , et conduite à cha-
cune.
» Item.En oultre^estadvîséet conclud^que parla
main comme Ton s'emploira devers les seigneurs
d'Âllemaigne^ que les nouveaulx banlieux mis sur le
Rbin de Rhin soient ostez^ ou sinon , que Ton ob-
viera de ce parti par convenable remède , et de
non plus souffrir que en ce pays en feront aucunes
nouvelletés , au moyen desquelles la marchandise
d'entre le pays puist estre chargée , retardée ou
empeschée en aucune manière.
» Item. Semblablement esl advisé,pour le grand
désordre qui est en la monnoie , qui devant la
minorité de notredit seigneur , sera forgée une
commune monnoie^ esdicts pays, par Tauctoritéque
dessus, et par Tadvis et d'ung commun accord des
maistresdes monnoies et ouvriers et aultres députez
de chacun pays à ce cognoissans, et sur tel pied
que pour le grand prouffit Von ordonnera , lequel
pied dessus dit , Ton ne pourra empirer ne changer
ne les prix, des deniers haulcer , ne rabaisser sans
le consentement de tous les pays. Et doresenavant
l'on forgera sur la chaudière et non sur amende ou
primes pécuniaires , le tout en ensuivant les privi-
lèges de chacun desdits pays.
» Item. Avons en oultre promis et promectons,
que nuls de nous doresenavant n'entreprendra
guerre contre qui que ce soit, sans premièrement,
sur ce, avoir assemblé tous lesdits estats ; et quand
par commun accord , guerre sera emprinse , Ton
CHROIflQIJES. T. LXV» -^ J. MOLINET. 111- 2 1
3^2 CHRONIQUES («4^)
ne pourra faire paix sans commun accord et con-
sentement de tous lesdits pays.
» Item. En oultre avons promis et promectonS;
chacun en son endroit pour aultrui y que la chose
lui touche , à maintenir et accomplir tous les traie*
tiez y paix , accords et alliances ^ qui par cy-devaat
d'entre lesdits pays ou aucuns d'iceulx oot esté
faicts et en outre entendons, que par ceste nouv^e
intelligence tous lesdits traictiez et accords soient
corroborez et approuvez.
» Item. Et afin que toutes les choses dessusdictes
puissent de mieulx estre conduictes à la plus grande
utilité et prouffit de nostre seigneur et desdicts
pays , et despescher toute nouvelleté , qui au
préjudice de ce pourroit estre faict ; nous avons
advisé et conclud , advisons et <}oncluoos que do-
resenavant les estais de tous lesdicts pays se ras-
sembleront une fois Tan : Assavoir , au premier
jour d'octobre , en Tune des villes du pays de
Brabant, Flandres et Haynault, sans ce qu'on
puist tenir icelle assemblée deux fois de toute en
ung pays , que premier elle ne ayt esté tenue en
chacun desdits pay§ ; et ainsi continuer d'an en an
durant le temps et minorité de notredit très re-
doubté seigneur ; et esquels lieux tous iceuls
pays seront tenus d'envoyer leurs députez sans
estre mandez , lesquels auront charge de recep-
voir toutes manières de plainctes et doléances
concernants la généralité desdits pays , pour par
les officiers et loix ou les deffaultes seront adve-
(^4*8) DE JEAN MOLINET* 345
nues en ensuivant leur privilèges , coustumes ou
franchises incontinent estre remédié , ou par leur
deffaulte y estre pourvu par mesdits seigneurs
du sang, du conseil et estais ; et pour Ist première
assemblée , est conclud de la tenir en la ville de
Bruxelles , le premier jour d'octobre prochaine-
ment venant an mil quatre cent quatre vingt-
huyt. Uantre en ensuivant le premier jour d'oc-
tobre, en la ville de Gand. La tierce assemblée ^
jour et an en suivant, en la ville de Mons^ et en telle
anltre ville et lieux que par lesdits estats sera
ad visé.
*» Item. Et pour ce que tomme nng chacun
scet et voit , par ce que les élections faictes par
ceul& à qui il appartient , aux prélatures des ab-
bajes et adltres dignités principales d'esglises col-
légialles desdicts pays , ne poelt sortir leur effect
comme de droîct commun debvroient, obstant
que révélations espéciales et générales ; ains sont
souvent icelles prélatures données en commande
et dignitez conférées aux estrangiers, qui ne des-
servant auxdictes préiatures et dignitez ^ et aussi
\e& lieuxàenlx commis sont en totalle rujne etdé-
solacion , en la grande confusion desdicts pajs.
Nous , en ensuivant le privilège général desdicts
pajs, promectons, et doresenavant nous tiendrons
la main à ce que iesdictes élections, ainsi faiétes
par ceulx à qui il appartiendra , seront entrete-
nuz sdon le droict escript , et résisterons de nostre
povoir, auxdictes commandes ou cbei^s de peu-
2 !•
C'
cttKO«xQ««* accord et coi-.C>^
54^ . ,,e pai* sans commun
^»T'" t oo^tre avons prom ^ . , eb^^
» Teo^- endroit VOU^^^Ur toosUst^*
faictsetenout^e^^^^^i^^tra^ctiezel
-^Sr. et approuvez. ^^^ des;
inteUiget^ce e^. ^ ^ desi
»*'»'.! ries «*-» .^r:^vo« , ^
^btoon' »■>« t°^ ,,„e des vdl« ^^
-, A'octobre , en u,,o»»H • .
concernants U ge^ ^^^ ^effaultes
les officiers et lo.*
344 CHEONIQUES (»4W)
sions el aultres provisions faicles à rencontre des-
dictes élections , et ne souffrirons icelles comman-
des ou provisions ainsi faictesavoirlieuetexécution
en aucune manière.
» Item. Et afin que les choses dessusdictes
puissent demorer fermes et estables, nous avons
ceste paix , alliance y confédéracion et intelligence
ratiffiée ^ chacun de nous par son serment , et sur
les sainctes Evàngilles de Dieu , les entretenir^ sans
contrevenir ne départir l'ungde Taultre. Et se au-
cun de faict se départist , ou par aucunes voies fust
contrainct soy séparer, néantmoins se ne sera la-
dicte paix el alliance pour ce entendue estre en-
fraincle , mais demora en sa vigueur ; et avons
ordonné et ordonnons que tous officiers es loix ,
et chacun pays à l'instruction de leur office, pro-
mecteront et jureront expressément d'entretenir
la paix et alliance, sans aucunement y contre-
venir, sous ombre de justice ne aultrement, en
manière que ce soit; et se aucun y contreve-
noit , nous , avecq lesdicls du sang , y résisterons
aux communs despens, soit par justice ou de faict,
selon que les matières seront à ce disposées, et
pour plus grande seureté , et que de ce soit per-
pétuelle mémoire, chacun de nous a scellé ces
présentes de son scel; et avons requis en toute
humilité à trèshault et très puissant prince le roi de
France, comme plus prochain et plus apparent
hoir de notre très redoubté seigneur, à cause de la
royne sa compaigne, sœur de nostre avant dict
f'*^) DE JEAN MOLIKBT. S^S
prince, que, par sa grâce, plaise de confirmer >
ratiffier et approuver ladicte paix et alliance , par
son grant sceaux, et nous ayder à résister par
force , quant la matière le requerra ; et aussi de
pugnir par justice les infracteurs d'icelleen mectre
de son royalme ; avons en oultre requis messei-
gneurs du sang , assavoir révérend père en Dieu
David, évesquedeUtrecht, Jeban, duc de Bourbon,
connétable de France^ Jeban, ducdeClèves, mon-
seigneur de Baujeu , comte de Clermont , messire
Adolpb de Clèves , seigneur de Winedalle , An-
tboine, bastard de Bourgongne, comte de la Rocbe
en Ardennes , Philippes de Bourgongne , seigneur
de Beures , et pays de Bruges , seigneur de la Gru-
tbujse, comte de Wincestre, comme parenset amis
de" nostre très redoubté et naturel seigneur, du costé
maternel , dont lesdicts pays sont succédez, qu'en
approbation et plus grande seureté de tout ce que
dict est, ils voulsissent mectre leurssceaulx à eestes
avec les nostres.
» Et nous, Charles, par la grâce de Dieu, roy de
France^ considérant le grand bien et prouffit que
nostredit cousin et frère^ et ses dicls pays et subjects,
sont apparans d'avoir par ladicte paix et alliance,
avons , à la requeste desdits estais , scellé ces pré-
sentes de nostre sceaulx , promeclant^ en paroUe
de roy, de faire entretenir et de aider et assister à
pugnir tous transgresseurs , comme dict est.
)) Et semblablenient nous, David , évesque d'U-
trecht, Jehan , duc de Bourbon, en considérant que
546 CSIROBIQUES (i4SS)
eo ceste bonne paix , qui esl grande el uliie ^ avons
juré el prombde par cestes, jorons el promectons
les choses dessosdicles , al de noos joindre avec
lesdicts estats et pajs, et faire tout ce qne parens
et amis aiidicl doc doibveni et sont tenus de Taire
poor Tentreleneaient d'icelle ; et en tennoing de
ee, avons nos sceanlx cj mis.
» El esl dicl et condod qne, en ceste pars,
seront comprins les antres pais et villes de nostre
très redoublé seigneur^ qui n'ont pmnt esté pré-
sens à cestes nos assemUées et unions. Sembla-
blement ceulx de liége^ du Stîch, d'Utrecbt et
-pais voisins de cesdicts pajs, s'il leur plaist^ qai
n'ont esté présens ^ et n'ont esté compris es dictes
alliances, seront tenus de le déclarer, par leurs
lettres -patentes scellées de leurs sceaulx; les-
quelles lettres ils délivreront en la main desdiels
estats y en tel lieu qui les trouveront assemblés.
» Ce fut fait et conclud à Gand , en l'assemblée
desdicts estats , le premier jour de mai de Tan de
grâce mil quatre cents quatre-vingts et huyt. »
('4^^) DE JEAN MOTilWET. 34/
■■BaBMaKKseesKSKsa»
CHAPITRE CLXXXIV.
Le par&ict de la paix de Broges^ et aucunes romptures dMcelle.
Ces mystères accomplis , et après que le roy
eust solemnellement juré, d'entretenir, sans jamais
aller au contraire , la paix cj-dessus escripte-, en-
semble l'union, alliance et confédéracion des pays,
laquelle il confirma, par lettres signées de sa main^
le roy descendit du hourd , chacun se partit d'il-
lecq, et la procession retourna à Saint-Don^s,
avecqles estats et membres^ surattendans la venue
de monseigneur Phelippes ; et quant l'on perchent
que l'heure seexpiroit, le roy se tira àl'hostel de
monseigneur de Ravestain, où son disner estoit
préparé, et séoit à sa table monseigneur le suf-
fragant de Tournay, qui ce jour avoit chanté la
messe , et reçieu les serments , les abbés de Saint-
Pierre et Dafflegon , et le seigneur de Heures. Le
disner estoit quasi à demy faict,quant monseigneur
Phelippes , le plus désiré à jamais , arriva illecq
tout armé. 11 fit la révérence au roy, quile recoeillit
fort amiablement ; et, après qu'il fust désarmé, le
fit seoir à sa table. Grâces rendues à nostre sei-
gneur le roy, monseigneur Phelippes, les prélats,
les membres et les estats, s'en allèrent à Tesglise
de Saint-Donas , où monseigneur Phelippes, au
commandement du roy, qui lui qpicla tous
348 CHROHIQUBS ("4^
serments et fidélitez qa'il aoroit faicts et debyoit ,
en cas qu'il contrevenist an traictié de paix , fit le
serment tel qui s'ensuit :
« Je , Phelippe de Clèves , seigneur de Wine-
» dalle^ etc. , promets et jure, par les serments que
j» j'aj icj faict , de moy transporter en la yille de
» Gand , et illecq tenir ostage , sans m'en dépar-
ia tir , jusques ladicte paix sera accomplie en
» tous ses poincts et articles ; et s'il advencût que
» aucun face ou viegne au contraire ^ directe-
» ment ou indirectement, je jure et promes que,
» avec les trois membres de Flandres , je ay deray
» à résister aux infracteurs, et de corps et de
» biens jusques à la mort.»
Pendant le temps que ces sermens se firent en
Bruges, l'ost des AUemans estoit à Maie et à l'en-
viron, avec lesquels le roi, au délivre de sa déten-
tion, fut magnifiquement receu. Mais, avant son
département , fit venir à la porte de Sainte-Croix ,
pour congié prendre , les trois estats qui sa déli-
vrance avoient pourchassez^ se lui firent prier
qui lui plaisist prendre en gré le petit debvoir
qu'ils avoient faict, en lui offrant tous et quel-
concques services et amilié que possible leur se-
roil de faire , lequel il accepta libérallement , di-
sant que jamais ne les mecteroit en oubliance^
quant par expérience ils lui avoient démonstré
service, et honneur et amitié.
Le roy surattendoit à la porte le seigneur de
Wolkestain, qui, selon le compromis du traictié
('488) DB JEÂ9 MOLIUBT. 3^9
de paix j se debvoit rendre hostagier pour luy ; mais
lesAllemanS; non asseurezdu parlement du roj, ne
le souffrirent venir, dont monseigneur Phelippes ,
à la requeste du roy et des trois membres de Flan-
dres , se tira vers les princes d'Âllemaigne , aux-
quels il certifia que ainsi en estoit ; si ramena en
la ville le seigneur de Wolkestain , lequel ^ voyant
le roj, se mit à pied, et le roi.le print par la main,
prenant final congié auxdits estats, et leur requer-
rant qu'ils ne partissent de Bruges n'arvoient nou-
velles de lui, et à tant issit de la ville ; et monsei-
gneur Phelippe le convoya. Et lorsque le roi et lui
furent hors de servage et en toute franchise f mon-
seigneur Philippes dict au roy : « Monseigneur,
» vous estes maintenant vostre francq homme, et
» hors de tout emprisonnement, voeillez-moi dire
» franchement vostre intention. Esse vostre vo-
» lunté de tenir la paix que nous avons jurée , ou
» non I et, au cas que non, j'en feray pour ma
» part le mieulx que je pourray. » Le roi respon-
dit : ce Beau cousin de Glèves, le traictié de la
» paix , tel que Tay promis et juré ^ je le voeU en-
» tretenirinfalliblement et sans infractions. » Et à
tant prindrent congié l'ung de l'autre, et le roy, fort
révérende , bienvenu et grandement festoyé des
princes d'Allemaigne , fut mené au chasteau de
Maie , et monseigneur Phelippes , son hosta-
gier, retourna en Bruges , ensemble le seigneur
de Wolkestain et le comte de Hanon, qui pa-
reillement firent le serment de la paix, enl'esglise
35o CHRONIQUES OW
de Saioi-Donas. Et ce mesme jonr^ se partit de
Bruges monseigneur Phelippes , pour aller en
Gand parfurnir sa promesse.
La nuict ensuivant , aucuns de l'ost des Al-
lemans firent courses et criées devant les portes
de Bruges ; pourquoi grand effroi se renouvella
en la ville y et furent tous les habitans toute la
nuict en armes ; et quand vint le matio , qo^il con-
vint ouvrir la porte Sainte-Croix à Lembourg , le
herault apportant lettres à monseigneur de'Wiere,
affin que les estats se tirassent vers le roi , mais
à l'ouverture de ladite porte , aucuns bannis de
Bruges et malvoeillans y affûtèrent trois ou quatre
serpentine devant ladite porte ^ et tirèrent en la
^ ville, dont sourdit plus grand murmure que de-
vant ; car il sembloit aux Brughdiins que le traic-
tié de la paix estoit rompu. LeaM^els pour dimer
aux emprinses de oeulx du dehors , chargèrent
pareillement aucunes serpentines , et ne faindi-
rentde tirer vers les Allemans. Les estats ^qai
s'estoient acheminez pour aller vers le roy , furent
esbahis de ces manières de faire, à grand crainte et
doubte retournèrent en la ville , et pour rencharge
de mal advanture- Ceulx du parti des Allemans
boutèrent les feux en plusieurs censés et maisons
estants à l'entour appartenants aux Brughelins ,
dont ils furent très esmeus ; car le feu de dehors la
ville enfladma le cœur de ceulx qui dedans es-
toient , dont pour estain cire les ires d'une part et
d'autre , les estats provisèrent d'envoyer devers le
(i4^) DE RAMON MUNfAWER. 35 l
roy son confesseur , aflin de savoir son intention et
qui le mouvoit de faire ceste romptare, auquel il
respondit , que tel excès se faisoient grandement
à sa desplaisance y et qu'il se mectroit en tous
debvoirs pour faire appréhender les malfacteurs ,
et que pourtant les estats ne différassent de ve-
nir vers luj , ensemble ceulx de Bruges , et pour
cause qui fort touchoit leurs affaires. A tant Tef-
froi s'acroist , et lors les estats et les Brughelins
allèrent vers le roy , lequel ils trouvèrent aux
champs j seul à cheval > accompaignié de quatre-
vingts archiers» La révérence faicte , il appellales
Brughelins à part , et entre plusieurs choses , leur
dict qu'ils gardassent la paix jurée^ et il se em-
ploieroit en toute diligence ; puis il fict envo-
quer les estats auxquels , il fît trois requestes.
La première qu'ils priassent aux princes d'Aï-
lemaigne, qu'il leur pleiTsict estre médiateurs vers
l'empereur y son père , affin qu'il se contentast de
ceulx de Bruges , considéré qu'il estoit au délivre
et qu'il leur avoit pardonné leurs mesus. La se-
conde j que iceulx les estats lui voulsisent signer
cédulle de cinquante mille escus qui luy furent
accordez au traiclié par paix faisant. La tierce ^
que bon règle et provision fusist mis sur les pays;
car il avoit intention de soi retirer vers son père ,
pour solliciter ses affaires.
Quant à la première requeste , ils respondirént
que voluntiers prieroient aux princes d'Allemai-
gne , aflin qu'ils intercédassent pour les Brughe-
352 CHRONIQUES (»W
lins vers l'empereur. A la seconde , ils respondi^
rent qu'ils se trouveroient aux estais à Gand avecq
les autres , où ils feroient rapport de la requeste
pour j besongner le mieulx que possible seroit.
Quant à la tierce , ils rèmectoient le tout à son bon
plaisir , et de leur part offiroient de eulx em-
ploier à toute diligence ; et par aînsj le roj se
contenta fort d'iceulx ^ et ne demoura guëres
qu'il ne amenast les princes vers eulx, assavoir le
marquis de Baden , le comte Ghristopkle et son
frère le comte de Sorme y le seigneur Dessestain et
messire Corneilles de Berghes. La révérence faicte,
messire Pierre le Comte proposa , au nom des
estats et fist requeste auxdits princes > telle que
le roy Tavoit ordonné , assavoir qu'il leur pleusist
requérir à l'empereur qu'il pardonriast aux Bru-
gbelins , ect. Sur quoy les princes les advertirent
bien au long , la charge qu'il avoient de l'impé-
riale majesté , à cause de la prinse et détention
du roy , c'estoit de faire la plus austère guerre que
faire pourroient , en boutant feux et mectantà'
l'espée hommes,femmes et enfants, Néantmoinsils
promirent de volontiers faire ladite requeste à l'em-
pereur; mais affin que plus légèrement il s'in-
clinast à pardonnance , et que de meilleur cœur
ils se emploiassent, ils requirent auxdits estats, que
le seigneur de Wolkestain et le comte de Ha-
non, hostagiers en Bruges pour le roy, leur fussent
renvoyez , et parmy tant ils diligenteroient Je
surplus. Les estats repondirent qu'ils en feroient
(»4Ô^) DE JEAN MOLINET. 353
leurmieulx avecqles Brughelins, mais ils n'avoient
puissance que de requeste.
Les princes ne furent pas contents de ceste res-^
ponce, et dict l'ung d'eulx que jamais ne se parti-
r oient d'illecq eulx ne leur armée , ne raroient
lesdits hostagiers. Le roy voyant que les princes
ne se'contentoient , les appaisa par doulces per-
suasions ; excusa lesdits estats , en disant qiie c'es-
toit le faict des Brughelins et non point aux
estats 9 lesquels se emploiroient , qu'ils en aroieni
bonnes nouvelles.
A tant se départit le roy et les princes , qui se
tirèrent ensemble leur armée à Midelbourg et
à Ardembourg , et les estats rentrèrent en Bruges
et trouvèrent en la maison de la ville , les seigneurs
de la loiy assemblez , les quatre hommes, les hoo-
stmaus et les doyens de Meringhen ; et illecq réci-
tèrent les requestes que leur avoient faict le roi et
les princes d'AUemaigne , la délivrance des hos-
tagiers après que les Brughelins eurent oy les-
dites requestes , ils remercièrent les estats de
leurs labeurs et bienvoeillances ; et quant ils eu-
rent assemblez le commun , leur dirent qu'ils es-
toient délibérez de rendre lesdits hostagiers moyen-
nant que ce seroit le bon plaisir de monseigneur
Phelippe , à cause qu'il luy touchoit ; car aultre-
ment ne se fussent assentés. Et adoncques , pour
appointier ces besongnes, la pluspart des estats es-
tans à Bruges , retournèrent avecq eulx de Gand
illecq séjournans , lesquels à l'excitation des trois
354 DE JEAN MOLINET. (M^)
membres de Flandres , jurèrent solempneUemeot
la paix sur le sainct sacrement , la vraie croix
et les sainctes reliquaires en l'église de Sainct-
Jehan , ainsi que leurs compaignons l'avoient juré
en Bruges , et scellèrent les lettres et signèrent
comme les autres , et pour ce que la sdkmpnité
de la Pentecouste approchoii j ils prièrent à "moii-
seigoeur Philippe de retourner en leurs marclies,
laquelle chose il accorda , moult ennui et non sans
cause ; car oncques puis nule de eulx ne se trouva
vers luy pour besongner sur ceste matièi:«« Toutes
fois ils promirent et jurèrent de retourner et com-
paroir ea dedans huict jours ensuivant y ou autres
députez pour eulx.
Les estais doncques retournez es ytUes et li-
mides de oeulx qui les avoient eu vojés et délégués
pour la délivrance du roi y fort joyeulx de la paix
qu'ils avoieot obtenue, s'esforcèrent de faire pu-
blier ladicte paix , et firent ostention de certaines
lettres que le roi escripvoit, contenant en sub-
stance :
« Chers bien amez , en inscrivant la concio-
'> sion prinse à la journée derrenièrement tenue
» en la ville de Gand par les députez des pays de
M parachever, nous avons aujourd'hui, en ceste
» ville de Bruges^ solempnellement juré et paromis
» in^dolablement garder, observer et entretenir la
» paix faicte , conclue et accordée , nous et ceulx
» de ce paysde Flandres, selon ot en la forjaequ'îi
») est à plain dédarée es lettres patentes de ce fai-
(i483) t)E JEAN MOLINET. 555
» santés mention. Ce que vous signifiions ^ afin que
» Jadicte paix vous gardez et observez en tous ses
» poincts et termes , sans faire ne souffrir jestre
» faict ou aller au contraire , en manière quels-
» concque , sur tant que doubter , mespremire et
» encourir oostre indignation ; vous advisant <jue
» des infracteurs et conlrevenaas^ et aussi de ceulx
» qui donneron t faveur, ayde o« confort à ceulx qui
» vouldroient contrevenir à icelle paix, ou faire
» guerre ' audict pays de Flandres, nous ferons
» faire telle punnition que ce sera exemple aux
» aultres ; car certes tel est nostre plaisir. Cbiers
» et bien amez, Nostre-Seigneur soit garde de
M vous. Escript à Bruges, le seiziesme . jour du
» mois de mai, an mil quatre cents quatre-vingt
» et huit. Signés de M axûnilianus , et du secré-
» taire Houdecontre, sur la lace des lettres dessus
» escript. »
Sur le rapport de bouche que firent les despn-»
tez desdicts estais , et sur l'ardanl; désir et bonne
affection que le povre peuple , long*temps ber-
sandé de guerre , avoit au bien de paix, la paix
fut publiée en plusieurs villes, comme Bruges,
Gand , Audinarde, Lisle, et Mons en Haynault..
Sous umbre de ceste paix , laquelle Ton espéroit
ferme et estable, se mirent aux champs et en
leurs propres domicilies, les paisans de Flandres,
et qui, durant la guerre^ s*estoient tenus es forts
de Bruges , de Gand et aultres villes , et comme
bien asseurez , commenchèrent à labourer les ter-
366 CHRONIQUES 048«)
res, et aussi pour complaire au roi des Romains ^
et adopter sa grâce et bieavoeillance ^ les Fla-
meus délivrèrent au roy le seigneur de A^olkes-
tain et le comte de Hanon , hostagiers pour luy ea
Bruges, et monseigneur Phelippes demoura seul
en Gand. Deux ou trois jours après que la paix fust
publiée èsdictes villes, dont les cœurs de bonne
volunté furent resjojs plus que jamais , le roj cod-
tremanda, par ses lettres, que Ton se déporta de
publier ladicte paix, et fit commandement que
l'on porta et menast de quarante à cinquante
chariots de vivres , en Tost des Allemans , lors
estant à Niemve ; et ceulx de Lessines en frontière
des Ganthois , eurent commandement, par mon-
seigneur l'archiduc , de courre sur les Flamens ,
dont ils se acquittèrent grandement. Ainsi furent
surprins les povres pajsans, tant des Allemans
comme des.Haynnuiers, desquels ne se doubtoient,
cuidans entretenir et user du bénéfice de paix.
Lors fut meu appoinctement en espouvantement ,
liesse en tristesse , transquilité en hostilité , esba-
nèy en émoy, et félicité en férocité.
(i48«) DB JEAK MOLINET. 35-
CHAPITRE CLXXXV.
Ija descente de Femperear et de la puissance de Germanie an secours
du roy des Bomains.
Le temps pendant que les trois estatsprocuroient
la délivrance du roy par voje amjable , se prépa- *
roient les princes d'ÂIlemaigne -à la guerre y pour
le recouvrer par main armée ; et par le commàn-'
dément; sceu et adveu de monseigneur l'archiduc
et de son conseil » messire Corneilles de Berghes et
messireFrédérick^etmonseigneurDessestain^furent
envoyez vers Farchevesque de Coulongne et au-
tres grands princes de l'empire ^ lesquels firent si
bonne diligence , et en peu de jours y qu'ils exci-
tèrent^ estiieurent et eslevèrent la puissance de
Germanie, tellement que, pour eslargir la majesté
royalle de sa dure captivité et détention rigo-
reuse , Timpérialle majesté y accompaignée d'au-
cuns princes électeurs^ ensemble de la très illustre
et clère baronnie d'AIlemaigne , descendit en ces
marches; mesmes les bonnes villes subjectes à
l'impérial sceptre envoyèrent gens d'armes sti-
pendiez de leurs propres desniers , pour servir le
roy à son extrême et très éminente nécessité , et
militer pour sa bonne et juste querelle. Ainsi donc
ques le bon père, fort chargié d'ans , par infaillible
et indissoluble amour naturel, donna secours et
Chrohiques. T, XLV. — J. MonwET. 7/7. 2 2
358 CHRONIQUES (»488)
grande célérité à son très cher et amé fils. Les
nobles'princes et barons de TEmpire , considérans
le cas fort lamentables ^ furent esprins de pitié et
compassion; et, pour rédimer le roy, leur vray
seigneur et futur impérateur , s'eslongèrent de
leurs marches, contrées «t donûcilles, habandon-
nferent corps , chevauche et avoir aux domma-
geables grands périls de la guerre > et furnirent ce
* voy aige à leurs despenâ propros ; et les bons et
léaux subjects citoyens et communaultez des im-
périalles appendances , desployèrent Vas trésors de
leurs espargnes pour subvenir à leur rôial chief
coronné, unicque et vray héritier de Tempereur,
par diverses compaignies et bandes; et à plu-
sieurs fois m^u?cfaèrent AUetnatis en Brabaol; pour
entrer en Flandres, et pasisèrent par la ville
de Malines, qui^ comme leur singulier refîigeet
amyable administresse , les receu^ bienvegna,
conjoy et favorisa.
L'empereur, magnifiquement accompaignié des
princes germaniens , arriva a Lonvaiti la veille de
la Penthecouste. Le roy , son fils , habitue d'une
robbe noire , et nouvellement d'emprisonné de
Bruges, se trouva ceste mesme veille en Louvain,
si se tira vers Fhostel au logis de son père l'em-
pereur ; et lors , sentant l'approce de son fils ,
se leva de son siège pour venir au-<levant du roy ,
qui, faisant condigne révérence, monstra obé-
dience filiale ; et l'empereur, lui rendant amour
paternel, comme le bon père qui recoeuvre'son
(i488) DE JEAN MOLTNET. SSû
enfant du dangier des bestes sauvaig^es , Tembra-
cba à très grande liesse. Cest abordéement , ce
nouveau recoeil et très désiré embraschement en-
gendrèrent larmes de pitié et compassion aux
cœurs dés adsistans* L'empereur et le fils séjour-
nèrent en Louvaiu jusques au lundi ensuivant; et
ce lundi, feste de la Penteoouste^ entrèrent en
Malines , où ils furent receus par grande affection
de cœur et sumptueusement festoyez d'almue*
ries, histoires joyeuses et esbatements; et fut la
pluspart de l'armée de l'empereur logiée ceste
nuit es maisons de ceulx de la ville , qui libéralle-
naent leur favorisoient, et ils se contentèrent gran-
dement de leur payement , car ils ne firent dom-
maige d'ungseul petit poullet. Et lors courroit en
leurs host^s si noble poUice fort justement ^ à me-
sure que ame ne trouvoit fiche de doléance« L'ar-
mée estoit décorée et embellie de ttè^' puissans
princes élégants et haults personnaiges, fort bien
en poincts , et montez sur chevaulx de mesures ; et
monstroient bien qti'ils aymoient le roy d'une fer-
vente amitié , par le bon service qu'ils luy firent.
Paretilement les villes subjectes à l'impérialle
majesté, car l'armée fut estimée plus <fe vingt
mille hommes bien pris, gens de faict et de
bonne taille; ne jamais ne de nostre temps, ne
de l'eaige de nos ancestre»^ ne proavîmt ne des-
eendi en nos quartiers telle puissance d'AUemai-
gne, si notable ne si bonnestement conduicte et
ardonnée.
22.
362 CHRONIQUES (»4^î
Les Flamens, pour obvier aux Germanieiis et
nations leurs adhérens^ mandèrent Francliois en
leur ayde,el marchèrent en Flandres les Sieigneurs
de Firmes et des Pierres el aultrescapitaines de trois
cents lanches. L'alliance et la subvention des Fran-
chois auxFlamens despleust tant aux Hajnnnjers,
Antverpiens et Malinois que rien plus ^ et disoient
aucuns , jà soit ce que le roi eusist commandé eo
jurant la paix à monseigneur Phelippe que sa
fraction j avoit de son quartier , il prensist telle
alliance et subside que bon luj semblent. Si ne se
debvoit<il pour nulle rien soj joindre aux Francbois
capitaulx ennemis des pais. Semblablement les
Flamens , qui tant constamment avoient soustenu
et bataillé contre eulx, ne s'y debvoient asseotir,
ains debvoient quérir autre manière de faire.
Depuis le jour en avant que Franchois alliez aux
Flammeus se tindrent en poincte contre le roy et
cenlx de son partie toute murmure, hayne et hos-
tilité s'éleva contre monseigneur Phelippe, souve-
verainement en Haynault, où il estoit par avant
comme le père du pais , autant ou plus redoubté
ou cremeu que le roi des Romains.
L'empereur tenans les champs à Ceureghen, fil
signifier auxGanihois, par ung sien hérault, que
son plaisir estoit qu'ils le recognussent pour
souverain seigneur , touchant le quartier oultre
l'Escault , et comandoit qu'on lui envoyast le
chancelier, Je seigneur de Mingoval et aultres no-
bles personnaiges familiers du roy, emprisonnez en
(i488) DE JEAN moliubt. 365
Gravestienne , ensemble plusieurs autres choses y
dooi Teffect fut petit. Lors eotre les doyens
avoit ung grand enaoy ; le doyen des cordouaniers,
nommée Remieul» le meilleur ouvrier de tous ceulx
de Gand , qui pour exécuter les rigoureuses con-
ceptions j fit amenier trois confesseurs , deux
puttièreS; dix ou douze satellites fort en poinct,
armez et embastonnez , et lui-rmesmes avoit ung
gantelet de fer en main , et quand il entendit que
Tempereur demandoit à voir lesdits prisonniers,
il promit au hérault sans faulte nulle ^ qu'il aurait
partie de son désir. Le hérault, fort joyeulx de
ceste respcmse, se contenta grandement, etfist
grande ckière selon le temps , espérant délivrance
de ceulx qu'il caidoit ramener à grande joie.
Ce doyen dessusdit , fort animé et plain de
mal vais esprit > fit hastivement faire deulx mar-
haulx à fachon de oaalettes de pèlerins, sur in-
tention de y bouter les testes d'aulcuns d'eulx ;
lorsqu'ils seraient exécutés pour en faire présent
à l'empereur , puis se tira vers la prison, accom-
paigné de sacqmans , confesseurs et bourreaux ,
et de prime venue , fit convenir devant luy messire
Phelippe de Nassou , et messire Renier de May ,
lesquels soubdainement fit administrer de leur
salut les cuidant descapiter au parquet du cbas*
teau. Les autres prisonniers d'en hault oyans le
parlement d'en bas , et cognoisiiant la prochaine
malideuse volunté du doyen, furent en grande per-
plexité comme ceulx qui l'accolée attendaient^
364 CHRONIQUES (>W
Entre lesquels l'abbé de Saint-Bertin descendit
en bas, redarguoit ledit doyen de sa fnriease pré-
tente, pour ce que sans procès , et sans présence
déjuge, tyranniquementles voloit faire occire. Le
doyen si mal se contenta dudit abbé, qu'il l'empoigna
d'une main par le collet , mit la main à sa dague^
persistoit en son insolence, quand monseigneur
Phelippe, par l'ad vertement d'aucans de la loi,
survint illecq soubdainement , et lors qu'il
aperchut ce grand mesus et doloreux meschief ad-
venir , il adressa ces paroles au doyen et à ses
complices ^ et leur dit :
« Que voulez-vous faire, gens inseasez et saos
» pudeur ? ne pensez-vous point au grand dao-
» gier que vous encherez se vous homicidez ces
» poures prisonniers, et que se la moi^ vient à
» la cognoissance des Allemands ànflambés d'à-
» gir , et fort vindicatif, tenez-vous pour asseurez
» que aultant en feront-ils au seigneur de la
» Gruthuise, l'ung des grands amys que vous ayez
» en Flandres ; et soyez certains que le seigneur
» Despierres et son fils , est en certain lieu pour en-
» trer en celte ville à main armée, sur intention de
» obviera vos ennemis et subvenir à vostre extrême
» et grand besoing, et se ne faites doubte que se
» son père perd la vie par contre vengeance d es pri-
w sonniersici détenus, il vousseraperpétuelennemi
» capital et irréfragable , ne jamais ne le vous
» pardonnera. Ainsi multiplierez ennemis , à tous
w litz qui guaires ne vous sont duisants. »
(»48*^) DE JEAN MOLINET. 365
Par ceste remonstrance ainsi faicte à très grande
paine et fort ennuis , se refréna de son ire le doyen
inhumain , oultrageux et félon , et les seigneurs
de Gand perceurent Téminent péril qui leur po-
Yoit mesadvenir par la fatuité et oultrecuidance
dudit dojen y qui fort avoit la teste verde. Affin
que plus avant ne se ingérast de faire telles inso-
lence y ils firent inhibition et de£Pense par commun
accord, que nuls doresenavant, sur grosse paine, ne
se advanchast d'exécuter personne se du moings
il n'avoit huit homme de la loj présents.
Et ainsi retourna le hérault vers l'empereur,
sans rieos obtenir de ses diverses intentions* De
ceste dangereuse adventure, furent madame la chan-
cellièfe , et la dame de Hingoval lors estans à
Gand et pourchassant la délivrance de leurs ma-
ris, en angoissense tribnlation, considérant les
injustes exécutions qui paravant s'estoient faicles
des nobles grands personnages détenus es mains
des Ganthob , poorqnoj la dame de Mingoval a
tonte diligenoey ce mesme foor an soir, se trouva
vers le seigneor des Pierres priant très instamment
qu'il voolsist remédier an dangereux prétendre
dndit dojen , afin qoe son marj et antres nobles
personnaiges prisonniers leussent asuenrez de leors
vies, laqorile chose proonst aimt le faire. Madame
la chaaœlliëre, d'anltre part^ ne ceimtde coorre,
diligenter et inierccder de Tnnç a Tantre^ et ^
faict j rencontra sor le^ nies Memre Xànoà de Ka-
zen:^hîeD et Coppeoolle, et ii^lle ponpMant toi^e
366 CHUONIQUBS 048^
grainte de noblesse, suppliante pour le salut de son
mary y qui lors lu j touchoit plus que nulle riens y se
rua devant eulx en genoulx en la boe et fanges
comme feroit une poure simple femme devant les
pins grans princes du monde. Et pour ce que
aulcuns seigneurs ^ bourgeois et manans qui tous
estoient pour le parti du roj des Romains , s'es>
toient absentez d'illecq quérans aultre part leur
demeure, les femmes desdits seigneurs^ bourgeois
et manans furent bannies de Gand en nombre de
quarante à cinquante, entre lesquelles estoient les
deux dessusdictes dames ; et ce fut faict afin que la
disposition et estât de la ?ille ne fusist réyélés aux
maris d'elles.
CHAPITRE CLXXXVI.
La prinse de Dainze par. les Allemands et les Walons.
Dainze est ung fort villaige sur la rivière du
LjSy qui donne passage d'Audenarde à Bruges^
et de Courtray à Gand ; et les paisans à renvirou ,
tenans parti contraire au roy des Romains , avoient
fortiffié l'église où ils estoient boutés , comme
une forteresse , avec certain nombre de Franchois
et de Flamens à cheval et à pied, qui les sousle-
noient, et deflPendoient tellement le passaige , que
les vivandiers de Mons , Vallenchiennes, Arth et
autres villes de Haynault , n'osoient passer ledit
('488) DE JEAN MOLINKT. 367
villaige pour raflFraischir l'oost des Allemands ; et
furent contraints les aucuns de retourner en Hay-
nault^ les aultres de vendre leurs vivres périssa-
blés , et les doi\ner à meilleur marché en Aude-
narde, qu'ils ne leur avoient couslé. Considéré
Tostacle et interpos que lesdits Franchois et Fia-
mens mectoient audict 'Dainze , tant périlleux ,
que l'on ne povit passer sinon à puissance , le roj
y mit remède convenable ; et pour tenir le pas~
saige ouvert, y envoya soubs la condiiicte do duc
Ghristophle ^ de quatre à cinq mille Allemands ^
ensemble aucuns Wallons, soubs Ferry de Non-
nelle , qui par Tadvis et ordonnance des conduc*
teurs d'AUemaigne envoyés devant avecq les piér
tons, desquels il estoit capitaine, affin de scavoir par
quelle manière on pourroit avoir approce audit
fort y et le gaigner par armes.
Quand Ferry et ceulx de sa bande se fust ap^
procé de Dainze , environ deux heures en la nuict,
le neuvième de juin, il trouva fortilBîcationset fossez
plein d'eaue y esquek luy et les siens entrèrent
jusques au col , gaignèrent la place, se trouvèrent
devant l'esglise , et donna cest efïroy tel paour aux
Franchois, qu'ils habandonnèrent les Flameos;
et se partirent environ cinquante chevaulx et vingt
piétons* Ce temps pendant , survint la puissance
des AUemants, qui par force d'armes assaillirent
le fort tant vigoureusement, que les Flamens et
le demourant des Franchois furent livrez aux
trenchans des épées , aucuns noyez et autres
3C8 CHttONlQUBS ('4«S)
fugitifs ; et demorèrent morts sur la place y de trois
à quatre cents. L'ung des doyens.des mestiers de
Gand fut recognu entre les autres , si fust par les
Allemands estendu et fiché d'une longue dague ,
sur un grand huis y et ainsi en cest estats mis sur
la rivière , en espérance qu'il arriveroit en Gand,
et ce fut Jait comme parbultre vengeance , et en
délestant ceulx qui durement avoient tenu le roj
prisonnier et en captivité , desquels les Ganthois
estoient les principaulx commoteurs.
Ainsi fut despeschié le passage de Dainze ^ par
les Allemands et Walons, au grand déboute-
ment des Flamens^ et le roy faisant semblant
d'assiéger Courtra j , suractendant soù artillerie y
se tint luy et son armée à Menin , par aucuns
jours ; et les seigneurs de Ghieures , de Sempj ,
de Cambraye , de Lens et autres de Haynault , fort
empoincty le vindrent servir. Et pour ce que
nouvelles couroieut que ceulx d'Ippres vo-
loient venir à bon appoiuctement , le roy fit pu-
blier que sur les chastellenies , terroirs et appen-
dances duditippres, ame ne s'advanchast de faire
quelqu'emprinse , courses oupilleries, et de faict
s'admonstra devant la ville à grosse puissance ;
espérant qu'ils viendroient ou envoyeroient vers
luy pour traictier de la paix; mais il firent le
contraire ; car ils tirèrent engiens à pouldre sur
son armée^ et vindrent escarmoucher aux barrières,
tellement qu'il y çust perte d'une partie et d'autre.
Le roy retourné de devapt la ville , les Frau-
{'488) D£ JEAN MOLINBT. 369
chois, deux heures après ensuivant, y entrèrent de
nuictàneuf cents chevaulx, et pour donner résis-
tanceauxFranchois qui se fourroient en Flandres se-
lon la rivière du Lys, si que de faicl ils prindrent le
chasteau d'EsIrée. Leroy, accompaigné du duc de
Zussex, du marquis de Brandebourg, du duc Chris-
tofle , et autres comtes et barons , environ quatre-
vingt à cent chevaulx, et de quatre à cinq cents
piétons, entra le jour Saint-Jehan, en la ville de
Lisle, et après disner s'en alla au chasteau, oùavecq
les souldoyers , qui illecq estoient d'ordinaire, ren-
forcha la garnison de cent à six vingts Allemands,
puis renouvella le serment de ceulx de la ville ,
qui, levant les mains en hault, promirent d'estre
bons et léaulx subjects au roy, et à monseigneur
l'archiduc son fils , et delà le roy retourna à son
logis de Menin.
En ce temps le chasteau d'Estrée portait grand
dommaige es marches voisines tenans le parti du
roy de France ; pour quoy Quaquelevent et
aultres chiefs de guerre de la garnison d'Arras ,
chargèrent gros engiens à pouldre , artillerie vo-
lans et instruments propices à donner l'àssault ;
et se trouvèrent devant ledit chasteau, duquel estoit
capitaine Gonnet le Gousturier , accompaigné de
dix-huit à vingt hommes de deffense , lesquels à
peu de force rendirent la place , leurs corps et
leurs biens saulvez ; ledit Gonnet se tira en Douaj,
et les Franchois tindrent ledit chasteau neuf jours,
puis le bruslèrent, démoslirent et abandonnèrent.
StO CHKOHIQUES ('^88)
CHAPITRE CLXXXVÏI.
Copie de certaines leotres eoToy^ par moDsei^iifear Plw%pe de
Clères au roj des Romains ; ensemble responce faicte par le roy ai-
dict monseigneur Phelippe.
Pendant le temps de ceste rigourense guerre
et lamenlable, aDCuns personnaiges furent en-
voyés vers le roy des Romains par monseigneur
Phelippe , affin de le persuada* par doulces et
amyablesparolles y de tenir la paix faicte en Bruges.
Furent aussi envoyées et rechues de Tung à raotre
plusieurs missives contenans remonstrances , re-
qnestes et responses, desquelles les copies sont in-
sérées en ce présent chapitre , et premiier de mon-
dit seigneur au roy , desquelles la teneur s'ensmt.
« Mon très redoubté seigneur, le plus desplai-
» sant que jamais fuz depuis que j*ai eu cognois-
u sance tant et si humblement que je puis , je me
» recommande à voslre bonne grâce ; et vous plaise
» scavoir qu e les trois membres deFlandres , au jour-
» d*hui assemblez en ceste ville de Gand , en réi-
» térant plusieurs requestes qu'ils m*ont faictes^ de
» puis que j'ai tenu hostaige pour vous , me oot
» une fois pour tous somé et requis de moy dé-
» clarer à la guerre , à leur deflPense , en ensoi-
» vaut le serment que par vostre ordonnance rt
ti très instante requeste , au faict d'entretenir h
» paix par vous faicle , et solempuellement jnrfc
(i4^8) DE JEAN MOTINET. 5^1
» en la ville de Bruges , en cas d'infraeion de les
» ajder et assister de toute ma puissanoe, veu que
» vos gens persistent en la continnation de la
» guerre en destruisant les pais , terres et seigneii-
» ries de mon très redoubté seigneur et prince na-
» turel monseigneur l'archiducPhelippe vostre fils,
» nonobstant qu'il soit en pupille et en minorité
a d'eage , ce que veu les diligences par moi ,
» envers vous faictes , tant de fois réitérées , tant
» par mes lettres , que par messages , affin de
» l'entrétenement de la paix , et que ne fuz cons-
» traint; à mon grand regret , prendre les armes
» contre vos gens de guerre , à la deffense des
» pajs de mondit seigneur Phelippe , et à la tui-
» tion de ma personne/ dont jusques à présent
» n'aj eu quelque response fructueuse ; mais
» au contraire aj aperceu et perchois enoores
» journeliement , et de moment à i*autre la com-
» mutation de la guerre, en boutans feux et faisant
» toutes les inhumanités que entendement hu-
» main sauroit excogiter , en enfraingnant ladite
» paixparvouslântsolempnellementjurée, et de-
» puis vous estant au délivre,promisistrentretenir,
» pourquoy en Tacqmct de mon serment, doubte
» oflFenser Keu , nostre créateur , et à la deSense
» de mon prince naturel , et de ses pais et sub-
» jects , je me suis aujourd'hui déclaré à la guerre ,
» et en ensuivant mondit seraaefit , j*ay pixnnis
» auxdits des membres de les ayder, assiste!*
» et favoriser de tout mon pouvoir; /ce que
» je vous signifie à très grand regret de cœur ,
372 CHRONIQUES (^4^^)
» et très dolant, vous suppliant et requérant que
» me tenez pour excuse doresenavant; car autant
» il touche vostre noble personne , comme vos-
» tre très humble et ung petit parent , je voul-
» dpoye faire tout service et honneur ; mais en tant
» qu'il touche l'observacion de mon serment qui
» contraint Tame et mon honneur je n*aj plus
» peu différer ladite déclaration attendu que par
» ledit serment, je me suis obligé à Dieu mon
» créateur , le souverain roy des roys , de l'en-
M tretenir mesmement y que ce que j'ay faict ledit
» serment, ce a esté à vostre commandement et
» très instante requeste, et pour vous délivrer de
» la détention où vous estiez , et qui coDcerne
» deflTense et préservation des terres et sei^uearies
» de mondit prince et seigneur naturel^ papille et
^ moindre dans ce pour et à la préservation de ma
» personne , que pour vous obéir et complaire, me
» tiengne de voushabaudonne et délaisse protestant
» mon très redoubté seigneur, devant Diea mon
créateur, et devant tous les nobles hommes,
» que j'ay fait la déclaration pour les causes
» dessusdites, pour l'observation de mondit ser-
» ment , et à ma deffense, comme dit est.
» Mon très redoubté seigneur, je prie au be-
k> noist fils de Dieu , qu'il vous ait eu sa sainte
» garde , et me voeil préserver de tous mes ene-
» mis, aussi vrayment qu'il scet que je me trouve
» en danger pour vostre délivrance , et sans ma
» roulpe.
« EscriptàGand leneuviesme jour de jimig, l'an
(i4S6) DB JEAN MOlilKET. 5j5
» mil quatre cent quatre-vingt et huit , vostre
» hamble et obéissant serviteur et cousin Philippe
» de Glèves , » et à la sqperscription : « ArHnoa
» très, redoubté seigneur , monseigneur le roy. >>
Besponce da roy aoz lectres dessus dictes.
«c Beau cousin , nous avons reçu vos lettres , par
» lesquelles nous signifiez que estes délibéré,
» et volez assister ceulx de Gand contre nostre
» trës redoubté seigneur et père , monseignetir
» Fempereur et nous. Laquelle vostre déclara-
» tion nous donne grant merveil, actendu que
j» vous scavez bien, que nostredit seigneur et père
» faict la guerre pour sa querelle , et nous a
» constrainct^ par le serment qu'avons faict , de le
» servir en icelle guerre , pour avoir obéissance
» de ses subjets de la ville de Gand , tels qu'ils
n luj doibvent , comme à leur souverain , sans
» toutesfois préjudice de nule aultre^ et garder
» honneur du saint empire; et aussi pour le bien de
» nostre très cbier et très ajmé fils, et par l'advis
j» et consentement des gens du sang et du conseil de
» nostre dit fils, pourquoy pouvez bien penser que
» ladite guerre ne touche en riens la paix demie-
» rement faicte en nostre ville de Bruges. En
» oultre nous, donnezà cognoistreque voulez aussi
» garder tout votre povoîr le dommaige que l'on
» faict aulx Ganthois et Flamens. Sur ce, vous.
»> déclarons que pesez bien sur vostre honneur^
Cbromiques. t. XLV, — j. Molihet. ///. 23
Zy/i CHROMIQUBS («W
» et que par ce , vous faictes grand tort et
» injure , et chose qui vous est reprochaUe en
» vostre josne eage , devant tous roys , princes
» et chevaliers et populaires de tOHt le monde ;
» car Ton scet bien que vous estes de la maison et
» du droict sang de Glèves , et à cause de vostre
» mère , de Portugal de deuxième lignie , prove-
» nue après de la sœur du duc Phelippe de Bourgoo-
» gne , au moyen de quoy vous estes totalemeot
y> sujet audit saint empire ; et , comme vou s.scavez
»«nul serment ; et encore moins celuj qui est
» 4]aict à tort , ne vous poelt obliger de faire contre
M vostre souverain en sa juste querelle. Après,
» vous estes cousin et prochain parent » plus du
» costé maternel que du costé paternel , de nous et
» de nostre dit fils archiduc Philippe; aussi vousoous
» avez fait plusieurs fois serment de nous servir
» bien et léalement , envers et contre tous. Pour-
» quoj se, nostre dit seigneur et père , monsei-
» gneurl'empe reur,voelt avoir obéissance de ceulx
» de Gand , demorans à l'empire , qui sont
» mesmes ses subjects , laquelle obéissance il nous
» a desclarée et nous commande vous signifier
» que il a emprins et est délibéré d'avoir , et
» dict que la peine , travail et despence qu'il a
» faict et encores fera à ceste cause , est seulement
» pour mectre la ville de Gand et ce qui est soubs
» son empire , en vraie et seure obéissance de
» notre dit fils, leur seigneur et prince natu-
» rel ; car il ne poelt croire que lesdits de Gand, qui
(4^^) DE JBA* MOilNET. 676
» souvent ont par ci-deTant faict tant de maolx à
» leurs princes et comtes, à tort et pour leurs
)) mauvaisetez et désobéisdlftices 9 qu'ils soient ja-
» mais obéissants à nostredit fils ; mais lui semble
» que une fois le détruiront en corps et' en biens
» comme ils ont souvent machinez et entr^mns
» de faire à ses prédécesseurs, comtes et princes;
M pour lesquelles causes , nous vous requoons et
» conseillons bien et léalement que vous voeîUiez
» abstenir de faire assistance auxdits de Gand^
» en tant qu'il touche ceste querelle , affin de séùl-
» ver vostre honneur serment et bonne renom^
» mée , et que voeilliéz de vostre part vous em-
» ployer pour contenter nostredit seigoeur et
» père , l'empereur , dç sa juste et raisonnable
» demande ; en oultre , ^ue vous voeilliez dorése-
» navant garder de faire aulcune guerre à Tén-
» contre de nostredit seigneur et père> et aussi
» contre nous et nostredit fils et Vsxfïée qui est
» maintenant aux champs pour ladite q«(0relle ;
» car par le confort et assistance que povez bail-
'> 1er aux rebelles en leur rébellion ^ tant de
» poures gens , subjetà de nostredit fib, et de pays
» sont journellement détruits / désolez de corps
» et de biens, que c'est peines. Et faictes tellement
» que vous puissiez ci-après rendre bon compte
» de vostre leaulté à nostredit fils. Vous dictes au
» surplus par vostredite lettre , que vous voulez
» assister ausdits Ganthois , à leurs querelle et à
» prouffit de nostredit fils en en suivant le serment
23.
376 GHROHIQUES (^88)
i> que leur avez faict en Bruges ; «et toutesfois il fait
» à doubler que iceluj fils, par la grâce de Dieu,
» venu en eaige ou aidtres durant sa minorité et
» mesmement la commune renommée ne tien-
» nent que , ce que vous faictes , ne est que pour
n vostre singulier prouffit contre vostre serment
» précédent , contre vostre honneur et le com-
» mnnd bien de nostredit fils, et de son dit pays de
» Flandres; et par espécial où vouspubliez que vous
» estes celui qui voulez entretenir le pays de
n Flandres en paix , gardez que ne soyez main-
» tenant et par cy-après, celui qui nourris-et sous-
» tient la guerre , qui est cause de la destruction
» totale dudit pays de Flandres. De toutes les-
» quelles choses, vous requérons que vous voeii-
» liez en ceste matière , qui est la plus grande que
» jamais avez eu en mains , conduire comme bien
» avons espoir en vous , ce soit nostre seigneur et
» beau cousin vous ait en sa garde.
» Donné au champ lez Ënreghen , le quator-
» ziëme jour de juin, an quatre-vingt et huit.
» Ainsi signé Maximilianus , et du secrétaire de
» Gondebault. » La supercription « à beau cousin
n messire Philippe de Clèves. »
(i488) DE jBAU MOLIIfBT. 677
CHAPITRE CLXXXVUL.
ff
t
Aoltret lectres envoyées au roy par monseignear Philippe.
4c Mon très redoabté seigneur^ tant et si très
M humblement que puis, je me reconimande à
» Tostre bonne grâce, et vous plaisç sçavoir que ,
» en toute humilité j*ay receu vos lettres données
» en vostre camp lez Ënreghen , le quatorzièsme
» jour de ce mois de juing, par lesquelles vostre
n plaisir est, en rendant soubs vostre correction
» mal pour bien^ me reprocher à diffame ce que
» toutes gens de sain entendement me doibvent
» attribuer à grant honneur; car quel honneur
» poelt estre à plus noble homme que de acquiter
» sa leaulté et le serment qu'il a faict en faveur et
» pour le bien de paix^ et pour obvier aux maulx
» que, par infraction d'icelle, poevent adveiïir aux
» pays et subjects de son prince et seigneur natu-
» rel. Pareillement, quel plus. grand honneur
» poelt estre en noble homme, que de préserver^
» garder et deffendre les pais , vîlles et subjects
» de sou seigneur et naturel prince , puppiHe et
» moindre d'ans , contre ceulx qui , hostillement ,
» sans causse, envahissent, «brûlent, gastent et
» destruisent L Mon très redoubté seigneur, quel-
» que charge que l'on me baiQe, je n'ay rien fait
H en Geste partie , ne voulu faire , que ce n'aist
578 CHHONIQUBS t»W
» tisté le bien du paj^s , pour voslre grand besoing,
» et par ordonnance et exprès commandement,
» et aussi à vostre très instante prière et requeste ,
» faicts non pas seulement en la ville de Bruges ,
» mais aussi depuis avecq vous , estans en Tostre
» franche et pure liberté , et si a j , en toutes ces
» matières , soit en mectant mon corps pour vous
» en hostaige , ou en faisant le serment , tousjours
i> procédé léalment , franchement , de bonne foi
» et sans faintise nulle, et ne eus jamais Tolooté;
» aussi n'esse pas ma coustume , quelqy'injure qae
» Ton me dict , de vouloir trafiquer ne décep-
» voir aucun, soubs espoir de serment pe de
» promesse.
» Hou très redoubté seigneur, ^e confesse et ne
» voelx pas nyer que ne sois de la maison du droict
» sang de Glèves , et en telle qualité aucunement
» subject du sainct empire, et partant tenu de
» porter tout honneur et révérence àmonseigneur
» l'empereur, comme tousjours j'ai vol untiers faict
» et voelx faire ; mais , comme vous savez , toute
» l'obéissance que l'on doibt à souverain cesse
» quand celuisouverain, sans cause et raison, faict
» la guerre au- prince immédiat .011. à ses pajs^
» terres et seigneuries ; car en ce cas le vassal est
» tenu de deflPendre son seigneur naturel contre
» iceluj souverain, et tous serments et fidélitez
» d'entre le seigneur et le vassal sont réciproc-
» ques. Je ne fais point de guerre à monseigneur
» l'emperemr ne à vous , mais seulement en ac-
(i4^8) DE JEAN MOLmET. SjQ
» quittant mon serment et ma leauté que , comme
» subject et aussi comme poure parent, a droict
» à mon prince et seigneur naturel , je deffens y
^ selon ma petite possibilité , ses pays et sûbjects ,
» contre ceulx qui , par dessus et nonobstant la
» paix , et sans cause et raison , les perdent et des-
» truisent. £t quand leur plaisir sera de désister ^
» de les aggresser ; je désisterai de les deflPendre.
» Et quant à la querelle que l'emiiereur prétend
» avoir contre ceulx de Gand^ c'est une chose
» tonte nouvelle, non veuwe ne sceuwe, et, qui
» plus est, non requise ne oînoques demandée par les
» empereurs ses prédécesseurs ; et ^urtant sem-
» ble estre plus controuvée, pour avoir occasion de
» rompre la paix et faire nouvelle guerre^ que pour
)) bienque Ton vodil au sainct empire ; car se mon-
M seigneur Tempereur désire ampller son empire
» etpartanteslargirsondroictcommelousjoursau-
» guste, il semble*qu'il ne doibt point co mmenc^er
)i à rencontre son petit-fils , mon prince naturel ,
» en dégastant ses pays et seigneuries ; et chascun
» se donne merveil que messeigneurs du sang
» et du ôonseil de mondict seigneur vostre fils
» sont de cest ad vis et consentement que ainsi le
» face , comme dient vos lectres ; • car comme il
» poelt bien scavoir, ce n*est pas à dispensée au
» peuple de Grand des droicts de la souverai-
» neté , ne qui est l'empire , ne qui est le royiul-
» me, ne aussi de faire les homaiges et obéis-
»^ sance ; mais est à faire à leur prince et seigneur
38o CHIIOKIQUES OW
» immédiat, lequel est en vos mains^ et enqui
» ils se sont toasjouts rapportez, disans qu'ils ne
» veullent mectre empeschementne en rien dimi-
» nuer le droict de Tempire , ainsi que plus am-
» plementils ont escrîpt à mondict seigneur Fempe-
» reur, et encores pour leur mectre en plus grand
» debvoir t lui ont, par diverses fois, priés d'avoir
» saulf-conduict pour, par leurs députez , lui faire
n tel honneur et révérence qu'ils lui doibveot
» comme à l'empereur, à cause de sa dignité , et
» comme à grand-père de leur prince et seigneur
n naturel ; mais ils n'ont jusquesà o^res poelt fioir
ji d'icelui saulf-conduit, et faictà croire que t$ les*
» dicts du sang qui j consentent, comme vosdietes
» lettres contiennent , eussent leurs biens par de-
» cha, qu'ils ne seroient point de telle opinion
)) mesmement de à si petite occasion vdlloir des-
» truirepays.
» Et posé que aulcune obéissabce lui fusist deue
» par le peuple de Gand, si deust-on , par bonne
» raison , avoir procédé par ambassades ou som-
» macion, que par hostilité ne voie de faict, eu
» ensuivant Ja bonne et loable coustume des Ger-
» maniensdeparcj-devant, observée jusquesores,
» lesquels n'eussent voulu faire guerre sans def-
)) fiance ou sommation précédente ; aussi de aul-
» trement le faire est contre toutes bonnes meurs,
)) mesmement d'entre empereurs et princes, ou
» du moins mondict seigneur vostre fils et ceulx
/> de son sang et conseil, deussent avoir escript et
(i4B8) DE JBAH MOLHIBT. 38 1
» ordonné auxdicts de Gand , comme ses sobjects ,
» ce que , par raison , s'en debvoient faire, ce qui
» n'a esté faict. Et comment qu'il soit^ la querelle
i> de monseigneur l'empereur n'est pas suffisante
» pour gaster et destruire la partie de Flandres,
» qui est mesmement sous la couronne et rojalme
>» de France ; ne les empereurs prétendirent ja-
» mais avoir aucun droict ne aussi faire la guerre
» aux poures paysans innocents, lesquels eulx fon-
» dans sur la paix si solempnellement par vous ju-
» rée , et depuis , par vostre ordonnance publiée,
» et aussi par plusieurs vos lectres à moi adres-
» santés, et par instruction rapportée par Pol-
» bam , confirmée , et par les deniers que en avez
» receu ratiffiée , s'estoient «restraicts en leurs
»> maisonettes et poures maisnages, et qui ne
M scavent rien , ne poevent scavoir quel droict
» mondict seigneur l'empereur a ou poelt avoir
» audict pays de Flandres. Et ce quant est de
» mectre la ville de Gand en bonne et seure obéis-
j) sance de mondict seigneur, vostre fils, leur
» prince naturel , entendu leurs ancbiennes rébel-
» lions , il semble , mon très redoubté seigneur,
» qu'il n'a cause de ce faire ; car ils se portent et
» renomment , et se sont tousjours portez et re*
» nommez, et de boucbe et par effect , ses bons et
» léaulx subjects. Et se aucun les voelt noter de
» désobéissance ou malfaict, ils se sont tousiours
» offerts et offrent de estre à droict par-devant leur
» souverain seigneur* le roi de France , ainsi que
382 GHROBIIQUBS fi488)
» souvent ils vous ont faict dire et déclarer^ ce qu'il
» doibt souflPrir, sans par-rdessus ce , pour les cbo-
» ses passées , ne pour suspicion du temps advenir,
M les travaillier moult guerre ne faire hostilitez ,
» lesquelles choses, mon très redoubté seigneur, je
» vous signifie pour vostre appaisement, suppliant ,
» en toute humilité, qui mieulx sçavez la vérité de
» ceste matière que nul aultre , et comment et par
» quelle fachon vostre plaisir a esté me bouter en
» ces dangiers. Voeillez me avoir pour recomande
» mon honneur, lequel j'aime plus que ma vie et
» que tout l'avoir du monde, et je ferai tellement,
» se^ Dieu plaist cj-après , que je rendrai boo
» compta de ma léaulté à mon naturel seigneur,
» monseigneur l'arehiduc, et ne fault point que
» nul s'en soussie , et ne me sera jamais reprochié
» à cause que , défendant ses pais et subjects , je
» quiers mon singulier prouffit , ne que soye cause
^ de la guerre présente.
» Mon très redoubté seigneur , se par malice ,
» ou en faisant la sourde oreille , l'on ne se voell
» contenter de ceste mienne excuse, je oflfre d y
» respondre comme noble homme , par-devant
» tous les roys , princes , chevaliers et populaires
» non suspects, ou d^eïnprendre droictpar nostre
» Saint-Père le pape. et le saint coUiége des cardi-
» naulx. Mon très honouré seigneur, je prie au
» benoist fils de Dieu , qu'ils vous ait en sa
» garde. »
((488) DE JBAN ItOMIlBT. 383
CHAPITRE CLXXXIX.
Ijectres ein^ëe$ à mcmsdgnear Philippe par le 107 des Roolaiiu.
a Beau-gousi» 9 j'ai reçu vos lettres , toochant
» l'article principalie de la paix, et cela enteodu
» que vous n'avez espoir, ne povez plus besoingner
» en ceste matière , laquelle chose nous vient à
» grand des plaisir^ veu que nous veons tant de
» maulx devant noz jeulx pour cest article* Nous
» eussions bien trouvé fachon, conuneil nous sem-
» ble , taire la paix entre Tempreur et ceulx de
» Gand ; car touchant sa gratuité et touchant la
» conservation de la paix par nous faicte à Bru-
» ges y nous estions beaucoup moins et mieulxà
» conduire devers lui en bpnne fin que par l'article
» de l'obéissance. Toutesfois , je vous prie que
» quand il vous semble que cest article est par
» vous en possibilité de conduire, 'faites-nous sça-
» voir et nous entreprendrons de l'autre costé à
» conduire l'article de l'argent et de la confirmation
» de la paix 3 car sans l'article de l'obéissance ,
» nostre peine sera perdue, et nous gasterons plus
» de solliciter ces deux choses ensemble ; car il
» vauldroit mieulx poursuivir l'un sans l'autre ;
M Toutesfois nous avons eu aujourd'hui accord de
» l'empereur qui voelt oyr parler ceûlx de Gand ;
» mais aucuns fout encores diificulté en ce , et
384 CHRONIQUES (iW
» ceulx de son conseil. Nous vous prions et re-
» quérons autant que possible, réduisez - vous
» sagement. Vous estes maintenant nostre en-
)) nemi et nous le vostre par voje de fait comme
» vous avez Tautre jour entendu par vostre con-
» fesseur^ escript de ma main.
» Ainsi signé, Maximilianns, et soubs la signa-
ture.
» Se lesGanthois se trouvent devant l'emperear,
» faictes eulx estre frois , car ils seront biea es-
M chauffez de mauvaises paroles. A nostre beau
» cousin , monseigneur de Ravestain. »
Responce de monteigneor Pfaelîppe aaxdictes lettres»
« Mon très redoubté seigneur tant et si très
» humblement que je puis je me reconimande à
» votre bonne grâce , ayant reçu en toute humi-
» lité certaines lectres toutes escriptes de vostre
» main, par lesquelles invitez à ce que m'emploje
» à induire ceulx de Gand à faire à monseigneur
» l'empereur l'obéissance qu'il demande ; carsaos
» ce poinct , vous ne sauriez conduire le faict delà
» confirmation de la paix ; ne aussi le faict de l'ar-
)) gent , etc. Mon très redoubté seigneur, je ne
» scay quelle obéissance qu'il plaist à monsei-
» gneur l'empereur que ceulx de Gand lui facenl,
» et seroit mestier, soubs vostre noble correction,
» de scavoir de lui sur ce son intention et bon
» plaisir. Ceulx de Gand disent que telles obéis-
(i488) DB JEAN MOLIUBT. 385
» sances se font par les princes et non point par
» le peuple , et que la ville de Gand est tout ung
» temps gouvernée par une mesme loi> par une
» police, et qu'ils ne scevent, ne oyrent jainai$ par-
».ler de ceste distinction. Néantmôins, pour' le
» bien de la matière . je les ai autrefois induit
» que se le plaisir de monseigneur l'empereur est
» de leur envoyer saulfconduit, que par leurs dé-
» putez en bon nombre ils lui feroient faire toute
» telle révérence, cpi'est tenu de faire à empereur
» à cause de sa dignité , et aussi à grand-père de
» leur prince et seigneur naturel , et ne voellent
» mectre empeschement à monseigneur l'archi-
» duc y lehr prince ; qu'il ne face à mpndit sei-
» gneur l'empereur toute obéissance et hommaige
» qu'il lui doibt , et i^ désirent que vivre en
» bonne paix et amour avecq mondit seigneur
» l'empereur, et nous diminuer des droits et bon-
» neurs du saint empire, et leqr desplairoit bien
» qu'ils fussent cause de la destraction et. perdi-
» tion des pais de leur prince et seigneur naturel.
» Quant à faire aucune gratuité à mondit sei-
» gneur l'empereur je leur en ay aussi autresfois
» parlé et les trouvai lors assez enclins de leur
» bailler aucune chose pour redimer vexations.
» Ne sçay de quelle opinion ils enseroient main-
» tenant, car ils ont depuis souffert des dom-
» maiges et despens beaucoup ; et ceulx du plat
» pays,' qui en ce les eussent adsistez, sont tous
» ars gastez et destruis. Et néantmoins, quant
386 GHRONIQUBS (i
» vostre très humble plaisir sera moi signifier en
» ce le bon plaisir de mondit seigneur l'empereur^
» je m'emploierai voluntiers à lui servir et com-
» plaire au nom de lui, de vous, de nion^gneur
» vostre fils et de ces pays de Flandres ; car rien
M ne me desplaist tant que pour une tant petite
» couleur de querelle fondée sur une nouvelleté
» jamais neuve , je veoy ainsi perdre mondit sei-
» gneur vostre fils et gaster et deslroire ses pays et
» seigneuries , et rompre la paix tant solempnelle-
» ment faicte et jurée.
» Mon très redouté seigneur, pardonnez- moi
)> (jue se chaudement vous escrips , car fais non pas
» par inimitié que vous porte , combien que me
» tenez pour vostre ennemi^ mais l'affection qne
» j'ai au bon des matières desquelles je verroye
» volentiers l'issue bonne à vostre honneur et
» prouffit , nonobstant que à mes grands regrets
» vous me constraindez estre vostre adversaire.
» Mon très redoublé seigneur , je prie à Dieu
» qu'il vous ait en sa saincte garde. Escript, etc. »
(«4*8) DE JBAK MOLIHET. 687
CHAPITRE CXC.
Destniction des Bniglielms par les AUemans devant le chàteaa de
Qnoqaesa.
QuoQUEsu est un petit cfaasteau situé à lieue et
demie de Middelbourch en Flandres, où se tenoient
de vingt-huit à trente compaignons de guerre Al*
lemans et Picquars, desquels estoit capitaine y pour
le roj des Romains, Adrien Mambon, fort expéri-
menté du mestier d'armes ; et ja soit-ce que la place
fusist de petite résistance , tontes fois elle portait
grand préjudice aux Brugelins et autres Flamengs
à l'environ. La dame dudit chasteau proposa de
wider ung tour avec ses femmes et transporta cer-
taines bagues, doubtans ce que depuis-advint ; mais
elle fut durement rencontrée, pillée et déprédéepar
les Flamens, et fut constraincte de soi retirer en sa
place. Plusieurs consaux se tindrent en Bruges^
pour assaillir , démollir et dilapider , et mectre à
finalle rujne ce meschant Cocquesu qui^ ne de
Dom , ne de faict, n'estoit guère estimé entre les
fors de Flandres. Et porta la conclusion du conseil,
de ruer sus par terre ^ et arrazer jusques au fonde-
ment. Et pour exécuter ceste délibération, plu-
sieurs doyens des mestiers , bourgeois et autres po-
pulaires brugbelins, jusquesau nombre de quatre
à cinq mille , desquels estoit capitaine le seigneur
588 CHROHIQUBS v«4^)
de Fletènes seniisrent sus environ la fin du mois de
juing , menèrent une bombardelle^ deux courtaux
et six serpentines devant ledict chasleau, et en
exploictèrent tellement^ que ceulx de dedans en-
tendirent à parlementer^ et porta Tappoinctement,
parce que les AUemans n'osèrent acteodre le cop,
qu'ils se rendirent , leurs corps saulyes^ au sei-
gneur de Fletènes.ToutesfoiSy les meutins de Bruges
donnèrent telle paour à Adrien Mambon^ qu'il fut
en trop dangier de perdre sa vie ; car le seigneur
de Fletènes 9 auquel il avoit donné sa foi^ à grant
peine le povoit garentir ne deffendre ; et de faict
ledict Adrien , à l'extrême nécessité , promist soo
pesant de chère à Nostre-Dame de Haultz. Il fut
détenu prisonnier en sa chambre y et ses compai-
gnons boutés en fosse.
Ce temps pendant, aultres Flamens entCD-
doient au pillaige, futoient la place, widoient
et chargeoient baghes qui mieulx mieulx. Au-
cuns autres faisoient gran chière des biens qu'ils
trou voient, fort joyeulx de leur bonn^victoire, et
sans donner guait à leur bende, ne pourveoir au
meschief qui depuis leur advint, passèrent la nuict
en desroj, séparés les ungs des aultres, comme se
jamais ame ne les peusist contrarier ; mais ils fo-
rent durement resveillez ; car eulx estaos en leurs
plus jojeulx bruicts, survint le comte de Fennen-
berghe , AUemant , chief de guerre et bien expé-
rimenté en armes, accompaigné de deux cents
chevaulx et de huit cents piétons , qui , subtille-
(i488) DE JEAN MOLmBT. SSq
ment et de bien grand avis , se fourrèrent sur les
Flamengs , qui de riens ne se doubtoient. Lors s'es-
leva ung grant alarme en Toost des Brughelins, et
n'est merveil se le seigneur de Flelènes et les
doyens , fort resjoys de leur victoire , furent fort
ébahis; car ils n'a voient refuge quelconcque, si-
non que au poure chasteau qu'ils avoient le jour
précédent piteusement desmoli, et n'avoient re-
confort que en ung desconfort.
C'estoit Adrien Mainbon qui leur conseilloit de
mectre ung chariot au travers de la porte , qui lors
estoit abbatue ; et ce fist il pour witer leur fureur ,
afin qu'ils ne l'eusissent occis par manière de con-
tre venge. Finablement, rien neprouffita leur forti-
fication ; car les ÂUemans y fiers et bien apprins de
leur mestier, entrèrent eus vigoreusement. Le sei-
gneur de Fletènes, voyant la place prinse, Fla-
mengs déboutez, el tout espoir de xecouvrance
anéanti et perdu ^ pria à Adrien Mainbon^ son
prisonnier, qu'il lui voulsist saulvér la vie , comme
il lui avoit saulvélasienne. Et ledit Adrien se mit en
paine de le préserver de la fureur des Allemans ,
et lui fit le semblable que l'aultre lui avoit faict ;
et par ainsi voions bienlamutabilitéde fortune , et
comment la chance de la guerre est en peu d'heu-
res tournée. Les victorieulx furent succombez , et
les prisonniers preneurs ; car finablement les Bru-
ghelins furent totalement deffaicts ^ et leur place
victorieusement gaignée , la chasse donnée^ et
ceulx qui tinrent pied ferme mis à desconfiture.
Chboniques T, XLV. — J. MoLHfBT. 7i/. 2/1
390 CHaONlQUES (»4«8)
Furent trouvez motts, de compte faict, de vingt et
un à vingt-deux cents, entre lesquels furent occis le
dojen des painctres de Bruges et le seigneur de Fle^
tènes, ensemble aucuns bourgeois etmeutins , qui
naguaires de temps paravant, ayoient détenu le roj
en extrême captivité , en nombre de sept ou hmt
cents y se rendirent prisonniers , et furent menez en
Toost de Tempereur^ tenant son camp à EpregheB,
et furent tous ensemble mis à ranchon à la somme
de cinquante quatre mille mailles de Rin , dont la
pluspart escheoit au comte qui avoit fait Temprise.
De ceste griefve dommageuse perte , par ce
grand et confus reboutement, furent les Brugél-
hins tristes et ennuyeux, et seprindrent par des-
plaisant courroux à meutiçer les ungs contre les
aultres. Le seigneur de Fletënes et trois ou quatre
des principaulx prisonniers furent élargis sur leur
foi, et se tirèrent vers Bruges, en espérance d'amas-
ser leur ranchon , tant pour eulx que pour leurs
détenus , et entre les aultres , le seigneur de Fle-
tènes promit à l'empereur de rendre son corps pri-
sonnier dedans certain jour. Les prisonniers venus
en Bruges , firent leurs quirémouieuses doléances
et requestes aux seigneurs de la ville et aux doyens
des mestiers , affin de les exciter à ce qu'ils leur
voulsissçnt contribuer et donner partie de deniers
en diminution de la totale somme ; mais les Bru-
ghelins ne se vouldrent condescendre , et alléguè-
rent en leurs excuses qu'ils estoient pour l'heure
tant chargez, que possible n'estoit de leur donner ne
procurer portion de pour subside , ne pour ré-
demption. Et ainsi , sans nulle gratuité, ceulx qui
avoient faculté de biens , se rédimèrent de leur
propre.
L'enapciyeiir non recors de Tinjure perpétrée en
la«personne de son fils , le roy des Romains , par
pitié et coipps^ion i^nvoya plusieurs poures coin-
paigaoi^ quict^s»; et délités ; mai$ le seigneur de
Fletèn^s > çn fanant son pourchas , fut f^cogneu
d'aulçuns Franctpis illecq yenvs au secours d'i-
cei^lx , lesquels en le poursuiyaq( de sa ranchon à
cause, de sa pripse de la journée de ^éthunç^ lui
donnèrent tel emp^schement^ qu'il ne sçavoit des-
qugls^ et pe poelf cott^paroir ^ ne tenir sa journée
à EnreghQi^y ainsi que {>romis l'airoit. Toutefois,
quant il fui développé des Franchois / il se retira
celle part > et se trouva illecq |deux ou trois jours
aprèis que/l'empereur s'estoit levé de sdh camp.
3sk soit ce que ledit empereur ne fusist présent , il
li^^Unt ayoir. tenu sa ptomesse , etc.
24
393 CHHOMQUES (>4>S)
CHAPITRE CXCI.
L'Msaolt dono^ k la ville de Dam par les Allemandt.
•
En ce temps Ja ville de Buvges entre les aultres
fut tant chargée tle dépenses , qu'elle entretenoit
à ses propres cousts et frais les gainisons An
Dam et de Lescluse , et ceulx de son fort qui
journellement nylitoient pour sa querelle , et faîl-
loit qu'elle trouvastpaye de cent liyres de gros par
jour. Et pour satisfaire à ceste despense , furent
cœilliées et levées plusieurs tailles et impositions
sur les habitans et manarïs de la ville ; et meismes
pour subvenir à telle nécessité > les mestiers firent
fondre et ademirer Jes clairons ^ trompettes et in-
struments d'argent de leurconfrairie, semblable-
menty jo jaulx^ chaintures et vaisselles ; d ont pour
le bon payement qu'ils jSrent de leurs souïdatS;
furent-ils diligemment servis. Et sur tous aultres
ceulx de Dam estoient les plus recommandez^ et
aussi c'estoit la place tenant leur parti , que le roj
desiroit plusavoir^ et fit faire plusieurs assaults pour
l'emporter par subtille voie ou par armes , tant de
nuict comme de jour.
Finablement, aucuns princes des nobles d'AI-
lemaigne se mirent sus en très bon nombre, les-
quels^ entre aultres choses, pour ce que la ville
estoit fortifiée de larges et parfonds fossez garnis
d'eauwe , ils firent faire des grandes aisselles ,
plusieurs petits vaisseaulx à manière de ponthons,
dedatts lesquels es toient quatre honùnes seullemeb t ^
qui à force de picques les conduisoient jusques à
l'ahd^r à la mursdlle • Ceulx de la ville^ advertis
de ces préparations faictes, avoient fiché certains
pieux en Teauwe pour donner empeschement , et
quant vint à Tassant faire , ils laissèrent les Alle-
mands faire leur emprinse tout à bon loisir ; et
quant ils furent en lieu convenable pour leur
donner attaincte, ils les chatilloient de picques ^
instruments et attrapes à ce propices; et les autres
ruoient grosses pierres de faix tant sur les Alle-
mants^ que sur les .ponlhons> en telle raideur et
multitude^ qu'ils les enfoncèrent en Teauwe , et
forent illecq piteusement noyez aucuns grands
perscmnaigies de Germanie , qui au service du roj
et poor sa délivrance et rédemption , avoient re-
linquez leur» marches et possessions , et terminè-
rent iUecq leurs jours a la grajide doléance de
tons les princes d'Allemaigne.
Cest assault dura eriViron •trois heures ^ et
entse les autres y rendit son ame, le frère du
marquis de Baden , duquel le corps fust honora-
blement recoeiMi et enseveli. Ceulx de la ville,
pendant l'assault^ tirèrent ung AUemant à mont
la mnraUIe ♦ conquirent deux estendars : en Tung
estoit peincte Fimaige de Sainte-Barbe , et en
l'autre la figure d'une reine. Deux ou trois jours
ensuivant , peschèrent les morts es fossez , et trour
396 CHRONIQUES ('4^)
aultres chiefs de guerre , très fort expérimentez.
 Tabordeinent des batailles , les Bretons crioient :
Saint - Sanson y et les Suisses du parti du roy
Saint-Lautros^ et en ce faisan t, sire Jacques Galliot,
Neapolitain y donna dedans contre les Bretons > et
y demora mort. Le rencontre fut dur et impétueux,
car chacune des parties contendoit d'avoir vic-
toire. Ung chief yssit hors d'un bois qui se lan-
cha en l'oost des Franchois j qui tant vigoureu-
reusement exploiclèrent , que le duc d'Orléans
et le prince d'Orange furent détenus prisonniers.
Aucunsgrandspersonnaigesdonnèrent leurs fuiteS;
et le seigneur Descales avec bon nombre d'An-
glois demorërent morts sur la place y auprès d'un
bois nommé Selp y à la cEasse qui dura jusqu'au
villaige de Masières ea Landes de Barbase'. Trois
sepmaines ap^ës y le duc de Bretaigne trespassa de
ce siècle ; l'une nommée Anne^ et l'aultre nommée
Renée.
CHAPITRE CXCIII.
La réduction du cliasteau de Namur.
Peiîdàjîît le tempsde la détention du roy , queles
pays estoient fort embrouillés, et que l'on n'espé-
roit quelque ressource, ceulx qui tenoient le
chasteau de Namur, sur la garde et maintenance
demessire Jan de Bergbes , seigneur de Walhain ,
(i488) DE JEAN MOLlNEt. Sq/
adhérèrent et favoriserez à monseigneur Philippe
de Clèves, lequel , dès la sepmaine peneuse avant
Pâques, arriva audict chasteau, le réduisit en sa
main, et le furnit de vivres , d'artillerie , efde gens
à sa poste, portant sav parure de cdlileur jaidne
à la croix saint Aodrieu. Ledict chasteau avoit
issue aux champs à sa volunté y et couvei;ture sur
ceulx de la villes lesquels, par diverse^ et sou-
daines saillies , estoient souvent resveillés et Ira-
veillez moult durement ; >et de faict tiroient traict
à pouldre et artillerie à mayi , au long du
pont de la rivière de Sambre, tellement^ que
les bouchiers ne auti^s personnes quelsconccfues
ne se osoieht tenir sur lêdict pont, aller %X venir à
leurs négoces ; et , pour remède ^ ceulx de la ville
firent bolvaires, et battillërent ledict pont de grosses
pipes de vin emplies dé terre. Néantmoins, quelque '
remède et fortiffication que Ton y fe^ist , ceulx du
chasteajQ trouvèrent fachon de wider à plain jour ;
sortie de traicts à main , firent une saillie sur ceulx
de la ville , et devant Thostel du maire occirent le
bastard Couppet , fulèrent et . pillèrent aulcuns
hostels , puis rentrèrent en leurs forts.
En ce temps ,*çeulx de la cité de Isiége estoient
en perplexité ; car pour favoriser à ceulx* de la
Marche et contrarier leur évesque , le comte de
Horne, son frère, et aukres leurs bieti voeillans,
ils se mirent en la saulve-garde du roj de Franee ,
armoièrent leurs portes desesensei^nes,et lui bail*
lèrent leurscel, et, qui plus est, pour tenir sur
SgS CHRONIQUES ('4^^)
bride ceulx qui tiendrojfsnt le parti de Tévesque ,
reçurent en leur ville et cité messire Evrard de
la Marche 9 le damoiseau Robert^ fils de messire
Robert, son frère, le fils de messire Guillaume,
le bastard Jênnot et aultres capitaines de France,
et prindrent monseigneur Phelippe de Clèves pour
leur adjpinct ; et ceulx de Namur mettoient avant
à ceulx (lu cbasteau , qu'ils mectlbient garnison en
îa ville pour les dompter ; ceux du cbasteau ré-
pondirent qu'ils manderoient le bastard Jennot et
céulx de sa baivle, si les mectroient en leur
chasfeau par l'issue qui tire sur les champs. No-
nobstant ces menaces, le*roy des Romains fit
' assiéger Ib cbasteau de Namur par messire Jehan
de Berghes, seigneur de Walhain, chevalier
de la Thoison - d'Or , par messire Corneille, son
* frère , le seigneur de Chievres et autres chiefs de
guerre, accompaignés de fortes et bonnes bandes
et de gi*osse artillerie , qui tellement exploictèrent
par leurs batteries du quartier de devers la ville ,
qu'ils dilapidèrent et démolirent ung grant pan
de mur. Ceulx qui tenoient le chasteau , au nombre
de cinquante à soixante compaignons du parti de
monseigneur Philippe , voians que nuls secours ne
leur donnoit approche , et que possible ne leur
estoit de longuement résister , se rendirent environ
lami-aoust*, leurs corps ^ biens saulves; et messire
Jehan de Berghes saisit le chasteau çn sa main
au nom dn royet de monseigneur l'archiduc son
fils, et demoura gouverneur comme dessus.
(■488) t>E JEA.N MOIilMET. SgQ
CHAPITRE CXCIV.
Le deslogement de l'empereur , e^ ce qui fut bcSoingiié en Anvers.
. Pour ce. que .plusieurs nobles princes d'Aile-
maignes ooeupoient / tant en la garde de Têuipe-
rear , desjà fort ancbien , et qùf les nuits com-
menchoient à refroidir^ Timpérialle majesté se
deslogea de son camp de Enreghen lez Gand, en-
semble Foost des AUemaùs^ où il y âvoit gens d'ar-
mes , biea paiez , miltitans aux gaiges de soixante-
douze bonnes villes subjectes à l'empire ; lesquels
par glaive et fer , succumbereût le plat païs de
Flandres et le mirent en aussi basse lâuve 'que
jams^s avoit esté paravant. Après le deslogement ,
qui se fit le treizième jour de juillet , et que l'em-
pereur, ensemble la très noble puissance de Ger-
manie , avoit illecq esté plus de six sepmainés , ib
se tirèrent vers GhaVetines , où le roy convoya son
père, et de là se trouvèrent en Anvers où là#urent
cônvocquezies^stats des pays pour pi^ctii[uer au-
cune ^nne paix. Durant ce temps ^ l'on fit lïn
grand eschafifault i^u dos de* Saint - Michifl* / et
illecq en spectacle , l'empereur couronné de
trois couronnes , en babit impérial , accomjpaigné
du roy et des princes d'AUettiaigne^ ensemble de
plusieurs héraulx et ofiiciers d'armt^ , partie non
oye et oultre le vplloîr des e^tats pour avoir corn-
4oO CHRONIQUES 04^^
mis certaines crismes , l'empereur mesmes proféra
en langaige Thiois certains articles contenus en
jang brieP, qui par lui fut dreschiré et rué jus de
Teschafiault. Le cinquième jour de septembre dé-
grada monseigneur Philippe de Clèves de son hon-
neur, par ban impérial. Ijcsestatsillecq assemblez se
trouvèrentplusieurs fois vers rimpérialle majesté,le
roj et lesdits princes, que leur plaisir fusist de
obtenir Tenvoy de ses députez en France , pour
obtenir Tentretenement de la paix de l'an quatre-
vingt et deux, sans avoir regard aux infractions
ne infracteurs* d'icelle , avec abstinence de guerre
durant le temps que les mactières se mectroient
en train. Alors le roj pour se justifier , baiUa aux
députez des bonnes villes, certain libelle , dont ,
s'ensuivent les articles.
« Gomme après le trespas du duc Charles , la
dMcesse Marie accorda aux Ganthois , par cons-
traincte , leur souveraineté , par le moyen de
quoi le roy Loys gaigna les ducez et comtez de
Bourgogne , d'Arthois , BouUenois , Auxerrois ;
conquîst places en Flandres jusqu'à ce que le roy
prînst les armes, à la deffense dù^pays, et réduisit
e*i Haynaultles villes, pareillen^ient en Luxem-
bourg, autrement tout estoit perdu.
» Secondement, délivrèrent les Ganthois, sur
forme de mariage , la fille unicque du roy des Ro-
mains, et mesmes lui firent donner terres et sei-
gneuries , coiiime pour toujours en jouir.
» Tierchement , ils ont conspiré contre la per-
(i4®8) DB JEAN MOLINET. 4^1
sonne du roj y et l'ont faict détenir, etconstrainct
l'impérialle majesté et les princ,es d^AUemai^ne ,
de venir comme désespérez à grand puissance de
gens d'armes , à l'occasion de quoi sont esté faicts
domaiges en Flandres ;, car se l'empereur n'eu-
sist eu pitié du peuple y il l'eusist destruit et déserté
de fons en comble •
« Au second article , comment le roj eut guerre
contre lesdits Ganthois pour mambournie^ dont
il présenta estre à droicl pardeyant le roj de
France :
» Item. Après le trespas de madame y firent
lesdits Ganthois 9 loix à leur volunté , tant à Gand,
Bruges, comme Ippre, en dejectant*ceulx que le
roj j avoit commis.
» Item. Le roj estant àGand , présumèrent faire
officiers , lesquels le roj debvoit faire comme
mambourg , et voldrent deschasser les bons ser-
viteurs du roj , en faisant son estât , et j mectre
gens à leur poste , pourquoi le roj s'en par-
tit et s'en alla en Hollande et Zeelande. Lesdits
de Gand firent leur^assemblé à Alost, où ils firent
venir le roj sans bes#ingner sur sa requeste ; prac-
tiquèrent avecq aultres de leur sorte de faire venir
en Gand l'archiduc et sa sœur, sous scellés de lettres
bailliées à ceulx de Brabant , pour rendre l'infant
à certains temps , et illecq fut conclud traictié de
paix de l'an quatre •vingt et deux , et celui du
mariage de madame Marguerite au roj de France.
Le roj fit requeste auxdits de Gand d'avoir expé-
4o2 CHRONIQUES 0**^)
dition de sa mambournie , à quoi De poelt parye-
nir y se le firent jurer la paix y et firent tierce as-
semblée , où ib conclurent de tenir le roy en tutelle
et en leur gouvernement. Le roy se partit et leur
fit sommer de rendre la personne de monseignear
Tarchiduc son fils ^ à quoi nonobstant les scellez, n'j
vouldrent entendre; et pour éviter hostilité,
leur fit offrir que s'ils vouloient rendre leurs scel-
ler , il seroit content de estre à droict par-devant
la mambournie. Riens n'y valurent ses offres , et
fut constrainct de faire la guerre , comme il fit ,
et recouvra son fils , à leur grant dommaige et
destruction , et au grant danger de sa personne.
La paix faictè en Gand et jurée par eulx, trois joors
après le serment , en enfraignants icelui et ou-
blians la guerre que le roy leur avoit faicte, se
mirent en armes sur le marchié où ils se fortifièrent y
vindrent à grande compaignie, avec artillerie,
cuidans rebouter le roy hors la ville , lui prendre
et toUir monseigneur l'archiduc son fils , lequel il
avoit recouvré à grand labeur ; mais ils furent
contraincts de partir dudit nafàrchié , par quoi ils
avoient confisquié tous leurs pflviiéges ; et nonobs-
tant le roy leur pardonna. Le roy faict dire que les
Françhôis entrèrent es Flandres contre lui , à leur
incitation, et qu'ils avoient volunté de livrer mon-
seigneur l'archiduc en mains des Franchois, et
avoit despendu plu^ pour les réduire en trois mois,
que ne montoit l'emprunt des joyaulx pour lai
engaigez^ et que ledit domaine avoit esté engaigé
(x4B8) DE JEAIÏ MOLINET. 4o3
du vivant dç madame , et s'il avoit ung an de paix ^
il racixèterpit tous les jojaulx. Dient ceulx de Gand
que le roi en mandement et en scellé ne s'est inti-
tulé mambourg; dient cjue le roy faict monter les
monnoyçSy et le roy dit qu'il a baillé plusieurs
Inande^Jçns pour les faire obtenir en bon ordre et
rien$ n'en est faict. Dient que le roy n'a fiait mec-
ire les armes de monseigneur l'archiduc sur les
deniers d'or ne d'argent et le roy dit qu'il lés. a
mis avecq les siennes , en pays où elles ont cours.
IHct \p roy qu'il n'a eu ne levé en Flandres nuls
deniers , que ce n'ait esté pour rembourser deniers
empruntez pour soustenir la guerre contre les
Ganthoîs y pour rédimer son fils de Ipurs mains , et
pour la protection des frontières.
» Item. Les Ganthois ont diet que le roy a voulu
prendire la ville de Bruges par la garde et ceulx
de sa compagnie ^ et ne poelt esîlre véritable ; car
uDg jour avant la commotion de Bruges , les gens
de la garde , et aultres gens d'armes *, estoient hors
de la ville , et le roy de rechef en envoya grande
quantité dehors.
viltem. S'il eusist eu celle volonté, il l'eusipiechà,
fait, car il a eu plus de gens d'armes de guerre
pour Iç. faire qu'il n'avoit alors ; et aussi les des-
capitez à ceste cause n'en ont riens cogneuz :
dist le roy , que ceulx de Bruges ne l'eussent ja-
mais si destroictement tenus si les Ganthois ne les
eussent assistez et incitez; lesquels promectoient
dons et offres affin de le transporter de Bruges à
4o4 CHRONIQUES («W
Gand , et lesdifs de Gaud quirent manière de dé-
chasser les officiers qui le servoient de bouche ,
pour bouter gens à leur poste. »
En ce temps, le jour Sainte-Croix, en septembre ,
le seigneur de Forest et aucuns gentils compaignons
de guerre de la garnison de Douay j» en nombre de
quatre cents, se tirèrent vers la ville de Baspalmes,
espérans Tavoir par eschellement , et se trouvè-
rejit devant la muraille environ le point du jour ,
dressèrent une seuUe éschelle. Entre les aultres,
ungroutierde guerre, nommé Jehan d'Arragon ,
monta premier, et eut suite de quatorze ou quinze
compaignons seullement, qui descendirent aucuns
en la ville , çrians : «vive Bourgongne! tuez tout!»
autres se tinrent sur la muraille. A ce cri , se res-
veillèrent les manans, ensemble la garnison qui
pour lors estoit , et sortirent avant ceulx qui prêts
estoient , et fireilt telle diligence , qu'ils furent
au-dessus des eschelleurs et à la perte d'ung seul
bourgeois. Et furent occis tant des dévaliez en la
ville , comme ceulx qui furent trouvez sur la mu-
raille , lesquels occis , mutilés et cruellement
desplaiez , jfurent tous nus apportez sur le mar-
chié et monstrez au peuple ung jour entier. Les
aultres, frustrez de leur emprinse, retournèrent en
leur garnison.
fi488) ^S '^^^ MOLINET. 4o5
«■^BBtt
CHAPITRE CXCV.
Comtneùt monseigneur Philippe saisit la ville de Bruxelles.
La ville de Brtrxelles favorîsoit très fort à mon-
seigneur Philippe de Clèves pendant ces divisions;
et aussi qnand la gendarmerie du cbasteau de Lic-
kerkeqiii lors grevoit le parti du roj des Ro-
mains , se trouvoit en Bruxelles , elle estoit re-
cœillie et riens ne leur estoit dénié ; la dame de
Wimendal , espouse de monseigneur Philippe ,
estoit lors en la ville , demorant en son hostel.
Advint le vingt-deuxième de septembre , l'empe-
reur, le roy et les trois estats estaiis en Anyers,
besongnant au bien du pais , monseigneur Philippe
qui peu de jours paravant avoit ignominieusement
esté eschaffauldé par bannissement impérial , sans
craindre la proximité de telle forte , noble et très
redoubtée puissance germanique, décorée des plus
grands personnaiges du monde, se trouva environ
huit Keures au jour devantFlammesporte de Bruxel-
les, accompaigné *de cinq cents dix . chevaulx ,
et séjourna illecq suractendant l'ouverture d'icelle
jusques entre une et deux à l 'après disner , durant
lequel furent grandes assemblées de mestiers et
parlements tenus de ceulx d'icelles qui lui favori-
soient , et y eut beaucoup de reboutement pour
<loubte de offenser les impérialle et royal le ma-
CHEoariQUES. T, XLV. ^ J. Molinet. ///. 25
4o6 CHRONIQUES C»4S8)
jestés ; mais finablement la plupart se consentit à
lui donner entrée à Theure dessusdite. Si marchè-
rent archiers en notable ordonnance , hommes
d^armes notablement et richement accoustrez ,
héraults , trompettes et clarons ; puis monsei*
gneur Philippe , armé au cler-vue , manteline de
drap d'or , les paiges fort en poinct , avironné de
cinquanteà quatre-vingts hallebardiers. Les Bruxel-
lois montroient à son entrée signe de joie y qui
toulesfois ne furent au-devant de lui. Il descendit à
son hostel^ et ses gens furent logiez tellement et à
peu de noise, comme se ame n'y fusist survenu.
Entre ceulx de sa bende estoient aucuns Fran-
cbois portant la croix droicte* Chose fort nouvelle
estoit en Bruxelles ; car durant les précédentes
guerres ne recevoient autres nations , et mesmes
les Wallons tenant leur parti contre Hannuyers
et autres avoient suspects , et hors de compte de
bonne amitié à cause du lignaige , et toutesfois ils
les recurent alors pour luition de leur ville , rie
quels fons ils y trouvèrent.
Ces nouvelles venues en Anvers, lendemain à la
porte ouvrir , monseigneur de Walhain , messire
Cornilles de Berghes, son frère, à grosse campai-
gnie se tirèrent hastivement à MaUnes , et ledit
messire Cornilles print environ cent hommes en
Malines , et entra en Vilnarde abandonnée d'aul-
cims AUemans qui s'estoient partis ce mesme soir
devant , et avoient pillé et enmené chevaulx et tout
ce que ravir povoient.
t'*^) DE JEAW MOLIKET. ^07
Monseigneur Philippe , Franchois et Flamens,
Ganthois et Brabanchons tenant Bruxelles en fière
arrogance contre le roy, furent souventes fois
resveillés des Allemans , Hannuyers et aultres de
leur bande , et tenus tant serrés que sinon à grand
dangier widoient le fort de la ville du quartier de*
vers Villevorde ; et entre plusieurs escarmouches,
qui se firent , advint ^ par un dimànce , douzième
jour d'octobre , que lesdicts Allemans firent une
embusche de gens de cheval en uûg bosquet es-
tant entre Bruxelles et Villevorde , et envoyèrent
leurs piétons allemans devant Bruxelles, afin d'at-
traire ceulx de la garnison hors de leur fort.
Ceulx de Bruxelles voyans lesdicts Allemans ,
sortirent hors sans ordonnance de capitaine , som-
mairement aucuns mestiers et populaires qui ja-
mais n'avoient veu bastons tirés^ sinon en assem-
blée de ducasse. Gens de guerre, fort dolens de
ceste manière de faire , les cuidèrent revirer en
leur fort , ce que faire ne peulrent , ains se prind-
runt à courre sur lesdicts Allemans , lesquels firent
manière de fuir , pour les attraire à leur embusche*
comme ils firent. Et. furent illecq.attrappés, prins
et oècis par ceulx de ladicte embusche jusques a«
nombre de trois à quatre ceoliç. Les ^ens àe guerre
de Bruxelles , qui les suivoient , pensans que ainâ
en adviendroit , doubtans aussi que fort grant
nombre d'ennemis ne se fusist illecq embuschié ,
retournèrent sans peu de perte en leur logis*; car
autrement estoient en adveiiture de demd^eravec
26.
4o8 CHEOWIQUBS (»W
leurs piétons , à cause d'une grosse bande d'Alle-
mands qui venoit de Villevorde au renfort de la-
dicte embusche«
Tost après la venue de monseigneur Philippe en
Bruxelles ^ le chasteau de Geneppe f ust saisi par ses
archiers, qui prindrent cinq charriots chargiez de
marchandises appartenant à ceulx de Lille , qai
revenoient de la feste d'Anvers, et prenoient leur
chemin par Nivelle , pour éviter les piUards de
Lickerke et ceulx de Bruxelles ; et les marchans
qui seurement voUoient aller de place à aultre,
prenoient saulf-coiiduit dudict monseigneur Plii-
hppe.
CHAPITRE CXCVI.
Anlcans parlemens qui se firent en Bruxelles pour trouver traictië de
paixj ensemble aucunes choses qui en ce temps adyindrent.
Par le consentement du roj et l'advis des trois
estais assemblez en Malines , affin d'abolir la paix
faicte en Bruges, fut crié et publié en Vallenchien-
nes , le jour Saint-Michiel , la paix de Tan quatre-
vingt et deux, par tel si qu'il plairoit au roi de Fran-
ce , et d'aultre part l'abbé d' Affleghen , le seigneur
de Volkestain , le seigneur d'Aymeries et le doc-
teur Anette furent envoyez de par le roy vers
monseigneur Philippe en Bruxelles, pour practi-
quer et trouver certain mojen de bonne paix. Les
eslats de Brabant et Flandres , illecq assemblez à
(i488) DE JBAl^ MOLINET. ^Og
ceste cause, firent proposer devant ces desputez,
que jusques au derrenier homme de leur pays , ne
souITriroîent leroi avoir gouvetnement ; mais se
retirast en ÂUemaigne el en la ville de Coulongne,
lui feraient fin de cent mille florins du Rin ; et
monseigneur Philippe demandoit avoir trois per-
sonnaiges hors des pays , et aulcuns s'inclinoient à
la paix de Tan quatre-vingt et deux ; par tel si que
nuls Franchois ne se tiendroient en ses pays , ne
soulTriroient lever tailles ne gabelles, si non es
limites appartenantes au roy de France, à cause de
souveraineté. Et après toutes ouvertures , ne fust
riens besongné sur la paix.
En ce temps, le seigneur de la Gruthiiyse-, qui
peu de temps après Pasques précédentes, allant
en ambassade avec moifteigneur de Ravestain pour
la délivrance du roy , avoit esté prins par les AUe-
mans estant en Halst, eWincné prisonnier enRipel-
monde ; trouva manière d'eschapper par certaines
promesses qu'il fît aux gardes,; retourna en^Gand
avec lesdicts gardes, où il fut reçu à grande joie.
Environ le neuvième d'octobre , l'Impériale
majesté, le duc Cristofle, le duc de Bavière et
autres nobles princes de Germanie, chariots^
baghes et grand nombre de piétons , se partirent de
Malines, pour tirer à Diest , et de là en AUe-
maigne, et monseigneur l'archiduc demopa en^
la garde de monseigneur Albert, duc de Sassen ,
fort révérend et très élégant personnaige, boa^
justicier, preux et vaillant aux armes, et qi>i».
4lO CHROWIQUBS (i48^>
en Tabsence du ro j , qui tost après tira en AUe-
maigne, se conduisit vertueusement en la guerre »
comme il appera cy-après par ses exploicts dignes
de mémoire perpétuelle.
. En ce temps , dedans le chasteau de Lamotte-
aux -Bois y advironné de Fr anchois^ setepoient
en garnison trois ou quatre cents compaignons de
guerre ; comme sans chief de nom^ souvent re-
confortez par des lettres que madame la Grande
leur envojoit ; mais non guaires d'entretene-
ment. Toutefois , ils s'entretenoient de proies sur
leurs voisins ; et autour d'eulx estoient en aulcuns
villages neutres , qui les aidoient à vivre pour
leur argent; et avoient entre eux toutes manières
de gens mécaniques, comme maiîssaus > fébures,
selliers ; chaussetiers , pourpoinctiers y et autres
nécessaires choses touchant la gendarmerie ; et
aussi les Franchois les réveillèrent souvent , et
couroient ju^ues à leurs barrières. Ung jour leur
fust nonchié par quelque ung que le seigneur des
Querdes faisoit ramener de Flandres sommiers et
baghes chargiez de vasselles et de drap de soie. Se
mirent sus à toutes diligences, et tellement exploic-
tèrent qu'ils ramenèrent gens, chevaulx et baghes ,
et amenèrent sans perle nulle en leur fort , et lors
trouvèrent grands plats d'argent, grandes tasses
et draps de soie en telle habondance , que leurs
pageastres habillez et revestus en furent comme
petits princes, de robes et pourpôincts et jour*
nades.
(i488) UE JEA.N MOLIWET. 4ll
Le seigneur desQuerdes envoya héraults et mes-
sagîers pour recouvrer sa vaisselle , parmi payant
certaine somme de deniers^ se recouvra partie
de sa perte, et convint tellement avècq eulx, qu'ils
se absÛndrent de faire courir sus Franchois et Fla-
mengs , et demorèrent en la place / stipendiez de
ses deniers.
Monseigneur Philippe de Clèves estoit en
Bruxelles, en grand bruit entre les Brabanchons
alliez aux Franchois , accompaigné de Flamens
et favorisé des Liégeois , trouva manière parmi ses
adhérents de tirer la ville de Nivelles de son parti^
et y fit son entrée le vingt-quatrième d^octobre.
Pareillement se mist au-dessus de Louvain , chief
du ducié de Brabant , le seigneur de Chanteraine ,
chevalier de Rhodes , lors estant au chasteau de
Louvain, tint avecq eulx comme garde et protec-
tev de la ville. De quoji plusieurs gens du parti du
0y furent grandement esmerveillez ; car toujours
fort vertueusement avoit milité en la coppaignie
du duc Charles , duquel avoit eu plusieurs charges
et acquis loable renommée j et après son trespas ,
soubs la ducesse Marie , avoit recœilli les nobles
de sa maison, qui fut cause de sa ressQjiirce ; et de-
puis , soubs le roy des Romains , lors archiduc ,
s'estoit trouvé en journée de bataille, rencontre,
escarmuches et haults exploicts de guerre , où il
avoil acquis bruit comme léal chevalier -sans re^
proche ; mais espérant faire service à monseigneur
l'archiduc , se tint avecq ses Brabanchons*^
4l2 CHROWIQURS (»W
En ce temps f ust concleue et accordée une bonne
et léalle trêve entre le roi des Romains, d*une parl^
et monseigneur Philippes de Clëves, les estais et
membres de Flandres joints avecq lui, commen-
cban t le sixième de novembre el fînant le quiu:2ième;
réservezgens d'armes qui ne povoient entrer en nuls
forts de parti contraire, tous exploicts de guerre
cessants. Les conservateurs pour le parti du roj
furent le duc de Zassen et le prince de Cbimaj,*
pour monseigneur Philippe , le seigneur de Chan-
tberaine et sire Henri Suasure ; et poiir les mem*-
bres de Flandres , le seigneur de la Gruthuyse et
messire Adrien de Razenghen.
Ce temps pendant , ung ambassadeur de Portu-
gal alloit et venoit de parti à autre , pour y trou-
ver moyen de paix.
#
CHAPITRE CXCVII. f
La dure rencontre que trouvèrent ceaix da chasteaa de Ldcqnerke.
Le seigneur desQuerdes, grant bailly de Haj-
nault , le seigneur de Molembais , messire Robert
deMeleun, les abbés d'Aumont et de Bonne-Espé-
rance, le prévostdeLouvain, La Marche, Belle-Fe-
rière, Thoison-d'Or, aucuns conducteurs de gens
de guerre, les desputez des bonnes villes de Mons,
Vaienchiennes Douay et auitres, assemblez à Ma-
lines pour trouver aucun traicté de paix, furent
('488) DE JEATf MOLINET. 4l5
congiez par le roy, et retournèrent en leurs limites
tost après la solennité de la Toussaint.
Aulcuns marchants de la comté de Haynault et
villes voisines, qui long-temps avoient séjourné en
Brabant après la froide feste d'Anvers , pour seu-
reté de leurs personnes, se boutèrent en leur com-
paignie, et arrivèrent premier que les nobles^ de
trente -six à quarante chevaulxen la viile d'Al-
lost , où ils couchèrent la nuict. Ceulx de la gar-
nison du chasteau de Lickerke, avoient illecq leurs
espies , qui hastivement nonchièrent à leurs com-
paignonsla venue desdicts marchands, ignoransla
suite des nobles , enseinble les gens de guerre qui
tost après y arrivèrent. Ceulx de la garnison du
chasteau de Lickerke advertis du logement des-
dicts marchands , pensans iceulx non avoir autres
conducteurs ni compaignie , misrent sus une bende
de leurs gens , le nombre en trante à quarante
chevaulx., bien en pointe, et cent à quatre-vingts
piétons, picquenaires,' couleuvriers et arbales-
triers , s'eslongèrent de leur fort une liewe , se
tirèrent en une vallée sur le chemin d'AUost et
d'Atb , suractendans leur proie. Les nobles de
Haynaut prélats , députés des trois états , gens de
gu^e ^ marchands et autres, partirent en notable
ordonnance pour venir d'AUost à Ath, envoyèrent
leurs avant-coureurs , qui trouvèrent, partie de
la garnison dessus dicte , et furent prins aucuns
avant-coureurs. Les aultresqui eschappèrent , re-
tournèrent vers les nobles , lesquels advertis du
faict, se mirent en bataille. Thoison-d'Or vestit sa
4l4 CHRONIQUES (
cotte d'armes 9 messire Beauduin de Lannoj, sei-
gneur de M oleinbais ^ messire Robert de Meleun ,
BeJle-Ferière et autres , qui étoient faicts et nour-
ris au mestier d'armes ^ se conduisirent notable-
ment^ rendans couraigeaux prélats et marchands,
qui n'avoient jamais esté à tels exploits ; et lors
vigoreusement deschargèrent sur leurs ennemis ,
donnërent dedans les piétons , rompirent Tembus-
che , mirent chevaucheurs en desroy , deffirent
picquenaires , et arbaJestriers et couleuvriers , dé-
livrèrent leurs avant -coureurs, occîrent aucuns
sur la place, prindrent prisoimiers environ cin-
quante , lesquels ils amenèrent à Âth , où aucuns
d'eulx navrez à mort rendirent leurs esperits, et
les aultres donnèrent les fuyes, qui se saulvèrent
en ung bosquet prochain. Geste malle fortune ad-
vint auxdicts de Lickerke, parce qu'ils ne peurenl
perchevoir la grosse compaignie , pour Tinterpos
d'une montaigne dont ils furent couverts.
CHAPITRE CXCVIII.
La prinse du chasteau de Werselle et d^aucanes places à F environ de
Bruxelles. fP
Messire Henry de Wy them , seigneur de Ver-
selle , pendant le temps que monseigneur Philippe
estoit en Bruxelles, se tira vers monseigneur Tar-
chiduc d'Austrice , son prince et seigneur naturel ,
duquel il estoit chambellan ^ et icelui voyant son
(•488) DE jpAN MOLINET. ^iS
cbasteau de Verselle , situé auprès de Bruxelles,
celui de Brayne-Laleuwe el celui de la Folie , en
grand dangier de périr , garnit , à toute diligence
et à ses propres despens, lesdictes places de vi-
vres , artillerie , coinpaignons de guerre et choses
nécessaires à la tuition et conservation non-seule-
ment desdicts chasteaulx , mais aussi de la comté
de Haynault, qui lors n'estoit en nul poinct , sen-
tant telles divisions , commotions et estranges be-
soingnes; et de faicl, ledict seigneur envoya Phi-
lippe , son aisné fils , au chasteau dé Verselle ,
frontières aux ennemis , accompaigné de nobles
gentilshommes , pouryeus de toutes besoingnes
deflensives et pertinentes à soustenir siège. Au-
tres compaignons se boutèrent aux chasteaulx de
Brayne et de la Folie, lesquels par Tardent amour
qu'ils avoient à monseigneur l'archiduc et audict
seigneur de Verselle , exposèrent leurs corps aux
travaux de la guerre , et tant en une place comme
en l'aultre , ainsi que petits léons , Rolands et
Oliviers, espriz d'un très grand hardement, ex-
ploictèrent plusieurs faicts d'armes très dignes de
mémoire ; tellement que par plusieurs rencontres,
aguets, embusches et escarmuches, tindrent les
Bruxellois en telle subjection , que, sans danger
de leurs vies , n'osoiènt wyder leurs portes, sinon
à grosse compaignie. Et d'aultre part, nuls vi-
vres de ce quartier ne povoient avoir adresse à
la ville, au très [grand dommaige ^ fouUe, re-
houtement et honte des Bruxellois , lesquels con-
4l6 CHRONIQUES
sidérâus les intoUérables pertes que leur firent
lesdicts chasteaux^ délibérèrent avec monseigneur
Philippe, de assiéger , battre et démolir, assaillir,
dillapider, ardre et destruyre ledict chasteau de
Verselle ; chargèrent gros engiens , artillerie , es-
cheÙes, bastons et instruments de guerre à ce
convenables ; assemblèrent grosse puissance de
gens de guerre à cheval et à pieds ; puis au son de
trompettes, bannières desployées , se partirent en
grand fureur , éspérans de prime-face d'emporter
ledit chasteau. Mais PhiUppede Verselle, fils dudict
seigneur, ensemble autres nobles gentilshommes,
préavisez , asseurez et rangiez en leurs deflPenses ,
monstrèrent bien que riens ne les doubtoient ; car
après plusieurs batteries , et que l'assault aspre et
terrible leur fut donné, se deffenclirent tant vigo-
reusement, par proesses et nobles faicts , que les
Bruxellois furçnt contraincts de lever leur siège ,
en délaissant derrière plusieurs bastons, par néces-
sité de fuyr, chargèrent leurs morts et retournè-
rent navrez, honteux et confus dedans leur fort.
Ceulxde Versellqs, voyant leurs ennemis con-
fus relirez, redoublèrent en eulx force, cœur et
proesse, et par plusieurs fois et subtilles emprin-
ses, livrèrent bonne guerre à ceulxde Bruxelles; si
les travaillèrent plus amèrement que devant, ettant
les aguerrirent^ qu'ils mandèrent nouveaulx en-
giensen France;et trois mois après ce premier siège,
à puissance plus grande que dessus, vindrent de re-
chief assiéger ledict chasteau^ qui fut horriblement
(»4W) DE JEAK MOUNET. 4^7
battu de gros ensciens, dillapidé, rompu, et brisé, et
cassé, tellement que possible n'estoit aux assiégés ,
qui ne veoient nulle apparence de secours, de to-
lérer si pesant fardeau sans estre vaincus. Si que,
après avoir soustenu si cruel fouldre d'assault, dont
aucuns d'eulx estoient morts sur la muraille , se
rendirent à la volunté de leurs ennemis. Aucuns
furent prisonniers , et les autreis exécutez de froid
sang , entre lesquels le capitaine d'icelui chasteau^
nommé Ramilli , natif de Bourgongfie , noble
homme, preux et vaillant^ qui, léalement et de
très bon corage , avait porté lesdits assauts, fut
prins et publiquement pendu sur le marchié de
Bruxelles, au très grand desplaisir du seigneur de
Verselle. Et oultre plus , iceulx, non assoufîz de
leur furibonde vengeance , emportèrent par forée
d'armes le chasteau de Bray ne-la-Leu we , appar-
tenant au seigneur dessusdit , lequel, tant pour la-
dite place que pour aultre, ne pour argent, n#
pour donner persuasion ou prière^ ne poelt finir à
ceulx de Mons , ne des places circumjacentes de
Hajnault , d'avoir de la pouldre de canon , pour-
quoi ladicte place fust de légier concquestée. Mais
il eut si bonne garnison de gens , d'artillerie et de
vivres en son chasteau de la Folie , que quelques
menasche, batterie, embusche ou entreprinse que
l'on j sceusist faire, il demora en son entier,
qui fut la conservation, frontière et avant-garde du
pays de Haynault ; et ce provint par la^ prudence
et vaillance desdicts compaignons illecq militant.
4l8 GHROIÏIQUBS (i49S)
aux despens toutes fois du seigneur de Yersetle.
En ce mesme temps et de ce même train^ Poldc^be
de Barlaer, seigneur de Faulquewez , noble , pru-
dent et cbevaleureux homme ^ desploia sembla-
ment corps et biens , et chevance9 comme bon et
léal serviteur au roj et à monseigneur l'archiduc
son fils y pour assister aux invasions des ennemis,
et regardant le grand desroj que plusieurs nobles
bompes de Brabant et des pays voisins, fort
estonnez ie ceste perturbacion , se tenoient es
grandes bonnes villes pour sceureté de leurs vies,
vacillans et non sachans à qui Dieu donneroit le
prix de la victoire.
I^dict seigneur de Faulquewez se mit aux
champs ; assembla plusieurs gentils compaignons
de guerre , stipendiez et payei de ses propres de-
niers; munit ses deux forteresses^ Faulquewez. et
Hastempont,d'artillerie, vivres et aultresbesongne-
ments propres aux def fenses ; et en gardant TboD-
neur de son prince et de ses places par hardies et
vaillants entreprinses, livra trèsaspré et continuelle
guerre aux ennemis , souvent à leur grand péril
et fort honteux reboubteraent , et leur porta
de si grant dommaige , que nécessité leur fut ex-
citer la puissance,force et subtillitez à la destruction
du chasteau de Faulquewez; lequel finablemeut
fustpareulxprinS; rasé, pillé, desmoli, abbattuet
bruslé, ensemble aucuns molins , censés et maisons
appartenans tant à lui comme à ses subjects , qui
lui fut chose griefve à porter et dommaige irré-
OW DB JEAN MOLINBT. 4*9
cupérable. Et quand letlict Pol se vist ainsi des-
titué de chasteau , molins , censés et maisons , ne
délaissa pourtant de mectre les mains aux armes ,
ains redoubla force, hardiesse et coraige, et se
bouta au chasteau de la FoUie , où il fist y comme
dessus , aspre , rudde et forte guerre aux Flamens ;
Franchois , Brabanchons et Liégeois.
Ne suffisoit à monseigneur Philippe de Clè-
ves, aux Bruxellois et à ceulx de leur parti,
d'avoir vexé^ perturbé , et travaillié en toutes fâ-
chons que l'on povoit imaginer, ledict seigneur de
Verselle ; mais lui abbatirent , desbrisèrent et
destruisirent jusques en terre une très belle, forte
et riche maison , située en la ville de Bruxelles ;
vendirent les pierres, le bois, dissipèrent et but-
tinèrent le$ couvertures d'icelle , qui demoura
place inhabitable , déserte et spectacle aux pas-
sans, qui enquirent la cause de ceste désertion,
et lors réduisent à mémoire les Bruxellois la cause
pourquoi, en détestant le seigneur de VerselJe,
qui toutes fois s'estoit monstre léal et sans^ re-
proche , fort bon serviteur à ses princes. Et oultre,
plus lesdits Bruxellois , non sanchiez de lui avoir
perpétré ces horribles dommaiges , lui bruslèrent
et flammèrent et mirent en cendres toutes mai-
sons , censés et habitations qu'ils peurent scavoir
et apperchevoir à lui appartenir.
Le, chasteau de Bourgueval, appartenant aux
hoirs de monseigneur le conuestable , tenoit contre
monseigneur Philippe pour le roy de Romains. Il
420 CHRONIQUES (>
y avoit dedans environ vingt-six compaignons, des
quels esloit un vieulx roulier de guerre nommé
Gaignage, jadis archier du duc Charles, fort bien
jouant du traict à pouldre , tellement qu'il occist
quatre ou cinq des gens de monseigneur Philipp
estant devant ledict chasteau. L'uq desdicts com-
paignons assiégiez, saillit hors, et certifia que le
dict Gaignage et ses adhérents estoient mal sortis
de vivres et de pouldre, par quoi ledict chasteau
fust rudement assailli, prinset gaigné; et fust le-
dict Gaignage pendu lui cinquième , lequel fust
fort plainct, tant pour son antiquité, comme poar
ce que tousjours s'estoit montré gentil compai-
gnon selon sa vocation.
Le chasteau de Hesse fust horriblement battu de
courtaulx et de serpentines , tellemement que fina-
blement ceulx qui dedans estoient se rendirent
par tels : que les compaignons de guerre widè-
rent en leurs pourpoint, et les païsans s'en allè-
rent corps et biens saulves.
{'488) OE JEAN MOLINET. 4^1
CHAPITRE CXCIX.
I^ prin»e da chasteau de Waarin , et rappoinctement du sc^neur
desQaerdes, «t autres exploict^ de gaerre. «
Ew ce temps furent les frontières des pajsr mar-
chinssaos versdicts Flandres ^ en grande misère et
tribuilacion du parti du ro^ des Roumains; car^
en faveur de monseigneur Philippe^' de Clèves, le
seigneur desQuerdês s'efforchoit en toute dilligen-
ce de subvenir aux jj^lamens, tant^en gens de guerre
comme. d^ vivres ; et de faict se tira sur la rivière
du Lys , pour anéantir l'empesche^pent des vi-
tailles^ et subjuguer aucune forteresse garnie de
Bourguignons , qui fort les adommageoient. Les
Gantbois d'autres costés faisoient le semblable^
et assiégèrent Je cbasteau de^Helchin, où se te-
noient certain nombre de compaignous qui atten-
doient secours de ceulx de leur parti , lesquels en
donnant approces pour les dessiéger , par mes->
chief se noyèrent vingt-quatre ou trente, et les
autres se retirèrent ; et fut illecq Gérard de la
Houarderie , qui , après la reddition du cbasteau ,
fust mené et depuis décapité*en la ville de Gand.
Le seigneur des Querdes ayant faict ^mas de
quatre ou cinq mille hommes , assiégea le cbasteau
de Warin, assez fort et situé en marescaige.Sile
fist tellement battre trois jours et trois nuicts en-
Chkohiques. T, XLV. J.— Molihet. ///• 26
4^2 CHROHIQUES («W
tiers y tant qu'il y fist tirer plus de trois cents cops
de serpentines et courtaulx. Moreau des Guerres
estant capitaine de la place /qui après caste mer-
veilleuse batterie se print à parlementer au seigneur
des Querdes, et fist son appoinctement seul. Ceulx
qui avee lui deffendoient la f^ace, par la, mort du-
dict Aloreau se rendirent à la volunté du seigneur
DesQuer4es , qui en fist pendre la plopart. Moreau
se convertit au parti^de France i et changea de
poil et de coraige y qfii depuis fust par ses démé-
rites, descapièé en la cité de Gambtaj ..
Le chàsleau de Boisinboix se rendis! sans cop
férir ; car impossible lui estoiWde résister contre
telle penssance. Le plat pays à l'environ q^tant lors
en grand crainte, pour ce que les granges estoient
plaines de biens » les nobles du pays divisez^ mar-
chandise estoit hors de cours; et d'autre partîtes
Francbois ne povoient mener vivres aux Fla-
mensy sinon à main armée, pour 4'obstàcle des
chasteaulx tenant le parti du roy des Romains,
qui leur donnoient répugnance. Porquoi, en en-
suivant le traictié de la paix de l'an quatre-vingt
et deux, fust conçeu un appoinctement entre les
parties. Le seigneur des Querdes fit venir vers lui
ceulx de son conseil , les desputez de Lisle, Douay,
Orchies. Si furent > pour Douay , l'abbé de Hen-
nin , Liétard et messire Thomas de la Papoire ;
pour Lisle , le seigneur Destrée et mëssire Jehan
Franchois ; et fut remonstré au parti des FranchcMs
comment iceulx voUoient subvenir à toute dilligence
ti4«8) DE JEAW MOLINET* 4^3
aulxFlamens, et que si on leur donnait empes-
chemènt, ils seroieat si forts, qp'il^se mettroient
au-dessus de tous les cbasteaulx forts et passàiges
<jui leur donroient encombrier, laquelle chose
ne se povoit falire sans gaçtufes dé pajs^ à là très
grand foule, perte et dommaige dès Bourguignons;
mais se Ton les volloit laisser passer, etperÂectre
.aller et venir paisiblement et marchandement par
eauwe et par terre , tant en Flandres comme
eu limites de leurs chastellenies , gouvernances
et bailliaiges, ils permecteroient semblableipent
ceulx desdicts gou vernemens , chastellenies et bail-
liaige de Lisle , 4)ouaj et Orchies , aller et venir
en mettes et quartiers de France, et partout où bon
teur sembleroit* Laquelle chose fut accordée et
publiée, ainsi que cy-après s*en suit :
it Monseigneur des Querdes , marissal de France,
lieutenant-général du roy es pays d'Arthois et de
Piccardie, et au nomd'iceluiseigheur , reeeu et re-
cboitles prélats, gens d'église,. nobles, manant, et
habitans des villes et chastellenies de Lisle , Douay
et Orchies à la paix de France faicte en la ville
d'Arras, au mois de décembre an quatre-vingt et
^leux ^ et à tous les. poincts contenus et articles dé-
clarez audicttraictiédepaix^tanfl'abolition, retour
aux biens , hantise et coincation de marchandise ,
que à tous autres poincts , privilèges et articles y
contenus concernans les^dessusdicts mananç et ha-
bitans; et pource que depuis Tin fraction de la paix
dudict an quatre-vingt et deux , est survenue la
26.
4a4 CHBOniQUBS (i
guerre entre le roy dès Romains ^ père de mon-
seigneur Farchiduc Philippe y da(5de Bourgoûgne,
et ceuhf de Flandres, avec lesquels se sont depuis
joincts monseigneur Philippe de Clèves , ceulx des
villes et quartiers de* Louvain^ Bruxelles, Nyvel-
les et autres , d'autres part , ausquels a 'donné et
donne faveur et ajde ] lesdicts de Lisle , Douay et
Orchies , s'emploieront .de tout leur povoir à ap-
poinctier , accorder et pacifier desdicts differens.
Et néautmoins, pour évister toute occacion et
matière de guerre , ils , du jour de là datte de ces
présentes, ne se mesleront.du faict de ladicte
guerre, d'un parti ne d'autres, et ne donneront
faveur , aide ou assistance, de gens^ d'argent ^ de
vivres ne aultrement, à l'ung ou à l'aultre desdic-
tes parties , ne à ceulx qui les adhèrent à ladicte
guerre, mais porront aller quérir de tous vivres
pour eulx, et en toutes aultres choses hanter fré-
quentes et comuniquer marchandement et aultre-
ment en chacune. desdictes parties, et les habitans
desdictes partis avec eulx , saulf qu'ils ne seront
tenus de recepvoir gens d'armes d^ung parti ne
d'aultre, ne baiUer passaige par icelles.
» En oultre , et en ayans joyssance des biens ,
rentes et revenus que les manans et habitans des-
dictes villes et chastellenies ont en partie et obéis-
sance dudict roy des Romains, et desdicts trois
membres de Flandres et leurs adhérons^ les ma-
nans et habitans de chacune desdictes parties
auront pareillement plaine et entière jojssànce
(«488) DB JEATC MOLINET. 42^
des biens, rentes et revenus qu'ils ont es dictes vil-
les et chastellenies, et toutes et quântes fois que Ton
traîctera de la paix générale d'entre le roi, pour
lui, son royaulnie, pays, seigneuries et subjects,
d'une part ; et le roy des Romains , monseigneur
r-archiduc, son fily, ses pays, seigneuries et sub-
jeets, d'aultre part; et aussi entre icelui roi des
Romains et les estats desdicts trois membres de
Flandres et leurs adhérens , iceulx de Lisle , Douay
et Orchies y auront leurs desputez et commis pour
remonstrer toutes choses à leur cas, et eulx ovs ,
ils seront comprins soubs la généralité dudict pays
de Flandres.
» Et s'il advenoit que ladicte paix générale fust
cy-après , par (|tielque occasion que ce soit , en-
fraincte, que Dieu ne voeil ! le traictié particulier
desdicts de Lisle , Douay et Orchies avec le roy , ne
serapoyr ce tenu ne resputé énfreinct,mais demou-
rera en sa force et vigueur , tant et si longuement
q'ue lesdicts de Lisle, Douay et OrchieS, en-
tretiendront léalement et sans.frauWe, ladicte
paix de l'an quatre-vingts et deux , ^et le présent
traictié. Et se ceulx de Vallenchiennes, Mons et
autres , tant des pays de Hayiiault, que des autres
pais de , monseigneur l'archiduc , se vodlent dé-
clarer à pareil traictié et appoinctemfeiït que ont
lesdicts de Lisle, Dôuay et Orchies, ils seront re-
ceus en dedans le dernier jour de ce mois ; et
pour seureté de ces choses devant dictes^ lesdicts
de Lisle , Douay et Orchies bailleront leurs lectres.
426 CHRONIQUES {^W
et scellez, proinecterons de. bonne foi sur leur
honneur , sur les mêmes censures et paiaes conte-
nues audict traictié de paix, et scellez qu'Us en
ont autres fois bailliés, lesquels demioureront en
leur force comme se jamais ladicte paix n'eusist
esté enfreincte, de entretenir Jladicte paix de l'^n
quatre-vingt et deux , et ce présent traictié , sans
jamais le enfraindre , et que s'il estoit contrevenD
par aulcuns de leur parti, ils en feront bonne et
briefve pugnition , selon le cas.
» Et de tout ce les gens d'église, nobles, rewars,
majeur , eschevins » centeniers , ciaquanteniers ,
connestables desdictes villes et chastêll^nies , fe-
ront serment solennel sur Içs saints évangiles, à
chacune desdictes villes en la priacipale église; et
en plus grande approbation sera ce présent traic-
tié scellé des sceaulx des abbez et chappelles des-
dictes villes et cbast^lënies ^ pour Testât du cler-
gié; et de monseigneur le gouverneur desdictes
villes et chaitellenies , des quatre haults-justiciers
ou leurs b^dllis , de monseigneur Lanners ,. de
monseigneur de Roubais , monseigneur de 3^d-
tes , et monseigneur de Croisilles , monseigneur
de Rosimboix, monseigneur d'Avelin, 'pour Tes-
tât des nobles : des sceaulx des trois villes , pour
Testât du peuple et commune'. Et ce fera l'on ra •
tifiier ce présent traictié en dedans le premier jour
de febvrier prochain venant, par mondict seigneur
Tarchiduc d'Austrice , authorisé dudict roy des
Romains, son père,' et môndict seigneur le maris-
sal fera pareillement promesse et serment , au* nom
('4^^) DE JEA.N MOLINET. L%n
et comme lieutenant du roy, d'entretenir aussi
auxdicts de Lisie y Doùaj et Orchies ,* la paix de
Fan quatFCs-tingt et deux , et aussi sur les méffàes
censures et peines contenues audict traictié de
paix ; et demourruot les sceller pour c^ aultre fois
bailliez 9 en leur force et vigueur.
» Et pour autant que cé^. présent traictié touche
lesdicts monseifi^neur de Clèves et ceulx de Flan-
dres, lesdicts. de Lisle , Douay et Orchies baille-
ront leurs leclres auxdicts monseigneur Philippe
et trois membres de Flandres y par lesquelles ils
promecteront de^ en leurxegard et pour autant
qu'il leur touche et à leurs adhérens y entretenir
^ce jH*ésent traictié; et semblablement lectres ré-
ciproques bailleront iceulx monseigneur Philippes
et trois membres de Flandres pour eulx et leurs
adhérens, auxdits de Liste, Douay et Orchies ^
par lesquelles ils promecteront de leur entretenir
ce présent traictié. ^
» Faict à Wanrin , par messire Jehan , seigpeur
de Haes. Signé Walleran Doinguies, bailli de
Hesdin, chevalier; messire Jehan -Duffary., sei-
gneur de Lambtes , conseillier ; et des fe<juêstes
de • rhostel du roy ; mesdicts seigBeu|{^ à ce com-
mis et desputez par monseigneur le marîssal ;,
eu la présence d'Anthoine de Fontaines^, es-
cuyer j lieutenant de mondict s^neur Philippe ;
Jehan Utenhome, Guillaume. Pippe, e^phe^ips
de Gand; révérend père en Dieu monseigneur
l'abbe de TOost; sire Charles Doinguies,. che-
4^8 CHRONIQUES («4^^
valier , seigneur Dçstrée ; m^sire Valealin de
Berseres^ X^hanoine de Lisle, messire Jehan Do-
me^ensy lieutenant > général de la gouvernance ;
messire Jehân-Franchois , conseillier ; Jacques de
Laudan , escbeyin / et Mathieu ilaimbault , procu-
reur de la ville d'Orchies.
« Faict conim^ de^sle treisîesme de novem-
bre, an quatre-vingts et huit. Signé De la Forge. »
Cest appoinctement pleust aux parties et souve-
rainement à ceulx de Lisle^ Douay et Orchies ,
tant pour saulver les biens du plat pais, que pour
avoir marchandise son cours ^ et recouvrer des
vins qui desjà estoient faillis èsdictes villes , parmi
tant que quant il plairoit au roi et à monseigneur
l'archiduc son fils, leur commander et appeler à
«on service, ils le feroient comme vrais et léaulx
subjects ; et se firent fors d'avoir adveu et consente-
ment du roy des Romains, dedans xing jour nom-
mé , cocpme ils firent avec plusieurs articles qui
seroient longs à réciter.
Cest accord fut accepté des parties, et les seigneurs
de Santés , d'Estrées et aultres nobles chevaliers
de Lisle, jurèrent solempnellement tenir ledit ap-
poinctement; mais messire Baulduin de Lannoy ,
gouverneur de Lisle et chastellain du chasteau ,
pour requeste que l'on lui sceussit faire, ne se volut
assentir . Pareillement firent debvoir ceulx de Douay
et Orchies. Autres bonnes villes voisines, comme
Yallenchiennes , Mons et Ath en Haynault , sça~
chant cest appoinctement furent fort esmerveillez
(•488) DE JEAN MOLINET. 4^9
et trop plus de Douay que Lisle ; car Douay , sur
tonte ville de frontière fort menachiée des Fran-
chois^estoit celle qui, le plus fièrement soi deféh-
dant; avoit monstre barbe aux ennemis, ne jamais
pour quelque dangier, assay ou force que Ton lui
fest, ne s'estoit esbranlée , ains estoit demorée en
son entier , ferme comme ung pillier, et estable
comme une roche immobile , dont elle avoit acquis
bon bruit , honneur et gloire ; et de tant soudaine-
ment estre condescendue à cest accord ne se po-
voient lesdites bonnes villes àTenviron assez ne trop
esbahir.Se prindrent en grand desdaing les villes de
Douay et Orchies, pourquoi aucuns manans gar-
chonsvoloieut préder et pillarder les appendances
desdictes villes , lesquelles furent cont^rainctes de
monstrer par mandement la licence, congié et
adveu du roy des Romains et de monseigneur Tar-
chiduc son fils , lequel mandement fut publié es-
diles villes voisines , et lors paisiblement usèrent
de leurdit appoinctemenU
En, ce temps monseigneur Philippes de Clèves,
accompaignié de deux cents chevaulx ou environ ,
se partit de Brabant pour aller vers le roy de
France, et pour ce qu'il êstoit bienvoeillant de
Cambra/ qui lors estoit neutre , ceulx de la ville
sentant son approce, et qu'il débvoit passer par
la cité, se disposoient d'aller au-devant de lyi.
L'abbé de Saint-Âubert , et aucuns desputez de
l'église et de la ville lui supplièrent que si son plaisir
estoit d'entt^er en la ville de Gambrày , ce fusist
seuUement ^ quarante chevaulx , car autrement
43o CHHONIQUBS (}k^
ils seroieni indignes d^ung parti et d'aullce. Â quoi
il respoodit que quand il tenoit le parti au roy des
Romains 9 il entroit à soixante chevaulx pour son
état , et que maintenant il alloit vers le roj de
France pour le bien des pais , et que si on ne lui
30uffroit entrer toute sa compagnie^ il s'en lœroit
au roy deFrance.Et dict ainsi que quant ungprioce
du roy des Romains se trouveront à Gambray à
autaqjt de nombre de gens comme il volloit entrer
en la ville^ le roy de France n'en seroit mal content.
Se fut logié dedens Gambray lui et sa compagnie,
et lors monseigneur Philippe envoya ses lettres à
Anthoine de Longchamps, capitaine de Bouchain;
affîn qu'il luirendesist la place ^ laqu^Ie autrefois
lui avoit faict avoir. Ledit Ântboine print )Oor de
lui conseillier , envoya copie desdites lettres à
oeulx deVallencbiennes , ensenable partie de son
conquest , et de faict demoura ferme sans loi
rendre.
Quecquelevan , capitaine d'Arras , le baslard
Cardon , le seigneur de Vaulx , le Veau de Bour-
noville , Antboine de Fontaine et Pierre de Belle-
ferrière , accompaigniés de trois mille hommes ,
prindrent le cbasteau de Pas^ à Avesnes^ où guaires
de gens ne trouvèrent , puis se trouvèrent devant
le cbasteau d'Escandeuvre , qui lors tenoit pour
le roy des Romains ; ils le battirent de trois cour-
taulx , deux serpentines et aucunes bombardelles
et perchèrent ledit chasteau. Philippe de Bellefer-
rière , capitaine de la place , estoit lors à Vallen-
chiennes, et vingtKjuatre compaignons qui dedans
('4^^) DE JEAW MOLINET. /^Sl
estoient , se rendirent leurs corps saulvez et tout et
de biens que emporter porroien t. Et ledit chasteau
d'Esçandeuvrefut rendu à messire Jean de Meleun,
qui lors avoit espousé la fille de messire Jacques de
Luxembourg qui , vrai héritier, en es toit.
Item. Us prindrent l'esglise de Haussi^ 1^ tour
de Caudrj et aultres places à Tenviron.
En ce temps estoit une grosse ambassade d'An-
gleterre Tersle roj des Romains estant en Hollande
où il réduisoit à son obéissance le pays et le
seigneur de MontPort qui avoit saisi Rotterdam ,
Delft et aultres places auprouffit de monseigneur
l'archiduc et au nom de monseigneur Philippe ,
comme il disoit.
Item. Après que les Franchois furent au-dessus
d'Escandeuvre, ils se mirent en guise de ladres et
de povres femmes sonans leurs clicquestes, mon-
tèrent sur trois charriots,se tirèrent vers le chasteau
de Werchin à l'heure de dix heures au jour, et
iceulx armés à la couverte, avec la suite de gens de
cheval et dq pied, rayirent prisonniers et bestiaulx,
chargèrent leurs «charriots de baghes çt retour-
nèrent en leurs forts.
Environ ce temps advint queGracien deQuerre,
fort expérimenté aumestier d'atomes, accompaigné
d'i^ne bonne bende de Franchois , se tira devant la
ville de -Walcouït qui lors tenoit pcîqr le roy des
Romains , et pour ce qu'il la trouva foiblement
munie et de petite réaistance, il «la saisit et tiut
une espace^ à la grande fpulledçs Bourguignons
432 CHRONIQUES M^»)
voisins. Et de faict les gens dudil Gracien y tant à
cheval comme à pied , se logèrent en un village
illecq prochain , où ils commirent tous les desrois
et insolences que l'on porroit penser. Ce parvenu à
la notice du seigneur de Chievres, lors florissant
en prouesse , autant recommandé que nul autres
de son eage , fit ung amas de gens de g'uerre pour
les desloger; manda Ferry de Nonnel , qui pareil-
lement estoit fortstilléet subtil en armes, joindit
avec lui ses gens fort bien en poinet , prêts à la
torche et bien enseignez de ce qu'ils debvoient
faire ^ Vint en son aide le prévost d'Estrées, qui
semblablement avoit aucuns compai^nonsr assez
coragieux et lors tous ensemble se tirèrent vers
ledict villaige , fourrèrent et donnèrent dedans
lesdicts FranchoiSy qui furent à cop deffaicts el mis
en desroy , monstrèrent le dos , se convertireot
en fuyes, et furent vigoureusement rembarrez, fer-
^rans,battans dedans leur fort deWalcourt.Et furent
en ce faisant aucuns d'eulx occis , aucuns navrez
et les au très prisonniers, entre lesquels ung mignon
du capitaine fut détenu , qui esfoit audit Gracien;
et d'autre costé Greorge de Marquette , lieutenant
de Ferry , fut prins à la chasse ; et furent inconti-
nent rendus tous armez , homme pour homme.
De ce très dur deslogement et fort exploict de
guerre , fut Gracien de Guerre grandement esnaer-
veillé. Il se trovoit en une petite meschante ville,
ses gens occis , navrez , prins , rembarrez de fortes
chevaleureuses mains , et petitement accompaigné
i488) DE JEAN MOLINET. 433
lu remanant devant lequel il tint ung petit par-
lement assavoir qu'il avoit à faire. Ses gens lui
[conseillèrent d'habandonner la place , considéré
cèste piteuse maladventure , et lors se print à dire :
» Jamais là , Dieu merci , ne fut mal fortune en
i> guerre, ne prins, ne navré, en laquelle j'ai été
» nourri dès ma tendre jeunesse jusques à l'eage de
» cinquante ans. Possible est que j'aurai, comme
»> ont eu les aultres , quelque jour un dur et lourd
» reboutement. Se l'heure est venue , je m'offre à
» le rece^voir ; j'aime autant maintenant que plus
» actendre, et en brief jour mourir que long ue-
» ment languir ; et à tant je suis délibéré de se-
» journer en ceste place, quoiqu'elle soit m ^1
» accoustrée. » Et demeura illècq ferme et estable
attentdant la grippe de fortune , monstrant visaige
et barbe à tous ses ennemis.
CHAPITRE eC.
Rédaction d^aacanes places an VITett-Flandres.
Ew ce temps se tenoient à la fois en la ville de
Dunckerke et au West-Flandres, messire Greorges
Ëbestain et Denis de Morbecke , vers lesquels
aucuns bourgeois de St.-Omer pourchassans la
réduction de la ville , envoyèrent souventes fois ,
comme il apperra ci après. La ville de Dunckerke
qui paravant tenoit pour lesFlamens, fut conquise
par ledit Denis de Morbecke, lequel accompaigné
434 CHRONIQUES (i^B8)
de trois cents compaignons , montèrent une nnict
sur Teaue en deux bacquets , se trouvèrent devant
Du nckerke, qui de riens ne se gardoit pour la proxi-
mité de la mer, se mirent an-dessus da guet si foiWe
qu'il estoit, ouvrirent une porte, gaignèrent la
ville, et se misrent au-dessus du pont Rowart,
une forte place aviron née d*eauwe , où s'estoieot
retirés deux où trois cents Flamens , qui furenf
vifvement assaillis par les gens dudict capitaine
entrant en Feauwe jusques au col , et finablemeot
rendus à Tobéissance du roy. Semblablement ,
Guistelle , ung gros villaige fottiffié de palisret fes-
sez parfons , où il y avoit de quatre à cinq ceni
hommes bouttez en yne forte église , ftist prito de
vif assault , aucuns occis , les autres prisonniers.
Jacques Rocquemme, ung vaillant homme de
guerre , qui audict assault avoit la conduicte,de
l'estandart de messire Charles , eust les cuisses per-
chiées d'une picque. Messire Reginalme le Conte ;
secrétaire duroj des Romains, qui, par le bon zèle,
fervent et amour qu'il avoit à la querelle, avoit
habandonné la plume et la chancellerie , ets'estoit
monté de trois forts bons chevaulx , armé de pied
en cappe , comme ung gentil vassal, se monstra si
vaillant à cest assault, qu'il fust rué d'une pierre et
renversé en l'eauwe , en fort grant dangier de sa
vie , et après qu'il fust bien baigfié , fust recoeilli
parTassin duCroq, ung puissant homme d'armes.
Pareillement furent prinses par force d'armes et
par lesdicls capitaines, les esglises et places de
(i488) DE JEAN MOLINET. ^56
W^ormeesseon et au très ^ qui ci-après viendront
en compte.
En- ce temps , monseigneut. Philippe de Clèves,
à grosse compaignie de gens de guerre, où estoient
le seigneur des Pierres, le bastard Cardon, et
autres tenans le parti des trois membres de Flan-
dreSf se trouva devant Nieu port, et envoya aucuns
héraults portans certaines lectres à ceulx de la
ville , remonstrant comment l'empereur , le roy
et les princes d'Âllemaigne , s'estoient eslongiez
des pa}rs*contendans,arfin qu'ils voulsissent adhérer
aux membres dessusdicts. Ausquelles lectres , pér-
suasioDS et remonstrances , iceulx ne se volurent
cronsentir , entendre^ ne condescendre , et, que ,
plus est, ne donner response. Mais à toute dili-
gence, mandèrent de nuict Denis de Morbecke,
Jennet Wart , Philippe de Cordille , messire
Guillaume de Grisepierre et aultres, lesquels
▼eDUZ audict Nieuport , livrèrent fières ^ et grosses
et aspres escarmuches aux Flamens , Franchois ,
tellement que, à la première recousse, le sei-
gnem* des Pierres fust navré d'un traict , et ra-
mené en Bruges. Tost après se deslogea mondict
seigneur Philippe, ensemble sa compaignie, et
par l'adventure d'aucuns mariniers d'Hostende,
trouva à l'entrée de la mer ung passaige quasi
iocongneut, et duquel n'estait mémoire que jamais
homme n'y estoit passé ne de pied ne de cheval; et
lai fust ce passaige si propice, qu'il y mena son char-
roy et artillerie , puis se tira au West pays , où il
436 CHRONIQU BS [i^^)
trouva le seigneur des Querdes, et ensemble priod-
rent par appoinctement les villes de Berghes,Samt-
Winoch, et deBourbourg.Dudict Bourbourgestoit
capitaine Jacques de Foulquesale de la Moroide
en Hollande , souverain baill j de Flandres , qui
se retira à Nieuport, où il fust capitaine. Après
la reddition desdictes villes, où les Franchois
boutèrent bonne garnison , monseigneur Philippe
et le seigneur des Querdes se partirent l'ung de
Tautre ; mais ledict seigneur Philippe à toute sa
bende retourna devant Nieuport^ et de rechief
envoya à ceulx de la ville ung sien furni de lectres
contendant devenir aux fins'précédeos , auxquelles
ne se voulurent iceulx consentir, et que plus est,
ledict hérault fut affublé d'ung manteau sur la
teste ; et avec ses lectres closes, fust chargié sur
ung batteau et mené au roy des Romains.
Nonobstant ceste rudesse, monseigneur Philippe
repassa ce destroit que premier avoit passé par ung
sa bende, entre neuf et dix heures au jour; et après
plusieurs escarmuches faictes, il se retira ce même
soir vers Ostende; gissant à deux lieuves de Nieu-
port. Et le lendemain, icelui adverti qu'il venoit
grant nombre de batteaux garnis d'AUemans pour
entrer dedans Nieuport, desquels Âllemans esloit
conducteur Melchior Van Masumster, souverain
de Flandres; et pour donner résistance^ obvier
et deffendre lesdicts Âllemans , monseigneur Phi-
lippe fit préparer audict Hostende de dix-huict
à trente navires furnis de gens d'armes qui single-
<'48^) DE JEAN MOLINET. 437
rent en mer. Si abordèrent ensemble AUemans ^ et
Flamengs, et Franchois ; mais guaires n'adomma-
gèrent l'un Taultre. Et quand monseigneur Phi-
lippe percent que riens ne povait prouffiter , il en-
voya une femme à ceulx de Nieuport , leur dire
et advertir que s'ils recepvoient lesdict Allemans ,
il leur destruiroit leur havre , comme il fut des-
truit peu de temps après que le siège y fut mis.
Toutes fois lesdicts AUememans prindrent terre
pour loger à Nieuport , dont il sourdit fort grant
et horrible murmure , assavoir s'ils entreroient en la
ville ou non ; car la pluspart d'icelle avoient déli-
béré les loger au dehors. Néantmoins, par le
moyen de Jehan Turpin , bourguemestre de Nieu-
port et autres gens de bien, ils furent subtillement
et de nuict boutez en la ville , et de là en avant
firent bonne guerre à leurs voisins adversaires;
car, lendemain de leur arrivée, prindrent une
forte maison nommée Gempleume , estant à une
lieuwe près d'eulx , et firent grosses conquestes au
plat pays, tant d'esglises , forteresses , bourgaiges et
chasteaulx, comme d'aultres places à l'environ.
Ettost après, se trouvèrent à Nieuport, pourleroy
des Romains , messire Georges de Bestain , Flanc-
questain et autres ; et d'autre part le chasteau de
Grimberghe, situé auprès Ville norde, oùse tenoient
Jehan de Noafchastel et Pierrequis de Wardone ,
avecq aucuns nombres de compaignons, fust asiégé
par le duc Albert de Zassen , le seigneur de Wal-
hain, sire Cornillesde Berghes^ et les Allemans, et
Cbrohiqtjes. t. XLV.^J- Mommet ///. 27
458 . CHRONIQUES CiW
tellement ad vironné et battus d*engiens^ que ledict
chasteau fust rasé par terre , et se rendist ledict
Noefchastel y ensemble ses compaigons ^ à la vo-
lonté du duc de Zassen^ et lendemain, que fust le
jour de Sainct Pol, furent menez prisonniers à
Villnorde et à Malines.
CHAPITRE CCI.
La rédaction et reprise de Saint-Omer rar les Franchois
«
Comme la gallie fluctuante en mer, agitée du
vent impétueux en absence du vraj pilote et pa-
tron , se troeve en dangier de péril, se n'est par la
souffrage des glorieux saincts ausquels, pour im-
plorer grâce à Notre-Seigneur, se recommandent
les pèlerins et mariniers illecq bersauldez de
peur et doléance; semblablement les pajs du
roy des Romains et de monseigneur l'archiduc son
fils vacilloient à tous letz, acoeiliez et aguillonez
du subtil vent de France , qui ne procurait sinon
les abismer au gouffre de perpétuelle servitude,
se la ville de Saint-Omer, par les ennemis mali-
cieusement surprinse, n'eusist esté comme miracu-
leusement reprinse et réduicte au vraj train de son
naturel seigneur," car le peuple des frontières
estoit tellement oppressé de longue pestilence de
guerre , que besoing fut à ceulx de Lisle , Douay et
Orchies, le roy des Romains, eslongié de ces
(i488) DE JEAN MOLIJMET. 4^9
marches , condesceodre au traictié que dessus est
recité. Et d'autre part, ung petit avant la réduc-
tion , le seigneur des Querdes, marissal de France,
fabriquoit amis, et marteloit en Tournay au-
cunes conceptions de paix , affin de faire le resida
àsacordelle. Et de faict, envoya certaines lectres
à Vallenchiennes. et villes voisines , contenans cer-
taines ouvertures ; ausquelles lectres ne fust donné
quelque responce ; mais Nostre-Seigneur en dis-
posa autrement ; car ce temps pendant survint la
réduction dessus dicte, qui fust telle.
Dès le mois de mai paravantremprinse achevée ,
Jehan Faucquest, natif de Nelles en BouUenois,
homme fort subtil , assez éloquent^ et bien couchant
parescript, premier et principal moteur deladicte
induction, Pierre Taillefer, Anselot Quartier, et
Rolant Allemant, bourgeois de la ville dudict
Sainct-Omer , tousquatre bournisiens,se trouvèrent
à rhostel dudict Faucquet, et fort affectez à la que-
relle du roy des Romains et de monseigneur Tarchi-
<lùc son fils, firent illecq entre eulx leurs piteuses
.doléances des Franchois, fort superbes, haultz, '
estonnez et plains de jactance, qui très angoisseuse-
■ ment angarioient les habitants de la ville , comme
jadis les enfans d'Israël furent dureméns oppressez
des Egyptiens ; et leur estoit un très dur contrecœur
et desplaisant rencontre, de veoir à l'œil jour*
'nellement ce que le cœur haioit amèrement. Donc
,pour e3tre quicte de telle misérable captivité, et res-
joir-le peuple languissant en ténèbres d'angoisseuse
27.
44o CHRONIQUES ('W
mélencolie, et souverainement pour rhonneur
des princes 9 prouffit et sdlut des pays, ima-
ginèrent par quel moyen ils feroient leur em-
prinse ; et après plusieurs inventions développées ,
délibérèrent d'aventuter leur force et chevance à
les faire et mectreà finalle exécution , etde faict ,
promisrent et vouèrent à Nostre-Seigneur de faire
le voyaige de Jérusalem , après ce qu'ils seroient
à fin de leur intention, moyennant la grâce et
subside de leurs princes et seigneurs naturels. Et
pour ce que possible ne leur estoit d'eux-mesmes
achever le faict sans en advertir aucuns personnai-
ges de guerre > ils conclurent ensemble d'aller vers
Jacques de Fouquesold, lors bon pour le roy,
capitaine es limites de Bourbourg, Gravelinghes
et Furues, natif comme eulx de la comté de Bou*
longue ; mais pour avoir saulf-conduit lui envoyè-
rent premier certaines lectres contenantes leur
conception , et ledict Jacques leur rescripvit en
baillant ledict saulf-conduit , qu'ils se trouvassent
auprès de Calais , en ung villaige nommé Coulon-
gne , où les quatre dessus nommez comparurent ,
et illecq trouvèrent Edmond de Regny , que ledict
Jacques avoit envoyé pour les recepvoir et les re-
mener vers lui au cbasteau de Gravelinghes , où ils
coincquèrent ensemble longuement, querans facil
moyen pour parvenir à leur attaincte. Pour réso-
lution finjille, conclurent que , moyennant la grâce
de Nostre-Seigneur, et l'aide de ceulx de la ville ,
qui bons estoient pour le roy et monseigneur
(.i486) DE XEAW MOL J NET. ^T
l'archiduc son fils , les gens de guerre prendroient
lâdicte ville par la porte du Haut pont , tant pour
ce que la muraille estoit illecq fort basse, que
pour ce que les manans de hors Jadicte vÛle
estoient affectez de ce faire , et de legier Ton re-
couvreroit baulxeschielleset aultres choses» Mais
pour ce que la matière estoit de grant poids^ et tou-
choit fort rhonneur ou blasme du pays , tant pour
l'adresse que pour la faulte ^ ledict Jacques ne se
volutingérer de la conduire sans en advertir le roy,
et promitbrief luien rescripre , et laresponce oïe ,
leur feroit scavoir son bon plaisir. Et à tant se par-
tirent de lui, retournèrent à Saint-Omer, espé-
rans venir à chief de leur intention , et pour
advancer la besongne , desvelopèrent le secret de
leur intelligence à ceulx qui sentoient avoir les
corages enclins à la croix bourguignone , comme
Pierre Sapience, messire IMlarant., serviteur de
monseigneur de Saint-Bertin , et autres estans^
dedans la ville et dehors, qui ci-après seront des-
nommez.
Après avoir concquis et accumulé aucuns bour-
geois esprins de bonne volunté , fort desirans ve-
nir à chief de leur concept^ envoyèrent plusieurs
lettres à Jacques de Foucquesole , qui fort pesoit
et prolongeoit la besoingne , quérant excuser en-
semble plusieurs évasions dont lesdicts bourgeois
fort troublez et attediez , doubtèrent qu'il ne fusist
refroidé. Et de faict envoyèrent vers lui, lors estant
à Fumes, Pierre Taillefer, auquel il promit in-
443 CHROHIQURS ('4^)
faîllîblement venir faire ladicte emprinse. Et ce
temps pendant envoya certaines lectres touschant
ceste matière , vers monseigneur Philij^ de Rib-
vestain , pom* lesquelles Jehaki Faucquet , qui les
avoit escriptes , fut depuis en grand dangier de sa
vie; et retourna la chance tellement, que Jacques
de Foucquesole , seul premier adverti du faict/et
auquel chacun des inventeurs se confioit totale-
ment comme chief , principal capitaine et conduc-
teur de l'entreprinsse , fit serment aux Franchois
et aux trois meiiibres de Flandres, dontlesdicts
bourgeois furent fort en grande tribulation et
soussi, cl, que pis fust pour le reboutement de
la réduction, lui venu à Saint-Omer , fit fortifier
le quartier du Haut-Pont , quiestoit le plus propre
et lieu convenable pour prendre la ville , fit haus-
ser la muraille, fit doubles fbssez, grosses haies
d'espines àTenviron, pons-levis, et nouvelle herse
sur Teauwe.
La conversion dudict Jacques, qui soudaine-
ment se fit de croix crombe en croix droicte^ de
saint Andrieu en saint Denis , et de Bourguignon en
Franchois, donna telle terreur d'espouvantement
aux compaignons qui leur avoient descouvert le
secret de leur intelligence, qu'ils ne scavoient
plus desquels , et leur sembloit bien que en sa
lx)uche gisoit de leur vie l'abréviation. Et pour
vivement cognoistre la resolution de son couraige ,
Jehan Faucquet et Pierre Taillefer , par commun
advis de ceulx de leur sorte , furent envoyez vers
(^^488) DE JEAN MOLINET. 445
lui f et par faintise dirent que tous leurs compai-
g'noDS j qui parafant prestendoient furnir l'em*
prinse dont il estoit adverti^ s'estoient rendus
fu jtifs et absentez hors des pays , craindans avoir
danger de leur corps , et eulx deux estoient seul-
lement demorez, tout délibérez de ce faire ^ se
par lui en estoient conseillez , humblement requé-
ransque son plaisir fust de leur déclarer sa volunté.
A ce respondit ledict Jacques ^ qu'ils demoras-
sent hardiment en la ville ^ rappellassent leurs
compaignons, et que de ce qui avoit esté dict^
faict ou pourparlé entre eulx, jamais griefs n'a-:
roient de par lui^ ne par homme (pielconque de sa
compagnie ; ains tenoit le faict pour tout aboli y
hors de mémoire j et comme se jamais riens n'en
eust esté; et d'autre part^ il lui promirent que
jamais ne se mesleroient de telle chose faire.
Et sur ceste responce , promesse et asseurance ,
se admonstrërent sur les rues ceulx qui faindoient
estre dispersés. Néantmoins , RoUant AUemaut
dessus nommée fust redargué des autres , pour ce
qu'il avoit révélé certain secret, il se desserra des
autres, se parti de la ville, où il ne retourna
jusqu'à ce qu'elle fut totallement réduicte.
Nonobstant les choses ci-dessus récitées, la secrète
compagnie et les bcKirgeois de leur alliance , en-
flambez d'ardant désir qu'ils avoient à la récupé-
ration de la ville , en postposant dangier de mort ,
peine capitalle du crisme de lèse-majesté , laquelle
ils povoient encourir , s'ils eussent esté attainscoul^
444 CHRONIQUES (»^
pables et vaincus du faict, persistèrent en leur
poursuite , et peu de joui^ après , se trouvèrent à
rhostel de Jehan Faucquet, où conclurent envoyer
une femme vers Denis de Morbecke et Jenoet
Willart , leur notifier par escript tout ce que faicl
avoit esté. Et après ledit Denis deMorbecke, noble
escuyer , natif de ce mesme quartier , fort affecté
à la querelle , et que ledit Jennet y pareillement
désirant le reboutement des ennenais possessant la
ville, eurent visité le contenu des lettres et entenda
le cas y ils mandèrent auxdits bourgeois, que
pour rhoneur et prouffît de leur prince , et re-
recouvrance des pays, ils s'emploieroient à la ré-
duction ; et de faict en advertirent messire Geoi^
Obestain , natif de Trente en AUemaigne , très
vertueux chevalier , fort renommé , et fort expéri-
menté de la guerre, qui fort honorablement s'estoit
conduict es charges que le roy de Romains son
maistre lui avoit baillé es mains. De ceste responce,
et du bon voloir qui fust oflFert par Denis et Jennet,
espérans qu'ils estment fermes, inflexibles et non
corrumpables , fust la secrète compaignie fort res-
joye , et les compaignons d'icelle plus animez que
paravant en la poursuite avoient le fort de la vÛle
en leur imagination , pensans nuit et jour en quel
endroict de la muraille les gens de guerre auroient
plus facile entrée , vu que le quartier du Hault
pont propice à ce faire et qui sembloit le plus foi-
ble , estoit fortifié au double; et porta l'aiTct de
la conception que l'entreprinse se feroit entre
(i488) DE JEAN MOLITÎET. 445
la porte Bourlisienne et une nouvelle tour es
fossez, illecq faits dès que le seigneur de Beure
estoit capitaine de la ville. Et pour ce que Laurens
Gliquenbonne , beau-frère de Jehan Deulle , grand
ami du seigneur de la Flotte, avoit la clef des
tours de ce quartier ^ furnissant le guet de charbon
et chandëille , Ton trouva manière de lui ouvrir
le guet de la secrète compaignie , et fut tellement
persuadé, que légièrement se condescendi de y
besongner le mieulx que possible lui seroit, jura
et aflSirma les assister, aider et conforter.
Les compaignons voians le hour zèle qu'il avoit
en ceste matière , furent tous resjois ; et pour
démener Teffect à bonne fin, envoyèrent par plu-
sieurs fois vers Léon Denis et Gennet Willart , où
ils trouvèrent un nommé Angoulle, auquel, parle
consentement des aultres , il descouvrit son faict ,
etledict Angoult se tira vers le roy des Romains,
auquel il récita la bonne affection que ceulx de
son parti avoient à réduire la ville de St.-Omer,
C'est assavoir par quelle fachon, et par quels gens,
et par quel lieu et en quel temps, très hum-
blement suppliant à sa majesté royalle , que son
plaisir estoit de mettre la chose en finale exécu-
tion, ses bons bourgeois subjects bienvoeillans et
favorisans en sa querelle fussent garantis et pré-
servez sans être perturbez ne molestez par les
gensdarmes ; ce que le roy promit faire voluntai-
retnent, et bailla audit Angoult son scellé, affin de
plus asseuréniçnt procéder en la besongne. Ledit
Angoult fit plus longue demeure en ce voyaige
448 CHftONIQUBS ('W
ment audit majeur, que jamais n'avait pensé telle
marchandise faire et que ceulx qui tel advertisse-
ment lui avoient mis avant , estoient envieulx,
mensongiers et détracteurs , dignes de recepvoir
le tourment et mortelle paine , telle qu'il aoroit
mérité s'il estoit vaincu de ce crisme. Et pour
coulourer son faict , offroit mectre son corps pri-
sonnier pour débattre et combattre , si besoing
estoit , tous ceulx qui y sans cause et raison y lui
imposoient et donnoient ceste grande charge. De
ceste dite response se contenta ledit majeur pour
ung temps , et ne lui povoit sembler que ledit
Faucquet, qui tenoit fort bonne mine, fusist coul-
pable de tel mésus.
Toutes fois ,peu de jours après , messire Jeban
Dubois, chevalier, nepveudu seigneur des Querdfes,
estant en la ville de Gravelinghes , rescripvit audit
majeur qu'il se mésist au-dessus dudit Faucquet ,
et que pour certain qu'il enlendoit qu'il debvoit
livrer la ville aux ennemis du rojalme. Nonob-
stant , ledit majeur n'enprint riens sur ledit
Faucquet, lequel j à soit qu'il n'en monstra nul
signe , il sembloit estre en grand soussi et aguil-
lonné de grande mélencolie , et les autres de sa
bende, lesquels d'un commun accord, une fois pour
tout et avant que la chose fusit plus avant descou-
verte, envoyèrent de rechief Laurens de Clencque-
bonne en la ville de Dunkercke , où il trouva
messire Georges de Bustain chevalier, Denis de
Morbecke et aultres capitaines et gentils compai-
gnons de guerre^ et leur dit pour conclusion fînalle
(i488) t)E JEAN MOLINET. 449
s'ils ne venoient au jour préfix et limité , jamais
plus les inventeurs de ceste emprinse ne s'atten-
deroient plus à leurs promesses, car il estoit heure
de besongner ou jamais, avant que la chose fusist
plus avant esclarchie, et aultrement lesdicts com-
paignons se renderoient fuytifs ne jamais plus
oultre ne pourchasseroient Ija réduction. A quoi
les conducteurs de guerre promirent de rechief ,
et alTermèrent sur leur honneur tenir la journée
invariablement , supplians bien à certes que les
bourgeois et compaignons ensemble confédérez
Asissent leurs préparatoires de leur costé , et ils fe-
roientsibonne diligence touchant leur part, que nul
tort du monde ne leur edseroit. Ledit Laurens venu
en la ville de St.-Omer comme tout asseuré , soi
confiant et faisant fort desdits capitaines , fut
joyeusement recoeilli de ses compaignons, qui
journellement labouroient au parfaict de l'entre-
prinse pour Uqnelle menée à finalle exécution, for-
gèrent certains adhérens par dehors en aulcuns
TÎllaiges sur passaiges à l'environ^ pour deffen-
dreles advenues des Franchois, etgardér que quel-
que ung ne leur signifia l'assemblée et descente
des Bourguignons et Allemans, comme à Wien
"Werlet , Jehan Vertinel, Wilque de la Hille et
plusieurs aultres , à Noorthelines et à Tilque, aul-
cuns du Hault-Pont, comme Aleames Zortonnel,
Michiel Compère et Michiel de Langel , lesquels
de la séduction de St.-Omer faicte par le seigneur^ii
des Querdes , ne s'estoient trouvés en la ville ;
45o CHRONIQUES (*<*^)
portèrent avec leurs adhérens quatre mast de bat-
teaulx aux Chartroys-lèz-St.-Omer , sept jours
avant la prinse , pour faire certains pons de clayes
et passer gensdarmes sur les fossés , et firent leurs
anias de ces besongnes en Tesglise Saint-Martin ,
hors la muraille.
La secrète compaignie estoit fort multipliée eo la
ville. A l'heure des approches, aucuns notables
bourgeois bons pour le roy^ qui de riens ne s'en-
tremirent se tindrent en leurs maisons , armez et
embastonnez. Aultres qui avoieut pourchassé long-
temps ces te besongne, comme Glaix Lojs, qoide-
puis fustmayeur de monseigneur de Saint-Bertin,
auxquels les capitaines ad joustèrent plus de créden<
ce que au petis compaignons, combien queils nefos-
sent sur la muraille y si se employèrent ils à toute
force à conduire la besongne; car plusieurs romp-
tures s'estoient faictesen la consécution du faictpar
les facteurs si ledit mayeur ne les eusist radoubé.
Ung nommé Colinet, serviteur au presvost deSaint-
Omer, qui fort avoit labouré en ceste matière,
estoit avecq les capitaines pour dresser leur faict
avec Laurent Clencquebonne et autres , qui con-
duisoient les passaiges, comme Mathieu Perre et
Wuilhaume-Franchois,Jehan-AnthoineetVilIehès
Verchiel, et ceulx de dedans avoient ensemble plu-
sieurs bastonsau jardin AusselPoulhain^ prochain
de là muraille où se faisoit Tentreprinse , pour soi
aider au besoing. Et dès le mardi à quatre heures
du vespres, dont Texploict se fit le lendemain
(i43«) DE JEAN MOLINET. 45l
5! entçe quatre et cinq du mâtin , Pierre Taille-
^ fer et Anselot Quartier, entrèrent en une tour
t illecq , assez près sorti d'ung pot plein de feu de
Si chandeilles et de lanternes, pour donner les signes
i tels qu'ils estoient devisez ; et dèssix heures du ves-
pre jusques à l'heure dessusdite, Jehan Faucquet,
r Jehan de Beaumont, Guillaume le chaussetier,
. Pierre-Sapiente , Gollinet , le Faucquetier , Jehan
Cousin , Jan Lavissel ^ Pierrequis le chaussetier
et aultres , jusques au nombre de vingt-deux, con-
duirent ceste besongne ; et se trouvèrent la plus-
part en ung jardin joindant la muraille, en grand
adventiire et crainte de leurs vies, pourveus d'une
eschelle pour assaiUir une' tour où les Franchois
faisoient le guet.»
En ce temps pendant, passoient gens d'armes par
plusieurs bacquets la rivière auprès du Saint-Mont^
Melin , tellement que lendemain entre quatre et
cinq du matin, se trouvèrent devant la ville,
approchèrent la tour dessusdite , et firent braire
leur chat , et lors ceulx qui estoient députez pour
faire leurs signes, monstrèrent le feu la chan-
deille, lesquels , pour plus amplement estre ap-
percheus , furent ruez es fossés par Anselot Quar-
tier. Au cri du chat et au montré du feu , saul-
tèrent hors du jardin , les compaignons ordonnez
pour garder et -deffendre la muraille contre les
Franchois qui estoient en la ville ^ affin qu'ils ne
donnassent empeschement à ceulx qui se prépa-
roient au monter ; car pour les encouraiger et en
45» CHRONIQUES OW
ce même instan t Jehan Faucquet et ceulx de sa
chambre pourvus d*eschelles et de basions pour
donner Tassault ^ la tour nommée du conoes-
table 9 où les Franchois faisoientleur guet, toute
paur et crainte post posant, firent merveilleux deb-
voir. Neantmoins lesdits Franchois illecq estant
et oyants la trouppe desBourguignons, considérans
et voyans leur manière de faire, commencèrent à
crier à ceulx de dehors : l'on vous void bien! l'on
vous void bien ! alarme ! alarme ! » Et lors la cloche
de l'esfroi commencha à sonner , parquoi toute la
ville fut soubdainement esmeute , et tous les ha-
bitants d'icelle prestement esveillez
Or , pensez que les capitaines illecq arrivés en
temps d'angoisseuse froidure et* à grand travail
de corps , estoient fort maris , oy ans le tumulte
qui se faisoit en la ville. Ce n'est merveilles s'ils ne
furent refroidies de leurs intentions, doublant estre
vendus, altrappez et trahis, ce que les compai-
gnonsn'eussissent fait pour nul riens; mais inesmes
iceulx voyans qu'ils resongnoient de besongner ,
affin de les encourager et resveiller leurs esperits,
se dévalèrent es fossés jusques au nombre de six,
etles aultres esprins de grande audace et de vigo-
reux hardemment , résistoient à la garnison des
Franchois, qui s'esforçhoient degaigner la muraille
par dedans la ville, et tirer sur eulx par les
fenestres des maisons prochaines , et soutindrent
lesdits compaignons cest assault assez longue-
ment, à cause que ceulx dé dehors la ville avoient
C'488) DE JEAN MOL(NKT. 453
leurs escfaielles tant chargées de genç, qu'elles bri-
sèrent soubs eulx y et ne povoient si tost estre
montez pour secourir leurs adhérents , et adoncq
«Pierre le Porcq , Chariot Gavelle , et Ânlhoine
le Jusne, les deux hommes d'armes et l'aultre
archier à messire Charles de Saneuse , pour se-
courir à ce meschief, coururent à force de che-
vaulx vers un roc où estoient pendus trois Bour-
guignons , et apportèrent hastivement l'eschelle
dont l'on avoitfaict justice, qui donna subside, con-
fort et avantaige aux gens de guerre , tellement
que par icelle fut la ville prinse , car aultrement
le fait estoit rompu. Et lor^ montèrent Allemands
et bourguignons facillement sur la muraille, et
se joindirent avec ceulx de la secrèle compaignie,
qui long-temps avoient désiré leur venue, et lors
commencèrent à sonner trompettes et gros tam-
burings^ de Germanie. Bourguignons montoient,
Franchoisdescendoient,rnngcrioilalarme^rauItre
tuez tous ! l'ung crioit : ville gaignée ! l'autre : vive
Bourgogne! et avec le son de Teffroy, le cri des
femmes et des enfants, et Feslonnenaent des en-
giens à pouldre estoit tant impestueulx, que l'on
ne sauroit penser la grande tempeste et horrible
murmur qui lors estoit en la ville.
Durant l'assault, aucuns Franchois sortîreiit de
leur guet et vindrent demander à l'hostel delà
mMe: «qu'est-ce qui va là?» Et il leur fut respondu :
<iBourgongne,'Bourgongne, tuez! tuez! » De^ceste
response furent Frauchois tellement espoventez ,
Chroitiques. T.XLy, — J. Moliitet. ///. 2o
464 CHRONIQUES. («W
qu'ib se tournèrent en fuicte , quérans manière
(l'eschapper. Et quant les Franchois qui batàilloicDt
pour la recouvrance de la muraille contre les
Bourguignons^ Picqars et Boulenois grippez, par
les cresteaux qui les escarmuchoieot fort rude-
ment, et après avoir estez reboutez par trois fois,
sentansqu'ils n'avoient le plus beau du jeu ; haban-
donnèrent guet^ tours et tourelles ; et les gens de
guerre arrivez par sus les murs, entretenus et
conduits par ceulx de dedans, se tirèrent et ren-
gèrent sur le marchié en belle bataille, et firent
criera haulte voix ces très douch mots : ce viveBoor-
gongne ! » qui long-tqpips avoient estez tenus en
silence. Ce mot de Bourgongne donna resjoissaoce
à plusieurs notables bourgeois , marchans et ma*
naus de la ville , portant secrètement la croix de
Saint-Andrieu au plus noble secret de leurs cœurs.
Ce mot de Bourgogne donna terrible espouvanle-
ment aux Franchois lors fuitifs et dispers, fort
esbahis^ tristes et esgarés. Ce mot de Bourgongne
donna telle terreur à la garnison francboise logiée
en divers quartiers de la ville , que quant survint la
clarine , n'eurent espace de donner bon jour à leurs
hostes , et furent tellement précipitez de v^ider
la ville, qu'ils n'eurent loisir de dire l'adieu. Ce
mot de Bourgongne resveilla et encoraga tellement
ceulx qui secrètement estoient bons pour le roj
des Romains , que quand lés Franchois illecq logiés
retournèrent de l'assault, ils trouvèrent visaige
de bois. Aulcuns d'eulx furent escousez secrète-
(«4^^) DE JEAN MOLINET. 4^5
ment ; les aultres , sans armure , saos arcqs y sans,
trousse j sans cheval , sans bride j sans selle y sans
baghes y et sans boiste , se saulvèrent qui mieulx
mieulxy et couroient de chà et de là^ mance devant
mance derrière , les ungs à la porte du Colle
pour aller à Ajre , les aultres au ebasteau.
Le seigneur de Mont-Caurel fut retenu prison-
nier et ne demorèrent que cinq Francbois mors
seulement y tant sur la muraille que sur les rues.
Et en ce mesme instant AUemans et Picquars par
dedans , pour faire ouverture à ceulx de dehors ,
rompoient serrures et fenestres de la porte Bour-
lésienne; et entrèrent capitaines , chevaucheu9fr et
piétons à grand triumphe^ à la venq^j^êsquels
dont le peuple fort resjojs tant pour la perte des
Franchillons que pour la- recouvrance des Bour-
guignons , crièrent plus asseurément que devant :
« Vive Bourgongne !»
Or^ est ainsi que léaux Bourguignons furent
esprins de grand joje^ quand ils se trouvèrent
qnictesde leurs ennemis, qui long temps et oultre
leur nourriture soubs poindante verge les a voient
tenus en captivité angoisseuse ; car , pour ce que la
idlle estoit fort plaisante ^ bien peuplée, fort riche
et bien amassée / les chiefs des capitaines francbois
se trouvoient volunliers tant pour la pillerie que
pour, y montrer leur pompe et l'orgoeil de leur
gaudisserie. Et quant les bourgeois et manans de la
ville perchurent que par ceste réduction qui sem-
bloit estre miraculeuse , ils avoient tant soudai-
28.
456 GHEOniQUBS (<^)
nement perdu la fleur de leurs guerriers , ils
commenchërent à dire entre eulx , par manière de
regrets : » A quel jeu avons-nous perdu le seigneur
» de la Flotte, Jehan delà Barre, le bailly deÇaox,
» Raoul de Lannoj, Jacques Yallier , le seigneur
n de la Couppe^, Franchois de Torsi ? ce gros
» poupart, par quel trou est-il passé? Oà est
D Gracien de Saint-Martin, le seigneur de Pyajmei
» le capitaine Rasset , Bourlens cadet , Montoo-
» set et ce gentil moisne Blosset ? »
CHAPITRE CCII.
GoBiiiMnt les Franchoit tindrent le chatteaa de Saiiict^mer Ftipite
de huict joart après la rcJucUon de la ville.
AuLCDiïs Franchois fort pertubez et estonnezde
ceste eniprinse, lesquels ne povoient trouver issue
pour retourner en leurs limites , se fourrèrent au
chasteau pour tout refuge, avecq un manant de la
ville nommé Philippe de Sailly , brouttier, cannoQ*
nier et portier de léans , et molestèrent tellement
ceux de dedans la ville par traicts de pouldre,
arbalestres et crevequins, que à très grand dangier
se tenoient sur le marchié. Pourquoi les principauU
qui l'entreprinse avoient encommenchié, moyenne
et démené à glorieuse achevissance , se tirèrent
vers les capitaines, requèrans bien instamment que
leur plaisir fust faire donner Tassault audit chasteau,
04*®) DE JEAK MOLIIÏBT. 4^7
OÙ n'estoient lors guaires de Francbois desquels
légièremeDt parviendroient au dessus, etsicenon
ils multiplieroient en habondance qui polroit estre
cause de perdre ce que à si grant soin , paine et
labeur avoit esté si vaillamment concquis. À ceste
requeste respondit ledit seigneur Georges : » Non
force nous l'aurons bien. >» De ceste responce se
contentèreat mal les requèrans, dont les aulcuns
d iceubi murmuroient secrètement , pensans que
craincte ou lascheté de courage eussent refroidi
son audace. Mais la chose estoit aultre ; car lui et
aultres conducteurs de ceste besongne et les gens
et les chevaulx estoient tant traveillez et fouUés
jpour avoir cheminé jour et nuict paravant^ dont
aulcuns d'iceulx s'estoient partis des villes de
Dixmude et Nieuport et venus à Dunkercke pour
venir et soi trouver à l'heure de ladite emprinse,
que possible ne leur estoit de poursuivre plus sans
estre aulcunement rafreschis. Pendant ce temps
eeulxdu cbasteau, qui pas ne dormoient^ mirent
trois de leurs hommes hors de leur fort, tirans vers
une place nommée leNart j noncher ceste adven-
ture au seigneur des Querdes, affin d'avoir se-
courSy et besongnèrent tellement de leurs engiens
àpouldre, qu'ils recoeillèrent Allemans et Bour-
geignons, par telle manière qu'ils furentcpnstraints
mectre la main aux armes ; et pour éviter 1^
saillies qu'ils povoient faire sur la ville , firent faire
à toute diligence grands^ parfonds et larges tren-
cfaiés par iselaires. Geulx du HaultrPont et auL-
458 CHRONIQUES (>488>
cuns paysans de Flandres^ compaignons adTenta-
reuXy lesquels sentans le grand effroj^ tempeste
et mutation qui lors estoit en St.-Omer /n'estoient
illecq arrivez sur umbre de secourir aux babitans^
mais en volunté de prendre , piller et emporter
quelque butin , se furent constraincts d'approcber
le butin et de prendre lancets , picques et ha-
wetz, pour fossillier comme les aultres à l'expé-
dition de la résistance, et fut tellement besongné
par iceulx, que gens de guerre se logèrent csdites
ti*enchiés^ gardans jour et nuict les pionniers; car
les Franchois éstans audit cbasteau avoient deux
saillies sur la ville, l'une par la porte dudit cbas-
teau j Taultre par ung petit guichet joindant la
* muraille de la ville ; et pour donner obstacle à la
première saillie qu'ils povoient faire , fut faict
ung bastillon devant la porte , par lequel ils furent
tellement battus et bersaudés de traiets à pouldre,
que ladite porte fut perchée, si que l'on povoit aul-
cunement voir leur conduicte, et avecq ce fut assis
un gros enhien en la grange Clare de Wisocq ,
assez près d'illecq , par lequel d'un seul cop
fut rompu un bancq, ensemble la chaisne du pont-
levich, par telle manière que possible n'estoit
devaller ledit pont pour faire saillie , dont les
Franchois radoubèrent et forliflSièrent leur porte
tant de fiens que de grosses pierres et que plus,
espionnèrent incontinent et mirent une nouvelle
saillie soubs la porte du pont-levich , qui guaires
ne leur prouffita , car ils la firent tant estroicte que
(i488) DE jB^jj MOLIKET. ^^Q
à grand paine en povoit issir ung homme de
froncq. Et pour résister à la saillie qu'ils povoient
faire par ledit guichet sur la .muraille , furent
ordcKinés hommes d'armes etbon nombre d'arcque-
bu tiers sur un fort nommé la Haiflte-Garde ^ qui
leur deSendit le saillir ; mais ils ruoient engiens
continuellement du long la rue du chasteau qui
respond sur le marchié , tellement qu'ils occirent
deux hommes , et lors fut mis un charriot chargié
de fiens travers la rue, qui estoit fort estroicte ,
avec certains taudis de bois qui donnèrent em-
pesche à leur traict , et sur la porte BourJisienne ,
assez voisine dudit chasteau , furent a£Putez trois
ou quatre gros engiens, qui tellement battoieiit la
grosse tour nommée la Paielle , qu'il n'estoit se
hardi Franchois qui osast mectre teste à la muraille
et tiroient seulement par bas.
Cest esbattement dura continuellement puis le
mercredi jour de la reprinse jusques au Vèndredr
prochain , et estoient, tant les pionniers que les
gens d'armes qui les gardoient fort bien sollicitez*
de pain , vin , cervoise et aultres vivres par ceulx
de la. ville et aux despens des habitans.
Ce vendredi dessus dit , et environ huit heures
du matin , arrivèrent grant nombre de Franchois
à cheval et à pied , soubs la conduite du seigneur
desGuerdes, devant la ville de St,-Gmer; lesquels
se logèrent à Tatinghen,, Salprine, Dilques et
autres villaiges à l'environ , et sitost qu'ils furent
rafreschis, approchèrent le chasteau^ furnrrent
46o CHRONIQUES (M
de vivres , artillerie et choses ttécessaires à la tuitioa
et Jefiense de la place. Se les fireol entrer parla
porte dndit chas^eau, ayant ouverture sur les
champs lirans vers Ardre etCalaix. Ce ravitail-
lement fait, environ deux heures au jour, s'as-
semblèrent de toutes parts, se mirent en bataille
entre leur logb et une croix de bise pierre , ce
jadis le seigneur de Habourdin , bastard de Saint-
Pol , chevalier de la Thoison d'Or , fit ung camp
contre un chevalier espaignoU[H*ésent monseigneon
Philippe de Bourgogne; et estoit leur puissance,^
comme il povoit sembler, de neuf à dix cents
chevaulx , et trois à quatre mille piétons , en no*
table ordonnance de grand monstre , toutes fois
et fort bien accoustrez , et avoient leur guet an
molin deCorelis, assez près des faulxbourgs delà
▼ille , hors la porte Bourlisienne.
De la venue, du ravitaillement et de la manière
de faire desdits Franchois , furent ceulx de la
ville l'ort esmeus, cuidans avoir ung gros alarme;
souverainement AUemans et Piccars, par lesquels
l'emprinse s'estoit achevée , estoient en grand
pensée pour scavoir comment ils se debyoieot
conduire. Finablement, ung noble capitaine alle-
mand, nommé Wolkestain, lieutenant de messire
Georges, ensemble aulcuns aultres de sa bende,
esprins.de grand hardiment , eut volunlé de com*
battre les Franchois^ et combien qu'il f'usist des-
conseiilé de ce faire , demanda congié audit
messire Georges. Plusieurs nobles hommes expé-
rimeotez de la guerre , lui mectoient au devant
les subtilltez, cautelles, aguets, embusches et fines
attrappes où les Franchois estoient nourris , usitez^
faicts et veilliez , ensemble le grand dangier où il
povoit mectre la ville et comme sur ung hazard
considéré la multipliance de renfort qui nouvelle-
ment s'estoit bouté audit chasteau. Mais nonobstant
ces remonstranees , la licence obtenue de son chef »
ledit Wolkeslain , se résolut de fournir son em-
prinse, et choisit gens à son appéiit, lesquels , pouf
ce f^ire firent serment Tung à l'aiiltre de vivre
etmorir ensemble. Et quant ledit messire George
perchent la bonne volunté de son hardi coraige ,
lui-mesme se délibéra escarmucher lesdits Fran-
choisy et avec ledit Wolkeslain fit monter ses gens,
ensemble deut cens cbevaulx des gens de messire
Charles de Saneuses et de Denis de Morbecke, elde
cinq à six cens piétons, widèrent en très belle or-*
donnance par la porte Sainte-Croix , tirant vers
ledit molin de Corelis.
Le guet des Franchois voyant l'armée des Alle-
mands, Bourguignons et Piccars , donner ceste
approce , se tira à toute diligence , vers le sei-
gneur des Guerdes, lequel très instamment fit sortir
des gens de son parti, tant de cheval comme de
pied , si les mist en bataille marchant vistemeni
contre leurs ennemis , et quand les Allemands per-
cheurent la puissance des Franchois trop plus
grande que leur assemblée, con^dérans que pos-
sible ne leur estoit soustenir si pesant faix , sans
463 caaoHiQiiBs (i4^)
perte, honte et donuDaige, se retirèrent ?ers U
porte dont ik estoient issos ; mais les Franchois ks
poarsaiyirent tant mdement, que à grande paine
rentrèrent en la Yille. En faisant ceste retraicte fut
occis en la place ledit Wolkestain , très vaillant
homme de guerre, principal moteur de ceste be-
songne; aultresdix-neufou vingt Allemands forent
pareillement tués , et mesure Georges de Ebres-
tain , chief de ceste armée , fiit tellement préci-
pité , que pour sanlver son corps il descendit es
fossez de la ville , auprès d'une tour que fit /aire
le seigneur Bevres lors capitaine de Saint-Omer,
et par une dodenne mouvant d'une porte à FaoltTe,
fust receu en son fort : et en donnant ceste chasse
aux Bourguignons, les Franchois poursuivoîent
tant vi^ureusement qu'ils prétendoient gaigner
les portes ; et de faict messire Franchois de Gréqui,
seigneur de Doonel , se lancha si avant entre la-
dicte perle et la première barrière , qu'il fut illecq
happé et mené prisonnier en la ville , et quand
les Franchois se virent frustrez de leur prétenle
par le fort reboutement des Bourguignons^ ils s'en
retournèrent en leur logis tout à beau loisir. Pen-
dant le temps de cest effroj , ceulx du chasteau
pour encorager leurs gens et donner terreur à
ceulx de la ville, firent sonner quatre trompettes
dedens.
Et lors les habitans et manans regardans cest es-
batement par sur les murailles , ne eurent onc-
ques l'advis^ l'espace ne l'audace de tirer ung seul
ri4B8) I5g jE^^ MOLINET. 4^3
engiensur leurs ennemie ^faisant leur retraicte,
lesquels ils eussent légiërement attains^ et tra veillez,
s'ils eussent esté par advisez de leur faîct ; mais
en cas hastif n'y a point d'advis , et lendemain
furent affûtez engiens à Tenviron du chasteau , en
tous quartiers où l'on pensoit qu'ils porroient
faire saillie , et estoient tellement agitez et ser-
rez de canons et cannoniers^ de harcquebutes et de
harcquebutiers , que possible n'estoit de wider
sans perte , et entre les aultres , Richard , Rolland,
Breton et Jehan Loysel, les tindrent tant près
serrés par traicts à pouldre , dont ils estoient ser-
vis , que à peu s'ils osoient lever l'œil; néant-^
moings ils desployèrent leur force et puissance à
percher, miner et tas ter murailles, fossés et tours ,
pour cuider sortir sur la ville, ce que riens ne
prouffita , car les tranchis grands et parfonds , nou-^
vellement faicts autour dudit chasteau , estoient si
Bien garnis de gens de guerre, que le wider sur '
la ville leur estoit mal propre; et d'aultre part^
messire George estoit logié en la maison de la ville,
sur le marché, ensemble les AUemans et gens de
guerre , par quoi nul alarme né se faisoit au
chasteau , qu'ils ne fussent sur pieds pour subvenir
aux Bourguignons. Semblablement Denis de Mor-
becke et messire Charles de Saneuses , et leurs
gens, qui la pluspart sont fiouUenois, de leur pre-
mière enfance incitez aux armes à cause delà fron-
tière d'Angleterre qu'ils ont aux barbes, estoient
près aux hustins, et se conduisirent fort bonnes-
464 CHRONIQUBS (<4^)
temeot en cesi besongne^ et avoîent pour leot
quartier , uog lieu Dommé la Haulte Garde.
Le dimence ensuivaut^ le seiguenr des Guerdes
la cuirasse au dos et la hache au point , accom-
paigné de vingt-cinq cents hommes de guerre,
entre lesquels estoient messire Philippes de
Qèyes , le bastard Cardon , le capitaine des £s-
cossois, seigneur de Obegnj» Jehan de la Barre ,
Gracien de Saint-Martin, le bastard de PicquegDj,
Lojs de la Mothe, grand louvier d'Arthois, Jac-
ques de FoucquesoUe 9 le seigneur de Saint-Légier^
Normant, capitaine des Jacquiers ^ le bastard de
iBourbon, le bailljde Hesdin^ Jacques Wallier^
le seigneur Raoul , le seigneur de HumberecHirt,
aussi le seigneur de Lespinoy , Le Yeau de Boar-
Doville, le lieutenant de monseigneur de Bresse,
le bastard de Bresse , le seigneur de Jusquefroot^
et aultres capitaines et ducteurs de guerre^ aux-
quels les noms seroient longs à tout mectre en
comple; ensemble plusieurs archiers, arbales-
triers el harcquebustiers , crénequiniers, entrèrent
audit chasteau par dehors , sur intention de faire
une grosse saillie sur la ville et la reconquérir
par force d'armes; et pour mectre à fin leur pré-
tente, le seigneur des Guerdes assembla les prin-
cipaulx capitaines en la chapelle dudit chasteau,
etillecq demanda particulièrement à chacun d'eulx
leur opinion.
Aulcuns délibérèrent que quant l'on seroit au-
dessus de la ville, après avoir mis les manans e
(i4«8) ,jj5 jg^jj MOfaNET. 466
habitans d'icelle à l'epée , il seroit expédient la
contreminer par feu el la mectre à perpétuelle dé-
sertion pour exeuipler les aullres^considéré l'in-
continence de la foi des habitans , ensemble la
désobéissance et faulte qu'ils avoient faicte au roy
de France. Aultres délibérèrent au contraire , di-
sant pitié seroit destruire tant de beau peuple ^
duquel la dixième partie n'estoit cause de ce mes*
cbief, et nesepourroit quelque saillies faire , que
cène fusistà grand perte de gens et des pi us grans
personnaiges de l'assemblée , et conséquemment
d'aulcunes places par eulx conquises pour le roi.
« Car nous avons veu Bourguignons, Piccara^
» AUemanSy enflambez de grand hardiesse pour
» nous combattre aux champs , quoiqu'ils fussent
» en petit nombre ; considérons que dedans le fopt
» dé leur ville ruis frecqs et bien reposez, se vende-
» rons chèrement contre nous , comme ceulx qui
» mectent tout contre tout; et se nous gaignons
#< riens sur enlx , imaginez que ce sera chose plus
» divine que humaine. »
Plusieurs opinions oïes d'un et d'aultres, le
seigneur des Querdes, fust résolu de faire une
saillie sur la ville et de la regaigner par force
d'armes , se le plaisir de Nostre-Seigneur Dieu
leurvolloit octroyer bonne victoire; puis dressa
sa voix aux gens de guerre : « Sus, sus, hommes
« d'armes, devant ! » Les hommes d'armes dirent:
(( Sus , sus , archiers y devant et arbalestriers ! »
Archiei^ et arbalestriers respondirent que pic-
466 CHRONIQUES (i489)
quenaires et harcquebustiers dévoient rompre la
pointe; et picqnenaires et harquebustiers dirent;
qu'ils ne marcheraient uog pas avant, se leshommes
d'armes ne monstroient la voye; et les hommes
d'armes respondireut que ce ne feroient-ils point.
Et lors, le seigneur des Querdes voyant que chacun
redoubtoit le faict, jetta, par despit, sa hache
d'armes à terre , et se partit de la compagnie.
Le débat de ceste contention fut oj par aul-
cuns pionniers de la ville , lesquels avoient miné
etfocillié si avant soubsle chasteau , qu'ils povoient
ojr leurs consaulx et devises ^ lesquelles depuis
furent pareillement révélées par aulcuns Franchois
qui se rendirent Bourguignons.
Ce mesme jour arriva ung très preux et expert
homme du guerre , capitaine des Ëspaignols , qui
bailla conseil d'abatre ung mur situé ez fossez de la
ville , entre la porte et le chasteau , affin de povoir
battre les entrans audit chasteau. Et pendant le
temps de ladite controverse, arrivèrent en la ville
de cinq à six cents hommes, bien en poinct^ cha-
cun la sallade en la teste , qui furent envoyez par
les capitaines de Calais et de Guisnes , à la requcsle
des Allemans, bourgeois et habitans de la ville.
La veneu desdicts Anglois fut percheue entre le
bacq et le Hault-Pont par le guet des Franckois,
qui cuidoient que ce fusist la puissance du roi des
Romains; car la nuict ensuivant, toutes les clo-
ches des esglises sonnèrerent toutes à une fois;
pourquoi le seigneur des Querdes et ton te son armée
(i4SS) DC JBAN MOLINET. ^67
furent tellement estonnez, que oncques puis ne
eurent volunté de faire saillie sur les champs. Le
mardi ensuivant, les hommes d'armes liabandon-
nèrent les piétons , lesquels , par ung heau soleil de
nuict, tout coietement^ sans mot dire, emportèrent
ce qu'ils peulrent avoir de baghes, et retournèrent
en leur garnison. Ge deslogement se fit sans trom-
pette , mais non point sans bachin ; car à Theure
qu'ils se desfoncqoient , il y avoit ung guet sur la
plus haulte tour , qui sonnoit une grosse pajelle
d'arain, pour abuser, alourder, et empescher ceulx
de la ville , affin qu'ils ne se doubtassent de leur
deslogement ; car aultrement l'on eusist rué sur
leurs biens.
La journée devant ce deslogement fut publié et
fait commandement que chacun fusist pourveu
d'eschielles , enghiens et choses nécessaires à faire
l'assault, et quant vint lendemain qui fut mer-
credi du matin , chacun pourveu selon son ap-
partenire , arriva devant la place , et fut donné
l'assault fort aspre et bien conduict ; mais l'on ne
veoit nul qui se defFendesist; et de faict montèrent
les Âllemans et aultres gentils compaignons par
dessus la muraille du chasteau , duquel ne trou-
vèrent corps d'ame, sinon ung povre Âllemant,
lequel ils avoient détenu prisonnier dès le ven-
drediet auquel ils avoient coppé la gorge lors de leur
partiment, et payèrent leur hostaigedeson sang en
faulte de monnoie. Et par ainsi fut la ville de
Saintc-Omer totalement purgée et quicte de ses
ennemis , dont ils rendirent grâce à Dieu.
468 CHRONIQUBS i*!^]
Quant les capitaines de St. -Orner fnrent au
dessus de la ville et da chasteau ils firent prindre
et emprisonner tous ceulx qui estoient notez et
suspicioner d'avoir eu intelligence , entendement
et favorisié aux Franchois lorsqu'elle fut rédaicle
par le seigneur Desquerdes, dont la pluspart
estoient natifs de ladite ville. C'est assavoir Jehan
d'Eulle fils Emont , Baudrais du Longpret , mes-
sire Loys le Mire , Ânthoine de Potherie , An-
thoine de Hemont p Guillaume du Tartre, Pierre
de Saînt-Amand, messire Philippe dessus St-Legier,
Jehan de Hus , Guillaume de la Vallée , Laurens
le Pappe, Jehan Lhoste , Charles Thestelin, Aliaoïe
Modrelois, Guillaume Modrelois , Julien Blondel
chevalier , messire Jehan Carron , Jehan le Proa-
vost , Jehan Courteheuse , Julien Dodenfort , Dafid
Dodefort, Guillaume de Norlhour , Jehan de
Hagsecq , Baudrain de Lalour , Guillaume Dedon ,
Guillaume de le Noeufrive , Jennet de le Noeuf-
rive, Jehan Bucqùet , Alardin Bucquet , Vincent de
Borre , Fremin Cappet , Jehan Graye , Tassinot I^p-
pealonne , messire Josse Dausque , messire Jehan
de Hemont, chanoinedeSt. -Orner, Jehan deSaint-
Audegond , le Borgne de Norqlivet , Baslard
Pierre Lavisse , Jehan de Musse , Jehan Spolart
et Laurent Crehen.
Aulcuns des dessus dits furent livrez à torture,
mais hors le travail ne voloient riens cognoistre.
Jehan Craye , dessus nommé , avoit eu en chai^
la clef de la porte où les Franchois entrèrent la
nuict que la ville ^fut ravie par le seigneur
(■4^) DE JEAK MOLINBT. /^6q
des Qaerdes , auquel il avoit fs.It ouverture ^ et à
ceste cause Ht fut décapité avecq ledit Tassuot
Loppeâlonne. Les attitrés furent bannis de la ville,
qui se retirèrent es marches et spubs l'obéissance
du roi desRomams;mais depuis trouvèrent manlL^e^
par moyen de leurs amis , de rentrer et ravoir \l
^Hfle à grant coûts et à chière despences.
La ville réduicte comm3 dit est, Denis de
Morbecke , messire Georges et auitres capitaL.es
réduisirent par subtil et bon mojen les villes Je
Gravelines, Bourjwurg^ Berghes - St. - Winocq
et les chasteaux Desprebecq , du Wez Rumghen ,
Pionnes et le Labaye. Et le roy des Romains
octroîa , par mandement patent et délibération de
conseil , à messire Cbarles de Saneuse et messire
Georges de Ëbustain , et à Denis de Morbecke ,
principaux capitaines et conducteurs de ceste ré-
duction y puissance et auctorité , pour une cbis
seuUement, de donner en son nom abolition géné-
rale et particulière de tous cas que les habitans ,
otonans et revenus en la Ville de St.-Omer en
cbastellenies et bailliaiges d'icelle et auitres places
réduictes , povoient avoir commis et perpétrez
encontre sa majesté, durant le temps de division
et qui estoient distraits de son obéissancç^ et avec
ce leur octroia nommination d'offices , pourveu
que ceulx qui par eulx seroient nommés^ estoient
tenus de obtenir lettres de institution en forme
deuwe trois mois après la datte de la nomination.
Semblablement leur octroia de disposer et ordon-
ChRONIQUES. T, LXV, J. MOLINET. 111, 2Q
470 CHROHIQITBS (^
ner de toutes confiscations à lui escheues , et cpie
ceulx à qui les biens appartiennent ^ seront démo-
rans et parties contraires. Dont en ensuivant Tauc-
torité du mandement dessusditS; ilsesleurentuDg
Piedmontois , conducteur des piétons , pour estre
capitaine de Berghes St.-Winocq , tant pour
Fagréable service qu'il avoit faict au roi des
Romains , en la saisine de Dunkercke ^ comme
aultrement. Et advint que trois eompaignons es-
trangers vendirent la ville dudit Berghes-St.-Wi-
nocq aux Franchois. Ledit Piedmontois , capitaine
comme dit est ^ bien adverti du faict , fît , pour
leurs desmérites ^ desvetir lesdits compaignons et
les coucher sur une table tous nudz. Le bourreau
leur coppa les génitoires , si les rua aux chiens ,
puis les ouvrit, si leur tira les cœurs hors db
ventres, si les rua sembiablement aux chiens,
et finablement leur trencha les testes. Caste inhu-
manité fut faicte à la contemplation dudit Pied-
montois , disant que la mode de leur pays estoit,
que de tels traistres telle exécution se debvoit faire.
(»488) DB jE^H HOLIMBT. 471
CHAPITRE CCIII.
Keddition d'aalcones places au West pays de Flandres.
QuAWT la guerre s^esmeut en Flandres , lé
seigneur de Morbecke avoit esté prisonnier à la
journée de Béthune et payé quatorze mille florins
pour sa renchon, fut capitaine de la Mothe-aux-
Bois , où il besongna tellement par exploict de
guerre , que ladite Mothe fut tousjours pour le
roi des Romains et pour monseigneur Tarchiduc
son fils , combien que les villes voisines lui fussent
fort contraires. Et son frère Denis de Morbecke ,
seigneur de Hondecontre, fort diligent aux armés,
ayant bon zële à la querelle du roi des Romains ,
fut l'ung des principaulx ' par qui la reprinse de
St. -Orner fut mise à exécution , car il avoit deux
cents chevaulx et* deux cents piétons de ^ -corn-
paignie. Et au jour que messire George de Ebustain
sortit hors de St. -Orner avec sa seulle compaignie ,
pour donner repuise et combattre* Tatniée de
monseigneur des Querdes, comme dit est , où de-
mora mort Fredéricq de Fulquestain / noble
g'entilhômme allemant et fort recommandé ; une
grosse question s'ourdit entre ledit Saint-Georges
et Denis de Morbecke, pour Jâ pridsè de Fran-
chois de Créquy ; et pour ce que ledit Denis crain-
doit la bende dudit Saint-Georges , lequel avait en
29-
47^ CHRONIQUES i^BS)
sa compaignie six cents piétons , afin de éviter
noise et confusion , il wida de St.-Omer avec ses
gens et se tira en la ville de Dunkercke , et lors
trouva certains moyens d'entrer en la ville de
Bourbourg; qui se teqoit neutre, et de là fit si bonne
guerre à ceulx de Berghes-St.-Winocq , qu'ils se
rendirent par appoinctement.
Pendant le temps que* Denis de Morbecke
estoit à la réduction de St.-Omer , il laissa son
frère maisné, Philippe de Morbecke^ en la ville de
Dunkercke , affin de la garder et de recepvoir gens
d'armes se faulte eut esté à la prinse dudit St . • Orner,
et illecq estoient venus aulcuns despùtez au roy
de France avec Josse de Cran et Jehan Turpin ,
noble escuyer natif dePreureen la comté de fioulon*
gne etburguemestre de la communaulté de Nieu^
port , envoyez illecq de la part du roy des Romains
et de monseigneur l'archiduc , pour pratiquer
aulcune abstinence de guerre, afin de remectre
sus les bledz au mois de mars, et quand ledit
Philippe de Morbecke entendit que Tentreprinse
de St.-Omer avoit sorti son effect au proufGct du
roi des Romains , il se tira bien accompaignié vers
Gravelinne , dont s'estoit parti le matin le seigneur
de Tencques , tenant le parti des Franchois , et
ceulx de (îravelinne firent ouverture au dit Philip-
pe auquel ils firent serment au nom du roy des Ro-
mains, semblablement ceulx du chasteau de Grave
linne, dont estoit capitaine Walerand de Fiennes.
De la prinse de Si .-Orner, fut le pays à l'environ
(■488) DE JEAN MOLINET. l^'jZ
fort estunné ; et se les Âllemans s'esforchoient de
reconcquerre forts, les Franchois, d'aultre part,
ne dormoient pas ; car en ce temps ung routier
nommé Queneocque , avec quinze ou seize com-
paignons adventureux , se fourra au chasteau
d*Estrées , qui guaires ne valloit pour lors ; néant-
moi ngs il portoit grant dommaige aux voisins
tenant parti contraire , et à ceste cause sortirent
de la ville d'Arras Querquelevan et le bastart
Cardon , accompaigniez de trois cents hommes
menans trois courteaux pour dillapider la place ,
laquelle ils battirent puis cinq heures du matîa
jusques à onze heures , si que finablement elle fut
reprinse de force par une travée ; et les Franchois
à l'entrer ens occirent une femme des dix com-
paignons , dont les dix furent pendus et les aultres
mis à renchon ; mais se ne fut faict sans perte des
assaillans , qui remenèrent leurs gens bleschiez et
morts par carrées eq la ville d'Airas.
474 CHRONIQUES ('4»*)
CHAPITRE CCIV.
Gonfëdëration fidcte avec alliance entre MasîmUian , roi des Bomaina ,
monse^neur rarchidac» ton fils, et Henri roi d'Angleterre , de
France et d'Irlande.
En ce temps fut faicte certaine alliance entre le
roy des Romains, monseigneur Tarchiduc son fils et
le rojd'Engleterre et de France,seigneurd'Irlande,
d'aultre part , par meure délibération du conseil ,
affirmée et conclue comme il s'ensuit :
» Premier. Que de ce jour en avant sera bonne,
seure , entière et durable amitié , alliance , con-
fédéracion et union , par terre et par mer, eauwe
doulce ef rjvières , à tousjours durer entre les
princes susdits , leurs hoirs , leurs seigneuries ,
pays , donations , vassaulx et tous leurs subgects
présens et advenir , ecclésiastiques et séculiers^ de
quel degré ou condition qu'ils soient , tellement
que tous leurs vassaulx et subjects d'ung lez et
d'aultre feront plaisir et amitié les ungs aux aultres
en tous lieux et places, et chacun des aultres
debveront , en suivant toute bonté et honneur ,
traicter en amour et que franchement et cer-
tainement de chacun costé debveront revenir à
tous leufs biens , meubles , seigneuries et gai-
gnage , autant du costé de la mer que de Taultre
des susdits princes, en tout ou en partie , ils
(i488) DE jBj^i, MOLINET, l^'j^
revendront et demeureront tant qu'ils viveront ,
et franchement partir poiront , toutes et quantes
fois qjj'il Jeur plaira , avec leurs navires , soit à
eulx empruntés ou loués , charriots , charrettes ,
chevaulx , armures , marchandises ,. biens y choses
quelles quelles soient , sans avoir empeschement
tant par terre comme par mer et eauwe douce ,.
ainsi que en leur propre pays et marche seroit donné
congié de ce faire , si que par ce moyen ne leur
convient, ne conviendra quelque sauf-conduit gé-
néral ne particulier, saulf tousjours les bons
estatuts et coustumes des viUes , royalmes^ et
places , par lesquelz ce dessusdict traictié ne soit,
corrompeu ne amendri..
» Item. Que nous, nos hoirs ou ceulx a venir ,
en toutes leurs aultres confédéracions ou alliances
que avecq aultres princes , universitez , com-
paignies ou quelques aultres personnes, doyent
faire contract qui toucher ou regarder puist auroy
d'Engleterre; par ce seront comprins là en droit
tous ceulx qui comprins y vouldront estre , en-
semble leurs hoirs et ceulx advenir ; et de Taultre
costé deveront ledit roy d'Engleterre , ses hoirs
et ceulx à venir et tous leurs confédérez et alliez
qu'ils ont avec aultres princes^ universitez, géné-
palitez, compaigniesou aulcunes aultres personnes^
traictxeret besongner tousjours, saulf nous, nos
hoirs et ceulx à venir y comprendre ceulx qui
comprins y voulsissent estre.
» Item.ViSX accordé et baillié que nulles desdictes
476 CHBONIQUES OW
parties ne pourra donner j faire ne aider conseil ne
faveur aux e'^nemis apparans de l'aultre costé,
que ^ceulx "^oldront faire grief ou nujsançe par
terre, ^^^v mer, par eauwe doulce et rivières,
ains debveront Taire aide l'ung à l'aultre léal de
noblesse et de gensdarmes toutes fms que besoiog
seroit.
'< Toutes lesquelles amitiez , confédéracions et
aUiances , ensemble leurs ' traictiez , accordes
amitiez et conclusions^ nous Maximilian , roj des
Romains, et Philippe, duc ^dessus nommez, pro-
mectons en paroUe de ro j et prince , par ces pré-
sentes pour nostre costé ^ et d'aultant et si avant
qu'il nous regarde touche et est en nous, en toos
leurs poincts et chacun d'eulx, sans enfraindre,
mais accomplir en cognoissance de toutes et
chascune des choses dessus dites* Si en avons nom
ces lettres ouvertes et patentes par nous faict
faire et scellez de nostre scel y appendant, en
absence de nostre grand sceL
» Donné en nostre ville de Dordreck , le
quatorzième jour de febvrier en l'an de Nostre-
Seigneur mil quatre cent quatre vingt et huit, et de
notre règne le troisième, »
Le contenu de ceste alliance fut publié en
Vallenchiennes, le quatorzième jour du mois de
mars, et pareillement en aultres villes voisines*
(•488) DE JEAM MOLIMET. ^77
CHAPITRE CCV.
La prinie et destrocdon de Isque et d'A»on.
L'empereur et le roy son fib eslongnez de ces
marches , les pays dé monseignenr Philippe , qui
lors estoit en eâge de adolescence, forent fort déso-
lez, foulez vexez el traveillie? par cruelles divisions
qui se lanchèrent à tous costés , carie povre peuple
sans justice, agité et bersaudé des horrible» to ur-
billons de guerre, estoit comme menbre sans
cbîef , navire sans gouvernail ei brebis sans pasteur,
souverainement en Brabant et eh Flandres j mais ,
pour extirper, abolir tout mal vais plantaige qui
lors puUuloit en divers quartiers, et pour réduire à
froict de tranquillité et convalescence lesdits pays
qui jadis florissoient en habondance d'honneur et
multiplication de richesse , le roy des Romains , par
meur conseil et précogitée délibération ; donna
puissance et auctorité de y pourvoir par le duc
Albert de Zassen, et le fit lieutenant-général de lui
et de monseigneur Tarchiduc son fils , es pays
de par-dechà. Pareillement il fit et créa Charles de
Croy y chevalier , prince et comte de Chlmay , son
lieutenant et capitaine-général de son pays de
Haynault, Ainsi donc ces deux princes ensemble
unis et accompaignez de grant noblesse , conduc-
teurs de guerre et gendarmerie, tant d'Allemagne
Ay8 CHEOIÏIQUES (»W
que de Haynault , par une proess^ et haults ex-
plose dignes de mémoire , labourèrent à la res-
source de pajs ; et advint ^ pendant le temps que le
roj estoit en AUemaigne , monseigneur Philippe
retourna de son voyage de France, et avoit de son
alliance avec les trois membres de Flandres Gand,
Bruges, Louvain, Bruxelles^ Nivelle, Likercke
et plusieurs aultres bonnes villes, forteresses, chas-
teaulx , bourgs , tous forts et plaices ^ui tenoient
son parti ; et couroit la voix qu'il se mettoit sus pour
ravitailler Bruxelles, pour assiéger Haulx ou faire
quelque emprise au quartier de Brabant , qui
lors tenoit pour le roj des Ronaains. Pourquoi
le duc de Zassen , .qui s'esforchoit à toute dili-
gence de lui donner repoulse, fit son amas de gens-
darmes; et le prince de Chimay , d'aultre costé,
assembla aulcuns nobles de Haynault, et bon nom*
bre d'archiers fort bien en poincts, pour besongner
quand temps seroit.
Il y avoit un fort villaige nommé Isque , situé
entre Bruxelles et Nyvelles, qui donnoit confort,
aide et subside à l'une des villes , et à l'aultre , au
très grand détriment du parti du roy. Aucunes
gens ' de guerre avoient fortifié l'église dudil
villaige , séant sur ung hault , et pourveu d'en-
giens à pouldre et menue artillerie pour leur
deffense et faisant aulcuns bolverts , talus, ra-
vains et fossés pour empescher les advenues. Eu
cesle église, s'esloient retirez pour saulveté de
leur corps, de trois à quatre cents personnes, la
(MB8) DE JEAN MOLIWET. 479
pluspârt des maDans du villaige , comme pres-
ttres , laboureurs , jusnes femmes , anciennes
gens et petits enfans^ qui tous ensemble se con-
voient en ceulx des aultres villaiges, lesquels leur
avoient promis secours au grand destroict. Le otc
de Zassen , adverti de leur fortiffication , proposa
leur livrer ung assault^ et fit sçavoir son in-
tention au prince de Chimaj, lui assignant jour,
heure et place , où le trouveront aux champs , et
se partit le duc à tout mille piétons et de qént à six
vingt chevaux pour tirer verslsque. Monseigneur
le prince de Chimay , asseuré de son parlement ,
accompagné du seigneur de Sempy, son oncle , du
seigneur de Barbenchon , de Robert de Meleun, du
seigneur de Lens , du seigneur de Cambraye , du
prevost d'Estrens et aultres nobles gentilshommes
de Hajnauit, bien accoustrez , désirant* le bien
et salut^ de quatre à cinq cens chevaulx , par ung
samedi , septiesme jour du mois de mars , environ
onze heures en la nuict, envoya guides et piétons, ^
devant lesquels passèrent par le bois de Songne , '
où ils se fourvoièrent , mais enfin se redressèrent
à la Chapelle Saincte-Gatheliae , et environ six
heures du matin , premier dimenche de quaresme,
qu'il faisoit grosse bruyne , trouvèrent le duc de
Zassen à une petite lieuve près d'Isque ^ accom-
paignié comme dit est ; et lors joindirent le duc et
le prince leurs puissances , ensemble f urnies de
trois serpentines, eschëlles et aultres habillemens,
pour donner Tassault. A Tabordement du village.
48o CHIIONIQUES (>4®^)
se mirent en bataille piétons devant et chevau-
cbeurs sur aisles ; et combien qu'ils approcbas-
sent à peu de bruit , et le plus couvertement que
faire se povoit , ils furent destouverts du guet
du clochier , lequel , pour donner esfroy et res-
veiller ceulx qui leur debvoient donner ayde,
firent tirer trois ou quatre cops de grosengiens;
et d'aultre pai^t , les AUemans TOjans qu'ils es-
toient descouverts, sonnèrent leurs gros tam-
burs^ e^ tous ensemble gectèrent ung crj grant
et horrible j et si impétiieulx^ que ceulx qui pro-
mis avoient secourir les assiégés , furent si horri*
blement espouvantez, qu'ils fourërent les bois^
courans que lièvres.
Les Allemands approchèrent le fort , trouvè-
rent chemins quasi inagressibles , caves, fossés^
hayes et fortiffications , tellement y que de grand
• dangier et paine de corps en vindrent à chief ,
et à Fabordement cheminèrent dessus une chaus-
sée où le traict à pouldre de ceulx de l'église tro-
toit par dessus y aussi legièrement que font estoef
de paulme sur les maisons y et se lanchoit par-
mi les jambes des Allemands , qui leur estoit dur
et grief à porter* Et de première face trouvèrent
ung boulvert devant ladite église , tant fort et
bien ediffiée , que impossible sembloit de le gai-
gnier. Toutesfois l'assault j fut donné aspre et
cruel, environ neuf heures au jour, et Allemans
fichoient leurs picques audit boulvert , à majoière
d'eschelles , et rampoient à mont comme rats en
(»4®^) DE JEAN MOLINET. 4^1
grenier , et quelque deffence que Too j secusisi
faire , en vindrent à leur dessus , puis se trou*
vèrent devant Téglise ; mais pour éviter le traict
et le ject des pierres, setindrent contre les murs
d'icelle , et lors les archiers de Hajnault , ensem-
ble les harcquebutiers d'Allemagne tiroient tant
dru et fort continuellement aux fenestres du do-
chier , qu'il n'estoit homme ni femme , s'il es-
toit trouvé à descouvert , qu'il ne fusist attainct ou
vif, navré ou mort. II fust persuadé et dict plu-
sieurs fois aux assiégez , qu'ils se voulsissent ren-
dre au roi des Romains, ou aultrement^ on leur
feroit sentir le chault. Mais quelque douce re-
monstrance ou menache que l'on leur fesist, ne
voldrent acquiescer au voloir desdits seigneurs ;
pourquoi la nef de l'église fut alumée à dextre et à
senestre , et lors l'un de ceulx du clochier bouta
son bras hors par une fenestre, faisant semblant de
soi vouloir rendre , et tost après le curé de la ville
et ung aultre presbtre descendirent en bas, et
aulcuns aultres qui les suivoient estoient en train
de descendre , quand ils oirent que les Allemans
se debattoient ensemble pour le curé et son com-
paignon , que aulcuns d'eulx , en leur langaige
calengoient estre leurs prisonniers. Et adonc ceulx
qui avoient bonne volunté d'eulx rendre , remon-
tèrent au clochier, cuidans par ceste noise et
murmure, que ledit curé et l'aultre presbtre
fussent tuez par lesdits AUemans, et aimèrent
mieulx attendre l'aventure avec les aultres , que
482 CHRONIQUES C'^^^)
d'estre si hâstivemeQt despechiez. Puis quant Ton
appercheut que aultre chose ne vouloient faire.
Ton fit de rechef alumer ladite église.
Ce temps pendant , ceulx de dedans jectèreat
ung enfant hors par les fenestres , lequel sans
dangier de mort , fut receu par les AUemans.
Le feu saillit au plus haut du clochier , lequel
à cose fut bruslé , les cloches fondues, les gens es-
tans es sanctuaire consommez en cendres , et le
demourant de l'esglise destruict desfaict et dé-
solé, qui fust chose piteuse et lamentable. Les
piétons pillèrent et ardirent le villaige futèrent
le bois , où ils trouvèrent ceulx qui promectoient
donner secours aux assiégés. Ils furent prestement
saisis et menez prisonniers à Vilnorde, en nom-
bre de cent et cinquante.
Peu de temps après, et par ceste même armée,
l'esglise d'Asque , séant à deux lieuwes près de
Bruxelles, fort belle et grande, muniede gensde
guerre , d'artillerie , et bien tournée à defiense ,
oùs'estoient bouttez paisans, laboureurs, femmes
et enfans , et bon nombre de geos qui ne se vou-
loient rendre au roi des Romains, fust senibla-
blement assaillie , conquise , alumée , bruslée , et
exilés ensemble tous ceulx qui s'estoient dedans
retirez , desquels furent oys les plus piteux dolou-
reux cris et lamentations que jamais furent faicts ;
car ceulx qui les oyrent ne scauroient parler sans
amertume de cœur, souspirer ou espandre larmes.
(»488) DE JEAN MOLIMBT. 483
CHAPITRE CCVI.
"La. rencoatre de Bermerala } fetictc par ^erry de Nonncllea au dom-
maige des Franchoîs.
Le vingtième joyir du mois de mars , uo gentil
compaignon de guêtre nommé le Ghuun d'Au-.
froiprel, se trouva au Quesnoj, et advertit les
capitaines de la ville y comment aulcuns Franchois
départis Nyvelles pour tirer en Franche, avoient
couru autour de.Banay et chargié quarante che-
vaulx et trente prisonniers , laboureurs. Ferry de
Nonnelles, Tung desdits capitaines, dictque bon
seroit d'escarmucher lesdits Franchois. Les com-
paignons de guerre, douttant les fallaces, finesses
et trafficques desdits Franchois, se consentirent
émis, et faindoient l'ung avoir son cheval defferré ,
Taultre avoir sa selle* mal rembourrée; néant-
moings que émis que voluntiers ils se montèrent,
et en a^sez bon nombre , tant de cheval comme
de pieds , se partirent du Quesnoy soubs la con-
duicte dudict Ferry, et tirèrent à laPlancq à Buoit,
pensans que les Franchois passeroient par là ;
mais quant lesdits Franchois passèrent autour du
Quesnoy , hourdés de leur proye , voyans que ame
ne sortoit bots , ils se doubtèrent qu'on tenoit sur
eulx , si se hastèrent de prévenir le passage el
gaigner ladite Plancq j et quant ils percheu-
reiit les Bourguignons qui illecq les attendoient
484 CHmONIQUES [^^^
a puissance tant à cheval comme à [Heds, ils ti-
rèrent en hault , habandonnèrent leur botiii, cui-
dans passer à Bermerain ; et lors Ferry de !^oo-
nelles lequel^ jà soit ce qu'il fust petil de corsaige.
se estoit - il magoanime de corraige , soblil eo
guerre et esprins de grand hardiesse, proposa
de les combatre et choisi environ vingt chevan-
cbeurs Bourguignons de sa bende , fort bien eD
poinct, pour tirer audit Bermerain. El pour ce
que les piétons ne les povoient suivir pour la
recoeillir et assister , il se advisa que vingt
cbevaulcheurs les mieux moulez meciroient der-
rière eulx vingt piétons , gens à J'eslite , archers
et picquenaires y comme ils firent , et galloppèrent
tant qu'ils se trouvèrent en barbe contre les Fran-
chois. Adonc lesdits Franchois , qui estoient en-
viron soixante chevaulx fort bien en poinet,
vojans venir contre eulx seulement quarante che-
vaulx , car ils ne se doubtoient de ceulx qui es-
toient montez arrière, attendirent hardiement et de
pied coy lesdits Bourguignons , et sitost qu'ils
les appercheurent , donnèrent premiers dedens
eux, et les Bourguignons les recourent vigoreu-
sèment, et lors ceulx qui estoient derrière lesdits
chevaucheurs descendirent et devindrent piétons
qui fort bien se portèrent à la besongne , et le
hurt fut si vigoreulx d'une part et d'aultre , qu'il
y eut que lances que demi lances rompues plus
dedixf-huiu
Entra les aultres qui donnèrent dedens , Ferrjr
Nomidks fost horriblement battu , et receut
(i488) DE JEAW MOLIIÏBT. 485
divers cops d'espées et de lances. On lui tira de
force sa serrette, et fut bleschiée en la teste ; et
celui qui ainsi le blescha ^ fut par lui navré en la
cuisse. Et fust l'escarmuche assez long. Mais quand
les piétons furent sur pieds ^ ils def firent la mes-
lée des picques et de traict à main ; et fust ledit
Ferry rescous de ce dangier par Morlet du Ques-
BOj f et aultres y qui plus vistes et animez que petis
lions ^ tellement tiroient^ lanchoient et perchoient^
tant sur chevaulx que sur gens, que Franchois fu-
rent rompus f deffaicts et desconfis , sans qu'il j
eut quelque-ung mort en place, ne d*ung costé ne
d'autre ; mais les Franchois , desquels estoit capi-
taine Guillaume d'Anvarle , demorèrent prison-
niers environ quarante , les six nobles hommes, les
vingt quatre hommes d'armes, et les vingt archiers,
plusieurs chevaulx furent navrez sur le camp;
leurs proies et prisonniers rescous entièrement
furent menez au Quesnoj, et dix Bourguignons
les mieulx montez, donnèrent la chasse, lesquels
prindrent et ramenèrent huit Franchois, et tourna
le remanant en fuyte ; ib avoient acœilli grand
butin, qui fut converti en hutin , etestoient fleur
de gens d'armes de quatre compaignies, du
seigneur des Querdes, du marissal de 60 j, du
seigneur de Montoison, et de Saint- Pierre le
Moustier. Si furent mis à renchon, et payèrent
les hommes d'armes quarante - deux francqs ,
et les archiers vingt et un francqs , puis retourné*
rent en leur garnison.
CnonQou. T. XLV. — J, Molinet. ///• 3o
^g6 CHRONIQUES (»4W)
Le principal conducteur desdicts Franchois
estoit natif de Haynault , nommé Pierrot de la
Place , lequel , à cause de deux homicides par lui
perpétrez , estoit baniiy du pays ; il se rendit Fran-
chois^ et devint ennemi; et pour ce qu'il co^nois-
soit les passages et les riches censiers et person-
naiges, il guidoit compaignons aventureux, pillars,
foeillars et laroncheaux , et avoit régné Tespace de
onze à douze ans , faisant maulx innumérables , te-
nant le pays en subjection où il fitdommaige
de cinquante mille francqs. Si fust ledict Pierrot
attrappé avec les aultres ; il promist grand argent
à deux compaignons qui le laissèrent eschaper;
mais il fut retrouvé en ung buisson deschirant
ses houseaux , par ung gentil compaignon nommé
Soyquin de la Mothe. Si fust par lui si près dé-
tenu , serré et enferré qu'oncqués puis n'eschap-
pa. Il offrit six cents escus de marcq pour avoir
sa vie saulve ; et congneut que lui et quarante de
ses complices , par trois nuicts , s'estoieiit trouvé
devant et autour de la ville duQuesnoy, pour taster
Tespesseur et haulteur de la muraille , la largeur
et parfondité des fossez , sans que le guet s'en
peusist appercevoir; les eschielles furent faictes
à Guise , peinctes de noir , et à belles propices
pour embler de nuict la ville du Quesnoy ; le jour
fut prins pour achever Tentreprinse , et les person-
naiges qui la voloient exécuter dénommez et pré-
parez ; mais le seigneur des Querdes manda
hastivement la garnison de Guise, pour aller avecq
OW DB JEAW MOLINET, 487
monseigneur Philippe en Flandres soi mectre au-
dessus de ceulx d'Yppre , par quoi le faick fost du
tout rompu et Tentreprinse fardée.
L'on fit diligente inquisition au Quesnoj, et fut
visitée la muraille, ensemble les fossez de la ville ,
pour sçavoir si ledit Pierrot le disoit par cautelle ;
et fut trouvé véritable tout ce qu'il avoit mis
avant; mais nonobstant ses raisons, il fut con-
dampnéà estre escartelépour ses démérites, comme
ennemi des pays ; et ceulx de Mous qui Tachetèrent
trop chièrement et trop plus qu'il ne valoit , en
firent l'exécution , dont le peuple fust plus jojeulx
que si un nouveau corps sainct estoit ressuscité.
CHAPITRE CCVI.
Le prinse de Yilleyordeparles Bruxelloîs sar les Mallneis.
Les Allemands, gardiens de la ville de Villevorde
tenans pour le roy des Romains , se deslogèrent
pour aller en l'ost du duc de Zassen , accompia-*'
gnié du prince de Chimay, du duc de Chièvrcs, et
auflP noblesse de Haynault , et laissèrent la garde »
de ladicte ville es mains des IVfalinois, lesquels^ à
prime venue , firent si grant chière enseinble de
boire et de menger , que aucuns d^eulx s'endor-
mirent , les aultres s'enyvrèrent et laissèrent les
gens de la ville quasi en non chaloir. Les Bruxel-
lois^ cognoissans de long-temps par expérience,
3o.
488 CHRONIQUES ('W
comme voisins font , leur manière de faire , trop
mieulx que des Allemands qui leur étaient étran>r
giers; et long-temps bien adverti de leur recoeil
en Yillevorde, présupposans qu'ils buveroient
«d'autant comme ils firent , par quoi l'on les pou-
roit surprendre en desroj ; se partirent de Bruxel-
les en grant nombre , le troisième jour d'apvril
environ onze heures de nuict, et sans faire ne
bruict ne ruyt, mais fort secrettement et de faict
précogité , se trouvèrent devant Villevorde entre
trois et quatre heures du matin , où ils entrèrent
facillement par le quartier qui leur estoit le plus
convenable ; si que finablement ^ sans résistance
et par faulte du guet , ils prindrent ^ pillèrent et
brûlèrent.
Âdoncq les Malinois , qui reposoient leur sang
doulcement , furent resveillez durement , et leur
vint à grande dureté d'estre si tost et impétueuse-
ment deslogez. Aucuns d'eulx furent occis, les
aultres prisonniers, et ramenez en Bruxelles, à
grant joye; aulcuns navrez, et aultres saulvez au
chasteau. Ensemble le butin fustchargié sur eau we,
sur chariots et sur chevaulx. Lors furent Malinois
mallement surprins, par ce que ceulx dVttitre
eulx qui dévoient veiller s'estoient endormis ,
ceulx qui dévoient les aultres garder furent prins,
et ceulx qui debvoient les aultres prendre et hap-
pez furent attrappez. Le dimanche ensuivant, les
Flamengs, à puissance de quatre cens chevaulx et
bon nombre de piétons ravitaillèrent la ville de
(i488) DE JBAN MOTIUBT. 489
Bruxelles de deux cent cinquante charriots de vi-
vres nécessaires, et pourveurent de vingt-cinq ser-
pentines , de quatre courtaulx , avecq la suite de'
pouldre et de pierres.
CHAPITRE CCVII.
Le parlement da dac de Zassen et de iponseignear Philippe;
Considéré la grande perte et désertion des pays
àpparans de tresbuscher en ruyne perpétuelle,
aucuns personnaiges esprins de bonne volunté^
pensèrent que bon seroit parlementer les parties
ensemble, affin de venir à quelque bon traictié; car
monseigneur le duc de Zassen^ lieutenant du roy,
avoit auctorité défaire et la guerre et la paix ; et lui
estant devant Louvaih , accompaignié du prince de
Chimay, du seigneur de Chièrres, du sieur Cor-
nille de Berghes , et autre noblesse , tant d'Aï-
lemaigne comme de la langue Wâlonne , se tint
aulx champs entre deux rivières^ en lieu assez fort r
et se condescendit voluntiers au parlementer, pour
cognoistre au vif Tintention de monseigneur Phi-
lippe , qui lors estoit audict Louvain , avecq forte
bande des Franchois, Liégeois et Brabanchois. Le
jour fut prins ; et le lieu pour ce faire , et furent don-
nez saulf-conduicts et asseurance l'ung à Taultre ^
pour chacun d'eulx et pour cent hommes de cha-
cune partie, et furent envoyez avant-courreurs à;
4^0 CHftOUlQXJES (»4W)
Teaviroa du lieu , pour descouvrir et percevoir
s'il n'y avoit quelque secrette embusce ; et quant
diacune partie se tînt pour bien asseurée , le duc
de Zassen triumphant, habitué ayant un chapeau
ducal fort bien aorné de riches pierres précieuses ,
se trouva premier au camp et avecqlessiens, montez
sur fleur de chevaulx ; et avait illecq fait amener
une demi-pippe de vin du Rhin , pour boire lescom-
paignons.
Puis monseigneur Philippe , ayant de son costé
le seigneur de Gbanteraine , sire Robert d'Aren-
bergh , Granes de Guerre , et autres nobles te-
nansson parti, se trouva audit camp, et en appro-
chant le duc s*arresta ung petit ; le duc pareille-
Hient s'approcha de lui , et de rechief monseigneur
Philippe s'avancha, tellement qu'ils se joindirent
ensemble , si qu'ils s'embrasehèrent Tung Taultre ^
estant chascun dessus son cheval ; et pour inter-
préter leurs devises, qui durèrent plus d'une grosse
heure, est oit illecq ung trusseman.
Ce temps pendant , nobles chevaliers, gentils-
hommes et compaignons de guerre se entremes-
lèrent ensemble^ tant d'un parti comme de
l'aultre , où il y eut plusieurs devises entre eulx ,.
et y fut mise si bonne police^ qu'il ne s'ensuivit
murmure, noise, ne débat, ne tenchon. Je n'ai
peu sçavoir au cler le contenu ne les devises du
parlement de ces deux grands personnaiges ; mais
la commune renommée estoit que le duc de Zasseo
persuadoit à monseigneur Philippe et exiiortoit
(■4^) DB jbah molihbt. 49 1
qo*iI rendisist au roi et à monseigneur rarchiduc
son fils, les villes, forteresses et places qu'il tenoit ,
et renonchast à la paix de Bruges, priant merchj
au roi , recognoissant son mésus et que le roj lui
pardonneroit en lui rendant son estât conune de-
vant. A quoi mons^gneur Philippe respondit qu'il
ne se sentoit riens avoir mespris contre le ro j , ne
mesme contre monseigneur Tarchiduc son fils , et
qu'il n'estoit conseillé de faire ce qu'il mectoit
en avant ; et à tant se départirent , et chacun re-
tourna à son mieulx.
FIN DU TROISIEME VOLUME DBS CHRONIQUES DB
J. MOLINBT.
1
■■■■■
TABLE
DBS
CHAPITRES CONTENUS DANS CE VOLUME.
Pages.
Châp. cxviii. Comment Tarchidac Mazimilien se
prépara pour aller en AUemaigne i vers l'empereor
Frederick , son père • i
Chap. cxix. L'abordementde l'archiduc à Tempereur. 5
Châp. cxx. Comment le duc de Jullersfit relief de sa
dacé , l'empereur estant dans la ville d'Aix. • it
Chap. cxxi. Des joustes , banquets et festoîements ,
qui se firent à Coulongne, à la venue de l'empereur
et de son fils l'archiduc i3
Chap. cxxii. Assemblée des nobles princes d' AUe-
maigne en la ville de Francfort, pour l'élection du
roi des Romains 17
Chap. cxxiii. Relief fait à l'empereur estant à Franc- .
fort, par l'archevesque de Mayence, le comte Pa-
latin , le duc de Brunswic et i'évesque de Worms . . ' 27
Chap. gxxiv. Comment l'archiduc Maximilien , fils de
l'empereur Frederick y fut eslen roi des Romains . . 3i
Chap. cxxv. Les obsèques de la ducesse de Zassen ,
sœur de l'empereur, et tante du roi des Romains, ^o
Chap. cxxvi. Ambassades de diverses mai'ches ,
transmises à l'empereur et au roi des Romains , eo
494 TABLB
Pages.
noaveileté de son élection • . . . » 43
Chap. cxxvii. Copie des lettres enTOyées par l'empe-
reur ao roi de France 47
Chap. cxxviii* Le partement de i'empereor et do roi
des Romains , estant en la ville de Francfort^ pour
Tenir i Coolongne 5o
Chap. cxxix. Comment l'archidac Maximiiien , fils de
Temperear Frédërik, fut couronné roi des Romains. 5^
Chap. cxxx* Comment l'empereur Wnt au devant du
logis du roi Maximiiien , son fik , attendant pour le
mener à l'église Nostre-Dame d'Aix 55
Chap. cxxxi. S'ensuit la venue y an devant de Pem-
perenr et du roi , faicte par les électeurs q>iritaels^
jusques an portai de ladicte église •••»»•• Sy
Chap. cxxxii. L'entrée de l'empereur et du roi en la
ville d'Aix c 5a
Chap. cxxxiii. Comment le roi, confessé preinier^
reçut son créateur, et fut parles deux archevesqnes^
mené devant Tautel 61
Chap. cxxxi v. Comment le roi fut prosterné e n terre
par deux fois , et depuis fut enoint , béni et cou-
ronné 61
Chap. cxxxv. Comment les électeurs lui chaindirent
l'espée de Charlemaîgne « 63
Chap. cxxxvi. Le couronnement 6i
Chap. cxxxyii. Comment le roi fut^ par l'emperear
et les électeurs; assis en la chayère de Charle-
maigne • • • • . 6(
Chap. cxxxyiiii Comment ; en la fin de la messe , le
roi reçut son créateur • • . . • 66
DES MATIÈRES. 4gi5
Pages.
CuAP. ccxix. Comment , la masse chantée ^ on fit au
roi plosîears remoustrances , . . 67
Chap* gxl. Comment le roi fut ramené de Péglise en
son logis ^ et Tordre y tena audisner 68
Ghap. gxli. Nouvelleté de messire Philippe Guogaet. 70
Chap. cxlii* Que les reliqqaires furent monstrées à
Fempereur et au roi •. 71
Gbap. gxliii. Joustes , bancquets ^ festoyemens qui se
firent à Goulongne, Tempereur^ le roi et les élec-
teurs retournés de la ville d'Âix. , , 7^2
Chap. cxliv. Le bancquet du roi 76
Chap. cxly. Le retour du roi en Brabant et en Hol-
lande 79
Chap. cxlvi. Traction de paix entre le roy de France
et le roy des Romains, ensemble les prinsesde
Mortain^ de Honnecourt et de P£scluse 83
Chap. cxlyii. La prinse de Thérouanne 87
Chap. cxlviii. L'entrée du roi des Romains en An>
rers^ Malines et Bruxelles^ ensemble la descente
de l'empereur en Brabant et en Flandres gS
Chap. cxmx. Le Paradis terrestre , . « . 99
Chap. cl. Gomment le seigneur de Molenbais s'excusa
honorablement^ en la présence du roi des Romains,
d'aulcune charge dont il estoit notté 117
Chap. cll Puissante armée mise sus y par le roi des
Romains ^ à son retour d'Allemaigne 121
Chap. clii. Emprinses faictes sur la ville de Saint*»
Quentin 127
Chap. cliii. Rompture d'armes et le retour de l'em-
pereur en Allemagne ^ . • i3a
496 TABLE
Chap. clit. CommcDt la ville de Saint-Oteer fnt es-
branlée de tenir totallement le parti da roi des Ro-
mains i33
Chap. clt. RaTÎtaillement fait à Thérooane par le roi
des Romains. • i36
Chap. clti. La prisse de Saint-Omer par les Fran-
chois ii4
Chap. cltii. La prinse do chastean de Rimestorepar
le seigneur des Qaerdes 149
Chap. clviii. Le couronnement do fils de Glarence en
Irlande. Son emprisonnement en Engleterre ^ et la
mort du seigneur Martin Zwatre -•••••• i5i
Chap. clix. Ravitaillement de Thérooane faîct par
monseigneor Philippe de Clèves , monseigneor de
Gueldres et le comte de Nassoo iSG
Chap* clx. La recoovrance de Thérooane par les
Franchois sur les Bourguignons 163
Chap. clxi. Le dur rencontre des Bourguignons de-
Tant Béthune, que aulcunes gens nommèrent la
journée des Fromaiges 1G6
Chap. clxii. Commotion des trois membres de Flan-
dres contre le roi des Romains 196
Chap. clxii i. La priose de Courtray par les Gan-
thob , et la mon du seigneur de Heule , . aci
Chap. clxit. Comment le peuple de Bruges déploya
ses bannières sur le marché • . . . icc
Chap. clxt. La détention du roi des Romains au
Cranembourg sur le marché de Bruges «... jk
Chap. clxti. La venue des Ganthoîs en Bruges 16
Chap. clxvii. L^emprisonnement de monseigneor le
DES MATIÈRES. ^97
Pages,
chancslier , monseigneur l'abbé de Saint-Bertin et
autres nobles et puissans seigneurs de Thostelduroy
des Romains !ï32
Ghap. clxyiii. Le transport de la personne du roy des
Romains et de ses nobles, et la paix criée en Bruges. uSo
CflAPé CLxix« La réduction du cbasteau de Mildel-
'bourg en Flandres, et la mort d'aulcuns nobles
personnaiges 138
Chap. glxx. Gomment la garnison de Hulst rua jus
les Ganthois à Saint-Jehan-le-Pierre, et les tint en
grande subjection ••••.. a^n
Châp. clxxi. La mort du seigneur de Dugelles i^j
Chap. CLxxii. Assemblement des trois estats à Malines
devant monseigneur l'archiduc pour besogner à la
délivrance du roi son père 25o
Ghap. glxxiii. Notable ambassade envoyée des prin-
ces d'AUemaigne à monseigneur Parcbiduc pour la
délivrance du roi des Romains son père !x5j
Ghap. glxxiy. La mort de messire Matbis Payart et
d'aulcuns autres^ décollés en la ville de Gand. . • . a64
Ghap. clxxy. Lettres de l'empereur envoyées à mon-
seigneur Tarchiduc et aux estats de Haynault a68
Ghap. glxxvi* Ge qui fut faict etbesongoé à Gand et
Bruxelles , par les députez des estats avec les trois
membres de Flandres 2^5
Ghap. glxxvii. La prinsede Glaire Yan Delf, et de la
mort de messire Pierre Laucbast; et l'emprinse
faicte par les Ganthois sur la ville de Lessines. . • • aSa
Ghap. GLxrvm. Le deslogement des doyens des mes-
tiers et de ceulx qui se tenoient sous leurs bannières
498 TABLE
Pages.
sur le marché de Bruges « dgi
Chap. clxxix. Copie d'an monitoire pénal , translaté
do latin en franchoîs, envoyé par nostre Sainte
Père le pape contre les Bmghelins , Ganthois et les
trois membres de Flandres , afin qae sur très grief-
▼es censures et formidables paines ils mettent le
roi des Romains , ensemble les nobles détenus pri-
sonniers , en leurs franchises et libertés ^294
Chap. CLXxx. La copie du monitoire de nostre Saint-
Père f envoyé à ceux de Gand et de Bruges, conte-
nant en substance ce qui s'ensuit agy
Chap. clxxxi. La délivrance du roy des Komafinsfaicte
en Bruges au pourchas des estats du pays 3o6
Chap. clxxxii. Traicté de paix entre le roi des Ro-
mains et les estats et trois membres de Flandres. • 3i8
Chap. clxxxiii. Union, alliance > confédération et
intelligence par ensemble des pays du roy des Ro-
mains et de monseigneur Tarchiduc 334
Chap. glxxxiv. Le parfaict de la paix de Bruges et
aulcunes romptures d'icelle 347
Chap. clxxxv. La descente de Fempereur et de la
puissaoce de Germanie au secours du roy des Ro-
mains 357
Chap. clxxxyi. Laprinse de Dainze parles Allemands
et les Wallons 366
<]hap. clxxxvii. Copie de certaines lettres envoyées
par monseigneur Philippe deClèves au roy des Ro-
mains ; ensemble response faicte par le roy audict
monseigneur Philippe • 870
Chap. clxxxviii. Aultres lectres envoyées au roy par
DBS MATliRBS. 499
monseigoeor Philippe 3jj
Ch AP* CLXxxrx. Lettres envoyées à monseigneur Phi-
lippe par le roy àes Romains 383
Chap. cxc. Destruction des Broghelins par les Allé*
mans , devant le châteaa de Qaeqaesen 387
Chap. cxgi. L'assaalt donné à la ville de Dam par les
Aliemans 3g2
Chap. cxcii. La jomnée de Bretaigne devant Saint-
Albin 394
Chap. cxcin. La réduction da chasteaa de Namor. . . 396
Chap. cxgiy. Le deslogement de Fempereor^ et ce qui
fut besoingné en Anvers 399
Chap. cxcv. Comment monseigneor Philippe saisit la
ville de Bruxelles 4o5
Chap. cxcvi. . Aulcuns parlemens qui se firent en
Bruxelles pour trouver traicté de paix ; ense mble
aulcunes choses qui en ce temps advinrent 4o8
Chap. gxcvii. La dure rencontre que trouvèrent ceux
du chasteau de Likerke ^12
Chap. cxcviii. La prinse du chasteau de Werselle et
d'aulcunes places à Tenviron de Bruxelles 4^4
Chap. cxcix. La prinse du chasteau de Nurin/et l'ap-
poinctement du seigneur des Querdes ^ et aultres
exploicts de guerre 4^i
Chap. ce. Réduction d'aulcunes places au West-
Flandres 433
Chap. cci. La réduction et prinse de Saint-Omer sur
les Franchois 4^8
Chap. cgii. Comment les Franchois tinrent le chas-
teau de Saint-Omer; Tespace de hoict jours après
500 TABLB DBS MATIÈRES.
Pagef.
la rédaction de la Wile ; ; . . . 456
Cukw. CGiu. Reddition d'aulcones places aa west pays
deFlandm 471
Chap.ocit. Confédération faicte aTecalliances entre
liaziinilian 9 roi des Romains ^ monseigneur Tar-
chidac son fils, et Henri , roi d^Engleterre , de
France etdUrlande 47(
CuAP. CCT. La prSnse et destraction de Isqae et
d^Âson • • ^ 477
Chap. ccti. La rencontre de Bormerain faicte par
Ferry de Nonnelles an dommaige des Franchois. 4^3
Chap. ccvii. Le parlement da duc de Zassen et de
monseignear Philippe (^
Fnr DE LA TABLE DU TROISIÈME VOLUME DES
CHRONIQUES DE J. MOLIItET.
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1827
PT.2
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DATE DUE
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I STANFORD UNIV
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ERSITY LIBRARIES
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